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  • il y a 3 mois
Cinq mois après le suicide de Violette, collégienne bordelaise de 14 ans, sa mère a déposé plainte contre X pour harcèlement scolaire et moral le 24 octobre 2025. Sur ICI Gironde ce mardi 4 novembre, Aude Gouillard dénonce des dysfonctionnements, notamment de l'enquête : "le harcèlement scolaire n'a pas été exploité".

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Transcription
00:00Notre invitée ce matin est une maman qui a déposé plainte pour harcèlement scolaire et harcèlement moral.
00:05Sa fille Violette s'est suicidée l'an dernier, elle avait 14 ans.
00:09Pour sa mère, si tout le monde avait fait son travail, elle serait toujours en vie.
00:13Elle s'exprime pour la première fois ce matin, elle a choisi de le faire.
00:16Sur ici, Gérondalise Marot.
00:17Bonjour Aude Gouillard.
00:18Bonjour.
00:19Vous venez nous raconter votre histoire ce matin, merci déjà.
00:23Vous avez perdu votre fille au mois de mai dernier.
00:27En fin octobre, vous décidez de déposer plainte.
00:29Qu'est-ce qui vous pousse à faire ça ?
00:31Alors, en réalité, d'abord ce qu'il faut dire quand même, c'est que le jour où elle s'est suicidée, c'était le jour de la fête des mères.
00:39Ce qui n'est pas anodin pour moi.
00:41Sachant que je l'avais vue dans l'après-midi et qu'elle était très bien.
00:45Au point qu'elle était tellement bien, puisque je m'entendais très bien avec son père et qu'on avait de très bonnes relations.
00:52Au point qu'elle était tellement bien que je restais un petit moment, mais qu'au bout d'un moment elle voulait voir son manga.
00:58Donc je suis partie, mais elle me montrait ses projets, etc. dans sa chambre.
01:03Donc je n'ai pas eu le soupçon une demi-seconde de ce qu'elle pouvait faire le soir même.
01:08Et puis je l'ai eu le soir, vers 21h30.
01:10Elle pleurait un peu parce que son père voulait lui supprimer son téléphone, parce qu'elle était beaucoup sur les réseaux sociaux, évidemment, sur TikTok essentiellement.
01:19Comme tous les enfants de cet âge-là.
01:21Et je lui dis, tu sais Violette, évidemment ton père a raison, mais je sais que c'est un problème pour toi, puisque le dimanche soir, t'es très angoissée de retourner au collège.
01:30Et donc je vais dire à ton père qu'en fait, il faut qu'il te rende ton téléphone.
01:33Donc j'ai eu son père au téléphone assez longuement.
01:35On a parlé de plusieurs choses, du téléphone, il m'a dit qu'il lui rendrait.
01:40On a parlé du fait qu'elle avait un problème de mal-être vis-à-vis de son poids, qui n'était plus un problème en réalité,
01:45puisque l'endocrinologue qui la suivait disait qu'il n'y avait plus de problème.
01:50Et puis, on a parlé d'un peu tout ça.
01:52Il l'a appelée, il lui a parlé, il a essayé de la rassurer, il a essayé de la prendre dans ses bras, mais elle l'a un peu repoussée, comme à cet âge, souvent.
02:03Pendant ce temps, ma fille Ambre était dans la douche, elle les a entendues parler, et puis quand elle est sortie de la douche, elle a entendu la musique en bas.
02:13Et en réalité, elle est montée, parce qu'elle pensait que Violette était en train d'écouter de la musique.
02:16Et puis finalement, mon fils s'est descendu pour aller aux toilettes, et c'est lui qui a trouvé ma fille, Violette, pendue.
02:24Voilà, donc à ce moment-là, Ambre m'a appelée.
02:27C'est un cri que je n'oublierai jamais de ma vie, puisqu'elle était du côté des jardins, et puis elle hurlait tellement que je ne comprenais pas ce qu'elle disait.
02:36Voilà, et puis je suis arrivée très vite.
02:39Alors, on peine évidemment à imaginer à quel point la question des raisons d'un suicide, elle est difficile pour ceux qui restent.
02:47Ce sont des situations qui sont toujours complexes, délicates.
02:50Pour autant, vous dites-vous que si tout le monde avait fait son travail, Violette serait toujours en vie. Pourquoi vous dites ça ?
02:55Alors, je dis ça très exactement parce que d'abord, dès le début, ça a été assez difficile.
02:59Mais moi, j'ai amené le portable de Violette, dont elle avait fait disparaître plusieurs choses, pour qu'il l'examine, parce que moi, je n'ai pas pu l'ouvrir.
03:07Il faut savoir qu'à l'heure actuelle, a priori, le téléphone n'est toujours pas exploité, alors que je suis avocate pénaliste, et que mes clients, qui sont trafiquants de stupes, on les analyse en 24 heures.
03:18Voilà, déjà, c'est une première chose.
03:20Et puis, il n'y a eu que des dysfonctionnements depuis le début, que ce soit au niveau de l'enquête de police.
03:25C'est pour ça qu'on a dû déposer plainte l'autre vendredi, parce qu'il fallait que ça avance.
03:32Que je suis allée voir le procureur de la République, M. Godel, pour lui dire tous les dysfonctionnements qu'il y avait, et le prévenir aussi, d'ailleurs, de la méditisation qu'on allait faire.
03:40Ces dysfonctionnements, pour vous, c'est qu'on n'est pas allé chercher en détail, pour vous, un des points principaux du mal-être de violette, c'était le harcèlement scolaire.
03:48Et ça, ça n'a pas été suffisamment exploité pour vous.
03:49Ça, ça n'a pas été exploité du tout, parce que, moi, ce qu'on m'a expliqué, c'est qu'en réalité, il n'y avait pas de harcèlement au collège Cassignol, parce que c'était un collège de gens aisés, alors qu'à mon avis, c'est bien plus important que ça, que les gamines en question qui l'ont harcelé étaient dans sa classe, qu'au collège, quand j'en ai prévenu, puisqu'elle s'était scarifiée, elle me l'a montré au moment de la réunion par en prof, et je l'ai dit immédiatement au prof principal et à tous les profs qui ont été extrêmement réactifs.
04:17Et je n'ai absolument rien à leur reprocher, bien au contraire.
04:21Ils ont fait leur boulot, eux. En revanche, la principale de Cassignol ne l'a pas fait, puisqu'ils lui ont fait passer un test sur le harcèlement, dont ils ne m'ont pas dit les aboutissants.
04:32Ils ne m'ont pas prévenu qu'ils considéraient que ça n'était pas du harcèlement, mais une dispute entre copines, mais je sais depuis d'où ça vient, puisque c'est ce qui s'est passé pour Cassandre, qui a été harcelée à ce moment-là aussi.
04:42Et puis, ils ont dit que c'était en fait la séparation d'avec son père. Or, ça n'était pas le cas, puisque, bon, en l'occurrence, je comprends qu'une enfant de 14 ans, ça soit difficile,
04:53mais en revanche, on aurait pu reverbaliser les choses avec son père, puisqu'on s'entendait à la perfection, et on reparlait avec sa psy, qui aurait pu reprendre les choses.
05:00Ici Jérôme, 7h51, Aude Gouillard, mère de Violette, cette adolescente victime de harcèlement et qui s'est suicidée, est avec nous.
05:08Elle répond à vos questions, Alice Marot.
05:10Le rectorat, on l'entend sur notre antenne ce matin, dit-lui que le collège avait déclenché un plan de prévention du harcèlement,
05:16en voyant justement le mal-être de Violette, qu'il y a aussi eu une enquête administrative après son décès, mais ça ne suffit pas pour vous ?
05:22Non, ça ne suffit absolument pas, parce qu'effectivement, ils ont déclenché le programme phare, sans m'en prévenir, alors qu'on est les représentants légaux,
05:31et surtout, on ne m'en a pas donné les conclusions. Or, les conclusions en étaient que, grosso modo, c'était notre faute, parce qu'on s'était séparés.
05:40Alors qu'on sait très bien que c'est le harcèlement, parce que j'ai su depuis que le harcèlement durait depuis longtemps.
05:44Et justement, pour vous, il y a quelque chose qui cloche dans la façon dont sont pris en charge les enfants harcelés ?
05:48Absolument, parce que dans le cas présent, et dans tous les cas dont j'ai eu vent depuis, et on est nombreux, finalement, puisqu'on va faire un collectif...
05:56Vous êtes en contact avec d'autres parents ?
05:57Voilà, on va faire un collectif, parce qu'en réalité, les dysfonctionnements sont multiples, que ce soit d'ailleurs au collège Cassignol, ou dans d'autres collèges de la région.
06:06Concrètement, qu'est-ce qu'il faudrait faire pour vous, alors, vous et les autres parents avec qui vous avez pu discuter ?
06:11En fait, si simplement, dans le cas de Violette, si simplement on nous avait prévenus, je ne dis pas que ça aurait suffi,
06:18forcément, à la sauver, parce que c'est multifactoriel, un suicide, c'est évident.
06:22Mais il n'empêche que, si au moins on avait eu cette idée-là, que c'était le harcèlement, et que chacun avait fait son travail,
06:31probablement, moi j'en suis à peu près convaincue, depuis trois semaines, elle serait vivante aujourd'hui.
06:35Et vous allez continuer à amener ce combat ?
06:38C'est-à-dire que c'est un véritable scandale, et que j'irai jusqu'au bout, pour que, en sa mémoire, voilà, que sa mémoire et qu'elle vive par là,
06:46et puis que je fais exactement ce qu'elle voulait, parce qu'elle voulait devenir, elle aussi, juge des enfants, ou avocat des enfants,
06:53et puis que, pour sa mémoire, je vais continuer, parce que je ne fais que m'occuper d'enfants en ce moment,
06:57et je trouve que, finalement, c'est une belle suite.
07:02Merci beaucoup, Aude Gouillard, d'être venue nous raconter votre histoire ce matin.
07:05Je rappelle, c'est deux numéros de téléphone qui peuvent être utiles si vous nous écoutez ce matin,
07:09c'est le 3018, le numéro contre le harcèlement, et puis le 3114, c'est le numéro national de prévention du suicide.
07:15Merci beaucoup, Aude.
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