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Le cyclone Chido a frappé Mayotte samedi 14 décembre 2024. Depuis, l’aide humanitaire s’organise sur l’île de l’océan Indien, mais trop lentement au goût des habitants. Envoyée spéciale à Mayotte, la journaliste du Parisien Christel Brigaudeau raconte dans cet épisode de Code Source un territoire dévasté, en proie aux pénuries d’eau et de nourriture.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Pénélope Gualchierotti et Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol. Musiques : François Clos, Audio Network -

Archives : TF1, Réunion la première.

#cyclone #mayotte #chido

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Transcription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource et au nom de toute l'équipe de Codesource,
00:05je vous souhaite une très bonne année 2025.
00:12Après Emmanuel Macron, François Bayrou s'est rendu les 30 et 31 décembre à Mayotte,
00:17dévasté le 14 décembre par le cyclone Chido.
00:20Le nouveau Premier ministre a promis une série de mesures pour aider les Mahorais,
00:24les Mahorais qui manquent d'eau, de vivres, de matériel pour reconstruire et d'électricité.
00:30Le cyclone a fait 39 morts et plus de 5600 blessés, d'après un bilan publié le 29 décembre par
00:36la préfecture.
00:38Christelle Brigodeau est journaliste aux Parisiens, elle a passé une semaine sur place juste avant Noël.
00:43Elle est dans Codesource aujourd'hui pour nous raconter ce qu'elle a vu.
00:59Christelle Brigodeau, c'est où et c'est grand comment Mayotte ?
01:02Est-ce que vous pouvez nous présenter ce territoire d'outre-mer ?
01:04Oui, c'est un confetti dans l'océan Indien, situé entre l'Afrique et Madagascar, donc dans l'hémisphère sud.
01:10C'est une île au climat tropical, en ce moment c'est l'été là-bas, c'est la saison
01:14des pluies,
01:15il fait 35-38 degrés avec des pluies très fortes plusieurs fois par jour, quelques fois.
01:20C'est une île qui est très petite, qui fait 380 km², mais qui est très densément peuplée,
01:26qui est aussi densément peuplée que Paris.
01:27C'est le territoire français le plus dense après la capitale.
01:32Cette île, d'un point de vue même politique, est une sorte d'anomalie
01:35parce que c'est un point français dans un archipel qui est comorien,
01:40et c'est de là que sont nés beaucoup de problèmes que connaissent actuellement les Mahorais et Mayotte,
01:45parce que la population des Comores, qui a un niveau de vie bien moins élevé que celle de Mayotte,
01:50vient en masse à Mayotte, ce qui crée d'énormes problèmes démographiques,
01:55de délinquance, de surpopulation dans des bidonvilles au-dessus des villes.
01:59Alors on parle régulièrement de Mayotte dans l'actualité,
02:02notamment pour cette question dont vous venez de parler d'immigration clandestine
02:06en provenance du reste des Comores.
02:08On a aussi beaucoup parlé de Mayotte depuis 2023 avec le début de l'opération Wambouchou.
02:14C'est quoi l'opération Wambouchou ?
02:15Alors Wambouchou en maorais, ça signifie reprise, reprise en main,
02:19et c'est une opération qui a été décidée sous le gouvernement d'Elisabeth Borne,
02:23qui vise en fait à démanteler les bangas, c'est-à-dire les cases en tôle
02:27qui fleurissent un peu partout dans les interstices des villes et des campagnes à Mayotte.
02:32L'objectif en fait, c'est de faire descendre la pression migratoire
02:37et la pression démographique dans cette île,
02:39qui est un peu coupée en deux,
02:41parce qu'on a d'un côté la population mahoraise
02:43qui vit dans les villes, dans l'habitat disons en dur,
02:48et d'un autre côté, cette population clandestine
02:50qui vit sur les collines, dans des cases en tôle très précaires,
02:54et entre les deux, c'est creusé à un fossé énorme,
02:57nourri de problèmes de criminalité,
03:00de problèmes de pauvreté très fortes, d'épidémies,
03:03donc c'est une vraie poudrière.
03:08Après le passage du cyclone Chido,
03:10qui a frappé l'archipel le 14 décembre,
03:12Christelle Brigodeau, vous êtes envoyée sur place par le Parisien,
03:15vous atterrissez d'abord à La Réunion le 17 décembre,
03:19et sur place, à La Réunion, vous voyez que l'aide s'organise.
03:22Oui, alors l'aide s'organise dans des lieux précis,
03:24on ne voit pas partout à Saint-Denis de La Réunion,
03:27des gens qui se mobilisent à la sortie des supermarchés,
03:30voilà, la vie est complètement normale à Saint-Denis,
03:33mais à l'aéroport, et notamment dans la base militaire,
03:36qui est juste à côté de l'aéroport civil,
03:37là on voit le gros avion cargo de l'armée,
03:41qui fait le plein de marchandises, d'eau,
03:45de tronçonneuses, d'équipements divers,
03:47pour aider la population à Mayotte,
03:50et pour aider les secours qui commencent juste à arriver.
03:53Parce que le gros problème là,
03:54c'est de l'aide qu'il faut acheminer assez loin,
03:57même depuis Saint-Denis, on est à deux heures d'avion de Mayotte,
04:02c'est assez compliqué d'aller sur place,
04:04en tout cas par rapport aux dégâts et aux besoins,
04:06ça semble encore petit, même si on parle de tonnes et de tonnes d'aides qui arrivent.
04:11Oui, et les Mahorais, les habitants de Mayotte qui vivent à la Réunion,
04:14se mobilisent eux aussi.
04:16Dans Saint-Denis, il y a aussi la délégation de Mayotte à la Réunion,
04:19qui centralise l'aide de la communauté maoraisse qui se trouve à Saint-Denis,
04:23puisqu'il y a beaucoup de Mahorais qui vivent à la Réunion,
04:25et qui eux apportent du riz, du lait pour les enfants,
04:30des vêtements, des chaussures, tout ce qu'ils peuvent,
04:32pour essayer d'aider.
04:34Tous sont très inquiets, parce qu'ils essayent aussi d'avoir des nouvelles de leurs proches
04:37qui sont sur place, ils n'arrivent pas à en avoir,
04:39parce que les communications sont rompues.
04:40Donc il y a à la fois beaucoup d'aide et énormément d'inquiétude dans cet endroit.
04:44Vous atterrissez le lendemain à Mayotte, à Zaudzi,
04:47l'ancien chef-lieu sur l'île de Petite Terre.
04:49Qu'est-ce que vous voyez ?
04:51Quand on sort de l'aéroport, il règne un calme un peu étrange.
04:54On voit un enfant qui fait du vélo, comme ça, tout seul.
04:57Il y a quelques personnes, mais très peu de gens.
04:59Et puis, un peu plus loin, on voit un barrage de police,
05:02parce qu'en fait, la police et l'armée,
05:04les militaires de la Légion étrangère qui sont basés à Mayotte,
05:08sont déployés pour assurer le calme, notamment autour de l'aéroport,
05:11ce qui explique le calme ambiant aussi.
05:13Et vers le débarcadère, on voit un bateau, une barge,
05:17qui sert normalement à faire la liaison entre les deux parties de Mayotte,
05:21ce qu'on appelle Petite Terre et Grande Terre,
05:22qui est écrasée à côté du débarcadère, échouée sur la berge.
05:27On voit une terre pelée.
05:29On voit des arbres qui sont moitié couchés,
05:32ou des palmiers avec les palmes qui vont toutes dans le même sens,
05:35comme si le vent les avait figés dans cette position.
05:39C'est assez étrange.
05:40Et puis quand on lève les yeux, en fait, on voit sur les collines
05:43ce qui était avant des bangas, donc ces fameuses cases en tôle.
05:47On ne se rend même plus vraiment compte qu'il y avait des maisons à cet endroit-là.
05:50On voit juste une espèce de désolation et que tout a été emporté par le vent.
05:55Juste après, vous partez en reportage à Mamoudzou,
05:57l'actuel chef-lu de Mayotte, dans les bidonvilles qui surplombent la ville.
06:02Notamment, on se rend dans une partie de Mamoudzou qui s'appelle Cavani.
06:06On est quelques jours seulement après le cyclone,
06:08mais déjà, les gens sont en train de reconstruire.
06:10Dès le départ, en fait, dès le lendemain du cyclone,
06:12on nous explique que les personnes ont commencé à reconstruire pour une raison très simple,
06:17c'est qu'elles ont très peur que le cyclone ait fait l'effet d'une énième opération Mamoudzou,
06:22c'est-à-dire que ça serve de prétexte aux autorités pour enlever les bidonvilles,
06:27enlever les cases et déloger la population illégale de ces endroits.
06:31Donc, la priorité des priorités pour tout le monde, c'est de reconstruire.
06:35Le problème, c'est qu'il manque des tôles, il manque de quoi reconstruire,
06:40et surtout, il manque d'électricité, d'eau, de nourriture.
06:44En fait, quand on arrive là-bas, on se rend compte que les gens sont livrés à eux-mêmes,
06:48ils n'ont rien, ils ne voient pas de l'aide arriver,
06:51ils doivent se débrouiller un peu tout seuls.
06:55Qu'est-ce qu'on vous raconte du cyclone Chido en lui-même ?
06:59Qu'est-ce que les habitants ont vécu ?
07:00Dans les quartiers habités par des personnes sans-papiers,
07:03donc sur les hauteurs de Mamoudzou, par exemple,
07:06beaucoup de gens ont pris les alertes du gouvernement et de la préfecture comme un piège.
07:11Ils ont cru qu'on essayait de les faire descendre de leurs collines pour les raser,
07:16pour raser leurs quartiers, et pour arrêter les sans-papiers et les renvoyer aux Comores.
07:21Donc en fait, ils sont restés, même s'il y avait des alertes et beaucoup de communication
07:26qui a été faite autour du risque de ce cyclone.
07:28Et sur place, le samedi matin, quand le cyclone arrive sur Mayotte
07:33et que l'œil du cyclone arrive au nord de Mayotte,
07:35tout à coup, ils se rendent compte que ce n'était pas des blagues
07:38et que les vents sont énormes, tous les toits s'envolent,
07:42y compris les toits des maisons en durs.
07:44On nous décrit en fait des tôles qui volent dans le ciel comme des oiseaux
07:48et qui arrivent sur les gens sans qu'ils aient pu les voir.
07:51Il y a de la pluie évidemment, un vent énorme, ça fait un bruit incroyable.
07:56Et des gens nous expliquent qu'ils ont encore peur maintenant.
07:59Rien que d'entendre un petit souffle de vent, ça les traumatise
08:01parce qu'ils ont vraiment ce bruit encore dans les oreilles.
08:03Et en fait, ils se retrouvent pris au piège
08:05parce que s'ils ne sont pas partis au début du cyclone,
08:08c'est absolument impossible pour eux de descendre ou d'aller dans la rue
08:11au moment du pic du cyclone.
08:13Quelques jours après votre arrivée à Mayotte, le jeudi 19 décembre,
08:17le président Emmanuel Macron vient en visite sur l'île.
08:21Sept jours après, on n'est pas capable de donner de l'eau à la population.
08:25Je comprends moi votre impatience, on va faire le maximum.
08:28Vous pouvez compter sur moi et on nâchera pas.
08:30Qu'est-ce que les gens vous disent à son sujet ?
08:32Comment est perçue cette visite ?
08:33Ce qui est étonnant, c'est que beaucoup de gens ignorent que le président est là
08:37puisqu'il n'y a pas de réseau, pas d'électricité,
08:40pas de téléphone qui fonctionne pour beaucoup de gens.
08:41Il fait une visite presque incognito pour une grosse partie des Mahorais
08:47qui apprendront souvent le lendemain ou deux jours après que le président était là.
08:51On en parle aux gens qui nous entourent et aux gens que l'on rencontre.
08:54Je pense notamment à une jeune fille qui s'appelle Noira Maoulida
08:58qui a 20 ans, qui est une étudiante sans papier
09:02mais qui a fait toute sa scolarité dans les écoles de la République en BTS.
09:07Quand on lui dit Emmanuel Macron est là,
09:09parce qu'on voit l'hélicoptère au-dessus de notre tête qui fait le tour
09:12et on pense que c'est l'hélicoptère qui transporte Emmanuel Macron
09:15pour voir les dégâts sur l'île,
09:17elle a un mouvement presque de rejet à dire
09:22« Bon voilà, on a l'habitude d'avoir des présidents de la République
09:25ou des premiers ministres qui viennent nous voir,
09:26c'est chaque fois pareil, à chaque fois ils nous disent ce qu'on veut entendre
09:29et puis derrière il ne se passe rien ».
09:30Donc en fait, beaucoup de gens que l'on rencontre
09:32ont ce même réflexe qu'elle
09:34d'être très désabusés, de ne pas vraiment croire la parole publique.
09:38Eux veulent des tôles pour reconstruire leur logement,
09:41ils veulent de l'eau, de l'électricité
09:43mais les belles paroles, ils en ont assez.
09:45« Ils sont venus en première place, ils s'en vont en une journée,
09:48ils n'ont même pas le temps de nous recevoir,
09:49donc là ça suffit, ça suffit de se mettre bien,
09:52ça suffit, d'accord ?
09:53On va se battre avec ou sans la politique républicaine,
09:57on va se battre mais nous, nous existons. »
10:00Le vendredi 20 décembre, vous faites un reportage
10:03justement sur le problème de l'eau.
10:05Vous êtes à Aqua, une commune enclavée
10:08tout au bout de Mayotte à l'ouest.
10:09Vous rencontrez des habitants qui essaient de fabriquer un puits.
10:13« Oui, ils redécouvrent en fait un ancien puits.
10:15C'est une source naturelle qui n'est pas vraiment aménagée.
10:18En fait, l'eau remonte depuis le sol,
10:21donc ça crée une espèce de mare,
10:23comme un marécage avec des plantations autour.
10:26Il y a en réalité deux sources,
10:27une qui a été consolidée quelques années auparavant
10:31avec des blocs de pierre et de la maçonnerie
10:34qui a été faite pour faire un puits un peu comme à la voir
10:36et l'autre source qui est encore naturelle
10:40et donc qui mérite d'être consolidée,
10:43d'être aussi nettoyée
10:44parce qu'il y a des déchets qui sont là dans cette eau.
10:47Ce n'est pas de l'eau qui est normalement bonne pour boire
10:50mais en fait, comme il n'y a pas d'eau,
10:52c'est très difficile de se procurer des bouteilles d'eau.
10:54Les gens nous expliquent qu'ils la boivent, ils la font bouillir
10:57et ils la boivent malgré les conseils des autorités sanitaires
11:00qui recommandent de ne pas le faire.
11:01Et là, près de cette source et avec ses habitants qui se mobilisent,
11:05vous rencontrez un éducateur prénommé Marley.
11:07Est-ce que vous pouvez nous le présenter ?
11:09Oui, alors Marley est arrivé peu de temps avant le cyclone à Mayotte.
11:13Mayotte, c'est sa terre d'origine.
11:15Sa grand-mère, sa mère sont nés là-bas.
11:17Lui a passé beaucoup de temps en métropole.
11:19Il est revenu il y a six mois à Aqua, qui est un peu son fief,
11:23pour y lever ses enfants et y construire sa vie.
11:27Comme tout le monde, il est à l'affût des biens essentiels pour vivre
11:30et notamment de l'eau.
11:32On le retrouve en fait près de cette source
11:34où les habitants vont faire la queue.
11:36Il explique aussi à quel point la situation est tendue pour les habitants.
11:41Et le maire d'Aqua confirme qu'effectivement, il a quand même des craintes.
11:45Si l'eau n'arrive pas en quantité suffisante,
11:47il a peur que les gens finissent par se battre pour de la nourriture ou des bouteilles d'eau.
11:55Christelle Brigodeau, à Mayotte, il y a plus de 8000 enseignants,
11:58dont beaucoup de métropolitains.
11:59Et parmi eux, certains restent, d'autres préfèrent rentrer,
12:03d'autres espèrent rentrer au plus vite dans l'Hexagone.
12:06Les enseignants se trouvent face à un dilemme
12:08entre d'un côté se mettre en sécurité,
12:10aller respirer un petit peu auprès de leur famille en métropole
12:14ou à la Réunion.
12:15Et d'un autre côté, rester auprès de leurs élèves.
12:18Beaucoup sont sans nouvelles de leurs élèves collégiens, écoliers ou lycéens
12:22et aimeraient être là pour eux.
12:24Donc il faut choisir entre les deux.
12:26Concernant le bilan humain,
12:28depuis les heures qui ont suivi le passage du cyclone Chido,
12:31il y a un doute sur le chiffre du nombre de morts.
12:34Oui, et ce doute existe
12:35parce que personne n'est allé quadriller, disons, Mayotte
12:40depuis les plages jusqu'au sommet des collines
12:42de façon exhaustive pour regarder et faire un bilan
12:45en état des lieux du nombre de morts.
12:47Évidemment, ça, ce sont des choses qui doivent être faites
12:49mais qui ne sont pas faites dans les tout premiers jours
12:51puisque les secours se concentrent d'abord sur les vivants
12:54et sur l'urgence, c'est-à-dire l'accès à l'eau, l'électricité, etc.
12:58Et là, on part en fait un peu en conjecture.
13:01Même le préfet de Mayotte évoque des probables milliers de morts.
13:05Des secouristes de La Réunion, notamment,
13:09vont évoquer des dizaines de milliers de morts,
13:11chiffre qui sera repris un temps par la chaîne de télévision
13:15Mayotte la première, puis tout de suite enlevée.
13:17Mais ça montre bien ce climat où on se dit
13:19qu'il y a des centaines, des milliers, voire des dizaines
13:21de milliers de morts.
13:22Et pourtant, quand on se rend dans les quartiers des Bidonvilles
13:25ou dans les quartiers de Mamoudzou,
13:26on se rend compte que, oui, il y a des victimes,
13:28oui, le bilan est lourd d'un point de vue matériel et humain,
13:32mais certainement pas au point d'avoir des milliers
13:35ou des dizaines de milliers de morts.
13:37Le samedi 21, vous êtes dans un village dzoumonier
13:40et un comorien sans papier vous parle d'une femme,
13:43une mère de famille qui a été victime du cyclone,
13:46qui est morte dans ce cyclone.
13:47Ce jeune homme est un jeune père de famille.
13:50Il nous fait visiter, en fait, cette espèce de village de tôle
13:54qui se dresse au-dessus du village en dur.
13:57Là, on est au nord de Mayotte,
13:58donc à un endroit qui a été particulièrement touché,
14:01à l'ouest de Mamoudzou.
14:03Il nous parle, oui, de cette femme qui vit un peu plus loin
14:05et qui a reçu, en fait, une tôle en pleine tête,
14:09donc qu'il a tuée sur le coup.
14:11Il a transporté avec ses amis le corps de cette femme
14:14sur une tôle qui servait comme de brancard.
14:16Il descend au village et donc, quand même,
14:20les secours sont appelés.
14:21Les pompiers vont finir par arriver et emmener des blessés.
14:24Et cette femme qui est déjà décédée va être enterrée.
14:26Il nous montre l'endroit où elle est enterrée.
14:28C'est une tombe toute simple, en fait,
14:30un monticule de terre surmonté de cailloux
14:34pour montrer que là se trouve un corps.
14:36Mais il nous explique que ce corps-là a été déclaré,
14:39enfin, tout le monde le sait dans la population
14:41que cette femme est enterrée là.
14:43Il y a d'autres personnes qui ont été enterrées
14:46au cimetière municipal.
14:47Et on voit dans d'autres quartiers à Mayotte,
14:50effectivement, des tombes qui ont été creusées
14:52dans les cimetières.
14:53Donc, oui, il y a eu des victimes.
14:54On voit des tombes, mais on n'en voit pas des centaines.
14:58Christelle Brigodeau, le 23 décembre,
14:59vous êtes à Petite Terre,
15:01là où se trouve l'ancien chef lieu de Zahoudzi,
15:03dont on a déjà parlé.
15:04Et vous revenez sur le sentiment d'abandon
15:06ressenti par une grande partie des Mahorais.
15:09Oui, effectivement, ça, c'est quelque chose qui domine,
15:11y compris chez des personnes qui sont fonctionnaires
15:14du commissariat de police ou enseignants
15:17ou personnels soignants.
15:19Donc, des gens qui sont normalement partie prenante
15:21du système de l'État et qui, eux-mêmes, disent
15:23« on est abandonné ».
15:25Parce que, même si de l'aide est coordonnée et arrive,
15:29quand on est sur place,
15:31on ne la voit pas tellement, cette aide.
15:32Parce que, soit ils ne sont pas au courant
15:34des distributions qui sont faites,
15:36soit elles sont trop peu nombreuses.
15:38Effectivement, nous, en presque une semaine sur place,
15:40à aller de quartier en quartier,
15:42on a vu une seule distribution d'eau.
15:43Il y en a eu beaucoup d'autres,
15:44mais ça ne se voit pas,
15:45parce que les besoins sont énormes.
15:47On a vu des Mahorais qui essayaient,
15:48par le système D, d'aider les plus démunis,
15:51d'aider les personnes qui étaient encore plus touchées qu'eux,
15:53en allant, par exemple, dans des restaurants,
15:55faire la cuisine pour tout le monde,
15:56pour tout un quartier,
15:57et emmener ensuite des centaines de barquettes
16:00pour les enfants des quartiers des bidonvilles.
16:03Donc, il y a de la solidarité,
16:04il y a beaucoup de choses qui se font,
16:06mais qui se font finalement sur l'absence de l'État.
16:09Et c'est vrai que ce qui est revenu de façon récurrente
16:13dans les dialogues qu'on a pu avoir avec les personnes sur place,
16:17c'est qu'ils nous disaient souvent,
16:18mais vous, voilà, vous êtes journaliste,
16:20mais vous êtes les premiers qui viennent nous demander des nouvelles.
16:23On n'a vu personne de l'État,
16:24on n'a pas vu de secouristes,
16:26personne de la mairie,
16:27personne n'est venu juste nous dire comment ça va.
16:30De quoi manquent les habitants de Mayotte ?
16:32Alors, il manque de tout,
16:33il manque de matériel pour reconstruire,
16:35il manque d'eau,
16:36il manque de nourriture,
16:38et il manque, j'allais dire, d'attention.
16:40C'est-à-dire, comment ça va, là,
16:41il est assez vital en ce moment,
16:44parce qu'à Mayotte,
16:45tout le monde sait depuis longtemps
16:46que c'est un département pas comme les autres,
16:49parce que c'est un département plus récent,
16:51avec des problématiques qui sont uniques,
16:54qui sont spécifiques à Mayotte.
16:56Le sentiment d'abandon,
16:57il existait avant le cyclone,
16:59mais là, quelque part,
17:00le cyclone a révélé l'ampleur de l'abandon,
17:04du point de vue de beaucoup de maorais.
17:07Ils ont vraiment besoin de voir la solidarité de la France,
17:11les autres habitants de métropole,
17:13de la Réunion,
17:14se sentir partie prenante de la France
17:16et pas citoyen de seconde zone.
17:19Le même jour, le soir,
17:21vous suivez des gendarmes
17:22qui essaient de faire respecter le couvre-feu,
17:25couvre-feu qui a été mis en place la nuit
17:27pour prévenir d'éventuels pillages,
17:29mais c'est très compliqué.
17:30Oui, évidemment, c'est difficile.
17:32Il y a un dialogue qui résume la situation.
17:35Les gendarmes en patrouille vont voir les personnes,
17:37essentiellement pour faire de la pédagogie,
17:39leur expliquer déjà qu'il y a un couvre-feu
17:41de 22h à 4h du matin,
17:42et leur dire, voilà,
17:43vous ne pouvez pas rester comme ça dans la rue.
17:44Et les gens répondent,
17:46ben oui, mais rentrez chez nous,
17:47on ne peut pas, on n'a plus de chez nous.
17:49Donc voilà, ça résume bien les choses.
17:50Évidemment, les gendarmes font avec cette situation.
17:53Eux-mêmes sont impactés,
17:54puisqu'ils vivent sur place par le cyclone.
17:57Et au cours de ces patrouilles,
17:59on voit en fait l'état
18:01dans lequel se retrouve la population de Mayotte,
18:03la nuit.
18:04Il y a des gens qui vont rester dehors
18:06parce qu'il fait une chaleur intenable dans les maisons.
18:09Il n'y a pas d'électricité,
18:10donc c'est difficile de rester dans des endroits confinés
18:12comme ça, très chaud.
18:13Il y a des personnes qui vont essayer de trouver des points d'eau,
18:18comme il y a un gros problème avec l'eau.
18:20La nuit, il y a moins de gens,
18:21donc c'est un moment aussi où on peut trouver de l'eau,
18:24se laver, etc.
18:25Il y a des personnes aussi qui vont se retrouver entre elles
18:28et aller boire des bières ou des alcools forts
18:31pour un peu se vider la tête.
18:32Ça fait quand même des jours et des jours
18:33que les personnes subissent une situation terrible,
18:37dorment dans des conditions très précaires,
18:38n'ont pas assez à manger.
18:39Il y a un ras-le-bol qui s'installe
18:41et une tension qui commence à monter.
18:44Et les gendarmes, d'ailleurs, en sont bien conscients.
18:46Leur rôle, finalement, dans ce couvre-feu,
18:48c'est surtout de faire retomber la pression
18:51plutôt que de l'augmenter.
18:54Christelle Brigodeau,
18:55à la fin de votre reportage à Mayotte,
18:57vous racontez aussi l'histoire de Bébé Chido,
19:00un petit bébé qui est né juste après le passage du cyclone.
19:04Oui, on entend parler de l'histoire de Bébé Chido
19:07dans l'un des quartiers où on se promène.
19:09Une dame à FIFA nous explique
19:11qu'elle hébergait 50 personnes chez elle
19:14parce qu'elle avait une maison en dur, solide.
19:16Donc, les gens étaient réfugiés dans sa maison
19:17pendant le cyclone.
19:18Et parmi eux, il y avait cette femme enceinte,
19:21très enceinte,
19:22qui était sur le point d'accoucher
19:23au moment où elle passe le pas de la porte.
19:26Le cyclone commence.
19:27Là, les vents sont énormes
19:30et détruisent aussi en partie la maison en dur.
19:32Il y a une inondation dans la maison.
19:34Et elle se rend compte
19:35que parmi la cinquantaine de personnes
19:37qui sont chez elle,
19:38cette femme enceinte est en train d'accoucher.
19:41Le travail a commencé.
19:43Avec d'autres femmes,
19:45elle s'arrange pour la mettre en sécurité dans un coin.
19:48Pendant ce temps, il faut s'imaginer
19:49que tout le monde a de l'eau jusqu'aux genoux.
19:51Il n'y a plus de toiture.
19:53Il y a des morceaux du plafond qui tombent.
19:55Et cette femme qui essaie de respirer,
19:57de se concentrer sur son bébé à naître.
20:00Afifa va courir dans la rue pendant une accalmie
20:02pour essayer de trouver quelqu'un
20:03pour l'emmener à l'hôpital.
20:05Elle arrive à trouver quelqu'un.
20:06Et le bébé va naître quasiment dans le hall de l'hôpital,
20:09vraiment en arrivant.
20:10La maman va l'appeler Mkombosi,
20:13qui signifie, d'après ce qu'elle nous dit,
20:15le sauveur en maorais.
20:17Tout le monde dans le quartier l'appelle bébé Shido.
20:19Et on voit que ce bébé, cette histoire,
20:22fait vraiment du bien
20:23dans un contexte compliqué et harassant.
20:35Merci Christelle Brigodeau.
20:36Cet épisode de Code Source a été produit
20:38par Pénélope Gualquierotti et Clémentine Spiller.
20:41Réalisation, Julien Moncoucciol.
20:43Code Source est le podcast quotidien
20:45d'actualité du Parisien.
20:46Nous publions un nouvel épisode
20:48chaque soir de la semaine du lundi au vendredi.
20:50Et puis on vous invite également à écouter
20:51le second podcast du Parisien,
20:54Crime Story.
20:54Chaque samedi matin,
20:55une nouvelle affaire criminelle
20:57racontée par Claudia Prolongeau
20:58avec Damien Delsony,
21:00le chef du service police-justice du Parisien.
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