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  • il y a 9 heures
C’était il y a tout juste 30 ans, à l’automne 1989, sous François Mitterrand. Michel Rocard est le chef du gouvernement, Lionel Jospin, le ministre de l’éducation. Un certain Ernest Chénière dirige le collège Gabriel-Havez, à Creil, dans le département de l’Oise, et dans ce collège, 3 jeunes filles veulent se rendre en cours, la tête couverte d’un voile. C’est le point de départ de l’’affaire du foulard de Creil, qui va devenir un fait structurant du débat sur la laïcité en France. Cet épisode de Code source est raconté par Christel Brigaudeau, spécialiste éducation au Parisien.Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Conception et production : Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Alexandre Ferreira - Musiques : François Clos - Identité graphique : Upian.

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Transcription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavie pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:15C'était il y a tout juste 30 ans, à l'automne 1989, sous François Mitterrand.
00:20Michel Rocard est le chef du gouvernement, Lionel Jospin, ministre de l'Éducation,
00:25et un certain Ernest Chénière dirige le collège Gabriel Havez, à Creil, dans le département de l'Oise.
00:31Dans ce collège, trois jeunes filles veulent se rendre en cours, la tête couverte d'un voile.
00:37Point de départ de ce qu'on va appeler l'affaire du foulard de Creil,
00:41qui va devenir un fait structurant du débat sur la laïcité en France.
00:45Cet épisode de CodeSource est raconté par Christelle Brigodeau, spécialiste éducation aux Parisiens.
00:50Tout commence le 18 septembre 1989.
00:56Le collège Gabriel Havez, c'est un très gros collège.
00:59Il y a plus de 800 élèves dans ce collège.
01:01On est en 1989, dans une ville, Creil, qui est une ville assez paupérisée.
01:06Il y a du chômage, c'est une ville qui est un peu frappée par les crises économiques successives.
01:10Et ce collège, qui est sur le plateau du Rouer, est dans le quartier le plus difficile de Creil.
01:15Donc c'est un établissement dont l'éducation nationale elle-même dit dans une note interne
01:19que personne n'en veut, ce qui est très difficile à gérer.
01:21Il y a beaucoup de problèmes de violence, il y a des enfants qui ont des problèmes scolaires importants,
01:25des problèmes sociaux importants également.
01:28Et le principal qui le dirige est là depuis deux ans.
01:31Il est arrivé en 1987, c'est son premier poste, et il est contesté par une partie des enseignants.
01:37On est à la rentrée 1989.
01:40Que représente le voile à cette époque ?
01:42Le voile à cette époque n'est pas du tout la signification qu'il peut avoir aujourd'hui.
01:46À cette époque-là, il faut réfléchir qu'on est juste après les commémorations du bicentenaire de la Révolution française,
01:53qui a un grand moment en France pendant l'été.
01:55Il y a eu plein de commémorations dans tous les villages.
01:58On a parlé des valeurs républicaines, etc., sur un mode très joyeux.
02:02Et on est avant un autre événement qui est en train de commencer à se passer,
02:05qui est la chute du mur de Berlin.
02:07Et ça, c'est un élément important à comprendre,
02:09notamment par rapport à la vie intellectuelle en France,
02:12parce qu'on est dans un grand basculement.
02:14Les idées et les clivages traditionnels sur lesquels se basaient les intellectuels
02:19pour un peu décrire le monde et pour prendre parti,
02:22sont en train de s'effondrer.
02:23Donc, on est dans une espèce de dislocation des idées.
02:29Le 18 septembre 1989, trois collégiennes se voient refuser l'entrée du collège.
02:35Depuis la rentrée, elles viennent au collège avec un foulard.
02:39Ce jour de septembre, le principal envoie un courrier aux familles,
02:43donc aux parents des trois filles,
02:45pour leur expliquer qu'elles n'ont pas le droit de venir voiler en classe
02:49et que l'entrée de la classe leur sera interdite.
02:52Après ce courrier, il se passe pendant quelques jours pas grand-chose.
02:55On les accueille quand même dans l'établissement,
02:57mais au sein du CDI, la bibliothèque.
02:59Mais l'accès en classe, proprement dit, leur est interdit.
03:02Qui sont ces trois jeunes filles ?
03:03Il y a deux sœurs, Leïla et Fatima Acharboun,
03:06qui sont respectivement en classe de quatrième et de troisième.
03:10Leur père est ouvrier chez Chausson,
03:11qui est un sous-traitant de l'industrie automobile locale.
03:16Le père est marocain, elles sont françaises.
03:19Et la troisième personne, c'est Samira Saïdani,
03:23qui est une jeune fille qui est en classe de quatrième.
03:25Son père est responsable d'une salle de prière à Creil.
03:28Mais c'est trois jeunes filles qui ne font pas spécialement parler d'elle.
03:31C'est des collégiènes ordinaires,
03:32comme il y en a des dizaines d'autres dans ce collège Gabriel Havez.
03:36Elles avaient déjà mis leur foulard ?
03:38Oui, elles l'avaient mis au mois d'avril, dans l'année scolaire précédente.
03:42Le principal avait convoqué les parents,
03:44leur avait expliqué que ce n'était pas possible,
03:46et elle l'avait enlevé.
03:50Vous avez revu le principal de ce collège de Creil récemment.
03:54Est-ce que vous pouvez nous parler de sa personnalité ?
03:56C'est une personnalité extrêmement complexe.
03:58Quand je l'ai rencontrée il y a quelques jours à Saumur,
04:03dans sa maison à la campagne,
04:04il m'a fait l'effet d'un homme à la fois très cultivé,
04:08en même temps assez sanguin.
04:10Pour qui, c'est évident quand on le voit,
04:12l'idée d'être seul contre tout, ça ne le dérange pas, lui.
04:15Il se vit comme un samouraï, il le dit.
04:17Il a d'ailleurs dans son bureau un sabre de samouraï,
04:20qu'il avait déjà à l'époque de Creil et qui était exposé dans son bureau.
04:23En tout cas, lui est parti du départ avec cette conviction
04:26que la laïcité était en danger, était bafouée.
04:30Et donc il s'est mis en tête que c'était son combat,
04:33et qu'il allait aller jusqu'au bout, envers et contre tout.
04:36Et même si le ministre ou le président de la République
04:38lui demandaient de faire marche arrière, il ne cédait pas.
04:41Et donc il demande à ces trois collégiennes d'enlever leur voile.
04:44Pour lui, la règle est très simple, c'est contraire à la laïcité.
04:47Et c'est ce qu'on verra ensuite, et c'est ce qui fait que l'affaire va devenir très
04:50problématique,
04:51c'est que la règle n'est pas si simple que ça.
04:53Mais pour lui, c'est une question de principe.
04:54On ne vient pas à l'école républicaine avec un signe qui montre son appartenance religieuse.
04:59Et en fait, il explique sa décision par une autre histoire,
05:03qui s'est passée peu de temps avant.
05:04Il y avait un groupe au collège d'élèves de confession juive
05:08qui, disons, avait fait parler d'eux
05:10parce qu'ils refusaient d'aller en classe le vendredi et le samedi
05:13pour respecter le shabbat.
05:15Et le principal s'était ému de ça.
05:17Après avoir été alerté par les enseignants,
05:19il était allé voir l'internat où étaient logés ses collégiens
05:22pour demander ce qu'ils respectent les emplois du temps.
05:26Et il s'était vu refuser cela par la direction de cet internat.
05:29Et au cours de ces discussions sur ce sujet,
05:32avec les enseignants en salle des profs,
05:34certains ont dit, mais on a un autre problème,
05:36il y a des jeunes filles qui arrivent voilées.
05:37Et donc le principal s'est mis en tête de régler ce problème de laïcité.
05:42Lui a vu tout de suite un problème de laïcité.
05:43Il s'est dit, il faut mettre un stop, sinon on finira jamais.
05:46Le problème, c'est que l'affaire s'emballe.
05:50L'affaire s'emballe notamment avec un article du Courrier Picard le 3 octobre.
05:54Le Courrier Picard, au départ, fait un article classé à la rubrique des faits divers.
05:58Il est assez succinct, mais il décrit tout de suite le principal
06:01comme un homme aux idées très arrêté.
06:05Donc dès le départ, la manière dont on relate l'affaire
06:07part sur un mode, disons, un petit peu polémique.
06:11Assez vite, il y a une dépêche AFP
06:14et des articles qui vont devenir très très nombreux.
06:17Les historiens toujours ont relevé que sur la période,
06:19entre octobre et décembre,
06:21il y aura 500 articles dans la presse nationale qui vont paraître.
06:24C'est énorme pour l'époque.
06:25Les radios et les télévisions s'engouffrent aussi dans la brèche.
06:28Ça devient vraiment l'affaire dont tout le monde parle.
06:32On ne peut pas y échapper.
06:34Pendant tout le mois d'octobre, à 16h, l'heure de la sortie,
06:37il y a régulièrement beaucoup de caméras devant le collège.
06:40Samira, Leila et Fatima fuient les caméras.
06:44C'est le ras-le-bol général.
06:46Les parents se font de plus en plus rares à la sortie des classes,
06:49hésitant à braver l'agitation commune
06:52et à vivre sous la pression constante des médias.
06:55J'étais il y a peu de temps à Creil,
06:57j'ai rencontré une maman d'élève
06:58qui représente les parents d'élèves actuellement
07:00et qui à l'époque était collégienne.
07:01Elle était en sixième au moment de l'affaire.
07:03Elle me racontait qu'elle se faisait encore plus petite
07:07que se font les petits enfants de sixième
07:09parce qu'elle était très impressionnée par tout ce monde
07:11à la sortie de l'école.
07:13Et il faut s'imaginer énormément de caméras
07:15qui suivent les élèves,
07:17qui suivent évidemment les trois jeunes filles,
07:19les trois protagonistes de l'affaire,
07:20qui se mettent à courir pour échapper aux caméras.
07:22Enfin, il y a des scènes de confusion comme ça
07:24presque quotidiennement devant l'établissement.
07:26Dès le 8 octobre, Lionel Jospin,
07:28alors ministre de l'Éducation nationale,
07:30intervient publiquement.
07:31Il ne faut pas afficher à l'école
07:33les signes des différences religieuses.
07:34Donc par foulard par exemple.
07:36Ça voudrait dire ça.
07:37Mais je mets avant cela un autre principe
07:41qui est que l'école en France
07:43doit accueillir tous les enfants.
07:45L'école ne doit pas être un lieu de refus ou d'exclusion.
07:47Et à mon avis,
07:48le fait qu'un enfant arrive avec un foulard
07:51ne doit pas être un motif pour l'exclure
07:53ou pour ne pas l'accepter à l'école.
07:56En disant ça,
07:57il ne donne pas une réponse très nette
07:59et ça ne fait finalement qu'enflammer
08:00encore un peu plus le débat
08:01alors que justement,
08:03il souhaitait temporiser.
08:04Le gouvernement de Michel Rocard
08:05ne comprend pas tout de suite
08:06l'ampleur de cette affaire ?
08:07En interne,
08:08Michel Rocard
08:09et le président de la République,
08:11François Mitterrand,
08:12soutiennent la position
08:12de leur ministre de l'Éducation nationale,
08:14Lionel Jospin.
08:15Ce dont on a l'impression
08:16quand on regarde les archives de l'époque,
08:19qu'on lit la presse,
08:19c'est que le gouvernement
08:21n'a pas pris la mesure
08:21du fait que la grenade
08:23était déjà dégoupillée quelque part.
08:25Ils font tout ce qu'ils peuvent
08:26pour temporiser,
08:27pour faire en sorte
08:27que l'affaire ne monte pas.
08:29Or, en fait,
08:29elle est déjà là.
08:30À ce moment-là,
08:31les deux camps sont déjà très divisés ?
08:33Il y a une division
08:34qui traverse tous les camps
08:35et ce qui est flagrant d'ailleurs,
08:37c'est de voir que
08:38alors que le président de la République
08:39lui-même soutient son ministre,
08:41son épouse,
08:42Danielle Mitterrand,
08:43elle va prendre fait et cause
08:44publiquement à la télévision
08:45pour les jeunes filles.
08:46Quelles sont les forces en présence,
08:47en fait, à ce moment-là ?
08:48Qui dit quoi ?
08:48Par exemple,
08:49au sein du gouvernement,
08:50il y a des partisans
08:51de Lionel Jospin,
08:53il y en a d'autres
08:53qui trouvent qu'il faudra
08:54avoir une position
08:55beaucoup plus tranchée.
08:57Au Parti Socialiste,
08:58c'est un grand sujet de débat aussi
08:59entre les jeunes socialistes
09:00qui seraient quand même
09:01pour une attitude,
09:02disons,
09:03d'accueil des jeunes filles,
09:04même voilées.
09:05D'autres sont sur une ligne
09:07beaucoup plus laïcarde,
09:08beaucoup plus stricte.
09:09En fait, là,
09:10toutes les cartes se brouillent
09:11et même au sein du pouvoir,
09:13au sein du gouvernement,
09:14on n'est pas clair
09:15sur ce qu'il faut faire.
09:17Suite à la décision
09:18du principal
09:20du collège de Creil,
09:22comment réagissent
09:22les associations musulmanes ?
09:24Pour les associations musulmanes,
09:26l'affaire, en fait,
09:27devient très vite
09:28une course au leadership
09:29pour porter la voix
09:30des musulmans en France.
09:31Il faut savoir
09:32qu'à ce moment-là,
09:33l'islam en France
09:34n'est absolument pas représenté.
09:36Il n'y a pas de porte-parole
09:37de l'islam en France
09:38comme ça peut exister
09:39pour d'autres religions.
09:40Et ça va devenir un enjeu.
09:41L'enjeu, il va être en partie là
09:43pour ces associations,
09:44de savoir qui porte la voix
09:46des musulmans en France
09:47et donc sous quelles lignes
09:48et quelles personnes
09:49liées à quelles organisations,
09:51de quelles mouvances
09:52et de quel pays.
09:53Donc, c'est des enjeux
09:54qui dépassent finalement
09:54très largement Creil
09:55et les trois jeunes filles
09:56du collège.
09:58J'imagine que pour ces associations,
10:00les jeunes filles
10:01doivent être accueillies
10:01en classe
10:02dans leur collège de Creil ?
10:03Elles ne soutiennent pas
10:04toutes la même position.
10:06Certaines vont encourager
10:07les jeunes filles
10:08à aller jusqu'au bout
10:08de leur combat en expliquant
10:10que c'est un combat légitime
10:11et qu'elles ont le droit
10:12de le porter.
10:13D'autres essayent
10:14de temporiser un petit peu plus
10:15parce que jusque-là,
10:17il n'y avait pas
10:17de commandement
10:18venu d'une association
10:20ou d'une voix religieuse
10:21particulière.
10:22en France en tout cas
10:23pour dire que les jeunes filles
10:25musulmanes doivent porter
10:26un voile.
10:27Le 22 octobre 1989,
10:30une marche est organisée.
10:31800 personnes défilent à Paris
10:32pour la liberté
10:34de porter le voile.
10:34C'est une marche qui est organisée
10:36par deux associations
10:37ultra minoritaires
10:38qui ont une ligne très dure
10:39et qui ne reflète pas
10:40spécialement les musulmans
10:42en France.
10:42Le problème,
10:43c'est que cette manifestation-là
10:44qui va être très couverte
10:45et très médiatisée,
10:47va encore jeter de l'huile
10:48sur le feu
10:48parce qu'elle radicalise
10:49les positions de part et d'autre.
10:51Manif pour un foulard,
10:52le hijab.
10:52Le hijab est notre honneur,
10:54il est notre identité.
10:55Ils étaient environ 800 hommes
10:56à manifester cet après-midi
10:58pour le port du foulard islamique,
11:00de Barbès à la République,
11:01à l'appel de deux organisations
11:03dont la Voix de l'Islam,
11:04car toutes les autres
11:05associations islamiques,
11:06environ 80,
11:08déconseillées, je cite,
11:09et jugeaient inopportune
11:10la tenue d'un tel rassemblement.
11:12Les vacances de la Toussaint passent,
11:14mais l'affaire ne se calme pas.
11:15Au contraire,
11:16le 2 novembre,
11:17cinq intellectuels
11:18signent dans l'hebdomadaire
11:19le nouvel observateur,
11:20une lettre ouverte
11:21au ministre Lionel Jospin.
11:22Le gouvernement se disait
11:24que les vacances
11:24de la Toussaint qui approchaient
11:26allaient justement
11:27faire que l'affaire
11:28allait s'éteindre d'elle-même
11:29et qu'on n'en parlerait plus.
11:31Et en fait,
11:32ce que redoutait Lionel Jospin
11:33à ce produit,
11:33c'est que le monde
11:34intellectuel et politique
11:36s'en est emparé.
11:37Et là,
11:38la boîte de Pandore
11:39est vraiment ouverte.
11:40Cette lettre ouverte,
11:41elle est signée
11:42par cinq personnes
11:43dont Elisabeth Badinter,
11:45Régis Debré
11:46et Alain Finkielkraut
11:47qui vont vraiment
11:48au lance-flamme.
11:49C'est extrêmement dur
11:51les termes de la lettre.
11:52Le titre,
11:52c'est « Profs ne capitulons pas »
11:54et ils vont jusqu'à parler
11:55d'un Munich
11:56de l'école républicaine.
11:57C'est-à-dire qu'ils comparent
11:58finalement la position
12:00de ces jeunes filles
12:01qui sont venues voiler
12:02un jour au collège
12:03de Creil-Gabrielle Havez
12:04à la tentative
12:05de coup d'État
12:06des nazis
12:06dans les années 1920
12:07pour prendre le pouvoir
12:08en Allemagne.
12:09Donc on est dans des sommets
12:10de radicalisation
12:11du débat.
12:15Le 4 novembre,
12:17Lionel Jospin saisit
12:18le Conseil d'État
12:19qui rend sa décision
12:20le 27 novembre.
12:22Et le Conseil d'État,
12:23il explique que
12:24le voile en soi
12:26n'est pas une entrave
12:28à la laïcité.
12:29C'est-à-dire que l'objet voile,
12:30le fait de l'avoir sur la tête,
12:31n'est pas tout seul
12:32contraire à la laïcité.
12:33Ce qui est contraire
12:34à la laïcité,
12:35c'est d'en faire un étendard
12:36quelque part
12:37et un objet
12:38de prosélytisme.
12:40Bonsoir.
12:41L'actualité aujourd'hui
12:42passe par le Conseil d'État
12:43qui vient de remettre
12:44sa copie
12:44sur l'affaire
12:45du voile islamique.
12:46Les sages ont décidé,
12:47petit 1,
12:48que le port du foulard
12:49en classe est possible
12:49à condition
12:50qu'il ne perturbe
12:51pas l'école.
12:52Petit 2,
12:53que les élèves
12:53doivent assister
12:54à tous les cours
12:54sous peine d'exclusion.
12:56Petit 3,
12:56que les directeurs
12:57d'établissements
12:58sont maîtres chez eux.
12:59Donc en fait,
13:00la situation
13:00n'est pas du tout réglée.
13:01Et au même moment,
13:02de nouvelles affaires de voile
13:03éclatent ailleurs en France.
13:04Ce qui se passe,
13:05c'est que la presse
13:06en cherche de nouvelles affaires
13:07et elle en trouve
13:08puisqu'elles existent.
13:08Il y avait déjà
13:09des jeunes filles
13:10qui portaient le voile
13:10en classe
13:11avec des réactions
13:12différentes
13:12d'un établissement scolaire
13:14à l'autre.
13:14Alors il faut ramener
13:15quand même le problème
13:16à sa juste mesure.
13:17Lionel Jospin,
13:18au moment où l'affaire
13:19a éclaté,
13:19avait demandé
13:20au service
13:21de l'éducation nationale
13:21de faire un état
13:22des lieux du problème.
13:23La note est rendue
13:24en 1990
13:25et elle fait état
13:26de 400 cas
13:27de jeunes filles
13:28voilées en France
13:29sur des millions
13:30de collégiennes.
13:31Donc c'est une toute
13:32petite goutte d'eau
13:33mais évidemment
13:34comme la focale
13:35est sur ce sujet,
13:37il y a des affaires
13:38partout,
13:39notamment en région parisienne,
13:40à Montfermeil,
13:41à Noyon-en-Picardie
13:42ou alors encore
13:44à Marseille
13:44ou à Avignon.
13:45Le 2 décembre,
13:46le roi du Maroc
13:47en personne
13:48intervient à la demande
13:49du ministère
13:50de l'Intérieur français.
13:51Ça paraît assez incroyable
13:52mais l'affaire a pris
13:53de telles proportions
13:54que le gouvernement
13:54s'en remet
13:55à un état étranger
13:56pour régler la question.
13:58Et donc Pierre Jox
13:59qui est ministre de l'Intérieur
14:00demande au service consulaire
14:01du Maroc
14:02de prendre position
14:03parce que Fatima
14:04et Leïla
14:05à Charboun
14:06sont d'origine marocaine.
14:08Donc le roi du Maroc
14:09par ses services
14:10leur fait savoir
14:11qu'il serait de bonne aloi
14:12qu'elles retirent leur voile,
14:14que d'ailleurs au Maroc
14:14les femmes ne sont pas voilées
14:16et qu'il faut mettre
14:17un terme à tout cela.
14:18Et ce qu'elles font
14:18le lendemain,
14:19elles arrivent au collège
14:20sans voile.
14:22Cette affaire de Creil
14:23est réglée localement
14:24puisque les filles
14:26ne viennent plus en classe
14:27avec le foulard
14:27mais ces affaires de voile
14:29vont ressurgir
14:29de manière régulière
14:30dans le débat
14:31pendant encore des années
14:32et des années.
14:35Cette affaire a fracturé
14:37en interne
14:37toutes les organisations
14:38qui existaient à l'époque ?
14:39Absolument toutes.
14:40Que ce soit
14:41les organisations politiques
14:42à gauche, à droite.
14:43La gauche est au pouvoir
14:44à ce moment-là
14:45et la gauche en sort
14:46complètement dispersée.
14:47Les organisations féministes
14:49sont divisées aussi
14:50sur le sujet
14:51entre celles qui estiment
14:52que le voile
14:52est une contrainte
14:53et celles qui sont
14:54pour un accueil
14:56des femmes
14:57quelles que soient
14:57leurs origines,
14:58leurs convictions
14:59et religieuses notamment.
15:01La fracture,
15:01elle va aussi
15:02toucher les syndicats.
15:04D'ailleurs,
15:04le principal syndicat
15:05d'enseignants de l'époque,
15:06l'ESNI,
15:07le syndicat national
15:08des instituteurs,
15:09n'y survivra pas.
15:10Quelques années plus tard,
15:11il se disloque littéralement
15:13coupé en deux
15:13par cette affaire.
15:14Cette affaire a été
15:15un point de départ
15:17dans la relation
15:17de la France
15:18avec le voile islamique ?
15:20Avant Creil,
15:22on parlait très peu
15:23du voile
15:23où quand on voyait
15:24une femme voilée,
15:25on parlait d'un fichu
15:26finalement,
15:27puisqu'on avait l'habitude
15:28de voir des femmes
15:29avec la tête couverte
15:30sans que ce soit
15:30forcément un signe religieux.
15:32Et avec Creil,
15:34le fichu devient un voile.
15:36On parle de Tchador aussi,
15:37l'affaire du Tchador,
15:39voile islamique.
15:40Ça, c'est toute une terminologie
15:42qui apparaîtra
15:43au moment de l'affaire de Creil.
15:45Et l'affaire de Creil
15:46est pour les historiens
15:47complètement fondatrices
15:48d'une chose,
15:48c'est que c'est le premier moment
15:50où la laïcité
15:51se confronte
15:51à une autre religion
15:52que le catholicisme
15:53qui est l'islam.
15:55Il a fallu attendre 2004
15:56pour que la loi
15:58restreigne le port
15:59des signes religieux
16:00dans les établissements scolaires.
16:02D'abord,
16:02pourquoi avoir
16:03attendu toutes ces années ?
16:05Parce que la question
16:06était épineuse
16:06et personne ne voulait
16:07tellement s'y frotter.
16:09Mais il y a eu
16:09des tentatives successives.
16:11Par exemple,
16:11en 1994,
16:12le ministre de l'Éducation nationale
16:14de l'époque,
16:14François Bayrou,
16:15prend une circulaire
16:18qui modifie un petit peu
16:19la précédente circulaire
16:20qui était celle
16:20de Lionel Jospin
16:21en expliquant
16:22qu'il y a des signes
16:23religieux discrets
16:24et des signes religieux
16:25ostentatoires.
16:26Et c'est au chef
16:26d'établissement
16:27de faire la différence
16:28entre ce qui est discret
16:29et ce qui est ostentatoire.
16:30En fait,
16:30ce qui est visé
16:31dans cette circulaire,
16:31c'est le voile,
16:32mais il n'est absolument
16:33jamais cité
16:33dans la circulaire.
16:34Et chacun se débrouille
16:35un peu avec ça.
16:36Il y a des établissements
16:37scolaires dans ces années-là
16:38qui, dans leurs règlements
16:39intérieurs,
16:40disent que le voile
16:41est interdit.
16:42A chaque fois,
16:43ces règlements
16:44sont attaqués
16:45au niveau
16:46du tribunal administratif
16:47et à chaque fois,
16:48les établissements
16:49perdent parce que
16:49la jurisprudence
16:50du Conseil d'État
16:51dit l'inverse.
16:52Donc, il y a
16:52une espèce de confusion.
16:54Au bout d'un moment,
16:55sous la présidence
16:56de Jacques Chirac,
16:56il est décidé
16:57de réunir une commission
16:58qui s'appellera
16:59la commission Stasi
16:59qui fera un travail
17:01assez important
17:02sur ce sujet
17:03et qui aboutira
17:04à une loi
17:06qui est parue
17:07en 2004
17:07et qui, là,
17:09pose un cadre
17:10très clair
17:10qui est l'interdiction
17:11pure et simple
17:12des signes religieux
17:13à l'école.
17:14Est-ce que cette loi
17:15a réglé le problème
17:16aujourd'hui ?
17:16Dans les établissements
17:17scolaires, oui.
17:18En tout cas,
17:19à ce que disent
17:20les chefs d'établissement,
17:21ce qui est relevé
17:22par les commissions
17:23qui travaillent
17:24sur ces sujets
17:24dans l'éducation nationale,
17:25c'est que
17:26le port de signes religieux
17:28et notamment du voile
17:29à l'école
17:29n'est plus vraiment
17:30un problème.
17:31Il peut arriver
17:31que des élèves
17:32arrivent avec un bandeau
17:33jugé trop couvrant
17:34qui en va demander
17:35de le retirer
17:35mais globalement,
17:36on a quand même
17:37changé d'époque
17:38parce que comme il y a
17:38une charte de la laïcité
17:39qui a été publiée
17:40en 2014
17:42et qui est affichée
17:43dans tous les établissements
17:44scolaires,
17:45les règles sont très connues
17:46par les élèves
17:46et donc globalement,
17:47elles ne sont plus
17:48tellement discutées.
17:49Il y a d'autres atteintes
17:50à la laïcité
17:50qui peuvent exister
17:51mais elles portent
17:52quand même beaucoup moins
17:52sur le foulard.
17:55Finalement,
17:55cette loi de 2004,
17:56elle a donné raison
17:57au principal Ernest Chénière.
17:59Est-ce qu'il vit ça
18:00comme une victoire aujourd'hui ?
18:01Alors pas du tout
18:02parce qu'à l'époque
18:03de la loi,
18:04en 2004,
18:05il était placardisé.
18:08Il a été muté
18:09en fait en 2000
18:10dans le Maine-et-Loire,
18:12près de Saumur d'abord,
18:13comme chef d'établissement
18:14sauf que depuis l'affaire,
18:16il a une étiquette facho
18:18collée dans le dos
18:18réellement
18:19pour une partie
18:20des enseignants en tout cas
18:21et quand il est arrivé
18:22dans ce département,
18:23il a été accueilli
18:23comme vraiment
18:24un symbole de discorde
18:26et en fait,
18:26l'Éducation nationale
18:27a pris la décision
18:28de le retirer
18:29un petit peu des affaires.
18:31Il ne fallait pas
18:31qu'il soit trop
18:32sur le devant de la scène
18:32donc il a été muté
18:33d'abord aux archives départementales
18:35pour une mission
18:36puis à l'École nationale
18:38d'équitation de Saumur
18:39qui est très prestigieuse
18:40mais qui n'a rien à voir
18:42avec la carrière
18:42qu'aurait souhaité,
18:44je pense,
18:44faire un enseignère.
18:45Et donc,
18:46lui,
18:47quand la commission Stasi
18:48se réunit,
18:49il enrage,
18:50il aurait adoré
18:51participer à cette commission
18:52et participer à cette loi.
18:54Il est complètement
18:55mis sur la touche.
18:56Il est amer aujourd'hui ?
18:57En tout cas,
18:57il a l'impression
18:58de ne pas avoir été entendu
18:59ou il a l'impression
19:00qu'on lui colle
19:01une image
19:02presque d'extrême droite
19:03ce dont il se défend
19:05à corps et à cri.
19:17Merci à Christelle Brigodeau.
19:19Dossier préparé et produit
19:20par Clara Garnier-Amourou,
19:23réalisation Alexandre Ferreira.
19:25Code source
19:26et le podcast
19:26d'actualité du Parisien
19:28disponible sur
19:29leparisien.fr,
19:30toutes les applis de podcast
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19:32Deezer et Spotify
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