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  • il y a 8 heures
Interview diffusée le 7 juin 2023 dans l’émission L’Invité sur TV5 Monde. Sam Bernett revient sur l’aventure du Johnny Circus, projet atypique mêlant spectacle et univers rock autour de Johnny Hallyday. Un témoignage qui replonge dans cette période originale de la carrière du chanteur et dans les coulisses de ce concept unique.

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Musique
Transcription
00:06Animateur, vedette, on pourrait même dire mythique à Europe, à RTL, bien sûr, et surtout 50 années d'amitié, j
00:11'allais presque dire d'amour avec Johnny.
00:14Combien ? 50 ? 60. 60 ans d'amitié, d'amour avec Johnny, Sam Bernet.
00:19Bonjour Patrick, c'est Mona. On peut dire ça vraiment, quand je dis amour, parce que c'est vrai qu
00:22'au fond, il n'y a pas d'autre code.
00:23Non, c'était une véritable amitié, bien sûr, ça n'avait rien de superficiel show business. On s'est rencontrés
00:29au Golfe Drouot, j'avais 15 ans, il en avait 17, c'était déjà la bande des grands, il y
00:34avait Dutronc et déjà Eddie Mitchell, les vieilles canailles étaient déjà rassemblées.
00:39Alors au Golfe, il y avait les petits, c'était nous, on avait 15 ans, et puis les grands, alors
00:43on leur disait bonjour, bien sûr, de loin, mais on ne faisait pas partie de la bande, on était trop
00:47petits.
00:48On s'est retrouvés quelques années plus tard, quand lui a fait ses disques et que moi j'ai fait
00:52de la radio.
00:52Oui, et là, c'est ce qui est raconté dans ce bouquin, ça s'appelle Johnny Circus. Écoutez, Johnny, on
00:57va raconter cette aventure, c'est vraiment, c'est inimaginable, c'est mieux qu'un roman.
01:02J'étais le monsieur loyal de la tournée, puisque lorsque Johnny a eu cette idée qui était une idée généreuse
01:09et qui sortait de l'ordinaire, il voulait faire une tournée avec un cirque.
01:13Et il est arrivé un jour au Rock'n'Roll Circus que je dirigeais à Paris, cette boîte à Paris,
01:18et il me dit, écoute, il y a Jérôme Savary qui a fait le Magic Circus,
01:22toi t'as fait le Rock'n'Roll Circus, moi je vais faire le Johnny Circus.
01:25Oui.
01:25Non mais là, on se dit, non mais attends Johnny, mollo !
01:30Oui, et il le dit d'ailleurs, dans le livre, il y a cette lettre qu'il a envoyée à
01:35ses fans, en leur disant, je vous prépare quelque chose d'extraordinaire, du jamais vu,
01:40je vais louer un chapiteau de 4000 places et je vais faire le Tour de France avec des clowns, des
01:47fauves, des acrobates.
01:48Le cirque Bouglion, allez, t'en cogner, hein !
01:51Alors oui, c'était les Bouglion qui avaient loué ce chapiteau, on y reviendra peut-être tout à l'heure,
01:56mais ils n'ont jamais été payés.
01:58Il y a d'ailleurs une anecdote assez amusante sur la fin du bouquin où Bouglion, Joe Bouglion, le patriarche,
02:04rencontre Johnny par hasard dans un restaurant quelques mois après le Circus.
02:11Et à l'annonce de l'arrivée de Johnny Hallyday, Joseph Bouglion se lève, va coincer Johnny dans les toilettes,
02:20le prend au callback et lui dit, mon petit père, tu me dois de l'argent,
02:24parce que moi j'ai payé, non tous les gars qui travaillaient sur le cirque, en dehors des musiciens, etc.,
02:30mais toute la bande Bouglion, moi j'ai payé tout le monde, mais le chapiteau, il n'a jamais été
02:34payé.
02:35Ils sont presque à en venir aux mains, et là, ça fait quand même beaucoup de bruit dans le restaurant,
02:41et à la table des Bouglion, il y a les fils Bouglion qui sont là,
02:44qui disent, oh là là, ça va mal tourner cette histoire, ils se précipitent, ils se mettent entre les deux
02:48hommes, et Johnny est contrit, est confus, il s'excuse,
02:54et Joe le prend dans ses bras et lui dit, allez, on oublie tout ça, viens boire le champagne.
02:59C'est incroyable, parce qu'il faut le faire, on est en 1972, Johnny est quand même au creux de
03:05la vague, il est à un moment, il se pose des questions,
03:07il voit ce qui se passe aux Etats-Unis, Woodstock, Joe Cocker qui a fait Mad Dog and Englishman, il
03:14voit ces grands spectacles, il se dit, moi je veux faire le même truc.
03:18Oui, il y avait eu une tournée itinérante comme ça aux Etats-Unis qui s'appelait le Continental Circus, qui
03:23était également un cirque,
03:25qui se baladait dans l'Ouest américain avec de très grandes venettes américaines, et Johnny avait été très influencé par
03:31cette tournée en disant,
03:32je vais faire la même chose, et c'était, je le dis dès le départ, c'était une idée innovante,
03:38c'était une idée généreuse,
03:39il voulait reprendre un peu l'esprit des saltimbanks qui arrivent sur les places publiques le soir et qui redonnent
03:44de la joie, de la musique à tous les habitants,
03:47malheureusement ça a été le contraire.
03:48Alors on va dire ce que c'était, c'est quand même 70 véhicules, 114 employés, 79 étapes, et il
03:53vous dit,
03:54« Ah, je veux que tu viennes », il le dit avec sa façon de parler de Johnny.
03:57« Ah, je veux que tu sois mon monsieur loyal ».
03:59Monsieur loyal, c'est Sam Bernet, il arrive sur scène tous les soirs, il dit,
04:06« Je m'appelle Sam Bernet, je suis né à Paris, vous me connaissez mieux, je suis le copain de
04:11Johnny ».
04:11Voilà, et ça, et ça y est, le public…
04:14Ah ben là, le public est avec moi immédiatement, je suis le copain de Johnny, on ne va pas me
04:17lancer des canettes.
04:19Sauf que vous aviez déjà raconté ce truc, qu'à 2h du matin, il vous dit, il faut meubler parce
04:24qu'on ne sait plus où est Johnny.
04:25Non mais j'ai meublé tout le temps.
04:25Non mais il y a des trucs, Johnny disparu, la police le recherche, on ne sait plus où il est.
04:30Ça, c'est très spécial, c'est à Grenoble que ça s'est passé, mais Johnny était en retard tous
04:37les soirs de 2 ou 3h.
04:382 ou 3h pendant lesquelles j'étais obligé de tenir la salle à bout de bras, en inventant n'importe
04:44quoi pour que je ne prenne pas,
04:46alors là, oui, des canettes et des chaussures et des bouts de banc et de banquette.
04:50Il faisait comment ça ? Vous étiez obligé de meubler…
04:53Ben écoutez, le soir, comme je savais qu'il avait beaucoup de retard tous les soirs, j'imaginais pas qu
04:59'un soir, il aurait 6h de retard,
05:01mais je prenais la foule et je leur disais, est-ce que vous connaissez les chansons de Johnny ?
05:06Alors non, d'abord, je disais, il ne vous entend pas, il ne va pas monter sur scène tant que
05:10vous n'hurlez pas très fort.
05:11Vous pouvez croire qu'il était en coulisses.
05:12Mais bien sûr, j'étais obligé de dire, il est là.
05:14Alors qu'il était parfois à des centaines de kilomètres.
05:17Non, il était juste dans sa chambre d'hôtel, effondré sur sa moquette, incapable de bouger.
05:21Ce que je dois dire, c'est que Johnny, pendant cette tournée, qui a été quand même une tournée déjantée
05:27totalement,
05:28au niveau de l'alcool, au niveau de la drogue, et Johnny était dans un état, c'était un zombie
05:32toute la journée.
05:34Et je dois dire, et ça, le public le sait, il montait sur scène et il délivrait comme jamais.
05:40Il faisait un spectacle extraordinaire.
05:42Et alors, il vous raconte, vous lui demandez pourquoi, quand tu chantes « Je suis seul », c'est parfois
05:47très long.
05:47Parce qu'il se couche sur scène et il crie « Je suis seul ».
05:51Ça peut être très long.
05:53Alors, il vous donne la réponse, ça.
05:54Oui, pendant le monologue, où il est torse nu et qu'il tombe par terre, d'abord il tombe à
05:58genoux, il dit « Personne ne m'aime, je suis seul ».
06:02Et il se traîne, il se met à plat vente et il rampe sur la scène, « Personne ne m
06:07'aime, y a-t-il quelqu'un ce soir dans cette salle qui m'aime ? »
06:10Et là, un jour, dans la voiture, encore une fois, on est tous les deux, et je lui dis «
06:14Johnny, c'est bizarre, ton monologue sur scène, des fois, parfois, il est plus long que d'autres soirs ».
06:18Il me dit « J'ai un truc ».
06:20Il dit « Ah bon, c'est quoi ? »
06:21Il me dit « Dès que je commence, dès que je me mets à genoux et que je rampe, je
06:26cherche dans les premiers rangs les yeux d'une femme, d'une jeune fille, d'une demoiselle, d'une femme.
06:30Je cherche ses yeux. Dès que je trouve les yeux de cette femme, je la fixe et je ne la
06:36quitte plus des yeux tant qu'elle ne pleure pas.
06:39Donc, je continue mon monologue et dès qu'elle commence à pleurer, je me relève et je continue.
06:44Quelle incroyable ! On ne racontera pas ce que faisaient les musiciens parfois en ville avec des rencontres de passage.
06:52Vous racontez que parfois, ils étaient invités au domicile de certaines personnes un peu légères, mais ça, c'est dans
06:59une tournée, évidemment.
07:00Vous savez, être musicien de John Elidé, c'est un petit peu le crack-boom-hu de Jacques Dutronc, c
07:06'est un piège à filles.
07:07Quand les femmes, les jeunes femmes ne peuvent pas approcher Johnny, elles s'approchent des musiciens.
07:12Alors évidemment, des fois, ça se termine très tard ou très tôt le matin en privé.
07:19Oui, c'est incroyable, Johnny. Parce qu'au fond, vous dites à la fin du livre « Il est éternel
07:23».
07:23Ah oui, je dis Jean-Philippe Smet est mort. Il aurait 80 ans le 15 juin, mais Johnny Elidé est
07:31éternel.
07:32Merci.
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