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Des millions de Français ont reçu des mails les menaçant de poursuites judiciaires pour consultation d’images illicites. Quelques centaines d’entre eux, qui redoutaient la prison et la honte, ont été victimes de ces faux chantages. Récit avec Vincent Gautronneau, journaliste au service police-justice du Parisien.

Dans ce podast : Nous sommes nombreuses et nombreux à recevoir régulièrement par mail ou sms des messages dont le seul but est de nous arnaquer. Le 20 février le Parisien a alerté sur une arnaque bien particulière celle à la fausse convocation judiciaire pour consultation sur Internet des images pédopornographiques. Au moins 120 victimes au portées plainte et au-delà des sommes perdues les conséquences de cette arnaque sont parfois dramatiques.
Ce mail sur la forme ne s'apparente à un mail assez classique si ce n'est que l'intitulé est souvent très inquiétant. On reçoit ce mail d'un homme qui signe au nom d'un gradé de la police, de l'armée, et ce gradé envoi en pièce jointe une convocation judiciaire. Cette convocation précise que dans le cadre des activités de veille sur Internet de la police ou de la gendarmerie nous avons été identifié comme un consommateur de pédopornographie et que nous sommes donc convoqué en vue d'une procédure judiciaire.
Il y a le logo de la gendarmerie nationale, le logo du service central de renseignement criminel, de la gendarmerie nationale, et même aussi le logo d'Europol l'office européen des polices…

Pour en savoir plus : https://www.leparisien.fr/podcasts/code-source/enquete-sur-larnaque-a-la-fausse-convocation-pour-pedopornographie-02-03-2022-6XMYMSAW2ZGV5GV26ALYXJAZTQ.php

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Marion Bothorel, Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Benoît Gillon - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.

#arnaque #fausseconvocation #poursuites

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Nous sommes nombreuses et nombreux à recevoir régulièrement par mail ou SMS des messages dont le seul but est de
00:19nous arnaquer.
00:19Le 20 février, le Parisien a alerté sur une arnaque bien particulière, celle à la fausse convocation judiciaire pour consultation
00:28sur Internet d'images pédopornographiques.
00:32Au moins 120 victimes ont porté plainte et au-delà des sommes perdues, les conséquences de cette arnaque sont parfois
00:39dramatiques.
00:40Cet épisode de Codesources est raconté par Vincent Gautrono, journaliste au service Police-Justice du Parisien.
01:00Vincent Gautrono, l'an dernier, tout au long de l'année, de très nombreux Français reçoivent dans leur boîte mail
01:05un courrier inquiétant.
01:07A quoi ressemble ce mail sur la forme ?
01:09Ça parente un mail assez classique, si ce n'est que l'intitulé est souvent très inquiétant.
01:14On reçoit ce mail d'un homme qui signe au nom d'un gradé de la police, de l'armée,
01:20et ce gradé nous envoie en pièce jointe une convocation judiciaire.
01:25Cette convocation précise que dans le cadre des activités de veille sur Internet de la police ou de la gendarmerie,
01:31nous avons été identifiés comme un consommateur de pédopornographie
01:35et que nous sommes donc convoqués en vue d'une procédure judiciaire.
01:39Et donc on voit qu'il y a différentes versions de son mail, différents pseudo-expéditeurs.
01:44Vous, Vincent Gautrono, vous faites partie de celles et ceux qui reçoivent ce mail. Le vote, à quoi il ressemble
01:48?
01:48Dans la convocation que moi je reçois personnellement sur la boîte mail du journal, il y a le logo de
01:53la gendarmerie nationale,
01:54le logo du service central de renseignement criminel de la gendarmerie nationale,
01:59et même aussi le logo d'Europol, l'Office européen des polices.
02:03Et c'est un soi-disant colonel de gendarmerie qui vous écrit, il vous presse de répondre rapidement.
02:07Le mail, il est signé du colonel Marc Gellet, qui se présente comme le responsable de la brigade de protection
02:13des mineurs de la gendarmerie en lien avec Europol.
02:17Et il nous explique qu'effectivement, dans le cadre de leur veille sur Internet,
02:22ils ont détecté des activités suspectes sur notre ordinateur et que nous devons en urgence leur répondre.
02:28Sinon, ils seront obligés d'aviser la justice et de lancer une procédure judiciaire à notre rencontre.
02:37Vous êtes spécialiste police-gendarmerie au sein du Parisien.
02:40En examinant ce mail, est-ce qu'il y a des choses qui vous paraissent suspectes d'entrer ?
02:44Oui, et en réalité, il n'y a pas vraiment besoin d'être un spécialiste pour repérer ces choses suspectes.
02:50En trois clics, déjà, on tape le nom de Marc Gellet sur Internet.
02:53Et on constate que ce monsieur n'est pas colonel de gendarmerie, mais qu'il est général dans l'armée
02:59de terre.
02:59Il y a assez peu de chances d'être convoqué pour détention d'images pédopornographiques par l'armée de terre
03:04directement.
03:04L'autre chose qui saute aux yeux, là, avec une connaissance un petit peu plus fine des arcanes de la
03:10police et de la gendarmerie,
03:11c'est qu'il dit appartenir à la brigade de protection des mineurs de la gendarmerie.
03:16Or, la brigade de protection des mineurs est un service de la police judiciaire parisienne et non pas de la
03:20gendarmerie.
03:20Qu'est-ce que vous répondez à ce soi-disant colonel ?
03:23On a décidé de rentrer dans son jeu et donc on lui explique tout de suite que, zut, on est
03:27vraiment très embêté de s'être fait attraper comme ça par son service.
03:32Mais on n'a surtout pas envie que ça se sache, car il faut savoir que dans ce mail, le
03:37colonel nous menace en nous disant
03:40« S'il y a une action en justice de mener contre vous, nous préviendrons les journaux et les médias
03:45télévisés pour qu'ils puissent savoir ce que vous faites derrière votre ordinateur. »
03:49Donc nous, on lui dit qu'on n'a absolument pas envie que ça se sache et qu'on est
03:53à sa disposition pour toute autre solution qui lui conviendrait.
03:59On a un retour qui nous dit « Écoutez, je comprends, alors je vous propose une autre solution que la
04:05procédure judiciaire. »
04:07C'est ce qu'on appelle la procédure à l'amiable.
04:09En réalité, il nous explique que nous devons lui envoyer notre adresse, notre numéro de téléphone, notre nom
04:16et certifier que nous acceptons la procédure à l'amiable et donc de payer une amende de 4750 euros.
04:234750 euros, c'est une somme ?
04:24C'est une somme importante, mais où on se dit que ça peut peut-être valoir le coût de payer.
04:31C'est qu'en fait, le colonel nous promet à ce moment-là que si nous acceptons la procédure à
04:36l'amiable,
04:36tout cela restera très discret. Ils feront preuve de la plus grande confidentialité.
04:40Et donc, que se passe-t-il ensuite, une fois qu'il vous a proposé, suggéré de payer cette somme
04:45?
04:45Quand il nous propose de régler cette somme, comme on lui a envoyé notre numéro de téléphone,
04:49on s'est dit qu'on allait pousser un peu le vice et donc on lui a expliqué par mail
04:54que nous étions très inquiets et que nous serions très heureux de pouvoir lui parler au téléphone
04:59pour être rassurés et surtout être sûrs que cette procédure restera discrète
05:03et qu'une fois que nous aurons payé les 4750 euros,
05:06on n'entendrait plus jamais parler de cette histoire et nous n'aurons pas de soucis avec la justice.
05:10Et là, il vous appelle et vous décidez d'enregistrer la conversation.
05:15Oui, pourquoi je parlais à M. Claude ?
05:17Oui, bonjour, c'est moi.
05:19Oui, ici Marc, j'allais à l'appareil. Comment allez-vous, monsieur ?
05:22Ben écoutez, pas très bien après votre mail.
05:25D'accord, ben écoutez, je vais rentrer en contact avec vous.
05:28Donc l'homme se présente et assez rapidement, il a un ton qui est convaincant, il parle plutôt bien,
05:34il utilise des termes juridiques, il nous explique que la conversation est enregistrée,
05:39donc il nous conseille de faire attention à ce que l'on dit.
05:42Alors j'ai le prévu de bien vouloir m'écouter tactiquement et sachez que tout ce que vous allez dire
05:47est sur écoute.
05:48D'accord ?
05:49Bien entendu.
05:50Il nous dit qu'ils vont procéder à notre interpellation et que nous serons déférés au tribunal judiciaire
05:57dans le cadre de cette procédure grave de pédopornographie, de pédophilie, de détournement de mineurs.
06:03Je tiens à vous informer que pour la procédure judiciaire, nous devons faire une interpellation depuis votre domicile.
06:09Ensuite, votre casier judiciaire sera affecté par cette affaire et vous serez fiché comme un délinquant sexuel.
06:16Et il nous explique que si on choisit la voie judiciaire, les médias seront au courant de notre interpellation
06:22et ils ne se priveront pas de donner tout notre dossier judiciaire à des chaînes de télévision.
06:27Là vous lui dites quoi ?
06:28Nous on joue la personne craintive, on dit qu'on est vraiment désolé et qu'on aimerait surtout que cette
06:33histoire ne s'ébrute pas.
06:34Et assez vite, c'est lui naturellement qui va nous proposer une autre solution.
06:38Il nous dit, c'est pour ça que je vous ai parlé de la procédure à l'amiable dans mon
06:42mail.
06:43Moi ce que je vous propose c'est de payer 4750 euros par virement et dans ces cas-là, on
06:49vous garantit la plus grande confidentialité
06:50et évidemment personne ne sera au courant de cette procédure.
06:54Pendant tout cet échange, il est sûr de lui ?
06:56Oui, il est assez sûr de lui et on pose des questions un peu stupides presque pour rentrer dans son
07:01jeu.
07:02On lui demande par exemple si on peut payer en allant directement à la gendarmerie.
07:06Et là il nous dit, ah non non non non non, parce que faites attention, il risque d'y avoir
07:10des journalistes devant la gendarmerie.
07:12Les médias sont friands de ce genre d'infos.
07:14Pour votre confidentialité, il faut vraiment payer par virement.
07:17Je vais aller voir ma banque ce soir et je vous fais le virement demain.
07:21Je pense que le monsieur a de faire le virement aujourd'hui monsieur.
07:24Vous comprenez.
07:25Oui, ok, je vais faire ça.
07:29D'accord, je vais faire ça dès demain parce que sinon vendredi matin je suis interpellé, c'est ça ?
07:35Oui, mais vous avez la possibilité de le faire aujourd'hui pour pouvoir gagner en temps comme ça.
07:40Dès demain on entend le processus pour la clôture.
07:43Oui, et comme ça je ne serai pas arrêté quoi.
07:45En entendant le reste de la somme monsieur.
07:47C'est parfait, merci beaucoup colonel, merci, au revoir.
07:56Qu'est-ce que vous vous dites après cette conversation ?
07:58On se dit que les escrocs sont assez intelligents, assez malins, mais finalement pas si bon que ça.
08:04On remarque notamment que cette personne qui utilise un vocabulaire assez juridique,
08:10qui se veut en tout cas juridique, a quelques imprécisions dans ces termes.
08:15On remarque aussi que la liaison n'est pas terrible,
08:18alors que quelqu'un qui nous appelle d'une gendarmerie en général on l'entend bien.
08:21Et on note aussi qu'il a un accent africain assez prononcé et qu'il utilise des mots de vocabulaire
08:26qui ne sont pas forcément dans le langage habituel des gendarmes et des policiers.
08:31Il nous explique par exemple qu'il va procéder à une interpellation depuis notre domicile.
08:36Ce n'est pas une formule qui paraît très naturelle.
08:39Qu'est-ce qu'il se passe une fois que vous avez raccroché ?
08:41Les minutes qui suivent, on reçoit un nouveau mail du pseudo Marc Gellet,
08:46avec cette fois-ci en pièce jointe un RIB où il convient de verser l'amende.
08:50Là aussi c'est suspect.
08:51Ce RIB, on se rend compte qu'il appartient à une femme qui est domiciliée dans l'Aisne,
08:56ce qui n'a pas vraiment de lien avec la gendarmerie nationale ou avec le trésor public,
09:01qui comme on le sait tous, quand on doit payer une amende, quand on doit payer ses impôts,
09:05c'est sur des sites sécurisés, ce n'est pas un virement particulier.
09:08Est-ce qu'il y a des suites à cet appel ?
09:09Il y aura des suites à cet appel parce qu'évidemment on va décider de ne pas verser l'argent.
09:13Et le lendemain il va nous relancer par mail, le surlendemain aussi,
09:17en nous disant « j'attends toujours votre virement ».
09:19Et on va lui expliquer à ce moment-là que c'est trop cher, qu'on n'a pas les
09:23moyens,
09:23qu'on est très embêté.
09:24Et il va pousser à nous rappeler, à nous recontacter au téléphone.
09:29Et là le ton est tout de suite beaucoup plus ferme.
09:31Il nous explique qu'il a la sensation qu'on ne prend pas cette affaire au sérieux
09:35et que si on ne paye pas dans les heures qui viennent,
09:39ils procéderont à notre interpellation à notre domicile dès le lendemain matin.
09:43Et que d'ailleurs notre interpellation, elle est d'ores et déjà en train de se préparer.
09:46– Oui monsieur, je tenais à vous informer que nous avons un grand retard au niveau de votre dossier
09:50et je vous suggère que si ça continue ainsi,
09:53nous serons obligés de faire une interpellation depuis votre domicile monsieur.
09:56– Oui mais je n'arrive pas à trouver l'argent.
09:59– Jusqu'à présent nous n'avons rien reçu de votre ou pas,
10:01alors nous avons eu l'impression qu'on a eu une considération pour cette affaire.
10:05– Non mais c'est que je n'arrive pas à trouver l'argent, c'est tout.
10:08– Allô monsieur, écoutez-moi s'il vous plaît.
10:10– Oui je vous écoute, je vous écoute mais je n'arrive pas à trouver l'argent.
10:12– Alors dites combien vous pouvez faire par avenir dans l'urgence,
10:15et écoutez, nous sommes en train d'y faire le nécessaire pour pouvoir y faire l'interpellation monsieur.
10:24– Et là, Vincent Gautreneau, vous dites qui vous êtes.
10:26– Bon colonel, en fait je vais vous dire, je suis journaliste aux Parisiens
10:30et en fait je fais un article sur toutes ces escroqueries aux faux gendarmes.
10:34C'est pour ça que je vous ai répondu en fait.
10:36– Mais non, je pense que vous me faites des erreurs.
10:38– Non je ne fais pas erreur monsieur, je suis journaliste en fait et je travaille là-dessus.
10:41Il y a eu plusieurs plaintes de déposées déjà.
10:42Donc je voulais savoir un petit peu comment vous avez mis en place cette escroquerie, vous ?
10:46Ça fait combien de temps que vous faites ça ?
10:48– Je pense que vous faites des erreurs, et bien écoutez, il est possible, je vous rappelle.
10:52– Oui, bien sûr.
10:53– Évidemment, on n'a plus jamais eu de nouvelles, que ce soit par mail ou par téléphone.
10:57– Vincent Gautreneau, cette arnaque à première vue, elle semble assez grossière.
11:01– Oui, en réalité, il suffit de bien lire la première convocation pour comprendre qu'on ne doit pas répondre
11:05à ce mail.
11:06Un exemple tout bête dans la convocation que moi j'ai personnellement reçu,
11:09j'étais poursuivi pour détournement demi-heure, pas détournement de mineur.
11:14Il y a plusieurs choses comme ça qui en réalité sautent aux yeux,
11:16mais la force de cette escroquerie, c'est son caractère massif.
11:20Sur le million de mails envoyés, il arrive toujours que des gens se fassent avoir.
11:23– Et effectivement, vous travaillez sur ce sujet avec Jérémy Famelet depuis plusieurs mois,
11:28et vous le savez, des centaines de personnes sont tombées dans le panneau.
11:31– Ce que l'on sait aujourd'hui, c'est qu'environ 120 personnes se sont fait avoir et l
11:35'ont signalé
11:35en déposant plainte auprès des services de gendarmerie et de police,
11:39et le préjudice total de cette arnaque dépasse pour l'instant le million d'euros.
11:43Encore une fois, on parle du préjudice connu.
11:45Il y a très certainement beaucoup de personnes qui ont payé, mais qui n'ont pas déposé plainte.
11:50– Pour bien comprendre ce type d'arnaque sur Internet, il faut remonter au début des années 2000.
11:59C'est à ce moment-là qu'apparaît une pratique qu'on appelle le broutage. Qu'est-ce que c
12:03'est ?
12:03– Le broutage, ça vient de l'argot ivoirien, et ça fait référence aux moutons qui pèsent tranquillement
12:09et donc qui s'engraissent sans effort.
12:11Le broutage, historiquement, c'est une pratique qui vient du Nigeria
12:14et qui s'est ensuite étendue à d'autres pays d'Afrique de l'Ouest.
12:18Il s'agit de gens avec quelques petites compétences informatiques
12:22qui vont contacter d'autres internautes par différents biais,
12:27les mails, les réseaux sociaux, pour monter des escroqueries.
12:31Historiquement, il y en a eu plusieurs.
12:33Une des plus connues à un moment, notamment sur le réseau social Facebook,
12:36c'était l'arnaque aux faux sentiments, où on était contacté par une femme
12:40qui nous disait tombée amoureuse de nous et qui, de temps en temps,
12:44pour venir nous voir ou parce qu'elle avait des soucis,
12:46nous demandait de verser 200-300 euros.
12:49Ensuite, il y a eu une seconde arnaque qui est née.
12:51C'était l'arnaque aux faux héritages.
12:53Quelqu'un nous envoyait un mail en nous expliquant qu'il avait un héritage bloqué en Afrique,
12:58qu'il n'avait pas de descendants, mais qu'il avait besoin de 500 euros
13:02pour pouvoir débloquer la somme de 50 000 euros dont il nous ferait bénéficier
13:05si on lui envoyait de l'argent.
13:10Comment est-ce que ces arnaqueurs obtiennent nos adresses mail ?
13:14Dans le cadre de l'arnaque à la fausse convocation judiciaire,
13:17les enquêteurs ont la conviction que les adresses mail utilisées et ciblées par les escrocs
13:23ont été récupérées sur le darknet, cette partie cachée d'Internet
13:28où on trouve des choses très souvent illégales.
13:31Ça fait longtemps que les autorités s'attaquent à ce problème.
13:34En octobre 2020, la préfecture de police de Paris s'alerte de ces fausses convocations
13:38pour pédopornographie qui sont en circulation.
13:41Donc, que fait-elle à ce moment-là ? Qu'est-ce qu'elle dit ?
13:43La préfecture de police et le ministère de l'Intérieur ont plusieurs fois communiqué
13:46au sujet de ces fausses convocations judiciaires
13:49en rappelant tout d'abord qu'en fait il était impossible que la police judiciaire
13:53ou la gendarmerie vous convoquent par mail pour une affaire si grave.
13:58Par ailleurs, jamais on lui proposera « bon, si vous ne voulez pas qu'il y ait de poursuite,
14:03on peut se débrouiller pour que vous régliez une amende ».
14:05Et encore moins, la police ou la gendarmerie ne menacera un particulier
14:09d'aller révéler à la presse des informations concernant.
14:13Le 10 mars 2021, une enquête préliminaire a été ouverte au niveau national.
14:17L'escroquerie, elle a débuté fin 2020, début 2021.
14:21Effectivement, en mars 2021, le parquet de Paris, via sa section cyber,
14:26a regroupé toutes les procédures parce que visiblement,
14:29il commençait à avoir de nombreuses plaintes de gens qui avaient payé
14:32et a ouvert effectivement une enquête judiciaire sur ce phénomène.
14:36Vers quelle piste s'orientent les enquêteurs ?
14:38Les enquêteurs y penchent très fortement pour la piste africaine.
14:42C'est de là que sont venus nombre de ces escroqueries par le passé.
14:47Il y a objectivement assez peu de doutes sur le fait que des gens,
14:50très certainement en Côte d'Ivoire, se cachent derrière cette série d'escroqueries.
14:54Les 120 personnes qui ont porté plainte, elles ont quel profil ?
14:57C'est des profils assez divers, que ce soit géographiquement, en termes d'âge.
15:01On ne peut pas exclure que parmi les 120 personnes qui ont déposé plainte et qui ont payé,
15:06certaines avaient effectivement consulté des images sur Internet illégales.
15:11Ça, on ne peut pas l'exclure, mais en même temps, pour l'instant, l'enquête ne l'a pas
15:14prouvé.
15:15En revanche, il y a aussi des profils qui ont payé, qui se sont fait arnaquer,
15:19qui n'ont absolument rien à se reprocher.
15:22Ça peut être notamment des personnes âgées qui vont être un petit peu intimidées par ces termes juridiques
15:27et qui vont se dire « j'ai peut-être fait une erreur, j'ai peut-être fait un truc
15:30sur mon ordinateur que je ne voulais pas faire ».
15:33Il faut aussi noter que les escrocs sont assez intelligents et futés pour mettre dans leur mail de convocation
15:39des choses qui sont des délits, comme la consultation d'images pédopornographiques,
15:43mais aussi des choses qui ne sont absolument pas illégales, comme la consultation de sites pornographiques.
15:49Quand en même temps on menace de diffuser ces informations à la presse,
15:54on n'a pas forcément envie que ça se sache qu'on consulte des sites pornographiques
15:57et donc on peut être parfois poussé à payer quand on pense que la menace est sérieuse.
16:01Donc en résumé, l'arnaque joue aussi sur la peur, même si on n'a pas forcément fait quelque chose
16:06de grave ?
16:06Exactement, et je pense qu'elle joue aussi sur la honte et qu'on le constate dans le nombre de
16:11plaintes.
16:11C'est que beaucoup n'ont pas déposé plainte parce qu'ils se sont rendus compte qu'ils s'étaient
16:16fait arnaquer
16:16et ils se sentent un peu bêtes, comme on l'avait connu sur l'arnaque aux faux sentiments,
16:20où beaucoup de personnes se faisaient avoir et ne déposaient pas plainte.
16:24Vincent Gautreneau, le 20 février, vous publiez dans Le Parisien un dossier sur ce sujet
16:29et cette arnaque, comme vous l'écrivez, elle peut aussi avoir des conséquences dramatiques.
16:34Effectivement, ce qu'on a appris avec Jérémy Famelet au cours de notre enquête,
16:38c'est qu'il y avait eu trois suicides en France dont on peut penser qu'elles sont liées à
16:42ces fausses convocations en justice
16:44de gens qui ont commis l'irréparable après avoir reçu une convocation en justice.
16:50Il y a eu un cas, heureusement, qui s'est terminé de manière moins dramatique à Bandol, dans le Var,
16:55où c'est un homme de 82 ans qui s'est jeté par la fenêtre de chez lui après avoir
16:59reçu cette convocation.
17:00Il était pétrifié alors que pourtant il avait été voir quelques jours avant la police pour leur dire
17:04« j'ai reçu ça, ça m'inquiète ». Les policiers avaient tenté de le rassurer, mais non, visiblement pas
17:08réussi.
17:09Il s'était jeté par la fenêtre de son domicile. Il a heureusement survécu.
17:12Au début de l'année 2022, plusieurs personnes ont été interpellées.
17:16Oui, il y a eu plusieurs interpellations au début de l'année.
17:18Il y a deux services d'enquête qui sont saisis de travailler sur ce phénomène.
17:23C'est la section de recherche de Versailles des gendarmes et les policiers de l'OCL CETIC.
17:27Et ils ont effectivement placé plusieurs personnes en garde à vue en début d'année.
17:31On estime que ces personnes sont des petites mains du trafic.
17:35Ce sont des personnes en France qui ont ouvert des comptes en banque
17:38qui servaient aux escrocs à faire virer l'argent des personnes arnaquées.
17:42Vincent Gautreneau, dans cette enquête du Parisien, vous expliquez que ces arnaques semblent très difficiles à arrêter.
17:48En réalité, elles sont difficiles à arrêter parce qu'elles naissent à l'étranger, tout simplement.
17:52Et que la coopération policière n'est pas toujours extrêmement facile avec certains pays où sont mises en œuvre ces
18:00arnaques.
18:01Derrière, pour remonter aux vrais donneurs d'ordre et aux escrocs à la manœuvre, c'est beaucoup plus difficile.
18:14Merci à Vincent Gautreneau.
18:18Cet épisode de Code Source a été préparé par Marion Bottorel, production Thibaut Lambert et Raphaël Pueillot.
18:25Réalisation, Benoît Gilon.
18:27Code Source, le podcast d'actualité du Parisien, est disponible sur toutes les plateformes.
18:32Nous publions un nouvel épisode chaque soir de la semaine.
18:35Pour n'en rater aucun, n'oubliez pas de vous abonner.
18:38Si vous aimez Code Source, n'hésitez pas à laisser un commentaire sur votre application audio préférée.
18:43Et puis vous pouvez aussi nous écrire directement pour nous faire des retours.
18:46Code Source at leparisien.fr
18:52Set associate à la baloncetoport.
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