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  • il y a 10 mois
Un an après le passage du cyclone Chido qui a ravagé l'archipel, notre journaliste Yves Pulici s’est rendu à Mayotte. Il a suivi le Secours populaire et les associations locales qui tentent de reconstruire l'archipel, alors que les habitants sont toujours dans l’urgence, un an après la catastrophe.


Le podcast est à retrouver ici : https://www.bfmtv.com/podcasts/les-rescapes-de-chido-mayotte-un-an-apres/

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Transcription
00:0014 décembre 2024, le cyclone Chido s'abat sur Mayotte.
00:05Des vents à 225 km heure soufflent sur l'archipel.
00:11En quelques heures, tout est ravagé.
00:14Bilan, au moins 40 morts et 41 disparus.
00:18Plus de la moitié des habitations sont abîmées et près d'un tiers totalement détruites.
00:25Un an après, à quoi ressemble la vie sur place ?
00:29Je suis parti avec le Secours Populaire pour comprendre leurs réactions
00:32et rencontrer les associations qui viennent en aide depuis un an aux habitants.
00:40Dès mon arrivée, je suis marqué par les piles de déchets entassées à l'entrée de Mamoutou.
00:45Là, on peut encore voir, un an après, les stigmates de Chido.
00:49Là, c'est réduit. Il y avait peut-être 53 plus de déchets que là.
00:54Un an après Chido, je découvre ce département français, le 101ème, le plus pauvre.
01:01Je découvre les bangas, ces abris de tôle, de bois qui constituent les bidonvilles.
01:06Et c'est là où je me rends à Kahani, dans le centre de l'île.
01:09Toi, tu es allé dans ce banga, justement, juste après Chido.
01:13C'était un spectacle d'isolation, sur un terrain vague, avec des cabanes de bois et de tôle,
01:21comme ils avaient pu reconstruire, parce qu'ils ont réutilisé des anciens matériaux ici ou là.
01:26Il faut savoir que c'est à même le sol, c'est la terre battue.
01:30On va rencontrer une association qui fait des maraudes santé, notamment.
01:34Et là, ce matin, nous allons rejoindre l'équipe pour faire de la prévention
01:38et certainement aussi de la distribution des produits d'hygiène.
01:42Avec Christian Causse, du Secours Populaire, on rejoint Moumini Ridjali,
01:46facilitateur santé à l'association Horizon.
01:49L'eau ne coule que deux fois par semaine environ.
02:04C'est ce que vivent les 100 familles du bidonville.
02:08Conséquence ?
02:09L'eau qui est prise à la rampe, pour assurer de l'eau tous les jours,
02:13doit être stockée 4 jours, avec la chaleur, avec les risques sanitaires que ça comporte.
02:17Alors, la solution d'urgence, c'est la distribution de pastilles de purification.
02:22Une bouteille d'un litre, c'est un comprimé.
02:24Tu m'emmènes beaucoup ?
02:25Moi, je vais te avaler.
02:27Par ça ?
02:27Je mets juste deux.
02:28Alors, si c'est la bouteille de 5 litres, tu mets 5.
02:32Par contre, ça, il ne faut pas laisser dépasser 24 heures.
02:40Qu'est-ce que tu prends en photo ?
02:41Les habitants, ils viennent là, laver leurs vêtements, faire la lessive ici.
02:46C'est vraiment dangereux, mais ils n'ont pas le choix.
02:50Et là, c'est vraiment dégradé, comme vous voyez.
02:53Donc là, ils n'utilisent pas.
02:54Mais il y a un puits là, juste à côté, que les gens...
02:59Donc, vu qu'il n'y a pas accès à l'eau, ils n'ont pas accès à l'eau.
03:03Donc, ils utilisent cette eau-là.
03:06Donc là, c'est vraiment profond.
03:08Utiliser cette eau est particulièrement risqué.
03:11Oui, derrière le bidonville, il y a une décharge.
03:15Oui, exactement.
03:16En fait, derrière le bidonville, il y a une décharge.
03:18Quand la pluie tombe, tout l'eau qui est stockée sur les décharges,
03:23ça déverse vers leur maison.
03:26Et là où il y a les puits qui prennent l'eau,
03:29donc l'eau, vu qu'ils s'infiltrent sous terre, ils rentrent aussi dedans.
03:33Typhoïde ou choléra, l'eau polluée peut à tout moment engranger une épidémie.
03:38J'ai rencontré la ministre des Outre-mer, Naïma Mouchou,
03:41et selon elle, l'État arrivera à distribuer de l'eau sur toute l'île dans les prochaines années.
03:47Je suis allée visiter une usine de dessalement hier,
03:49et j'ai vu les choses se faire.
03:50L'usine va bientôt sortir de terre, donc je vois les choses avancer.
03:53Sur cette problématique qui est majeure pour la population,
03:56il y a des choses, encore une fois, qui avancent.
03:57Et donc ça, c'est positif.
03:59L'usine ne sera pas prête avant 2027.
04:01En plus du manque d'eau, les cultures n'ont pas encore repoussé sur l'île.
04:06Résultat, la nourriture est importée et elle coûte cher.
04:10Sur l'île, à Mayotte, de nombreuses familles sont agricultrices
04:13et possèdent un ou deux hectares de culture pour se nourrir
04:17et puis revendre un peu le surplus.
04:19Tout a été détruit et certains n'ont toujours pas accès à leur champ.
04:24C'est le cas de Ramadani Ardali.
04:26Une pièce pour deux, un toit en tôle dans le jardin de sa fille.
04:32C'est là où j'ai vis, vous voyez ?
04:34Avec votre femme ?
04:35Oui, avec ma femme.
04:38À 63 ans, Ramadani a tout perdu sa maison, ses champs, ses bêtes, balayés par Chido.
04:44J'avais les bananiers, j'avais tout dans cette cour, j'avais tout, les manguiers.
04:49Il espère reconstruire sa maison.
04:52Il a déjà le matériel, mais impossible de le faire seul.
04:54Si j'emmène une boite ou deux tôles là-bas, le lendemain j'arrive à plus rien.
05:02Le risque, ce sont les pillages récurrents à Mayotte.
05:05Le secours populaire lui est venu en aide et il lui a donné 7 plantes bananiers en mars dernier.
05:111, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11.
05:16Ah ben c'est beaucoup, on est tellement ravis.
05:20Je veux bien qu'on nous donne cette variété-là, encore un peu plus.
05:23Pour l'instant, il n'a pas encore de quoi vivre de ces quelques plants.
05:28Le lendemain, j'accompagne le secours populaire pour négocier 2000 nouveaux plantes bananiers
05:31à partager avec les agriculteurs du nord de Mayotte.
05:34L'ONG travaille avec ce pépiniériste débordé par la demande.
05:38Là vous avez les palmiers, vous avez les bananes là, mais c'est pas pour vous.
05:43C'est dommage.
05:43C'est déjà pris quoi, on va dire.
05:45Tout est déjà parti là en fait.
05:47Tout est déjà parti.
05:48Dès qu'ils sont prêts à planter, on l'appelle éclairage.
05:50Le secours populaire mène un travail de fond avec les associations locales en finançant
05:55leurs activités.
05:57C'est l'association La Cantine de Mayotte, née après Chido, qui accompagne les agriculteurs
06:01en distribuant les graines et les pousses.
06:03On en a à peu près 300 agricoles, donc on a pris 4 communes.
06:09Mayotte compte 4 300 exploitations.
06:12L'Union Européenne a commencé une distribution d'aide aux agriculteurs à hauteur de 1780 euros
06:17par hectare de culture, mais c'est difficile d'évaluer le chiffre exact.
06:22Environ la moitié des agriculteurs maorais ne seraient pas déclarés et donc pas éligibles
06:26à ces aides.
06:28Ce manque d'eau, de nourriture, force les maoraises et les maorais à vivre dans des
06:31conditions de vie indignes.
06:33Surtout qu'il faut se rendre compte que la moitié des habitants de Mayotte, ce sont
06:37des enfants.
06:39Comment grandir dans cet environnement ?
06:41Déjà avant Chido, 57% des élèves maorais n'allaient pas à l'école tous les jours.
06:46Ils partageaient des salles de classe dans un système de rotation.
06:49Chido a détruit de nombreuses écoles et l'UNICEF a récemment dénoncé la non-scolarisation
06:54complète de près de 9000 enfants à Mayotte.
06:58C'est le cas de beaucoup de jeunes à Kaweni, le plus grand bidonville de Mayotte.
07:02Ici, des associations comme Kaweni Nouvelle Air et Action Coup de Pouce s'occupent
07:06d'enfants jusqu'à 17 ans.
07:07On les apprend à lire et écrire parce que beaucoup n'ont pas eu de place, surtout
07:11cette année.
07:13Parce que là, on est devant justement une école.
07:16Oui, ça.
07:17Ça, c'est une école et ils ne sont pas en train d'y aller.
07:20Oui, parce qu'ils ne sont pas inscrits.
07:21Il y a des autres qui deviennent aller parce qu'ils sont là, mais il y a des autres, pourquoi
07:25parce qu'ils ne sont pas inscrits ? Il n'y a pas de place, en fait.
07:29Certaines associations comme Kaweni Nouvelle Air possèdent des locaux qui ressemblent
07:33à une salle de classe.
07:34Aujourd'hui, c'est mercredi et c'est activité en extérieur.
07:38Ils font la course ?
07:39Oui, c'est ça, ils font la course pour un peu s'évacuer.
07:46On travaille bien.
07:48Ça va y aller sur quoi, là ?
07:49Non, je travaille, je calcule.
07:53Tu sais calculer jusqu'à combien ?
07:55Hein ?
07:55Tu sais compter jusqu'à combien, alors ?
07:57Jusqu'à 30.
08:00T'as quel âge ?
08:03Moi, j'ai 10 ans.
08:09L'école, c'est ça qui fera avancer Mayotte.
08:13Mayotte, il a besoin d'avoir des professeurs, des médecins, des infirmiers.
08:21Et tout cela, ça prend par l'école.
08:24J'ai retrouvé les associations que j'avais rencontrées pendant mon séjour sur la plage
08:28de Banderele, la veille de l'anniversaire du passage de Shido.
08:32Elles accueillent 500 enfants de l'île pour une journée de vacances.
08:36Au programme, danse, jeux, baignade, repas pour tous les enfants.
08:40Avec un objectif...
08:42On leur donne des activités, comme ça on puisse au moins pouvoir insérer les jeunes
08:48et ne pas leur laisser faire des petits sabrés.
08:51Parce que c'est là d'où vient la violence, parce que les jeunes n'ont rien à faire.
08:54Entre les collèges, les lycées, il y a des affrontements à coups de cailloux souvent
08:57et parfois mortels.
09:00Kiri était proche de membres violents de sa commune
09:03pour éviter que ses enfants se battent plus tard.
09:05Les assauts et lui, Kiri, les font se rencontrer avant.
09:09A Mayotte, j'ai vu que les associations tentent de faire tenir autant que possible l'île
09:22qui se sent laissée à l'abandon.
09:24Ils n'ont pas que faim de manger.
09:28Ils ont aussi faim de moyens pour pouvoir prétendre aux droits
09:32et essayer de faire respecter leurs droits.
09:35Je comprends ce sentiment d'abandon et de mépris.
09:38Je suis lucide sur la situation.
09:40Quand on est au cœur des difficultés, c'est normal.
09:42Mais je ne peux pas laisser dire que l'État n'aurait rien fait.
09:45L'État s'est beaucoup engagé.
09:46D'abord dans l'urgence, pour sécuriser les populations,
09:48pour rétablir l'essentiel quand même, l'eau, l'électricité, les routes.
09:51Et puis, il s'est engagé dans un exercice inédit,
09:54qui est cette grande loi de programmation,
09:564 milliards d'euros d'ici à 2031, pour reconstruire.
10:00Un an après, Mayotte est toujours marquée par le cyclone Shido.
10:04Manque d'eau, de nourriture, d'infrastructure,
10:06les besoins vitaux des habitants ne sont toujours pas acquis.
10:10Si le sujet vous a intéressé, vous pouvez retrouver mon podcast
10:12« Les rescapés de Shido, Mayotte, un an après »
10:15sur toutes les plateformes d'écoute sur le site et l'application de BFM TV.
10:21Let's just move! Let's just move!
10:24Ah!

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