00:00Ici Gare Lozère, le réveil 100% local, ici Matin.
00:05L'actu d'ici Matin avec votre invité Maya Balduro-Fredon qui vient de s'installer face à vous dans
00:10ce studio.
00:11Gendarme à Alès, il est l'ambassadeur de l'association Les Phénix de la Gendarmerie.
00:15Bonjour à Djudan Yannick.
00:17Bonjour.
00:17Et merci d'être avec nous ce matin pour évoquer votre rôle dans cette association qui vient en aide aux
00:22gendarmes blessés
00:23ainsi qu'aux familles de gendarmes décédés.
00:26L'association à laquelle seront reversés les bénéfices du concert de la Garde républicaine, ce sera samedi à Nîmes.
00:33Accompagner ces familles, c'est donc votre nouvelle mission depuis la fin de l'année dernière.
00:36Et vous-même, Djudan, à 42 ans seulement, vous avez déjà fait l'expérience de ces blessures dans votre propre
00:43chair.
00:43Est-ce que vous pouvez nous raconter ?
00:45J'ai été blessé à plusieurs reprises dans le cadre du service.
00:48La première fois, c'était en décembre 2020.
00:51Sur un drame qui s'est déroulé à Saint-Just, dans le département du Puy-de-Dôme,
00:56où malheureusement, trois gendarmes ont trouvé la mort.
00:58Et un gendarme blessé par balle face à un individu survivaliste.
01:02Et par la suite, j'ai été blessé également dans le département de la Martinique.
01:07Et pour finir, on va dire, l'année dernière, sur une rêve partie, où j'ai reçu un projectile sur
01:16l'épaule droite.
01:17Donc ce sont trois types de blessures assez différents, de ce que je comprends.
01:23à la fois dans votre chair, mais à la fois, j'imagine que ça laisse forcément un impact mental.
01:28Je pense notamment à ce guet-apens dont vous parliez dans le Puy-de-Dôme.
01:32L'embuscade, j'imagine que ce fut très dur à vivre, mais peut-être aussi, c'est ce qui vient
01:36après, le plus difficile ?
01:38Oui, exactement, parce qu'il y a le pendant, l'événement lui-même,
01:42où il est possible qu'on ne reconnaisse pas vraiment le mal qui vient de se créer.
01:48Et c'est l'après, où on doit reprendre une vie, entre guillemets, normale,
01:53continuer le travail, le service.
01:55Et là, il est possible que certains symptômes s'installent, ce qui a été mon cas,
02:00pour finalement découvrir que je souffrais d'un syndrome post-traumatique,
02:05mais qui a été assez long à se mettre en place, puisque j'ai eu un déni dans un premier
02:10temps,
02:10j'ai continué de travailler avec, on va dire, avec une grande assiduité.
02:16Et voilà, donc ce syndrome s'est installé.
02:19Donc on peut être concerné par des blessures physiques et ou psychologiques.
02:24Et ça se traduit comment, un syndrome post-traumatique ?
02:26Un syndrome post-traumatique, alors, se traduit de manière totalement différente
02:30en fonction des individus, puisqu'on est tous différents.
02:32Il n'est pas nécessaire, j'ai envie de dire, d'être gendarme pour subir un syndrome post-traumatique.
02:38Une personne qui a eu un accident de la route peut très bien avoir un syndrome post-traumatique.
02:43Mais pour mon cas précis, ça a été de la colère, des réminiscences,
02:48ce qu'on appelle des transferts, où je revivais la scène très fréquemment.
02:53Et également, voilà, donc des réminiscences, des images, des sons, des odeurs qui revenaient.
02:59Et une hypervigilance accrue.
03:01Vous parliez dans un premier temps de déni, ensuite, donc j'imagine,
03:06puisque vous en parlez aujourd'hui, que vous avez pu prendre à bras le corps ce problème-là et le
03:10traiter.
03:11Comment est-ce qu'on fait pour en parler à ses proches ?
03:14Comment est-ce qu'on fait pour se dire, voilà, c'est ce qui est en train de m'arriver
03:17à ce moment-là ?
03:18Déjà, il faut l'accepter.
03:20Alors, j'insiste beaucoup, ce qui m'est arrivé peut arriver à d'autres personnes, selon des situations.
03:27Ça n'arrive pas qu'aux gendarmes, j'insiste beaucoup là-dessus.
03:31Déjà, il faut le reconnaître, il faut l'accepter.
03:33Ce n'est pas toujours chose facile, puisqu'on se pense plus fort que l'événement.
03:38En l'occurrence, pour ma part, ce n'était pas le cas.
03:41L'événement a été plus puissant que ma personne.
03:44Donc, d'abord, c'est l'accepter.
03:45Et ensuite, savoir être entouré et aller vers les personnes spécialisées,
03:49que ce soit les médecins ou les psychologues,
03:53puisqu'une blessure psychologique est invisible.
03:56Elle ne se voit pas.
03:56Mais en revanche, en effet, elle peut faire beaucoup de dégâts pour soi-même
03:59et notamment pour notre entourage.
04:01Alors, je le disais en préambule aujourd'hui,
04:03vous êtes ambassadeur dans le Gard des Phénix de la gendarmerie.
04:06C'est fait pour accompagner vos camarades blessés ou leur famille.
04:10Comment est-ce que ça fonctionne ?
04:11Quelles sont les actions que vous mettez en place ?
04:12Alors, nous sommes en lien avec notre hiérarchie,
04:16que ce soit au niveau du groupement de gendarmerie du Gard,
04:19mais également avec la région de gendarmerie Occitanie.
04:22Et nous travaillons main dans la main avec ces services,
04:26justement pour aller au contact de nos camarades blessés physiquement
04:30et ou psychologiquement, pour leur apporter une entraide
04:33et également leur proposer des solutions administratives et humaines,
04:39que ce soit pour les militaires, mais aussi pour les familles
04:41et pour les camarades les entours.
04:44Vous allez par exemple vers des collègues que vous savez avoir vécu
04:47un événement traumatique dans le cadre de leur fonction, par exemple ?
04:50Tout à fait, absolument.
04:51Il y a une réponse immédiate qui est apportée
04:54et la première des réponses est la réponse humaine
04:57en allant au contact directement du gendarme blessé et de sa famille.
05:01On l'a évoqué, vous avez traversé quand même pas mal d'épreuves
05:05au cours de votre carrière.
05:05Vous n'avez jamais songé à arrêter ?
05:09J'y ai réfléchi, j'y ai réfléchi, mais quand on est animé d'une certaine flamme, on va dire,
05:18non, il y a cette volonté de servir, de continuer de servir.
05:21Si on ne peut pas servir dans l'unité dans laquelle on est prédestiné,
05:26il y a toujours possibilité en gendarmerie de faire autre chose
05:29et de trouver une autre voie.
05:31La gendarmerie est très ouverte là-dessus.
05:33Les bénéfices du concert, on le disait, le concert de la garde républicaine,
05:38c'est samedi, c'est le 4 avril à Nîmes, vont être reversés à votre association.
05:42L'idée, c'est de produire un soutien en plus, de pouvoir aider aussi financièrement ces familles ?
05:48Oui, bien sûr, puisque, bon, comme tout le monde le sait,
05:51l'argent, c'est le nerf de la guerre, c'est la réalité, c'est indiscutable.
05:55Donc, avoir des fonds supplémentaires, justement, au bénéfice des familles et des militaires,
05:59ça va permettre, justement, de leur ouvrir des possibilités de reconstruction,
06:03que ce soit par des stages, une prise en compte meilleure,
06:06et notamment, pourquoi pas, leur proposer des solutions de soins spécifiques.
06:13Donc, concert qui se tient le 4 avril prochain à Nîmes,
06:16et dont tous les bénéfices sont reversés à l'association Les Phénix de la Gendarmerie,
06:20dont vous êtes ambassadeur dans le Gard.
06:21Merci beaucoup.
06:22Merci à vous.
06:23Adjudant Yannick d'avoir été avec nous ce matin,
06:25et cette interview est à réécouter en replay sur l'appli ici, Serge.
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