00:00L'Union Européenne a voté le durcissement des règles pour l'expulsion des migrants clandestins.
00:05Qu'est-ce qui va changer concrètement ?
00:06Oui, c'est un vote très important. C'est l'Ouapasso dans le Figaro qui le passe au crible.
00:10Ce qu'il faut comprendre, c'est que le durcissement des règles correspond à un changement de celle en vigueur
00:16par rapport à une directive de 2008 qui était jugée très permissive.
00:20Il faut dire qu'en Europe, globalement, on n'arrivait pas à expulser plus d'un étranger clandestin sur cinq.
00:24Vous me direz, c'est déjà une moyenne qui est supérieure au taux d'expulsion des OQTF en France.
00:28Là, il y a un tour de vis qui va permettre notamment aux États membres qui le souhaitent d'ouvrir
00:32des hubs.
00:33Vous savez, c'est ces fameux pays hors de l'Union Européenne dans lesquels on aimerait stationner les migrants clandestins
00:38en attendant de l'examen, par exemple, de leur demande de droit d'asile.
00:41Le Royaume-Uni réfléchissait au Rwanda. L'Italie, au sein de l'Union Européenne, réfléchissait par exemple à le faire
00:47avec l'Albanie.
00:48Le texte prévoit aussi des sanctions plus strictes pour les déboutés du droit d'asile
00:51qui refusent de quitter le territoire de l'Union Européenne sur lequel ils se trouvent.
00:54On pourrait alors confisquer leurs documents d'identité.
00:58les détenir à un moment ou leur prononcer une interdiction d'entrée prolongée ensuite sur le territoire.
01:03C'est un règlement aussi qui propose d'augmenter très largement le délai de rétention administrative
01:08jusqu'à 24 mois et même les États qui le souhaitent pourraient prolonger encore plus
01:12si les individus sont considérés comme dangereux.
01:14Et surtout, les décisions prises par un État seraient reconnues par les autres.
01:18Donc si vous êtes par exemple débouté du droit d'asile en France,
01:20vous le serez aussi en Espagne et dans tous les autres pays de l'Union Européenne.
01:23Ce qui est important et ce que vous voulez souligner ce matin,
01:26c'est que ce texte a été voté par une Union des droites au Parlement Européen.
01:30Oui, c'est ça qui est très intéressant.
01:32Le contenu du texte, effectivement, est déterminant pour les États.
01:35Mais la manière dont il a été voté est une innovation politique.
01:38C'est un texte qui, à l'origine, avait été proposé par Georgia Meloni,
01:42en tout cas sous son impulsion.
01:44Et la Commission Européenne avait donc présenté des mesures.
01:47Et ensuite, début mars, une coalition de partis de droite,
01:52et y compris la droite dure, les partis patriotes, l'Europe des Nations Souveraines, le CR,
01:57se sont alliés avec le PPE, le parti de la droite traditionnelle,
01:59pour voter le texte en commission.
02:01Et donc là, il a été voté en plénière.
02:02Qu'est-ce qui s'est passé entre la présentation du texte par la Commission
02:05et le moment où les droites se sont unies pour voter le texte ?
02:08Eh bien, les négociateurs du PPE sont allés voir,
02:11comme on le fait traditionnellement au Parlement européen,
02:13le centre et le centre-gauche,
02:15leur disant, voilà les propositions, sur quoi est-ce qu'on peut négocier ?
02:18La gauche a mis des conditions qui étaient, pour la droite, pratiquement inacceptables.
02:22Ils refusaient notamment la possibilité de créer ces fameux hubs
02:25de demandeurs d'asile en dehors de l'Union Européenne.
02:28Donc là-dessus, la droite a fait volte-face
02:30et s'est tournée vers la droite nationaliste,
02:32la droite plus dure, en tout cas sur les questions migratoires,
02:35pour dire, ben voilà, on va proposer peut-être d'autres mesures
02:37qui vont permettre de renforcer ce texte.
02:39Est-ce que cette fois-ci, vous seriez d'accord,
02:41alors que par exemple, les députés du Rassemblement national,
02:44jusqu'ici, fustigeaient le texte,
02:46est-ce que cette fois-ci, vous seriez d'accord pour le voter avec nous ?
02:48Eh bien, c'est ce qui s'est passé,
02:49sous l'impulsion notamment de François-Xavier Bellamy,
02:51qui a beaucoup fait parmi les eurodéputés français
02:53pour permettre cette coalition.
02:55Il existe donc maintenant, au Parlement européen,
02:57une majorité de substitutions,
02:59qu'il soit une majorité qui rassemble
03:00quelques eurodéputés du centre
03:02et jusqu'à toute la droite, pour voter des textes
03:04dont le centre et la gauche ne voudraient pas.
03:06Est-ce qu'une telle alliance pourrait exister un jour en France ?
03:09À première vue, ça paraît très difficile.
03:11D'abord, on parle ici d'une coalition sur un vote parlementaire,
03:14pas d'une alliance électorale pour des élections,
03:16notamment présidentielles ou législatives.
03:18Mais au Parlement européen, le centre est pragmatique,
03:20il n'est pas idéologique.
03:21On note par exemple que les eurodéputés français
03:23du groupe Renew, comme Valérie Ayet ou Pascal Canfin,
03:26eux ont voté contre ce texte,
03:28alors que certains de leurs collègues au sein du groupe Renew
03:30ont voté pour.
03:31Ensuite, il faudrait de la bonne foi et de la franchise
03:33pour fonder une confiance mutuelle
03:35entre le centre-droit et le reste de la droite.
03:37On a par exemple en France l'exemple de la loi immigration
03:39portée par Gérald Darmanin,
03:41sur laquelle les sénateurs des Républicains,
03:44Bruno Retailleau en tête,
03:45ont un peu le sentiment d'être fait avoir,
03:47puisque finalement, le bloc présidentiel
03:49a manœuvré après le vote du texte
03:50à l'appui des voix de la droite,
03:52pour faire en sorte que le Conseil constitutionnel
03:54évince les mesures les plus radicales.
03:55Donc évidemment, quand on voit cet exemple,
03:57on se dit que pour l'instant,
03:58on en est très loin en France,
03:59mais c'est un premier pas important.
04:00Paul Sué.
04:01Sous-titrage FR ?
Commentaires