Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 jours
Le ministre de l'Éducation nationale, Edouard Geffray, annonce, jeudi 26 mars, sur France Inter, avoir saisi le procureur de la République de Paris au titre de l'article 40 du code de procédure pénale pour "provocation au suicide" et "transfert de données à caractère illicite" concernant l'algorithme de TikTok.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Comment éviter que les réseaux sociaux ne viennent polluer les cours de récréation à l'école ?
00:04Question qui ne cesse de revenir dans l'actualité, question sur laquelle les professeurs, les surveillants et les ministres aussi
00:10se cassent les dents depuis des années.
00:11Ça tombe bien, le ministre de l'éducation nationale est avec nous en studio.
00:15Bonsoir Edouard Geffray.
00:16Bonsoir.
00:17A mes côtés aussi notre spécialiste du jour à la rédaction de France Inter.
00:20Bonsoir Émilie.
00:21Bonsoir.
00:21Tu es en troisième au collège François Villon à Paris, c'est la semaine de la presse à l'école.
00:25Alors pour l'occasion, c'est toi qui as préparé et écrit les questions de cet entretien.
00:30Je parlais des réseaux sociaux parce que c'est spontanément le thème dont tu m'as dit tout à l
00:35'heure que tu voulais parler avec une première question pour Edouard Geffray.
00:39Alors bonsoir Monsieur le ministre.
00:41Bonsoir.
00:41Je voulais demander comment ça se fait que les jeunes garçons peuvent encore accéder à des comptes sexistes qui propagent
00:46la haine sur TikTok.
00:48D'abord merci d'être là et puis bravo pour cette prise de fonction si pure journalistique si jeune.
00:55Donc félicitations.
00:57On a un problème avec TikTok.
00:59C'est qu'on a sur ce réseau social un certain nombre de vidéos qui en fait ont été enfermes
01:08les jeunes dans des spirales.
01:11C'est-à-dire qu'une fois qu'ils ont commencé à en voir, on les a fait dans des
01:13spirales qui sont de pire en pire.
01:14Alors il y a des contenus qui, j'allais dire, sont anormaux mais légaux.
01:20Et puis il y a des contenus qui sont illégaux.
01:23Et très concrètement, moi j'ai fait le test.
01:26On a créé avec mon cabinet un compte en quelques secondes en disant qu'on avait 14 ans.
01:33En moins de 20 minutes, sans avoir liké quoi que ce soit et sans avoir fait aucune recherche, on s
01:39'est retrouvé sur des comptes, enfin des vidéos dépressives.
01:43En commençant à les regarder, on s'est retrouvé ensuite embarqués dans une spirale complètement mortifère.
01:50avec des vidéos de scarification, des véritables tutoriels de scarification, avec des vidéos d'incitation au suicide, disant le suicide
01:58est le but de ma vie.
01:59Et quand je dis ça, je ne parle pas de vidéos qui datent d'hier, je parle de vidéos qui
02:01datent d'il y a deux ans, qui ont 50 000 likes, avec des commentaires du type
02:06« J'ai raté ma TS la dernière fois mais ce soir c'est la bonne ».
02:09Tentative de suicide, TS.
02:10TS, ça veut dire donc tentative de suicide.
02:12Et tout cela, c'est vrai que c'est accessible, ce n'est pas un accident.
02:17Maintenant, le fonctionnement de l'algorithme est fait pour enfermer dans cette spirale.
02:21Donc très contrairement, et pour répondre à votre question, au-delà des contenus sexistes, je viens de faire un signalement
02:25à la justice,
02:26au procrétaire de la République de Paris, qui avait ouvert une enquête préliminaire au mois de novembre dernier, pour alimenter
02:31cette enquête.
02:33Pour les chefs de provocation au suicide, de traitement de données illicites, de transfert de données à caractéristiques illicites,
02:40parce qu'il faut qu'on arrête avec ces spirales mortifères qui embarquent des adolescents, notamment,
02:46dans des directions qui sont dangereuses pour leur vie, très concrètement.
02:49Ça veut dire que vous demandez l'ouverture d'une enquête sur des contenus précis ou sur le principe même
02:53du fonctionnement de TikTok ?
02:55Ah non, alors justement, si vous voulez, quand il y a un contenu, le rôle de l'hébergeur du contenu,
03:00c'est éventuellement le supprimer quand il est signalé.
03:02Là, on est sur un problème de fonctionnement de l'algorithme.
03:04C'est-à-dire que l'algorithme est fait pour vous enfermer dans des spirales.
03:07Et de manière une fois encore, spontanée.
03:09C'est-à-dire qu'on a fait toute la démonstration.
03:10J'ai transmis aujourd'hui même une clé USB au point de la République de Paris, en lui montrant le
03:13film du système.
03:15Donc très clairement, le procureur avait déjà ouvert une enquête primaire pour d'autres chefs à la suite d'un
03:19rapport du Parlement.
03:21Et donc ce que nous avons ajouté aujourd'hui, c'est notamment la provocation au suicide.
03:25Au passage d'ailleurs, ce n'est pas seulement nous.
03:28Il y a un reportage de France Télévisions qui a été fait récemment sur TikTok qui est en ligne et
03:31qui montre la même chose.
03:32C'est-à-dire qu'en 20 minutes aujourd'hui, nos enfants sont exposés à des contenus mortifères et suicidaires.
03:37Je crois que tu avais une deuxième question, Émilie.
03:40Puisqu'on parle de TikTok, est-ce que vous pouvez confirmer que sur la loi que vous aviez dit, peut
03:48-être qu'il y allait passer,
03:49d'interdire les réseaux sociaux en moins de 15 ans dès la rentrée en septembre ?
03:53Alors, on a eu une proposition de loi qui est actuellement contre l'examen, qui va être examinée au Sénat
03:58la semaine prochaine,
03:59qui permet de deux choses.
04:01L'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, parce qu'en réalité, être exposé à des contenus
04:07avant d'avoir, si je puis dire, la maturité nécessaire pour se les approprier, pour les recevoir, c'est pas
04:13bon.
04:13Ça a des conséquences en termes de santé publique, ça a des conséquences en termes de capacité cognitive, etc.
04:19Et puis le deuxième objet, c'est d'interdire l'utilisation du téléphone portable au lycée,
04:23donc de limiter l'exposition au petit écran au lycée, sauf lorsque l'établissement l'autorise,
04:28donc sauf des dérogations prévues par le chef établissement.
04:31Pourquoi ? Là aussi, la logique est la même, c'est que le temps de l'école, c'est pas
04:35tant du téléphone,
04:36et qu'il faut apprendre à se détacher de son téléphone pour pouvoir bien apprendre.
04:39Émilie, toi qui rentres au lycée, justement, à la rentrée prochaine, tu penses quoi de l'interdiction du téléphone au
04:44lycée ?
04:47Je suis pas très d'accord avec ça, parce que quand on est en troisième, on nous dit que l
04:51'année prochaine,
04:52c'est l'année où on passe à l'étape supérieure, où on est autonome, et que c'est la
04:56cour des grands,
04:57et qu'on pourra en fait profiter de plein de choses, et qu'on nous enlève notre téléphone,
05:03alors que je pense qu'au lycée, on est quand même assez grand, il y a des gens qui sont
05:06déjà majeurs au lycée,
05:07ils ont déjà 18 ans, et nous nous enlève notre téléphone, je trouve ça assez...
05:13On nous prend pas assez au sérieux, je pense, parce qu'on peut faire aussi la part des choses,
05:17je pense qu'on peut se détacher de notre téléphone en classe, la classe, ça reste la classe,
05:23et ce qui se passe à l'extérieur, c'est à l'extérieur.
05:27Alors, il y a 28% des lycées qui aujourd'hui le font déjà, c'est assez intéressant,
05:32et dans 6 pays sur 10 dans le monde, on interdit aujourd'hui le téléphone portable d'une manière ou
05:36d'une autre dans les établissements scolaires.
05:37Donc on n'est pas tout seul, on n'est pas les premiers.
05:40Et ce que vous dites, moi je le comprends très bien, il ne s'agit pas d'ailleurs de priver
05:44un jeune de son téléphone portable.
05:47Il s'agit de dire que le temps de l'apprentissage, ce n'est pas le temps du téléphone.
05:52Et quand on a un téléphone dans sa poche, même si on ne le sent pas, il fait bzit, bzit,
05:54bzit,
05:54avec des notifications tous les 5 minutes, parce qu'on a tous ces réseaux sociaux qui sont interconnectés et qui
05:58notifient,
05:59en réalité, on n'est plus concernés de la même façon.
06:02Et puis la deuxième chose, pardon, mais c'est qu'à l'intercours que vous êtes en train de vivre
06:07actuellement,
06:08moi j'ai été frappé, je vais très souvent dans les lycées,
06:11les intercours, ils sont devenus silencieux.
06:14C'est-à-dire que vous arrivez à la pause, et tous les élèves sont sur leur téléphone portable,
06:17en train d'engarder des notifications ou de s'envoyer des messages.
06:20Le lycée, vous allez voir, c'est extraordinaire, parce que ça n'a jamais refait le monde.
06:24Pour refaire le monde, il faut se parler.
06:26Il ne faut pas s'envoyer des postes.
06:29Simplement pour revenir sur la première question que posait Émilie tout à l'heure,
06:33sur les contenus sexistes sur TikTok, il y a un enjeu particulier sur ces contenus-là ?
06:38Là aussi, soit on est sur des contenus illicites,
06:43donc tout ce qui est effectivement incitation à la haine, discrimination, violence sexuelle, etc.
06:49ce sont des choses à bannir, et ça fait d'ailleurs du coup partie du champ
06:52de ce que je dénonce pour la République.
06:55Soit alors, et c'est beaucoup plus pernicieux,
06:57on est sur des contenus qui sont à la limite de la lycéité,
07:00mais qui en fait entretiennent l'idée, notamment masculiniste,
07:03que les femmes sont des objets pour les hommes,
07:06mais entretiennent l'idée.
07:07Et c'est pour ça que, de ce point de vue-là, interdire à l'accès au moins de 15
07:10ans,
07:10c'est aussi les protéger et permettre justement qu'ensuite,
07:12avec la maturité nécessaire, ils prennent du recul.
07:14Sinon, on fabrique un espèce d'état d'esprit collectif
07:16qui est là aussi à la fois délétère et inégalitaire.
07:19Donc ce sont des choses en République qu'on combat.
07:21Merci beaucoup Édouard Jeffrey, ministre de l'Éducation nationale.
07:24Merci à Émilie qui a préparé cet entretien.
07:27Bravo Émilie.
07:27Merci.
07:28Merci.
07:28Merci.
07:28Merci.
Commentaires

Recommandations