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A la fin des années 90, le quartier de la gare de Perpignan est le théâtre de mystérieuses disparitions. Plusieurs jeunes femmes se volatilisent, certaines d’entre elles sont retrouvées mortes, le corps mutilé.
Crime story raconte cette affaire dans un podcast en deux parties.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Thibault Lambert et Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : Audio Network

Archives : INA.
Documentation. Faites entrer l’accusé : Le tueur de la gare de Perpignan
Le tueur de la gare de Perpignan, d’Etienne Nicolau et Vincent Delbreilh (JPO).

#crime #truecrime #perpignan

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News
Transcription
00:02Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast faits divers du Parisien.
00:08Décidément, ce sont les faits divers et leurs conséquences qui ont la vedette aujourd'hui.
00:14Des restes humains ont été retrouvés sur la propriété.
00:17Le préfet de la région Corse a été assassiné de plusieurs balles dans la tête ce soir.
00:21Un couple et ses quatre enfants ont disparu. L'enquête se rend aujourd'hui d'un registre criminel.
00:26Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle en m'appuyant sur l'expertise du chef du service police
00:33-justice du Parisien, Damien Delsenie.
00:38Bonjour Damien. Bonjour Claudia.
00:40Aujourd'hui dans Crime Story, les meurtres de la gare de Perpignan.
00:43Des jeunes filles qui disparaissent, des corps mutilés et une gare qui devient le décor lugubre d'une équation criminelle
00:50à plusieurs inconnues.
00:53À 19 ans, Mokhtaria Chahib goûte à l'indépendance et commence enfin la vie dont elle rêve.
00:59Elle vient de couper les ponts avec son père et une partie de sa famille qui voulait qu'elle se
01:03marie en Algérie.
01:04Son enfance n'a pas été simple.
01:06Après avoir été balottée de foyer en foyer à la suite de la mort de sa mère quand elle avait
01:11deux ans,
01:12Mokhtaria était revenue vivre avec son père.
01:14Dans le nouveau foyer qu'il avait construit à Perpignan dans les Pyrénées-Orientales,
01:18elle servait d'aide ménagère, à la fois responsable de la maison et de ses demi-frères et sœurs.
01:24À l'adolescence, Mokhtaria reprend le dessus.
01:27Elle s'affirme et finit par prendre le large en trouvant refuge chez sa meilleure amie.
01:32Le bac en poche, elle s'inscrit en fac de sociologie en espérant devenir plus tard infirmière.
01:37À la rentrée scolaire de 1997, Mokhtaria parvient à louer une chambre dans une résidence universitaire à Perpignan où elle
01:45fait ses études.
01:46Elle a enfin gagné le combat qui compte le plus à ses yeux, être une femme indépendante et épanouie.
01:52Elle suit assidûment ses cours et le soir, elle adore annoncer à ses amis « je rentre chez moi ».
02:00Le dimanche 21 décembre 1997, vers 8h du matin, un homme contacte la police.
02:07Il habite un immeuble situé dans le secteur de la gare de Perpignan, boulevard Ningesser et Colis, en face d
02:13'un terrain vague au pied du château d'eau qui domine le quartier.
02:16Ce matin-là, en ouvrant ses volets, il a eu une vision d'horreur, celle d'une forme humaine allongée
02:22par terre sur le terrain vague.
02:25La police se déplace et trouve en effet un cadavre.
02:28C'est celui d'une femme, couchée là, face contre terre.
02:32Elle est nue.
02:33Des traces de terre sur les mollets et les fesses laissent penser qu'elle a été traînée sur le sol
02:37et amenée à cet endroit après sa mort.
02:39Comme si on avait voulu l'exposer à la vue de tous.
02:43Quand les policiers retournent le cadavre, ils découvrent d'horribles mutilations.
02:48Ses seins et ses parties génitales ont été découpées.
02:51Elles ont manifestement été conservées par le tueur car elles ne se trouvent pas à proximité immédiate du corps.
02:56Pour identifier la victime, les policiers n'ont que deux indices, une écharpe et une boucle d'oreille.
03:07Damien, deux hommes la reconnaissent.
03:09D'abord le directeur d'un foyer de jeunes de la ville et surtout le substitut du procureur lui-même.
03:15Pourquoi ? Parce qu'il l'avait placée dans un foyer, cette jeune femme, quand elle était en conflit avec
03:19son père en 1996,
03:20alors qu'elle était mineure, il la reconnaît et cette victime, elle s'appelle Mokhtaria Chahib.
03:26Mokhtaria Chahib a été vue vivante pour la dernière fois par un de ses amis.
03:31Un certain Brice, chez lequel elle a passé la soirée de la veille, la soirée du samedi soir, à deux
03:35pas de la gare de Perpignan.
03:37Selon son témoignage, vers 22h30, elle quitte les lieux.
03:41Elle part pour regagner sa chambre d'étudiant qui est environ à une demi-heure de marche de la gare
03:45de Perpignan.
03:46Elle emprunte pour se faire la rue Courteline, qui est vraiment une rue du quartier de la gare.
03:51Et elle est retrouvée le lendemain, tout près de cette rue Courteline, atrocement mutilée.
03:55Les découpes réalisées sur le cadavre donnent une piste aux policiers.
03:59Mokhtaria a été poignardée, mais surtout, on l'a dit, ses seins ont été minutieusement découpés et ses organes génitaux
04:07prélevés.
04:08Le corps a été aussi vidé de son sang.
04:10Le rapport d'autopsie, il va noter que ces découpes ont été réalisées avec un bistouri ou en tout cas
04:17avec une lame très effilée.
04:19Et elles ont été faites, dit le rapport, en respectant le plan musculaire.
04:23En clair, elles ne peuvent pas être l'œuvre, d'après les médecins légistes, d'un amateur.
04:28Pour eux, c'est un professionnel, soit un vétérinaire, soit un boucher, soit plus vraisemblablement un médecin, voire un chirurgien.
04:39D'après les médecins légistes, ces découpes ont nécessité au moins une heure à une heure et demie.
04:44La mort aurait pu survenir ailleurs, dans la nuit du 20 au 21 décembre, aux alentours de minuit,
04:49et Mokhtaria aurait pu être ensuite transportée là où elle a été découverte, sur le trajet qui allait de l
04:55'université à chez elle.
04:57L'enquête commence comme d'habitude dans l'entourage de la jeune femme.
05:00Son ami, Brice, est en mesure de fournir davantage de détails sur la manière dont Mokhtaria était habillée ce soir
05:06-là.
05:07Mais cela ne fait pas avancer l'enquête.
05:09Pas plus que l'utilisation de chiens pour tenter de trouver l'endroit où la jeune femme a été séquestrée
05:14et mutilée.
05:16La police visite plusieurs squats, interroge des voisins, sans succès.
05:24Damien, la police finit par trouver un élément qui pourrait être utile.
05:28Oui, un précédent en fait, parce qu'au même endroit, deux ans plus tôt, une autre jeune femme, qui s
05:33'appelait Tatiana Andoujar, a disparu.
05:35On ne l'a jamais retrouvée.
05:37On ne peut donc pas exclure qu'elle soit toujours en vie, mais l'enquête est quand même une enquête
05:40criminelle,
05:41parce qu'elle avait 17 ans au moment où elle a disparu.
05:43Et il y a surtout quelque chose qui frappe tout de suite les policiers,
05:47outre le côté géographique, c'est-à-dire deux femmes qui disparaissent à peu près au même endroit,
05:50c'est qu'elles se ressemblent un petit peu physiquement.
05:53Ce sont deux jeunes filles, brunes, typées, avec des cheveux très foncés et des yeux également très foncés.
06:00Tatiana Andoujar s'est volatilisée le dimanche 24 septembre 1995.
06:05Alors, ce qu'on sait de la disparition de Tatiana Andoujar,
06:08c'est fourni par un témoignage qui est le témoignage d'un militaire
06:10qui a pris le train avec Tatiana Andoujar.
06:13Enfin, ils se sont parlé dans le train qui est relié Toulouse à la gare de Perpignan.
06:16Tatiana avait passé le week-end avec des copines à Toulouse.
06:19Elle revient et le militaire dit,
06:21ben voilà, on se sépare sur le parvis de la gare de Perpignan aux alentours de 19h30.
06:26Ensuite, l'enquête va se faire dans le quartier de la gare.
06:29On va avoir quelques témoignages.
06:30Un témoignage, mais qui ne sera pas vraiment crédible,
06:33dira qu'elle a passé un coup de fil dans une cabine téléphonique sur la place de la gare
06:37et qu'ensuite, elle s'est volatilisée.
06:39D'autres témoins diront qu'elle a pris la rue Courte Ligne
06:42et qu'elle serait allée au bout de cette rue
06:44à un croisement où plusieurs personnes ont l'habitude de faire du stop.
06:48Tatiana, elle habitait à l'époque à Tuir chez ses parents.
06:51Tuir, c'est à une quinzaine de kilomètres de Perpignan.
06:53Donc, on imagine qu'elle a emprunté cette rue Courte Ligne pour faire du stop.
06:57Peut-être est-elle montée dans une voiture,
06:59mais ça, personne ne l'a véritablement vue.
07:01En tout cas, on a perdu sa trace à partir de cette rue Courte Ligne
07:05ce soir-là aux alentours de 20h.
07:09Le samedi 24 janvier 1998, un mois après la découverte du corps mutilé de Mokhtaria,
07:15un suspect est interpellé.
07:18Andreas Palomino Barrios est interne à l'hôpital de Perpignan.
07:23Âgé de 52 ans, il est originaire du Pérou.
07:26Il exerce légalement la médecine en France sur la simple foi d'une photocopie de son diplôme
07:30passé dans son pays d'origine.
07:32Dans l'Hexagone, pas moins de 18 hôpitaux l'ont fait travailler
07:36avant de réaliser la supercherie et de s'en séparer.
07:39Tous ceux qui l'ont croisé le décrivent comme un marginal.
07:43Pour les policiers, il a le profil idéal.
07:45Son activité médicale expliquerait sa capacité à découper de manière chirurgicale un cadavre.
07:52Et justement, il habite une cité HLM située le long du trajet
07:56réalisé par Mokhtaria la nuit de sa disparition.
07:59Les policiers interpellent Andreas Palomino Barrios et perquisitionnent son studio.
08:05De multiples traces de sang et tout un arsenal chirurgical sont retrouvés.
08:09Plusieurs voisins attestent également que le lendemain du meurtre,
08:12il a soigneusement nettoyé sa camionnette,
08:14alors que personne ne l'avait jamais vu faire ça avant.
08:18Si ce sont des coïncidences, elles sont très intrigantes.
08:21Assez en tout cas pour que les policiers aient la quasi-certitude
08:25de tenir l'homme qu'ils recherchent depuis 5 semaines.
08:28En garde à vue, le suspect nie le meurtre de Mokhtaria.
08:32Il prétend même avoir un alibi.
08:34Le soir du crime, il était en Espagne.
08:37Son alibi ne tient pas et Andreas Palomino Barrios est placé en détention provisoire.
08:42Les policiers sont satisfaits, les Perpignanais sont soulagés,
08:46le terrible tueur de la gare de Perpignan a été arrêté.
08:53Mais 5 mois plus tard, le mardi 16 juin 1998,
08:58une autre jeune femme disparaît aux abords de la gare.
09:01Marie-Hélène González, à 22 ans, c'est elle aussi une très jolie fille brune.
09:06Sa famille et ses amis la cherchent, la police prend l'affaire au sérieux.
09:11Finalement, son corps est retrouvé 10 jours plus tard, le vendredi 26 juin,
09:15dans des vignobles au sud de la ville.
09:17Elle a subi les mêmes mutilations que Mokhtaria.
09:21Ses parties génitales ont été découpées,
09:23elle a été décapitée, ses mains ont été amputées.
09:27Sa tête ne sera retrouvée que 6 mois plus tard, dans un sac plastique.
09:34Damien, Marie-Hélène ne peut pas avoir été victime d'Andreas Palomino Barrios,
09:39car il est toujours en prison au moment de son meurtre.
09:41Oui, il est détenu dans le cadre du meurtre de Mokhtaria Shaib,
09:44donc il ne peut pas avoir tué Marie-Hélène González.
09:47Alors, ça pose évidemment un problème aux enquêteurs,
09:50qui voient deux solutions.
09:51Soit c'est ce qu'on appelle un copycat,
09:53c'est-à-dire un deuxième tueur qui s'est inspiré du premier meurtre
09:56commis par Palomino Barrios pour faire un meurtre qui ressemble.
09:59Ça arrive dans les archives criminelles, on a quelques exemples.
10:02Soit, ils ont même un scénario un peu tordu, les policiers,
10:05c'est qu'ils pensent que ce deuxième meurtre,
10:07il est commis pour innocenter justement Palomino Barrios,
10:10par une sorte de complice qui commettrait un deuxième meurtre
10:13pour dire, ben voilà, ça ne peut pas être Palomino Barrios,
10:15puisqu'il est en détention.
10:16À part les soupçons très forts des policiers qui pèsent sur cet homme,
10:20il n'y a pas de preuves concrètes qui permettent de l'inculper.
10:23Non, on l'a dit, il y avait des témoignages
10:25qui soulignaient un peu la bizarrerie de Palomino Barrios,
10:27le fait que ce soit un faux médecin un peu clandestin,
10:29qu'il ait eu des explications un peu farfelues et mensongères
10:32quand il était arrêté, mais il n'y a pas d'élément factuel
10:35qui le relie au meurtre de Mokhtaria Shaïb.
10:37Et puis surtout, quand les enquêteurs,
10:39ce qu'ils avaient pris pour des éléments accablants au début,
10:41n'ont pas forcément été confirmés par les suites de l'enquête.
10:44Par exemple, le sang qui avait été retrouvé chez lui à son domicile,
10:48il s'est avéré assez vite après des analyses
10:51que c'était du sang de poulet ou alors son propre sang à lui.
10:54Et en tout cas, pas le sang de Mokhtaria Shaïb.
10:56Donc, ce n'est pas très concordant.
10:57Quant aux ADN qui ont été prélevés sur la scène de crime,
11:01aucun ne matche avec le sien.
11:03Donc, pas de preuve non plus de la présence de Palomino Barrios
11:06sur la scène de crime de Mokhtaria Shaïb.
11:08Il est donc libéré,
11:09surtout parce qu'il y a eu le deuxième meurtre de Marilyn Gonzalez.
11:12Il est blanchi en quelque sorte de ce premier meurtre,
11:15mais en fait, il est quand même expulsé par les autorités françaises
11:18puisqu'il séjournait de manière illégale en France.
11:20Il va s'installer de l'autre côté de la frontière,
11:22tout près en Espagne, où il va d'ailleurs continuer ses activités un peu clandestines,
11:26de médecine et sa vie un peu marginale, tellement marginale,
11:30qu'il va être retrouvé mort étranglé chez lui à Valence en juin 2012.
11:35Un crime qui d'ailleurs n'a jamais été élucidé.
11:39On en revient à l'enquête sur les deux meurtres de Mokhtaria Shaïb
11:42et de Marie-Hélène Gonzalez.
11:44Le jeudi 25 mai 2000, un autre homme est arrêté dans le Rhône, à Lyon.
11:49Un certain Esteban Règue.
11:51Alors, pourquoi est-il arrêté et soupçonné dans les meurtres de la gare de Perpignan ?
11:54Parce que lui-même a été mis en cause dans l'homicide de son colocataire,
11:59mais colocataire qu'il a non seulement tué,
12:02mais qu'il a dépecé et délesté de ses parties génitales.
12:05Donc, c'est un rapprochement que les enquêteurs font
12:08par rapport aux mutilations qui ont été faites sur Mokhtaria et sur Marie-Hélène.
12:12Et en plus, les policiers s'aperçoivent que ce Esteban Règue,
12:15il était à Perpignan au moment des disparitions de Mokhtaria et de Marie-Hélène
12:19et que souvent, il fréquente les gares pour y faire des rencontres.
12:23Donc là, ils se disent, on tient une bonne piste.
12:25Simplement, son ADN n'est sur aucune des scènes de crime,
12:29ni sur celle de Mokhtaria, ni sur celle de Marie-Hélène.
12:32Et donc, il faut bien se rendre à l'évidence,
12:33ça ne peut pas être Esteban Règue qui est impliqué dans ces deux meurtres.
12:37Surtout, deux ans après son arrestation et l'interrogatoire qu'il subit,
12:41il va se donner la mort dans sa cellule.
12:43Donc, la piste Esteban Règue s'éteint
12:45et l'enquête va, en quelque sorte, s'enliser à Perpignan.
12:49Il y a beaucoup, beaucoup d'articles,
12:51beaucoup de journalistes qui se déplacent
12:53et évidemment, ce n'est pas très, très bon pour l'image de la ville.
12:59L'enquête s'enlise jusqu'au vendredi 9 février 2001.
13:03Oui, le dernier meurtre, celui de Marie-Hélène Gonzalès,
13:07remonte à deux ans et demi à ce moment-là.
13:09Et ce 9 février 2001,
13:11Fatima Hydra, ou une caissière brune de 23 ans,
13:15va disparaître à son tour dans le quartier.
13:21Vous venez d'écouter le premier épisode de Crime Story,
13:24les meurtres de la gare de Perpignan.
13:26Suite et fin de ce podcast dans le deuxième épisode,
13:29déjà disponible sur toutes les plateformes d'écoute
13:31et sur leparisien.fr.
13:33Crime Story est le podcast fait divers du Parisien.
13:36– Sous-titrage FR 2021
13:37– Sous-titrage FR 2021
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