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Personnes
Transcription
00:00Et si les pires extrémistes étaient ceux qui se présentent comme la voie de la raison ?
00:04Associer extrême et centre, ça paraît paradoxal puisque justement le centre par définition
00:08c'est censé être la modération, le compromis, le juste milieu.
00:12Mais que se passe-t-il quand cette recherche de stabilité devient une norme indépassable,
00:16presque une sorte de religion ?
00:18Et bien c'est ce qu'on appelle l'extrême centre, ou autrement dit la radicalité de la modération.
00:23Est-ce toujours une bonne idée de prôner en toutes circonstances une éthique de la modération
00:27et de la nuance à toute épreuve ?
00:29Peut-être qu'il y a des sujets sur lesquels on ne peut pas et on ne doit pas être
00:32modéré.
00:33Guérir à moitié d'une maladie, éteindre un incendie partiellement, harceler quelqu'un modérément.
00:39Bref, on voit bien que plaquer cette rhétorique de la modération sur tout, ça n'a pas de sens.
00:43Chantal Mouffe dans On the Political critique la tendance à moraliser le débat politique
00:48plutôt qu'à l'analyser.
00:49Donc quand on vient qualifier l'autre d'extrême ou de radical,
00:52tout ce qui sort de ce centre devient immédiatement dangereux
00:55et donc appartient à la sphère du mal.
00:57Dans un cadre politique sain, qu'elle appelle l'agonisme,
01:00l'autre est reconnu comme un adversaire légitime.
01:03Mais quand le centre s'arroge le monopole de la rationalité et de la morale,
01:06alors l'autre n'est plus un adversaire, ça devient un ennemi.
01:10Pour Mouffe, cette moralisation et cette exclusion des extrêmes sont dangereuses
01:14car en refusant d'offrir des voies d'expression politique légitimes aux conflits sociaux,
01:19le centre pousse ses frustrations à s'exprimer de manière violente ou sous des formes identitaires.
01:24Initialement, la notion d'extrême-centre vient de l'historien Pierre Cerna dans l'extrême-centre ou le poison français.
01:30Donc pour Pierre Cerna, le centre devient extrême quand il refuse radicalement toutes les autres options politiques.
01:35Autrement dit, on remplace le débat d'idées par la gestion technocratique.
01:39Donc le discours se veut neutre, fondé sur des contraintes économiques ou juridiques,
01:43prétendument indiscutables.
01:45Et ça, ça conduit encore à une moralisation du discours parce que si vous refusez ces contraintes,
01:49qui sont pourtant neutres et techniques,
01:51alors vous n'êtes plus simplement un adversaire mais vous êtes qualifié d'irresponsable.
01:55Il ne se positionne pas comme une idée parmi d'autres,
01:57mais il vient disqualifier tout projet de transformation qu'il qualifie de conflictuel et donc potentiellement dangereux.
02:04Donc c'est une violence symbolique puisque le centre s'arroge le monopole du réalisme et de la rationalité
02:08pour exclure ses adversaires.
02:11Et donc l'extrême-centre, ce n'est pas une troisième voie démocratique,
02:14mais c'est plutôt une configuration du pouvoir qui joue sur la peur du conflit et du désordre.
02:19En fin de compte, cet extrême-centre nous pose une question philosophique fondamentale.
02:22Peut-on faire de la politique sans conflit ?
02:25Refuser l'expression des passions politiques au nom d'un hyper-réalisme ou d'une technocratie neutre,
02:30est-ce que ce ne serait pas finalement la forme la plus insidieuse d'autoritarisme ?
Commentaires
2
SassyVeggieil y a 2 semaines
Très intéressant comme point de vue
nicoco26il y a 3 semaines
Trop intéressant comme d’hab !

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