- il y a 9 heures
Chaque année en France, 1 enfant sur 30 né grâce à la procréation médicalement assistée. La PMA sera ouverte d’ici cet été aux couples de femmes et aux femmes seules, selon le gouvernement. Le projet de loi sur la bioéthique, dont la mesure phare est la PMA pour toutes, a été voté le mardi 15 octobre en première lecture à l’Assemblée. A quelques mois de son adoption définitive, les opposants à cette mesure défilent dans la rue. Ils étaient près de 75.000 le 6 octobre, à Paris et d’autres manifestations sont prévues. Dans ce contexte, chez Code source, nous avons voulu prendre le temps d’écouter Bastien, né d’une PMA réalisée en Belgique... il y a 23 ans. C'est un reportage de Clawdia Prolongeau. Direction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Clara Garnier-Amouroux et Jeanne Boezec - Réalisation et mixage : Alexandre Ferreira - Musiques : François Clos - Identité graphique : Upian.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavie pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:15Chaque année en France, un enfant sur 30 naît grâce à la procréation médicalement assistée, la PMA,
00:21qui sera ouverte d'ici cet été selon le gouvernement aux couples de femmes et aux femmes seules.
00:26Le projet de loi sur la bioéthique, dont la mesure phare est la PMA pour toutes, a été voté le
00:30mardi 15 octobre, en première lecture à l'Assemblée,
00:33à quelques mois de son adoption définitive. Les opposants à cette mesure défilent dans la rue.
00:39Ils étaient près de 75 000 le 6 octobre à Paris. D'autres manifestations sont prévues.
00:45Dans ce contexte, chez CodeSource, nous avons voulu prendre le temps d'écouter Bastien, né d'une PMA réalisée en
00:52Belgique, il y a 23 ans.
00:54J'ai deux mamans, et alors ? C'est un reportage de Claudia Prolongeau.
01:02Je m'appelle Bastien, j'ai 23 ans. Je suis étudiant en cinéma, j'habite à Paris depuis 5 ans,
01:08et avant ça j'habitais dans une ville de taille moyenne, dans le centre de la France.
01:11Bastien consacre presque l'intégralité de son temps au cinéma.
01:15Entre deux séances, il accepte de me rencontrer.
01:18C'est un jeune garçon brun, souriant et sympathique, qui ressemble à n'importe quel autre étudiant parisien.
01:24Le cliché de « les petites villes, les villages, oh là là, c'est pas comme dans les grandes villes,
01:29ils sont fermés d'esprit », c'est faux, c'est complètement faux.
01:32Moi, j'ai passé la moitié de mon enfance à aller souvent dans un petit village, et ça n'a
01:37jamais posé de problème, vraiment.
01:40Et tout le monde le savait, et quand ils ne savaient pas, j'expliquais, ça n'a jamais été un
01:43souci.
01:43Mon enfance a été très simple, en fait, j'ai jamais eu de soucis à cause de ma famille, quoi.
01:48Vraiment, ça a toujours été accepté par tout le monde le savait, tous mes amis le savaient, et quand ils
01:52ne le savaient pas, je leur expliquais ça pendant des trois secondes, quoi.
01:55Je suis né grâce à une PMA, et j'ai deux mamans.
01:58Je me rappelle, la seule anecdote un petit peu rigolote que j'ai avec ça, c'est sur les fiches
02:03à l'école, où il fallait marquer le métier du père et de la mère.
02:05Quand j'étais plus petit, je rayais père, tout simplement, puis je marquais mère à chaque fois.
02:09Mais le problème, c'est que mes deux mamans font le même métier.
02:12Donc, en fait, je marquais deux fois le même métier, et puis, alors, ça arrivait qu'il y avait les
02:15profs qui allaient nous voir qui disent
02:16« Tu t'es trompé, là, t'as marqué deux fois la même chose, donc il fallait que j'explique,
02:20et puis voilà. »
02:21Et il y a eu un moment où, en fait, j'en ai juste eu marre, mais pas, parce que
02:24c'était juste de la flemme, en fait.
02:25C'est juste que je me disais « Bon, je ne vais pas réexpliquer, c'est bon, ils font la
02:28recherche, donc je m'arrête juste de père, et puis voilà, quoi. »
02:31Oui, une enfance heureuse, oui, ça va, sans le moindre doute, oui.
02:42Ça n'a jamais gêné les gens en face de moi quand je leur disais que j'avais deux mamans,
02:46en fait.
02:46Dans la ville où j'ai grandi, tout le monde le savait, parce que c'est une petite ville, donc
02:50en fait, tout le monde connaît la situation à peu près de tout le monde.
02:52Et puis, généralement, quand j'arrivais au collège ou au lycée, il y avait forcément des gens qu'on rencontrait,
02:56donc je leur expliquais la situation à nouveau.
02:59Et ça durait peut-être deux secondes d'incompréhension, où ils disaient « Ah merde, en fait, son père est
03:02mort, ah non, il n'est pas mort, il n'en a pas. »
03:04Bon, ok. Et puis ça passait à autre chose, en fait, ça n'a jamais été un choc pour eux.
03:08J'avais des amis qui avaient qu'un père, qu'une mère, des parents divorcés, enfin, je n'ai jamais
03:13vu la famille comme un papa, une maman, et c'est tout.
03:15Mais c'est vraiment récemment, j'ai envie de dire, depuis que je suis à Paris, et puis surtout depuis
03:20qu'il y a tous ces débats autour de la PMA,
03:22que je me suis rendu compte vraiment que le modèle familial auquel j'avais grandi n'était pas forcément accepté
03:26par tous et aussi simple que moi je l'ai toujours ressenti.
03:30Comment vous les appelez ?
03:31Maman et ma reine, tout simplement pour différencier les deux.
03:35Quand j'étais petit, je disais juste « maman », elle m'a raconté ça à plusieurs reprises, donc j
03:38'appelais « maman », et puis les deux arrivaient en courant,
03:40donc forcément, à un moment, c'est devenu compliqué, donc il a fallu trouver deux mots, mais sinon, il n
03:44'y a aucune différence pour moi.
03:45Légalement, ça a été un peu plus compliqué, je sais que ma deuxième mère, jusqu'au mariage pour tous, et
03:50moi, elle a pu se marier avec ma mère,
03:52n'était pas reconnue comme ma mère, elle n'est toujours pas reconnue comme ma mère, d'ailleurs, elle a
03:55pu m'adopter, maintenant qu'elle est mariée,
03:58mais avant ça, c'était beaucoup plus compliqué.
04:03Le monde en a toujours parlé, en fait, j'ai toujours su, quand j'étais petit, que j'avais deux
04:07mamans, et en même temps, ça me paraît logique,
04:09parce que, bon, je ne vois pas, à 15 ans, ma mère qui me dit « il faut que je
04:11te dise un truc, je ne suis pas ton père ».
04:15Après, les détails de comment ça s'est passé, progressivement, on me le racontait de plus en plus, mais tout
04:20simplement,
04:20parce que j'étais trop jeune pour comprendre et pour m'y intéresser, très franchement, quand on est à 10
04:24ans, on s'en fiche un peu de tout ça.
04:26Là, c'est très récemment qu'on en parle beaucoup plus, logique, parce qu'avec l'actualité, forcément, je pose
04:31plus de questions à mes parents,
04:33mais ça a toujours été quelque chose que j'ai su, et que dans ma famille, tout le monde le
04:37sait,
04:37tout le monde en a parlé très ouvertement, donc ça n'a jamais été un secret.
04:41Maintenant, après, voilà, il y a des choses qu'on peut expliquer plus facilement à quelqu'un d'adulte qu
04:44'à un enfant.
04:47Bravo pour votre courage !
04:49La manif pour tous existe depuis le 17 novembre 2012.
04:52En France, c'est le principal collectif d'associations,
04:55à l'origine des plus importantes manifestations d'opposition à la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe.
05:01Brader les intimidations, le politiquement correct et les injonctions moralisatrices au nom d'une pseudo-égalité.
05:11Je suis arrivé à Paris juste après la manif pour tous, je pense.
05:14Je n'ai plus les dates en tête, ça fait 5 ans que je suis là, donc voilà.
05:18Et donc c'était encore vraiment très très présent quand je suis arrivé.
05:23En venant manifester aujourd'hui, vous sonnez le toxin,
05:29le danger en effet que nous annoncions est désormais là.
05:33Mais je ne l'ai pas vécu en tout cas, je n'étais pas à Paris au moment où ça
05:36se passait,
05:37et là où j'habitais, il n'y a eu aucune manif.
05:40Donc je ne m'en suis pas rendu compte, j'ai vraiment vécu ça de loin.
05:43Ça ne se passe pas plus mal.
05:447 ans après sa création, alors que les députés viennent d'adopter la loi bioéthique
05:48qui ouvre la PMA à toutes les femmes, il renaît de ses cendres.
05:52Le dimanche 6 octobre, une manifestation pour contester le vote de cette loi
05:57réunit à Paris 74 500 personnes selon un comptage indépendant.
06:01Je pense que dans ce débat, il y a une part évidente d'homophobie de la part de certaines personnes.
06:05Comment voulez-vous qu'un enfant soit né de deux femmes ?
06:08Où est-ce que vous avez vu jouer ça ?
06:09Un enfant a besoin d'un père, un père a besoin d'un enfant.
06:12Je ne sais pas du tout que je sois homophobe, mais...
06:17Je pense que le vrai cœur du débat, il est autour du sexisme et du féminisme qui est vraiment là
06:22-dessus.
06:23C'était M. Mélenchon qui avait fait un discours à l'Assemblée nationale
06:26et qu'on soit pour ou contre sa politique, je pense qu'on peut tous s'accorder
06:30pour dire qu'il a dit quelque chose de vraiment très très bien.
06:32L'argument que je voudrais récuser, chers collègues, c'est que la nouvelle situation
06:38exclurait la présence des hommes.
06:41Du père, certes, ça va être formellement le cas sur l'état civil, mais des hommes, non.
06:47Car le couple de femmes a des frères, a des pères et peut-être des fois des fils.
06:56Donc il y aura des hommes, ils seront présents tels qu'ils sont.
06:59Il expliquait qu'en fait, le vrai problème avec la PMA, c'était que c'était la fin du patriarcat
07:03et qu'il y a certaines personnes qui n'arrivent pas à l'accepter, ça.
07:06Quand j'ai témoigné dans Le Parisien, j'ai vu un peu les commentaires, les retours des gens.
07:11Et pas une majorité, mais une bonne partie, un bon tiers des commentaires,
07:14c'était des hommes qui disaient « Ah bah du coup, les hommes, on ne sert plus à rien.
07:17Ah bah bravo, ah bah voilà ce que le féminisme nous amène. »
07:20Je pense que ce qui dérange beaucoup de gens, c'est cette idée que les femmes
07:24n'auraient pas forcément besoin des hommes pour avoir des enfants.
07:26Et ces hommes-là se disent « Ah bah du coup, on sert à quoi ? »
07:29C'est récurrent, tous les ans, on a une avancée dans le féminisme
07:32et tous les ans, on a les mêmes personnes qui vont venir nous rabâcher
07:35et que « Ah là là, c'est la fin du monde, on va tous mourir si les femmes prennent
07:38un peu de pouvoir. »
07:38C'est assez stupide, mais voilà.
07:40On est là aujourd'hui pour représenter la liberté d'expression.
07:42On s'exprime contre une loi qui est en train de passer et qui nous révolte
07:46parce qu'elle est profondément contraire aux lois naturelles
07:49et aux droits de la femme, aux droits de l'enfant surtout et aux droits des pères.
07:53On met les pères de côté, on ne les écoute pas, on les enlève carrément du système familial.
07:59Les manifestations ne me gênent pas trop dans le sens où je trouve ça bien qu'ils puissent manifester.
08:04À partir du moment où on veut s'exprimer, c'est très bien qu'ils puissent le faire.
08:06Ça serait plus problématique si on interdisait des gens de manifester.
08:10Maintenant, l'hostilité, je la ressens un petit peu sur les réseaux sociaux récemment
08:13parce que j'ai commencé à prendre la parole.
08:15et donc forcément, il y a des gens qui sont toujours de façon très anonyme
08:19et qui ne viennent pas forcément insulter, mais qui essayent un petit peu de chercher des problèmes.
08:25Récemment, on m'a traité d'égoïste parce que j'ai expliqué que je n'avais pas de problème
08:28en me disant que tu es égoïste de raconter que toi, ça va bien parce que tu n'es qu
08:31'une seule personne.
08:32Mais je comprends et puis on leur donne d'autres témoignages et puis après, ils trouvent autre chose.
08:35Donc après, il y a des gens qui sont vraiment juste dans la confrontation.
08:37Et quand c'est comme ça, ça ne me touche pas parce que je vois très bien que c'est
08:40juste des gens qui se sentent attaqués.
08:41Je ne sais pas exactement pourquoi, je ne connais pas leur situation personnelle,
08:43mais ce n'est pas des gens qui sont contre moi ou contre la PMA.
08:46Ils ont un problème intime avec ça et après, c'est à eux de le déconstruire.
08:50Ce n'est pas quelque chose qui, moi, va me toucher en tout cas.
08:54Nous avons quatre enfants. Mon mari a été pour beaucoup dans l'éducation des enfants.
08:59Ça leur a apporté une stabilité, je pense, d'avoir les deux parents.
09:03Pour créer naturellement, il faut un papa et une maman.
09:08Et moi, comme je pense qu'un enfant est un don de Dieu, il faut les deux.
09:14Il faut un père. Il faut un père.
09:18Le fait de priver un enfant volontairement de père pose évidemment problème.
09:24Et ce projet de loi, et ça a été dit certainement avant moi, pose bien d'autres questions.
09:28Il n'y a eu aucune réponse.
09:30C'est la raison pour laquelle nous avons finalement, avec une vingtaine d'associations,
09:34tous ensemble, donné rendez-vous dans la rue aujourd'hui.
09:37Je comprends que pour certaines personnes issues de PMA, ça soit douloureux de ne pas savoir qui est leur géniteur.
09:43Moi, ce n'est pas mon cas déjà, mais je ne parle qu'eux en mon nom.
09:46Ce n'est pas une généralité du tout que je fais.
09:48J'ai une curiosité qui est une curiosité génétique.
09:51Je voudrais bien savoir s'il y a des maladies, des trucs comme ça.
09:53Quand on va voir un médecin et qu'on demande s'il y a des antécédents cardiaques de la famille,
09:58nous, on n'a qu'un côté. On ne peut pas dire des deux côtés.
10:00On ne peut pas dire, oui, mon père, on ne sait pas pour ça.
10:02Donc, juste sur ça, ça pourrait être intéressant.
10:08Je n'ai jamais vu, même si ça doit exister, mais je n'ai jamais vu de personne qui me
10:11disait
10:11« J'ai deux mères, j'aimerais bien savoir qui est mon géniteur parce que j'aimerais savoir qui c
10:16'est, qui est mon père. »
10:18Si géniteur et père, ce n'est pas les mêmes mots, ce n'est pas pour rien.
10:20C'est parce que ce n'est pas la même chose.
10:22Un géniteur, ce n'est pas mon père, ce n'est pas quelqu'un qui m'a élevé, c'est
10:25un inconnu complet.
10:26Ça ne m'a jamais intéressé parce que ce n'est pas mon père.
10:28« Modifier les paramètres de cette PMA va forcément retentir sur l'enfant. »
10:34J'ai pris la parole publiquement quand j'ai vu passer cette vidéo.
10:38Sur les images, Pierre Lévy-Soussan, psychiatre et psychanalyste,
10:41et expert auprès de l'Assemblée nationale et du Sénat, prend la parole au palais Bourgmont.
10:46La vidéo est retweetée le 7 septembre par le compte de la Manif pour tous.
10:50« Dans une situation où, par exemple, il n'y aura absolument pas de père, pas de père tout court,
10:56c'est-à-dire, je ne parle pas justement de père biologique,
10:58mais lui supprimer justement cette valence qui permet jusque-là à tous les enfants issus de PMA
11:05à pouvoir se penser venir justement du couple,
11:09on sent bien que ces enfants seront défavorisés par rapport à d'autres. »
11:13« Puis j'ai fait une réponse en me disant « bonjour, je me permets de vous répondre
11:16parce que je suis issu de PMA et je vais bien, et je le sens mieux que vous parce que
11:19c'est mon cas.
11:20Donc j'ai répondu publiquement, ça a été beaucoup partagé,
11:23et c'est à ce moment-là que je me suis rendu compte qu'il y avait vraiment un déséquilibre
11:27au niveau de la parole,
11:28en fait, qu'on ne laissait pas la parole aux enfants issus de PMA
11:30et qu'on donnait beaucoup la parole à ceux qui ne connaissaient pas du tout cette situation. »
11:35« Je ne me considère pas comme un militant. Je sais qu'il y a beaucoup de gens qui m
11:39'accusent de l'être.
11:39Pour pas mal de gens qui sont contre la PMA, à partir du moment où on est un enfant issu
11:43de PMA, on est militant.
11:44Ce qui ne veut rien dire, parce que ça voudrait dire que tous les enfants nés de couple hétéro
11:47sont militants aussi pour l'hétérosexualité.
11:49Ça n'a aucun sens.
11:51Je ne me considère pas comme militant, mais je pense que c'est important pour moi de témoigner,
11:56parce que des enfants issus de PMA qui sont majeurs actuellement,
12:00déjà on n'est pas des milliards,
12:01et qui sont majeurs et qui accèdent de témoigner, on est encore moins.
12:05Donc je pense que c'est important de le faire,
12:07parce que si nous on ne parle pas, c'est les autres qui parlent pour nous,
12:09et quand on laisse parler pour nous, on voit ce que ça donne.
12:14En fait, on projette des fantasmes sur nos vies,
12:18souvent parce qu'il y a une peur, pour certaines personnes,
12:20qui disent « Ah ben oui, mais les pauvres gosses, ils n'ont pas de père,
12:22qui va leur apprendre à faire du vélo ? »
12:24« Il n'y a pas besoin d'être un homme pour apprendre à ton gamin à faire du vélo,
12:25ce n'est pas un truc. »
12:28Donc je fais ça quasiment tous les jours maintenant, sur Twitter.
12:32Je suis content que le débat arrive,
12:34mais je pense qu'il y a beaucoup de gens qui se reviennent pas assez de tout ça,
12:37et je pense que ça serait bien que le débat ne dure pas six mois.
12:41C'est comme pour le mariage pour tous,
12:42il y a un moment où il va falloir que ça s'arrête,
12:44parce que sinon ça devient ridicule,
12:46et puis là on n'est pas encore au stade où ça devient vraiment blessant,
12:50même si moi je mets toujours à la place d'un enfant de 12-13 ans
12:56qui a deux mamans, ils suivent PMA,
12:58ils se connectent à Internet,
12:59puis ils voient une publicité qui lui dit « Ah, t'es pas normal, t'as un problème,
13:02c'est une violence qui est assez forte,
13:04donc je me dis que c'est quand même important que s'ils regardent les commentaires,
13:06ils voient qu'il y a des gens qui disent « Non, c'est faux »
13:08et qu'ils déconcent un peu le discours,
13:09et puis qu'ils puissent se dire « Ah ben en fait, il y a des gens comme moi
13:11et que ça existe, qu'ils se sentent moins seuls. »
13:14Je suis content de faire ça pour eux.
13:16Je suis content d'autorité, la maman n'a pas plus d'autorité.
13:18Si on commence à faire juste des pères ou juste des mères,
13:21on va vers un autre modèle de société
13:22où les enfants vont évoluer différemment.
13:25Le père n'apportera jamais quelque chose de maternel quand même,
13:28il ne sait pas dans son caractère,
13:31c'est plutôt le commandement.
13:32Et les différences entre l'homme et la femme,
13:34on a nos différences, c'est dès le cas,
13:35la mère apporte une forme d'amour,
13:37de maternité, l'amour apporte l'enfant.
13:39Le père, il y a un côté de virilité,
13:41il y a un côté de soutien,
13:43de cadrage, comment se défendre dans la vie.
13:46Un côté peut-être plus physique, masculin,
13:48virilité que l'enfant a besoin.
13:50Du côté de la mère, quelque chose de plus amour, tendresse, etc.
13:53Il va leur manquer quelque chose dans leur éducation,
13:55dans leur affectivité, dans leur identité.
13:58De savoir se positionner,
14:00notamment pour les garçons,
14:01en tant que garçons et filles en tant que filles.
14:04Je ne veux pas être méprisant envers ces gens,
14:05parce que sincèrement, je comprends pourquoi ils manifent
14:08et je comprends vraiment ce qui les anime.
14:10J'espère que c'est une majorité,
14:11on va dire que c'est une majorité.
14:12Je vais y croire qu'ils sont là parce qu'ils ont peur pour nous
14:15et qu'ils veulent juste notre bien.
14:16Donc j'ai envie de dire, ok, c'est très bien,
14:18ces gens-là, on peut les rassurer.
14:20Après, il y a une autre partie qui sont plutôt là
14:21parce qu'ils sont homophobes,
14:24parce qu'ils ont des soucis avec tout ça,
14:25et là, c'est plus compliqué.
14:27J'espère qu'il y a une partie qui sont juste là
14:29parce qu'ils ont peur pour nous
14:29et ces gens-là, moi, j'ai juste envie de les rassurer.
14:32Après, il y a des trucs, je trouve, assez limites.
14:33Par exemple, le choix des dates
14:34pour les prochaines manifestations.
14:36Les dates qui ont été choisies
14:37sont des dates importantes
14:40pour les luttes féministes, homosexuelles et autres,
14:43et donc ce ne sont pas des dates choisies au hasard.
14:45Et ces dates-là reflètent aussi
14:47qu'il y a tout un courant dans ces manifestations
14:49qui n'est pas du tout là pour la PMA,
14:50mais qui est juste là parce qu'ils sont motivés
14:52par leur homophobie, par leur sexisme,
14:54par plein d'autres choses
14:56qui sont plus problématiques.
14:58Oui, parce que là, il y a le 1er décembre
14:59qui est supposé être la journée contre le sida,
15:02il y a le 8 mars,
15:02qui est la journée du droit des femmes.
15:04Ça, par contre, ça, ça me pose un souci.
15:06Qu'ils fassent des manifestations, c'est très bien,
15:08mais qu'il y a un peu de respect des deux côtés,
15:10qu'ils ne commencent pas à choisir des dates,
15:12qui sont réservées à d'autres luttes,
15:14d'autres causes,
15:15qui ne viennent pas un peu phagocyter tout
15:17avec leur conviction.
15:20Ils se sont rendus compte
15:22que tout le monde s'en fiche un peu de ce qu'ils font
15:24et que leur manifestation n'a pas été
15:26la révolution qu'ils voulaient.
15:28Donc, ils essayent un petit peu d'attirer l'attention
15:30comme ils peuvent
15:30et choisir ces dates, c'est de la provoque.
15:33C'est essayer de dire,
15:34on est là, regardez, parlez de nous.
15:37J'aime les hommes,
15:38alors je trouve que c'est vraiment minable
15:39de les réduire à un donneur de sperme.
15:42Parce que là, on leur enlève tout
15:43et on leur dit,
15:45vous n'êtes bon qu'à filer vos spermes.
15:47Je n'ai jamais été dans les manifs comme ça.
15:50Je vois les images de loin.
15:52J'ai hésité à aller à la dernière manif
15:54par curiosité
15:54pour essayer de parler avec des gens
15:55parce que j'aime bien quand même
15:56avoir ce contact
15:57et puis essayer de comprendre
15:58un peu ce qui les motive.
15:59Quand on parle à certains de ces gens,
16:01il y en a qui partent vraiment
16:03et ça m'est arrivé sur Twitter,
16:04quelqu'un qui arrive en me disant
16:04la PMA, c'est la fin du monde.
16:06On prend un quart d'heure,
16:07on parle avec cette personne
16:08puis à la fin de la conversation,
16:09c'est
16:09ah bah merde, je ne savais pas.
16:10Bah ok, bon bah ouais,
16:11la PMA, c'est bien en fait.
16:13Je ne me suis jamais posé la question
16:14d'à quel point ma filiation
16:17a structuré mon identité.
16:18Le fait d'avoir deux mères,
16:20déjà, je pense que je suis un peu plus ouvert
16:22sur certains trucs,
16:22sur le fait qu'une famille,
16:25il n'y a pas un modèle en particulier,
16:26sur la place des fans de la société,
16:28beaucoup.
16:29Je pense que c'est les deux gros apports
16:30que ça a eu sur moi.
16:31C'est vraiment ça.
16:32C'est le féminisme
16:33et le modèle familial.
16:35Moi je pense que c'est tout à fait légitime
16:36de poser la question.
16:37Écoutons les enfants
16:38qui maintenant sont devenus adultes
16:40dans beaucoup de pays
16:40et qui nous disent
16:42comment ils ont vécu
16:43entre deux mères
16:44ou avec seulement une mère.
16:45Étudions les études
16:47très nombreuses
16:48effectuées en Grande-Bretagne,
16:49aux Etats-Unis,
16:50en Europe du Nord,
16:52qui étudient
16:53ce qu'on appelle des corps,
16:54c'est-à-dire des groupes d'enfants
16:55qui sont suivis
16:56de la naissance jusqu'à 25 ans.
16:58Et on regarde
16:59si ces enfants,
17:00nés de PMA,
17:01dans un couple ou un autre,
17:02ont des limitations,
17:04un manque d'épanouissement.
17:06Eh bien,
17:06ils vont tous,
17:07aussi bien que les autres enfants,
17:09même légèrement mieux.
17:10C'est-à-dire,
17:10tous les enfants de PMA
17:11n'ont aucune différence
17:13que leurs parents soient
17:14hétérosexuels,
17:15homosexuels
17:15ou femmes seules.
17:17Pour ma voix,
17:18c'était très compliqué
17:19pour mes mamans.
17:20Donc,
17:20elles sont allées en Belgique.
17:21Ça a pris des années,
17:22mais elles l'ont fait.
17:24Donc,
17:24ça prouve quand même
17:25qu'elles m'ont vraiment voulu.
17:27Généralement,
17:28les enfants nés de PMA,
17:30ce n'est pas un caprice
17:30de la part de leurs parents
17:31parce que ça demande
17:33un investissement
17:34qui est absolument énorme.
17:36Donc,
17:37quand on est des PMA,
17:38on peut au moins avoir
17:39cette garantie-là
17:40que nos parents nous voulaient vraiment,
17:41que nos parents se sont préparés
17:42pendant longtemps à nous avoir.
17:44C'est généralement
17:45un bon départ dans la vie.
17:50Claudia,
17:51quand on écoute Bastien,
17:51on a vraiment le sentiment
17:52qu'il n'a jamais souffert
17:53de ne pas connaître son géniteur.
17:56C'est le cas ?
17:57Oui,
17:57ça a vraiment l'air d'être le cas.
17:58Pour lui,
17:59c'est une question
18:00qu'il ne s'est même jamais posée.
18:02Ça ne l'intéresse pas du tout.
18:03Il considère que ça ne lui manque pas
18:05au même titre que nous.
18:06Une deuxième maman ne nous manque pas.
18:08Juste,
18:08ça ne fait pas partie
18:09de son schéma familial.
18:10Bastien a l'air tout à fait prêt
18:11à témoigner,
18:13à dialoguer aussi.
18:14En même temps,
18:14on sent qu'il a un peu peur
18:15que les choses s'enveniment
18:16comme au moment
18:17de la manif pour tous.
18:18Oui,
18:19Bastien,
18:19il témoigne
18:19parce qu'il a le sentiment
18:21que ça peut nourrir le débat.
18:22Mais très clairement,
18:23ça ne l'intéresse pas tant que ça.
18:25Il a une vie par ailleurs
18:27qu'il a envie de mener
18:27et il n'a pas du tout envie
18:28de devenir le symbole
18:29de quoi que ce soit.
18:32Merci Claudia Prolongeau
18:33et merci à Christine Mathéus
18:35du service Société du Parisien
18:36pour son aide.
18:41Codesource est le podcast
18:43d'actualité du Parisien,
18:44production Clara Garnier-Amourou,
18:47réalisation Alexandre Ferreira.
18:49Si vous aimez Codesource,
18:50n'oubliez pas de vous abonner
18:51sur votre application
18:52de podcast préférée,
18:53nous sommes aussi disponibles
18:54sur Deezer et Spotify.
18:57Vous pouvez dialoguer avec nous
18:58par Twitter
18:59ou à l'adresse
19:00codesource
19:01at leparisien.fr
19:03ou à l'adresse de vous abonner à la chaîne.
Commentaires