- il y a 10 heures
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Cette fratrie de trois enfants a récemment retrouvé l’identité de leur parent biologique. Elvira, la sœur, souhaite aujourd’hui comprendre pourquoi ils les ont abandonnés dans cette gare en Espagne. Récit.
Dans ce podcast : En 1983 trois enfants une petite fille de 2 ans et ses deux grands frères sont découverts seuls dans une gare de Barcelone. Ils parlent français, personne ne sait d'où ils viennent, ni qui ils sont. La petite fille Elvira est âgée aujourd'hui de 40 ans et elle est en quête de ses origines.
Ils s'appellent Ramon Ricard et Elvira ils ont approximativement 6 ans pour Ramon, 4 ans pour Ricard et 2 ans pour Elvira ils parlent le français parfaitement et Ramon maîtrise également quelques mots d'espagnol. Un avis de recherche est placardé à Barcelone avec une photo.
L’avis de recherche est très sommaire c'est une feuille A4 blanche classique avec quelques phrases qui ont été écrites au stylo bleu qui disent que l’on recherche des informations sur ces enfants et que toute personne qui a des informations peut téléphoner un numéro de téléphone qui est donné l’avis de recherche.
Ramon, Ricard, et Elvira sont placés dans un orphelinat et 2 ans après leur découverte en 1986 il est acté qu'ils ne retrouveront jamais leurs parents le 10 juin cette année-là ils sont confiés à une famille d'accueil un couple aimant. Elle est psychologue, lui est professeur c'est un couple qui était en attente d'adoption…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thomas Valognes, Sarah Hamny et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
#barcelone #orphelins #espagne
Dans ce podcast : En 1983 trois enfants une petite fille de 2 ans et ses deux grands frères sont découverts seuls dans une gare de Barcelone. Ils parlent français, personne ne sait d'où ils viennent, ni qui ils sont. La petite fille Elvira est âgée aujourd'hui de 40 ans et elle est en quête de ses origines.
Ils s'appellent Ramon Ricard et Elvira ils ont approximativement 6 ans pour Ramon, 4 ans pour Ricard et 2 ans pour Elvira ils parlent le français parfaitement et Ramon maîtrise également quelques mots d'espagnol. Un avis de recherche est placardé à Barcelone avec une photo.
L’avis de recherche est très sommaire c'est une feuille A4 blanche classique avec quelques phrases qui ont été écrites au stylo bleu qui disent que l’on recherche des informations sur ces enfants et que toute personne qui a des informations peut téléphoner un numéro de téléphone qui est donné l’avis de recherche.
Ramon, Ricard, et Elvira sont placés dans un orphelinat et 2 ans après leur découverte en 1986 il est acté qu'ils ne retrouveront jamais leurs parents le 10 juin cette année-là ils sont confiés à une famille d'accueil un couple aimant. Elle est psychologue, lui est professeur c'est un couple qui était en attente d'adoption…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thomas Valognes, Sarah Hamny et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
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NewsTranscription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:04Et d'abord, merci, vous êtes de plus en plus nombreuses et nombreux à nous suivre.
00:09Pour le mois de janvier, 650 000 écoutent rien qu'en France, 800 000 dans le monde.
00:14Codesource est aujourd'hui le troisième podcast en France hors rediffusion radio
00:19et le premier podcast d'actualité.
00:22Merci de votre confiance.
00:29Connaissez-vous le mystère des orphelins de Barcelone ?
00:32C'est le Parisien qui a raconté cette histoire pour la première fois le 8 février.
00:36En 1983, trois enfants, une petite fille de deux ans et ses deux grands frères
00:41sont découverts seuls dans une gare de Barcelone.
00:45Ils parlent français, personne ne sait d'où ils viennent ni qui ils sont.
00:49La petite fille, Elvira, est âgée aujourd'hui de 40 ans et elle est en quête de ses origines.
00:56Cet épisode de Codesource est raconté par l'auteur de cet article, Nicolas Jacquard,
01:00du service Police-Justice du Parisien.
01:08Nicolas Jacquard, cette histoire commence en 1984, le 22 avril 1984.
01:14C'est un dimanche, en Espagne, en Catalogne, dans une gare de Barcelone.
01:18Oui, on a trois enfants ce jour-là qui sont en train de jouer à côté des trains.
01:24Ce sont les machinistes qui vont s'inquiéter de savoir qui sont ces enfants.
01:27Il y a une petite fille, notamment la plus jeune des trois, qui est en pleurs.
01:30Et donc on va aller s'enquérir de qui sont ces enfants.
01:32Qu'est-ce qu'ils disent ces enfants ? Pourquoi est-ce qu'ils sont là ?
01:35Ils disent qu'ils ont été amenés là par un ami de leurs parents qui s'appelle Denis,
01:40qui les a emmenés là dans cette gare de Francia à Barcelone.
01:43Et ils disent que Denis leur a dit qu'il partait acheter des bonbons et qu'il n'est jamais
01:47revenu.
01:47Ils s'appellent Ramon, Ricard et Elvira.
01:51Ils ont approximativement 6 ans pour Ramon, 4 ans pour Ricard et 2 ans pour Elvira.
01:56Quelle langue ils parlent ?
01:57Ils parlent le français parfaitement.
02:00Et il y a Ramon qui lui maîtrise également quelques mots d'espagnol.
02:03Un avis de recherche est placardé à Barcelone avec une photo.
02:07Nicolas Jacquard, est-ce que vous pouvez nous décrire les trois petits sur cette photo ?
02:10Oui, on a une photo typique des années 80 avec les deux garçons qui ont un t-shirt bleu pour
02:15l'un,
02:15un t-shirt rouge pour l'autre, assez moulant comme ça se faisait à l'époque, des baskets, un jean.
02:19Et puis cette petite fille, leur petite sœur, qui est entre les deux, avec des mèches blondes.
02:24Quand les deux garçons sont bruns, le visage beaucoup plus renfrogné que ne l'ont ses aînés.
02:28L'avis de recherche est très sommaire.
02:30C'est une feuille à quatre blanche classique avec quelques phrases qui ont été écrites au stylo bleu
02:36qui disent qu'on recherche des informations sur ses enfants
02:39et que toute personne qui a des informations peut téléphoner à un numéro de téléphone qui est donné.
02:43L'avis de recherche est accompagné de la photo qu'on décrivait précédemment.
02:45On comprend bien, l'avis n'est pas diffusé massivement.
02:48Il n'y a pas par exemple d'émission de télé qui parle de ces trois enfants.
02:51Et les recherches ne donnent rien.
02:53Ces recherches ne donnent absolument rien puisque le numéro de téléphone du centre d'accueil
02:56qui a été glissé avec l'avis de recherche ne sonnera jamais.
03:01Ramon, Ricard et Elvira sont placés dans un orphelinat
03:04et deux ans après leur découverte, en 1986, il est acté qu'ils ne retrouveront jamais leurs parents.
03:12Le 10 juin, cette année-là, ils sont confiés à une famille d'accueil, un couple aimant.
03:17Elle est psychologue, lui est professeur.
03:19C'est un couple qui était en attente d'adoption d'enfants
03:22et qui va fournir à ses enfants toute l'éducation et l'amour qu'ils n'ont plus puisqu'ils
03:28ont été abandonnés.
03:29Ramon, Ricard et Elvira, on ne sait pas quand ils sont nés, quand est-ce qu'ils fêtent leurs anniversaires
03:34?
03:34C'est effectivement quelque chose qui leur manque véritablement, c'est leur date de naissance.
03:39Et donc on choisit de fêter leurs anniversaires au moment du saint qui représente leur prénom.
03:45Et donc voilà, ils vont avoir une date d'anniversaire fictive pour les fêter.
03:48On ne sait pas non plus d'où ils viennent, mais l'aîné notamment a quelques souvenirs. Lesquels ?
03:53Il se souvient par exemple d'une jambe de la tour Eiffel, là où il habitait.
03:58Donc on suppose donc qu'ils habitaient à Paris.
04:00Quand un éducateur l'interroge sur la profession de ses parents, a priori sa maman n'en a pas.
04:05Et de son papa, il dit qu'il fabriquait de l'argent ou des timbres, on ne sait pas très
04:09bien.
04:10Il dit également qu'il n'allait pas à l'école et que ses frères et soeurs n'y allaient
04:13pas non plus.
04:13Il a aussi un souvenir particulier qui concerne une arme.
04:15Il se rappelle un épisode où il aurait dit-il tiré sur son petit frère avec un pistolet.
04:22Et on ne sait pas très bien s'il s'agissait d'un vrai, s'il s'agissait d'un
04:26faux.
04:27Il dit également que dans l'appartement de ses parents, il y avait souvent justement des armes, des pistolets.
04:33Donc voilà, il y a cette ambiance-là qui est décrite par le plus grand des enfants.
04:36Une enfance très mystérieuse donc jusqu'à leur adoption.
04:39Et pour les parents adoptifs de Ramon, Ricard et Elvira, cette histoire à trous n'est pas un tabou.
04:45Non, pas du tout, puisque ses parents adoptifs savent qu'en adoptant les enfants, ils adoptent également ce passé mystérieux,
04:52ces énigmatiques premières années de vie.
04:54Ils en parleront assez librement tout au long de leur enfance et de leur adolescence,
04:59à tel point que même lorsque Elvira, la plus petite, aura 10 ans,
05:03ils partiront tous en vacances à Paris.
05:05Les parents adoptifs se disant que peut-être en voyant la capitale française,
05:10les enfants auront des souvenirs qui émergeront de cette vie d'avant.
05:13Les années passent. Ramon, Ricard et Elvira sont visiblement heureux avec leurs parents adoptifs,
05:19même s'ils ignorent tout de leur origine.
05:21Ils grandissent. Une fois devenus adultes, ils trouvent du travail.
05:24Ramon et Ricard travaillent dans l'informatique et l'enseignement.
05:27La petite dernière, Elvira, elle, est enseignante, elle aussi.
05:30Elvira donne naissance à un premier enfant en 2014.
05:34Et c'est un bouleversement dans sa vie.
05:36Oui, parce que le fait de devenir parent vous renvoie à vos propres origines,
05:41à votre propre généalogie.
05:43Et par définition, votre enfant, vous n'avez pas de grands-parents à lui proposer, j'allais dire.
05:49Et donc forcément, ça vous renvoie à tout ça et ça vous interroge sur ce qu'a été et ce
05:54qu'a pu être votre passé.
05:56Quelques années plus tard arrive la crise du Covid.
05:57La pandémie est pendant le premier confinement à partir du mois de mars 2020.
06:02Elvira se sent isolée, seule et elle a le temps de repenser à toute son histoire.
06:06Elle va tout simplement faire un petit message sur les réseaux sociaux en expliquant son histoire,
06:10en disant qu'elle et ses frères ont été abandonnés un jour de 1984 dans une gare de Barcelone,
06:15en demandant aux gens s'ils savent quelque chose et puis surtout,
06:18quelle serait la marche à suivre pour espérer avoir des réponses aux questions qu'elle se pose depuis toutes ces
06:23années.
06:24Beaucoup d'internautes sont touchés par cette histoire et se mobilisent pour aider Elvira.
06:29La nouvelle va se répandre assez rapidement et notamment sur des groupes spécialisés dans ce type de recherche.
06:34Et on a donc des bénévoles qui vont s'emparer de cette histoire à la fois en Espagne mais aussi
06:40en France
06:41puisqu'on sait que cette histoire a vraisemblablement des racines françaises.
06:44Au début de l'année 2021, Elvira et ses frères font des tests ADN en passant par des sites internet
06:49spécialisés.
06:50Les bénévoles se rendent compte qu'Elvira et ses frères ont une génétique commune
06:55avec des gens qui sont inscrits sur ces différents sites.
06:58En les contactant les uns après les autres, ils vont tomber sur l'un d'eux qui va leur dire
07:03« Ah, je crois me rappeler que justement dans mes propres cousins éloignés,
07:07une famille a disparu au début des années 80.
07:11Les parents, la maman, le père et leurs trois enfants. »
07:14Elle rencontre des cousins lointains, principalement à Madrid et en Andalousie.
07:18et elle en apprend beaucoup plus sur sa famille.
07:21Elle finit par tomber sur des oncles et tantes.
07:24Son père et sa mère étaient chacun issus de familles nombreuses.
07:27Elvira va se rendre chez certains d'entre eux et il n'y a aucun doute sur sa propre identité
07:32puisqu'elle va découvrir également des photos de elle et ses frères quand ils étaient enfants
07:36avant d'être abandonnés et retrouvés.
07:39Alors qui est sa mère ?
07:40Sa mère, elle vient de Madrid.
07:43Elle vient d'une peuplade semi-nomade, un petit peu liée au Rome mais pas exactement.
07:47Sa mère s'appelle Rosario Cuetos Cruz.
07:51Elle est née en 1949 et Elvira et ses frères vont découvrir de nombreuses photos de sa maman et de
07:56son père.
07:57Et donc, qui est son père ?
07:58Son père s'appelle Ramon Martos Sanchez.
08:01Il serait né en 1949 ou en 1947, on ne sait pas bien.
08:06Lui est originaire de Séville et il a également grandi dans une famille extrêmement nombreuse.
08:11Et Elvira apprend qu'il était connu de la police, qu'il était un voyou.
08:15Nicolas Jacquard, avant d'aller plus loin, comment est-ce qu'il a commencé son parcours de malfaiteur ?
08:20On en est réduit en termes d'informations concernant ce parcours à ce qu'a pu en dire sa propre
08:25famille.
08:26Il aurait, je parle au conditionnel, commis des braquages.
08:29Il aurait été cambrioleur, notamment parce qu'il aurait pu travailler comme acrobate dans un cirque
08:35et que ses qualités d'acrobate lui auraient permis d'effectuer un certain nombre de cambriolages.
08:39Au début, on est vraiment sur ce qu'on appelle communément, en termes de police-justice, de l'atteinte au
08:43bien.
08:44Un jour, en 1977, il a failli commettre un meurtre.
08:47Il a tiré sur un garde civil, un policier du côté de Séville, qui l'a blessé à minima.
08:54Et le fait d'avoir commis, il se fait beaucoup plus grave, l'entraîne à quitter l'Espagne et aller
08:59se réfugier en France.
09:01Et en France, il continue à vivre comme un hors-la-loi.
09:04Oui, d'abord parce qu'on imagine qu'il est clandestin, puisqu'il est recherché par la police espagnole.
09:09Il doit se cacher. On soupçonne qu'il vit d'ailleurs avec des faux papiers.
09:14On a encore, une fois, ces témoignages de proches qui disent qu'il était souvent avec des bijoux,
09:19qu'il roulait avec des grosses voitures, que peut-être qu'il aurait trempé dans des trafics d'armes, voire
09:25de stupéfiants.
09:26Voilà, en tout état de cause, il mène une existence en marge de la loi et de la société officielle.
09:37Ce qui est sûr, c'est que Ramon a arrêté de donner des nouvelles à ses proches en 1983,
09:43l'année précédant la découverte des trois enfants dans cette gare de Barcelone.
09:48Ce que la famille dit, c'est que le dernier coup de fil, la dernière fois qu'ils les ont
09:52eus en ligne,
09:53c'est en mai 1983 et que traditionnellement, ils les appelaient systématiquement tous les ans à Noël.
10:00Et malheureusement, le Noël de cette année-là, donc Noël 1983, ils n'ont jamais appelé.
10:05Le frère de Ramon était lui aussi un voyou et en 1985, en sortant d'un long séjour en prison,
10:12il va se mettre en quête de son frère. Qu'est-ce que l'on sait de cet homme ?
10:15Son grand frère, qui s'appelle Paolino, lui-même vivait déjà en France
10:18et était déjà un voyou relativement accompli, puisqu'il a purgé différentes peines de prison.
10:24Sur ses peines moyennes, il va demander à être extradé en Espagne
10:29pour pouvoir terminer sa détention dans son propre pays.
10:32Et quand il sort, en 1985, il va se lancer à la recherche de son frère et de sa belle
10:39-sœur
10:39qui ont disparu entre-temps.
10:40Ce frère va même faire des recherches en Colombie, mais ça ne donnera rien,
10:45aucune trace de Ramon et Rosario.
10:46Et la famille ne sait pas que les trois enfants sont désormais dans un orphelinat.
10:51Aujourd'hui, Elvira a donc rencontré dans sa quête des cousins, des oncles, des tantes
10:56et elle a pu récupérer plusieurs photos d'elle, de ses frères et de ses parents.
11:01Oui, on a plusieurs photos de cette époque-là.
11:03Des photos où les parents jouent avec leurs enfants.
11:05Une autre où on voit sa mère qui est devant la jaguar,
11:07que vraisemblablement le couple utilisait assez régulièrement.
11:10Et puis une photo de la maman avec l'un de ses enfants dans les bras.
11:12On la voit dans une petite rue pavée qui semble être une rue parisienne.
11:16Et grâce à ça, elle apprend aussi des choses sur la façon de vivre de ses parents quand elle était
11:21toute petite.
11:22On sait qu'ils voyageaient beaucoup, ce qui était quand même relativement rare pour l'époque.
11:25On sait aussi qu'ils voyageaient en avion, ce qui était encore plus rare.
11:29Et les enfants disent que, en tout cas disent au moment où ils sont retrouvés,
11:33qu'ils se déplaçaient énormément.
11:35Et il y a souvent, sur certaines de ces photos, un camping qui revient.
11:40Et là, encore une fois, ce sont les bénévoles qui vont pouvoir identifier le lieu de ces bungalows.
11:46On est à ce moment-là en Belgique, dans un petit village qui s'appelle Middolkerk, sur la côte près
11:50d'Austande.
11:51Et on découvre que la famille, les parents et les trois enfants ont vécu à cet endroit-là pendant plusieurs
11:57mois, en 1982.
12:00Nicolas Jacquard, grâce à la mobilisation des bénévoles comme des généalogistes ou encore un détective privé,
12:06Elvira a pu finalement avoir entre les mains son acte de naissance.
12:10Elvira a pu enfin avoir cet acte de naissance en main, qui dit où elle est née.
12:16Alors, elle est née le 29 décembre 1981, à l'hôpital Bichat, qui est dans le 18e arrondissement de Paris.
12:23Et on apprend à ce moment-là que sa famille vivait peut-être dans le 17e arrondissement de Paris, rue
12:28Pouchet.
12:28À cette période, vous vous rendez sur place.
12:31On pense que la famille a pu habiter dans cette rue Pouchet,
12:35qui est à l'époque une rue populaire du 17e arrondissement.
12:39Et donc, je suis allé sur place pour essayer de rencontrer les anciens de l'immeuble où la famille aurait
12:44habité,
12:45pour essayer de voir si quelques-unes de ces personnes âgées auraient connu à l'époque la famille et les
12:51enfants.
12:52Comme souvent en pareil cas, vous avez quelques figures du bâtiment,
12:56des vieilles dames qui connaissent tout le monde, qui ont connu tout le monde.
12:59Elles sont relativement formelles en me disant qu'elles ne les connaissent pas,
13:04que s'ils ont habité là, c'était de manière extrêmement furtive et brève.
13:09Et que s'ils avaient habité là un peu plus longuement,
13:12elles s'en rappelleraient à coup sûr de ces trois enfants,
13:15qui ont l'âge pour certaines de leurs propres petits-enfants.
13:18Nicolas Jacquard, vous avez commencé à travailler sur cette histoire début janvier.
13:22Et le lundi 24 janvier, vous allez en reportage à Barcelone pour le Parisien,
13:27où vous retrouvez Elvira.
13:28À quoi est-ce qu'elle ressemble aujourd'hui ?
13:30C'est une mère de famille de 41 ans, qui a deux enfants en relativement bas âge.
13:35Une dame blonde, aux cheveux courts, assez mince, qui est enseignante dans une école pour sourd-muet.
13:40Voilà, quelqu'un qui est épanoui dans sa vie,
13:42mais à qui il manque ses premiers éléments constitutifs de sa propre identité.
13:46Elvira, finalement, c'est elle qui est derrière cette quête.
13:49Oui, c'est elle qui est véritablement le moteur de cette quête.
13:52Ses frères veulent savoir aussi, mais on sent que c'est vraiment elle qui veut savoir.
13:55C'est elle qui va vraiment centraliser et coordonner l'ensemble des recherches.
14:00Et il faut dire aussi que, justement, s'il y a autant de bénévoles qui sont passionnés pour cette histoire,
14:04au-delà de son côté romanesque, c'est aussi pour Elvira,
14:07pour lui rendre cette part d'identité qui lui manque aujourd'hui.
14:10Quand elle vous raconte toute son histoire, est-ce qu'elle est émue ?
14:14Elle est relativement émue, sans tomber dans le pathos et sans qu'elle soit larmoyante non plus,
14:20parce qu'elle a fait aussi le deuil, enfin une partie du deuil de cette histoire-là.
14:24Donc on sent qu'il y a de l'émotion, mais de l'émotion qui est parfaitement maîtrisée
14:28et que ce qu'elle veut aujourd'hui, c'est savoir.
14:31Justement, d'après elle, qu'est-ce qui a pu se passer jusqu'à ce jour d'avril
14:34où on les a laissés comme ça tous les trois à cette garde de Barcelone ?
14:38Plusieurs hypothèses se dessinent.
14:40Elle pense que ses parents, ayant très clairement trempé dans une forme de délinquance à assez haut niveau,
14:47ils ont pu être victimes, par exemple, d'un règlement de compte.
14:50On sait que son père, à sa famille proche, avait dit qu'il projetait un dernier gros coup avant de
14:58disparaître.
14:58C'était ses propres mots.
15:00Et effectivement, ils ont disparu.
15:02Ce qu'Elvira se dit aussi, c'est que peut-être ses parents les avaient confiés,
15:06justement, à des amis en attendant de revenir les chercher,
15:09qu'ils ont été empêchés de revenir récupérer leurs propres enfants.
15:12Vous imaginez que ses amis, à ce moment-là, aient décidé d'abandonner les enfants en Espagne,
15:16dans leur pays d'origine.
15:18Peut-être qu'aussi ceux qui les ont abandonnés là pensaient que des avis de recherche seraient lancés
15:23et qu'ils pourraient retrouver leurs grands-parents,
15:25puisqu'il faut le dire, les grands-parents des enfants, eux, sont décédés
15:28en ayant toujours pensé qu'ils ne reverraient jamais leurs petits-enfants.
15:32C'est ce qui s'est passé, mais que leurs petits-enfants étaient morts et disparus à jamais.
15:34Elle a une certitude, en tout cas.
15:36Oui, cette certitude, c'est que ses parents ne l'ont pas volontairement abandonné.
15:41C'est qu'il y a quelque chose qui a fait que, dans leur vie,
15:44ils ont, à un moment, été contraints ou obligés de se séparer de ses enfants.
15:48Et surtout, ce qui est essentiel à ses yeux, c'est de se dire,
15:52ce sont ses oncles et tantes et cousins qui leur ont confirmé,
15:55c'est qu'ils ont été aimés par leurs parents,
15:58qui jamais ne se seraient séparés d'eux s'ils n'avaient eu le choix.
16:38Sous-titrage Société Radio-Canada
16:41L'épisode de Codesources a été produit par Thomas Vallogne,
16:43Sarah Amny et Thibault Lambert.
16:46Réalisation, Julien Moncouquiol.
16:48Codesources, le podcast d'actualité du Parisien,
16:50est disponible sur toutes les plateformes.
16:52Nous publions un nouvel épisode chaque soir de la semaine.
16:55Pour n'en rater aucun, n'oubliez pas de vous abonner.
16:57Et puis, si vous aimez Codesources, n'hésitez pas à laisser un commentaire
17:00sur votre application audio préférée
17:02ou à nous écrire directement codesources.
17:11Sous-titrage Société Radio-Canada
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