00:00Comment éviter que les réseaux sociaux ne viennent polluer les cours de récréation à l'école ?
00:04Question qui ne cesse de revenir dans l'actualité, question sur laquelle les professeurs, les surveillants et les ministres aussi
00:10se cassent les dents depuis des années.
00:11Ça tombe bien, le ministre de l'éducation nationale est avec nous en studio.
00:15Bonsoir Edouard Geffray.
00:16Bonsoir.
00:17A mes côtés aussi notre spécialiste du jour à la rédaction de France Inter.
00:20Bonsoir Émilie.
00:21Bonsoir.
00:21Tu es en troisième au collège François Villon à Paris, c'est la semaine de la presse à l'école.
00:25Alors pour l'occasion, c'est toi qui as préparé et écrit les questions de cet entretien.
00:30Je parlais des réseaux sociaux parce que c'est spontanément le thème dont tu m'as dit tout à l
00:35'heure que tu voulais parler avec une première question pour Edouard Geffray.
00:39Alors bonsoir Monsieur le ministre.
00:41Bonsoir.
00:41Je voulais demander comment ça se fait que les jeunes garçons peuvent encore accéder à des comptes sexistes qui propagent
00:46la haine sur TikTok.
00:48D'abord merci d'être là et puis bravo pour cette prise de fonction si pure journalistique si jeune.
00:55Donc félicitations.
00:57On a un problème avec TikTok.
00:59C'est qu'on a sur ce réseau social un certain nombre de vidéos qui en fait ont été enfermes
01:08les jeunes dans des spirales.
01:11C'est-à-dire qu'une fois qu'ils ont commencé à en voir, on les a fait dans des
01:13spirales qui sont de pire en pire.
01:14Alors il y a des contenus qui, j'allais dire, sont anormaux mais légaux.
01:20Et puis il y a des contenus qui sont illégaux.
01:23Et très concrètement, moi j'ai fait le test.
01:26On a créé avec mon cabinet un compte en quelques secondes en disant qu'on avait 14 ans.
01:33En moins de 20 minutes, sans avoir liké quoi que ce soit et sans avoir fait aucune recherche, on s
01:39'est retrouvé sur des comptes, enfin des vidéos dépressives.
01:43En commençant à les regarder, on s'est retrouvé ensuite embarqués dans une spirale complètement mortifère.
01:50avec des vidéos de scarification, des véritables tutoriels de scarification, avec des vidéos d'incitation au suicide, disant le suicide
01:58est le but de ma vie.
01:59Et quand je dis ça, je ne parle pas de vidéos qui datent d'hier, je parle de vidéos qui
02:01datent d'il y a deux ans, qui ont 50 000 likes, avec des commentaires du type
02:06« J'ai raté ma TS la dernière fois mais ce soir c'est la bonne ».
02:09Tentative de suicide, TS.
02:10TS, ça veut dire donc tentative de suicide.
02:12Et tout cela, c'est vrai que c'est accessible, ce n'est pas un accident.
02:17Maintenant, le fonctionnement de l'algorithme est fait pour enfermer dans cette spirale.
02:21Donc très contrairement, et pour répondre à votre question, au-delà des contenus sexistes, je viens de faire un signalement
02:25à la justice,
02:26au procrétaire de la République de Paris, qui avait ouvert une enquête préliminaire au mois de novembre dernier, pour alimenter
02:31cette enquête.
02:33Pour les chefs de provocation au suicide, de traitement de données illicites, de transfert de données à caractéristiques illicites,
02:40parce qu'il faut qu'on arrête avec ces spirales mortifères qui embarquent des adolescents, notamment,
02:46dans des directions qui sont dangereuses pour leur vie, très concrètement.
02:49Ça veut dire que vous demandez l'ouverture d'une enquête sur des contenus précis ou sur le principe même
02:53du fonctionnement de TikTok ?
02:55Ah non, alors justement, si vous voulez, quand il y a un contenu, le rôle de l'hébergeur du contenu,
03:00c'est éventuellement le supprimer quand il est signalé.
03:02Là, on est sur un problème de fonctionnement de l'algorithme.
03:04C'est-à-dire que l'algorithme est fait pour vous enfermer dans des spirales.
03:07Et de manière une fois encore, spontanée.
03:09C'est-à-dire qu'on a fait toute la démonstration.
03:10J'ai transmis aujourd'hui même une clé USB au point de la République de Paris, en lui montrant le
03:13film du système.
03:15Donc très clairement, le procureur avait déjà ouvert une enquête primaire pour d'autres chefs à la suite d'un
03:19rapport du Parlement.
03:21Et donc ce que nous avons ajouté aujourd'hui, c'est notamment la provocation au suicide.
03:25Au passage d'ailleurs, ce n'est pas seulement nous.
03:28Il y a un reportage de France Télévisions qui a été fait récemment sur TikTok qui est en ligne et
03:31qui montre la même chose.
03:32C'est-à-dire qu'en 20 minutes aujourd'hui, nos enfants sont exposés à des contenus mortifères et suicidaires.
03:37Je crois que tu avais une deuxième question, Émilie.
03:40Puisqu'on parle de TikTok, est-ce que vous pouvez confirmer que sur la loi que vous aviez dit, peut
03:48-être qu'il y allait passer,
03:49d'interdire les réseaux sociaux en moins de 15 ans dès la rentrée en septembre ?
03:53Alors, on a eu une proposition de loi qui est actuellement contre l'examen, qui va être examinée au Sénat
03:58la semaine prochaine,
03:59qui permet de deux choses.
04:01L'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, parce qu'en réalité, être exposé à des contenus
04:07avant d'avoir, si je puis dire, la maturité nécessaire pour se les approprier, pour les recevoir, c'est pas
04:13bon.
04:13Ça a des conséquences en termes de santé publique, ça a des conséquences en termes de capacité cognitive, etc.
04:19Et puis le deuxième objet, c'est d'interdire l'utilisation du téléphone portable au lycée,
04:23donc de limiter l'exposition au petit écran au lycée, sauf lorsque l'établissement l'autorise,
04:28donc sauf des dérogations prévues par le chef établissement.
04:31Pourquoi ? Là aussi, la logique est la même, c'est que le temps de l'école, c'est pas
04:35tant du téléphone,
04:36et qu'il faut apprendre à se détacher de son téléphone pour pouvoir bien apprendre.
04:39Émilie, toi qui rentres au lycée, justement, à la rentrée prochaine, tu penses quoi de l'interdiction du téléphone au
04:44lycée ?
04:47Je suis pas très d'accord avec ça, parce que quand on est en troisième, on nous dit que l
04:51'année prochaine,
04:52c'est l'année où on passe à l'étape supérieure, où on est autonome, et que c'est la
04:56cour des grands,
04:57et qu'on pourra en fait profiter de plein de choses, et qu'on nous enlève notre téléphone,
05:03alors que je pense qu'au lycée, on est quand même assez grand, il y a des gens qui sont
05:06déjà majeurs au lycée,
05:07ils ont déjà 18 ans, et nous nous enlève notre téléphone, je trouve ça assez...
05:13On nous prend pas assez au sérieux, je pense, parce qu'on peut faire aussi la part des choses,
05:17je pense qu'on peut se détacher de notre téléphone en classe, la classe, ça reste la classe,
05:23et ce qui se passe à l'extérieur, c'est à l'extérieur.
05:27Alors, il y a 28% des lycées qui aujourd'hui le font déjà, c'est assez intéressant,
05:32et dans 6 pays sur 10 dans le monde, on interdit aujourd'hui le téléphone portable d'une manière ou
05:36d'une autre dans les établissements scolaires.
05:37Donc on n'est pas tout seul, on n'est pas les premiers.
05:40Et ce que vous dites, moi je le comprends très bien, il ne s'agit pas d'ailleurs de priver
05:44un jeune de son téléphone portable.
05:47Il s'agit de dire que le temps de l'apprentissage, ce n'est pas le temps du téléphone.
05:52Et quand on a un téléphone dans sa poche, même si on ne le sent pas, il fait bzit, bzit,
05:54bzit,
05:54avec des notifications tous les 5 minutes, parce qu'on a tous ces réseaux sociaux qui sont interconnectés et qui
05:58notifient,
05:59en réalité, on n'est plus concernés de la même façon.
06:02Et puis la deuxième chose, pardon, mais c'est qu'à l'intercours que vous êtes en train de vivre
06:07actuellement,
06:08moi j'ai été frappé, je vais très souvent dans les lycées,
06:11les intercours, ils sont devenus silencieux.
06:14C'est-à-dire que vous arrivez à la pause, et tous les élèves sont sur leur téléphone portable,
06:17en train d'engarder des notifications ou de s'envoyer des messages.
06:20Le lycée, vous allez voir, c'est extraordinaire, parce que ça n'a jamais refait le monde.
06:24Pour refaire le monde, il faut se parler.
06:26Il ne faut pas s'envoyer des postes.
06:29Simplement pour revenir sur la première question que posait Émilie tout à l'heure,
06:33sur les contenus sexistes sur TikTok, il y a un enjeu particulier sur ces contenus-là ?
06:38Là aussi, soit on est sur des contenus illicites,
06:43donc tout ce qui est effectivement incitation à la haine, discrimination, violence sexuelle, etc.
06:49ce sont des choses à bannir, et ça fait d'ailleurs du coup partie du champ
06:52de ce que je dénonce pour la République.
06:55Soit alors, et c'est beaucoup plus pernicieux,
06:57on est sur des contenus qui sont à la limite de la lycéité,
07:00mais qui en fait entretiennent l'idée, notamment masculiniste,
07:03que les femmes sont des objets pour les hommes,
07:06mais entretiennent l'idée.
07:07Et c'est pour ça que, de ce point de vue-là, interdire à l'accès au moins de 15
07:10ans,
07:10c'est aussi les protéger et permettre justement qu'ensuite,
07:12avec la maturité nécessaire, ils prennent du recul.
07:14Sinon, on fabrique un espèce d'état d'esprit collectif
07:16qui est là aussi à la fois délétère et inégalitaire.
07:19Donc ce sont des choses en République qu'on combat.
07:21Merci beaucoup Édouard Jeffrey, ministre de l'Éducation nationale.
07:24Merci à Émilie qui a préparé cet entretien.
07:27Bravo Émilie.
07:27Merci.
07:28Merci.
07:28Merci.
07:28Merci.
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