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Dans l’émission “Appelez-moi Lise”, Johnny Hallyday est interviewé par Lise Payette sur Radio-Canada. Un échange qui aborde son actualité, sa carrière et son regard sur la scène internationale, témoignant de sa popularité au-delà de la France.
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00:00Quel effet ça fait d'avoir 30 ans ? Est-ce que ça vous paraît un cap à passer pour
00:05un homme ?
00:0631 maintenant.
00:07Oui, ben justement, le 30 est derrière.
00:10Oui, non.
00:12Et c'est rien pas assez de spécial ?
00:13Je crois que je vis un métier où on n'a pas le temps de voir les années passées.
00:17C'est-à-dire qu'entre l'âge de 20 ans et 30 ans,
00:23tous les jours dans une ville différente, rencontrant des gens différents,
00:28en faisant de la musique, en vivant.
00:31C'est-à-dire qu'on fait un métier quand même de gens qui, normalement, jeunes.
00:35Donc on reste quand même assez jeunes.
00:37Enfin, en tout cas, beaucoup plus jeunes que des gens qui vont...
00:39Non seulement on le reste, mais il faut en tous les cas avoir l'air jeunes.
00:42On ne peut pas vieillir.
00:44Ben ça, je n'y suis pour rien.
00:45Il y a des gens qui ont l'air vieux et qui sont jeunes,
00:48et d'autres, tout le contraire.
00:50Est-ce que vous vous considérez, vous, comme un monstre sacré ?
00:56Non, parce que, je n'en sais rien, pour dire la vérité.
01:02Moi, je vis normalement avec mes amis, avec ma femme, avec...
01:07Moi, je vis normalement, je veux dire.
01:09Où je ne vis un peu moins normalement, c'est quand je vais en spectacle.
01:13Alors là, ce n'est pas tout à fait...
01:15Ce n'est pas ma vie de tous les jours, je veux dire, parce que...
01:17Enfin, c'est plutôt ma vie de tous les jours, oui.
01:19Parce que là, on se retrouve au milieu du public, des gens qui...
01:23Disons, il y a des gens qui vous voient pour la première fois,
01:24qui entendent parler de vous depuis dix ans,
01:27et puis ils se retrouvent devant vous.
01:29Et puis pour eux, pour eux, d'abord, ils ne croient pas que c'est vrai.
01:35Ils pensent que ce n'est pas vous.
01:37Et puis...
01:38Moi, je m'en rappelle, moi, j'ai vu chanter Elvis Presley,
01:41il y a de ça à peu près deux mois.
01:44Il chantait en Amérique à l'Ectao.
01:46Et moi, ça fait à peu près 16 ou 17 ans que je rêvais de voir Elvis Presley.
01:56Et finalement, je l'ai vu chanter sur scène il y a deux mois.
01:59Il est arrivé sur scène et ça m'a fait un choc.
02:02J'avais l'impression que ce n'était pas vrai.
02:04Il était mieux ou moins bien que ce que vous aviez imaginé ?
02:07Ah, je ne sais pas.
02:08C'est pas en cette norme-là ?
02:09Je ne sais pas, parce que quand je l'ai vu devant moi,
02:11j'étais comme foudroyé.
02:15Et je n'ai pas eu le temps de penser s'il était bien ou pas bien, je l'ai
02:19vu.
02:19Est-ce que c'était la première fois que vous étiez un fan,
02:22comme les milliers de fans que vous avez ?
02:24Est-ce que vous avez compris, peut-être, la première fois...
02:26De toute façon, j'ai été fan que deux personnes dans ma vie.
02:28J'ai été fan de Elvis Presley.
02:31Et d'ailleurs, c'était à peu près à la même époque.
02:33J'ai été fan d'Elvis Presley pour sa musique
02:34et j'étais fan de James Dean pour son personnage.
02:38Et je pense que si James Dean n'était pas mort,
02:42si je l'avais rencontré, comme j'ai rencontré Elvis Presley,
02:46je pense que j'aurais eu certainement le même choc.
02:49Est-ce que vous lui avez parlé à Presley cette fois-ci ?
02:51Il y a eu un contact, bien sûr.
02:53J'ai dit bonjour, vous savez, seulement il est entouré,
02:55comme moi d'ailleurs, dans mes galas, il est entouré, lui.
02:57Moi, j'ai tout seul parce que j'étais en visiteur.
03:00Lui, il est entouré de son manager, de ses cinq gardes du corps,
03:03parce qu'il a cinq gardes du corps habillés en civile,
03:05qui ont des revolvers là.
03:07Et je dis, toi, que quelqu'un s'approche,
03:08il met la main tout de suite en dessous de la veste.
03:11En tout ça, il a le sigle, il a 40 musiciens,
03:14il a plein de gens autour de lui, il y a à peu près 7 ou 8 secrétaires.
03:18Finalement, le contact est toujours un petit peu superflu.
03:21Je suis plus content de ce qu'on n'est pas.
03:22Vous êtes conscient que c'est la même chose pour vous ?
03:24C'est la même chose, oui, mais quand on vit au milieu des gens
03:29avec qui on travaille, on ne s'en aperçoit pas soi-même.
03:31On s'en aperçoit, et là, je m'en suis rendu compte,
03:33pour la première fois de ma vie, on s'en aperçoit quand on est étranger
03:37au cycle de la personne, enfin, le cycle qui entoure la personne,
03:39et qu'on arrive.
03:41Moi, je m'en suis aperçu parce que c'est tout seul quand j'étais le voir.
03:43Et je me suis aperçu que ça doit être pareil pour les autres
03:45quand ils viennent me voir, moi.
03:46Moi, je me souviens de vous avoir interviewé une fois dans une loge à l'Olympia,
03:50et j'avais probablement vécu exactement ce que vous avez vécu et presté,
03:53dans le sens où vous étiez tellement entouré,
03:56il fallait tellement de permission pour vous approcher,
03:58il y avait tellement de bruit autour que finalement,
04:00on ne s'entendait même pas parler.
04:02C'est vrai, oui, mais c'est ça.
04:04Le show business, c'est ça.
04:06C'est ça.
04:06Il faut que ça ait l'air d'être ça, en plus.
04:08Est-ce que les gens ne seraient pas déçus ?
04:10Il faut que ça ait l'air, mais vous savez, au début, on voudrait que ça ait l'air,
04:14et puis finalement, il n'y a pas besoin de vouloir essayer de faire les choses
04:18parce que les choses, de toute façon, elles viennent obligatoirement.
04:19Quand on commence à être connu, il y a les copains qui viennent,
04:23les copains des copains qui viennent, il y a les gens qui se font engager,
04:27et puis le monde se fait petit à petit et se fait même involontairement.
04:30Est-ce que vous avez des amitiés parmi ces gens ?
04:33Ceux qui vous entourent ?
04:35Oh, oui.
04:37Sincère ?
04:37Oui, sincère, oui.
04:39En général, les gens avec qui je travaille sont des amis à moi que j'aime bien.
04:43Mais il y en a qui sont là depuis le début ?
04:45Oui, il y a...
04:46Oui, oui, j'en ai...
04:47Il y a Gilles Paquet qui m'en a attaché de presse,
04:50qui travaille avec moi depuis...
04:52Depuis 1972.
04:55Ça fait donc 12 ans, quand même.
04:57J'ai mon...
04:58Mon ancien secrétaire, Sacha Roule, qui était professeur de karaté,
05:02qui était au départ mon garde du corps,
05:04qui maintenant est devenu mon administrateur.
05:06Ça fait drôle d'entendre dire ça, mon garde du corps.
05:09Oui, au début je l'avais pris parce que quand...
05:12À la naissance de mon fils, il y a 8 ans,
05:14on avait reçu des lettres de menaces d'enlèvement, etc.
05:18Et quand la nurse sortait mon fils,
05:21j'avais engagé à l'Ollapia des gardes du corps qui étaient gardes du corps à l'Ollapia.
05:26Et je lui ai demandé...
05:27Je l'ai engagé 2 heures par jour, je lui ai demandé de sortir avec mon fils
05:30et puis de voir que rien n'arrive.
05:31Et finalement, je suis devenu ami avec lui.
05:33Il est devenu mon garde du corps, c'est personnel.
05:35Il a fallu engager un autre garde du corps pour mon fils.
05:38Et puis ensuite, il est devenu mon secrétaire et garde du corps en même temps.
05:41Et puis maintenant, il est devenu mon administrateur.
05:43Mais quand vous dites votre garde du corps, c'est une façon de dire
05:45parce que vous avez besoin de personne pour vous garder, vous vous défendez très bien tout seul.
05:47Non, c'est-à-dire au cas où il arrive quelque chose,
05:49si je sors un soir, disons que j'ai bu un coup de trop,
05:51et puis qu'il y a des gens qui me cherchent.
05:53Ah, c'est la nounou.
05:53Ou des gens qui me cherchent, un peu.
05:55C'est pas le garde du corps, ça, c'est le garde moral.
05:57Non, mais au cas où il arrive des choses.
05:59Vous savez, des fois, je vais dans des bars.
06:02Et puis à l'époque, surtout, je faisais un numéro sur scène
06:04qui s'appelait La Bagarre, qui est une chanson d'Élise Presley d'ailleurs.
06:08Et j'avais une bagarre avec trois gars sur scène,
06:10des cascadeurs avec qui je le faisais.
06:13Et évidemment, on avait fait ça à Le Lapierre,
06:15on avait commencé à Le Lapierre,
06:16puis ensuite en tournée dans toute la France.
06:19Et puis alors après les spectacles,
06:21quand j'allais boire un verre dans un bar ou dans une boîte,
06:23ou au restaurant même,
06:24il y a toujours des gars qui venaient en disant
06:26« Il paraît que tu aimes bien te battre, moi. »
06:28Et puis finalement, je finissais par me battre.
06:30Et c'était une époque de ma vie où j'ai eu d'ailleurs pas mal de bagarres
06:33et pas mal d'ennuis,
06:34parce qu'en général, les gars qui me cherchaient
06:36avec qui je finissais par me battre,
06:38au début, je leur disais
06:38« Écoutez, moi, ce que je fais sur scène, c'est différent.
06:41Là, je suis là, je me repose, je suis fatigué. »
06:43Mais rien à faire, ils me cherchaient.
06:45Alors finalement, au bout d'une demi-heure,
06:47ça finissait mal.
06:48Et en général, les gars,
06:48ils finissaient toujours par porter plainte.
06:51Et moi, je finissais par avoir des ennuis avec la police.
06:54Alors finalement, j'avais un garde du corps
06:57pour qu'il m'empêche de me battre
06:59et puis qu'il arrange les histoires pour moi.
07:01Il y a combien de personnes qui vous entourent en tout ?
07:04Secrétaire, garde du corps, etc.
07:05Et les musiciens compris ?
07:08Oui.
07:08Oui, à peu près une quarantaine de personnes.
07:11Ça, c'est le cirque habituel.
07:13Ça, c'est quand je vais en tournée.
07:15C'est le noyau.
07:15Ça, c'est quand je vais en gala.
07:18Est-ce que vous êtes violent de nature ?
07:20Si on vous cherche, on vous trouve, vous l'avez dit,
07:23mais si on vous cherche, parce que vous avez tendance à...
07:24Je ne cherche pas en tout cas.
07:26Non, pas vraiment.
07:26Je n'aime pas vraiment me battre, moi, vous savez.
07:28Je n'aime pas me battre, mais je n'aime pas non plus...
07:31C'est-à-dire que je supporte jusqu'à un certain point.
07:35Je perds mon seul contrôle, déjà.
07:37À un moment donné ?
07:38À un moment donné, oui.
07:39Il ne faut pas vous marcher trop, trop sur les pieds ?
07:40Surtout si j'ai bu un coup.
07:42Ah bon, là, c'est plus dangereux.
07:44Est-ce que vous buvez beaucoup ?
07:45Non, je ne bois pas beaucoup, mais ça m'arrive des soirs de sortir et puis de par-avère.
07:50Vous buvez moins maintenant qu'autrefois ?
07:52Oui.
07:54C'est ça avoir 30 ans, non ?
07:55C'est possible, oui.
07:57On s'arrête, le temps d'une pause et on continue avec John et Hallyday.
08:01Est-ce que vous n'arrivez jamais à souffrir de solitude ?
08:05Ça m'arrive, oui.
08:07Même entouré comme vous l'êtes, avec des gens qui sont à votre disposition tout le temps ?
08:13Moi, je travaille beaucoup, dans le sens que je fais, par exemple, cet été, je pars en tournée et je
08:21fais 65 galas en deux mois.
08:26C'est-à-dire, on me dirait, il y a 60 jours, mais on fait des matinées le dimanche dans
08:32une ville et on fait une soirée 200 kilomètres plus loin.
08:38Il arrive des jours où on est fatigué, où on a envie d'être tout seul et puis on ne
08:42peut pas parce qu'on travaille.
08:43On ne peut pas s'arrêter.
08:44Et il y aura toujours 40 personnes autour de soi, plus les autres qui viennent.
08:48Parce que ça, je vous parle des 40 personnes qui travaillent avec moi.
08:50C'est assez noyau, c'est ce que je disais.
08:51Et puis, il y a les autres, il y a les copains qui viennent et tout ça, ça fait... il
08:54y a toujours...
08:56Les copains, ça veut dire quoi, les copains ?
08:58Vous savez, on va dans une ville, on a bu un coup un soir avec un gars et puis alors
09:02on part dans sa ville, alors il vient vous voir.
09:04Et puis alors il y a des copains, alors il y a lui qui l'amène et puis il y
09:07a des choses qu'on ne peut pas éviter.
09:08Alors on ne finit toujours pas de 80, finalement.
09:12Est-ce que, malgré le fait que vous soyez tellement entouré, est-ce que vous arrivez à savoir ce que
09:17vous aimez ?
09:18Est-ce que vous arrivez, par exemple, à aller au cinéma tout seul ?
09:20Est-ce que vous pouvez faire ça ?
09:22Ah oui, quand je suis chez moi, oui.
09:24Ça m'arrive souvent.
09:25Mais pas pendant les périodes de travail ?
09:26Non, non, pas de travail, on ne fait que ça.
09:29C'est-à-dire, pendant les périodes de travail, je vis avec mes musiciens.
09:33On se lève en même temps, on voyage, pour ainsi dire, on se suit, puisqu'on a tous des voitures.
09:43On s'arrête dans le même restaurant, on répète pour le sang dans les salles de spectacle, c'est-à
09:49-dire vers 17h.
09:55On fait le spectacle, après on loue toujours un restaurant pour qu'on dîne tous ensemble, après.
10:01Parce qu'après, c'est la fatigue, c'est...
10:03Oui, mais comme on a quand même travaillé sur scène, il y a quand même la tension nerveuse du public,
10:08la tension nerveuse de la scène, et puis la musique qu'on fait, ça nous énerve, nous aussi, un petit
10:12peu, quand même.
10:13C'est assez fort pour ça.
10:14Alors, après, un spectacle, on ne peut pas dormir, moi, je ne peux pas dormir.
10:18Ça dure depuis combien de temps, ce régime du vigne ? 15 ans, peut-être ?
10:22Ça fait... écoutez, j'ai 31 ans, j'ai commencé à 15 ans et demi.
10:28Et vous allez pouvoir tenir ce régime-là longtemps ?
10:31Eh bien, quand je prends des vacances, parce qu'il y a des jours où je n'en peux plus,
10:34alors je me dis, je vais prendre un mois de vacances.
10:36Quand je prends des vacances, au bout de 4 jours, je m'enlève.
10:39Ah, vous avez besoin de cette tension nerveuse de parler ?
10:42Oui, moi, je suis... c'est comme une... c'est une habitude.
10:44Moi, j'ai l'habitude, maintenant, de vivre comme ça, et je crois que je ne peux pas vivre autrement.
10:48Mais d'autre part, est-ce que vous ne mettez pas votre santé en danger ?
10:51Parce que, je disais, la dernière photo que j'ai vue de vous, c'est à l'idée, c'est
10:54écrasant sur une scène, complètement épuisée.
10:57Ça vous arrive de temps en temps, ça ?
10:59C'est-à-dire que c'est un peu différent, parce que j'avais été malade avant, et je sortais
11:04du lit,
11:05et parce que j'avais un gala que j'avais signé, j'étais obligé de le faire.
11:11Je sortais du lit, et puis j'étais pas... mon docteur m'a dit de ne pas y aller, d
11:14'ailleurs, et j'étais pas en forme.
11:16Et puis, j'étais... j'étais pas... pas dans... en possession de mes moyens, et j'ai eu un malaise.
11:24C'est ce qui arrive. C'est la première fois que ça m'arrive.
11:27C'est pas la première fois. Je me souviens, il y a 10 ans aussi, on disait facilement, à l
11:32'idée,
11:32s'est écrasée, épuisée à la fin du spectacle, ou alors ça faisait partie du spectacle, je sais pas bien.
11:38Vous ne trichez pas sur ce plan-là ?
11:40Non.
11:40Quand vous vous écrasez, c'est que vraiment vous êtes épuisée ?
11:42Oui, en plus, je ne vous fais pas exprès, parce qu'en plus, vis-à-vis du public, c'est
11:46jamais très bien de faire ça.
11:47Il vaut mieux être en santé.
11:48Oui.
11:49Est-ce que... vous avez parlé de James Dean tout à l'heure, et de Presley.
11:52Vous ne cherchez pas à finir comme James Dean ?
11:56Non.
11:56Vous ne courez pas nécessairement après ?
11:58Je ne tiens pas à mourir.
12:00On pourrait penser...
12:02Oui, bien sûr, mais on pourrait le penser, si on vous regarde faire depuis 10 ou 12 ans.
12:07Il y a beaucoup d'excès dans cette vie.
12:09Mais je vis une vie qui est excessive.
12:13Oui, mais en même temps, si vous vivez deux années dans une, vous risquez de vous retrouver maintenant à quoi
12:17? 60 ans presque.
12:19Non, pas...
12:2060 ans de vie en 30, c'est pas mal.
12:23Oui, pour ça, j'en vivrais beaucoup.
12:24Il faudrait prendre votre retraite.
12:27Non, je ne pense pas à la retraite.
12:28Vous avez pensé à mourir déjà ?
12:31Il y a eu des moments.
12:33Oui, oui.
12:34Pour des raisons précises.
12:35Est-ce que vous vous en souvenez maintenant, pourquoi ?
12:38Oh, pour un certain moment de dépression.
12:40C'est ça, d'une fatigue.
12:41Oui, trop grande fatigue.
12:44Est-ce qu'il y a des gens pour vous aider dans ces moments-là ?
12:48Oui, les mêmes gens qui sont là aujourd'hui.
12:51Qui sont fidèles.
12:52Oui.
12:52Et qui vous prennent comme vous êtes finalement.
12:55Oui.
12:55Est-ce que c'est facile à vivre ?
12:56Non.
12:58Ça va jusqu'où ?
13:00Ça va très loin.
13:02Exigeant ?
13:02Oui, mais je suis exigeant surtout avec mes amis, parce que quand on a des amis...
13:06Il faut que ça serve.
13:08Ce n'est pas une question de ça, c'est que les amis, moi, je considère toujours la façon d
13:15'agir des autres comme moi, je agirais pour eux.
13:18Alors moi, comme je suis très exigeant avec mon âme, c'est-à-dire que moi, je suis capable de
13:25n'importe quoi pour quelqu'un que j'aime bien.
13:28Et moi, j'attends la même chose.
13:31Et si ce n'est pas comme ça, je suis très déçu.
13:38Vous attendez quoi ? Qu'on se lève la nuit pour venir vous trouver ?
13:42Oui, moi, je le fais pour les autres.
13:44Vous faites ça ?
13:44Pour ceux que j'aime bien, oui.
13:46Sur un coup de téléphone, on peut vous déranger ?
13:49Oui.
13:51On prend n'importe qui.
13:52Les gens j'aiment bien.
13:55Est-ce qu'il est facile de s'appeler Johnny Aledé ?
13:59Vous êtes une sorte de mythe, et vous l'avez été maintenant, si on peut dire trois générations, parce que
14:04les générations vont tellement vite.
14:06Les gens ont vieilli avec vous, il y avait ceux qui avaient votre âge quand vous aviez 15 ans,
14:10puis maintenant vous en avez 30, mais vous plaisez encore tout autant à ceux qui ont 15 ans maintenant.
14:14Vous êtes devenu un mythe.
14:16Est-ce que c'est facile d'être un mythe ?
14:18Ça oblige un tas de choses ?
14:20Je ne sais pas, je l'ai toujours fait, ça.
14:24J'ai toujours vécu, quand j'étais petit, j'ai été élevé par des gens qui faisaient ce métier, qui
14:35étaient des danseurs.
14:38J'ai voyagé avec eux, par exemple, dans tous les pays du monde, depuis que j'avais l'âge de
14:442 ans, jusqu'à l'âge de 15 ans, quand j'ai commencé à chanter Wabam.
14:49Alors, si vous voulez, j'ai toujours vécu sur les plans, j'ai toujours vécu dans les coulisses.
14:54Et comme c'était des gens qui ne gagnaient pas quand même beaucoup d'argent, je veux dire, ils ne
14:57gagnaient pas autant d'argent que moi,
15:00ils n'avaient pas l'argent, par exemple, pour payer quelqu'un pour me garder pendant qu'eux allaient travailler
15:05au théâtre le soir.
15:07Alors, ils m'emmenaient avec eux, et moi, depuis que j'étais tout petit, aussi loin que je puisse me
15:12rappeler, je ne me suis jamais couché avant 2h du matin.
15:18Depuis l'âge de 2 ans.
15:20C'était tracé d'avance.
15:22Oui, je ne vois pas ce que j'aurais pu faire d'autre. Enfin, je ne vois pas ce que
15:25j'aurais eu envie de faire d'autre.
15:27Peut-être une seule chose, peut-être gagner les États-Unis.
15:32Est-ce que ça n'a pas été un de vos rêves, à un moment donné, de devenir une vedette
15:35américaine ?
15:37Vous êtes très marqué par tout ce qui est américain.
15:39Oui, non, parce que j'aime bien la vie américaine, et puis, l'homme de la famille qui s'occupait
15:45de moi était américain,
15:46donc, obligatoirement, j'étais obligé d'avoir des goûts, des goûts plus ou moins américains,
15:52puisqu'ils parlaient anglais, ils me parlaient anglais.
15:57Ses parents qui habitent tout ça dans l'Oklahoma m'ont envoyé des bottes de cow-boy dès que j
16:01'avais l'âge de 5 ans.
16:02Et ça n'a pas changé depuis.
16:03Non, ça n'a pas changé, toujours.
16:06Et, si vous voulez, je suis toujours habillé avec des vêtements américains,
16:10et j'ai toujours eu, quand le rock'n'roll est sorti en 1956,
16:15j'ai eu les premiers disques, puisque ses parents me les ont envoyés.
16:20J'ai connu Bilalé, Gene Vincent, Heddy Cochrane, Elvis Presley, avant tout le monde.
16:24Je veux dire, en France, Elvis Presley est devenu connu 3 ans après que moi j'ai eu son premier
16:29disque.
16:31Alors, si vous voulez, moi j'ai toujours vécu dans cette ambiance-là.
16:35Gagner l'Amérique en tant que vedette, moi ça n'a pas d'importance.
16:38Si ça arrive, tant mieux.
16:39Si ça n'arrive pas, tant pis.
16:41Simplement, l'important pour un artiste, c'est de chanter.
16:44Le temps d'une pause et on continue.
16:45Geneviève, qu'est-ce que vous allez être dans 15 ou 20 ans ?
16:52C'est embêtant de penser à ça.
16:5445, 46 ans ?
16:55Oui, mais vous allez avoir l'air de quoi ?
17:02On ne peut plus continuer à s'habiller comme vous le faites à cet âge-là.
17:05Sans ça, vous aurez l'air d'un vieux jeune homme, un vieux cow-boy, oui.
17:10Pourquoi pas ?
17:11C'est embêtant, mais je ne sais pas.
17:13Vous savez, je ne m'habille pas comme ça pour me donner un argent,
17:16je m'habille comme ça parce que je me sens bien dans ces vêtements.
17:19Je crois que personne n'a l'air ridicule,
17:22quelle que soit la personne, quel que soit l'âge,
17:24de la façon qu'il s'habille, s'il se sent bien dans la façon qu'il s'habille.
17:26Oui, mais en même temps, il vaudrait mieux vous habiller comme ça
17:28à 40 ans ou à 50 ans dans un ranch quelque part.
17:32Non, je crois que la façon de s'habiller n'a pas d'importance.
17:34Est-ce que vous montez à cheval ?
17:35Oui.
17:36Ah, mais c'est toujours ça de pris.
17:38Il faut être toujours cow-boy.
17:39Au moins, c'est un peu plus vrai.
17:41Mais est-ce que vous songez à arrêter de chanter à un moment donné ?
17:45Il faut bien y penser.
17:47Non, je n'y pense pas pour l'instant.
17:50Jamais ?
17:50Non, je n'ai pas dit jamais, attention.
17:52Oui, mais c'est ça, je veux savoir.
17:54Quand vous y pensez ?
17:55Sur scène, peut-être un jour, oui, certainement, de toute façon.
18:01Mais, il se pense-là, il a bien 40 ans, il chante toujours.
18:04Sinatra l'a fait il y a quoi, 57 ans ?
18:07Il a plus que 60 ans, il a 67 ans.
18:10Tant que ça, son style est différent par contre.
18:12Oui, bien sûr, mais je ne dis pas que je chanterai du roc de cette manière.
18:15Voilà, est-ce que vous songez à ça ?
18:16Je chanterai certainement des chansons plus douces.
18:21Ce que Presley fait, d'ailleurs, aussi.
18:23Ce que Presley fait beaucoup, oui.
18:25Est-ce que vous vous y préparez, doucement ?
18:27Moi, à mon avis, Presley, à mon avis, il chante des chansons lentes,
18:29mais il chante trop de la soupe, à mon avis.
18:32Pas trop beaucoup au personnel.
18:33En rapport à ce qu'il chantait avant.
18:35Je préfère, moi, le Elvis Presley que j'aime, c'est Elvis Presley dans Heartbreak Hotel,
18:39dans Handag, dans All Shook Up et tout.
18:43En fait, toutes les chansons qui sortaient.
18:44Même Love Me New, qui est une chanson douce.
18:46Mais c'était une chanson douce dans le style de Presley, comme Love Me Tender.
18:50Alors que maintenant, il chante des chansons comme le style,
18:56quand il a commencé à faire sa série de films à Hawaii et tout ça.
18:59Il arrivera bien un moment où quelqu'un va dire,
19:02moi, ce que j'aimais de John Henry, c'est quand il faisait telle chose.
19:06Certainement, il y en a déjà qui le disent.
19:07Forcément.
19:07Ça ne peut pas faire autrement.
19:08Non, mais je crois que, de toute façon, moi, je vis au jour le jour.
19:16Alors, vous dire ce que je chanterais demain comme chanson, je n'en sais rien.
19:19Ça, c'est une réponse merveilleuse, mais je ne suis pas si sûre que ce soit vrai.
19:23Je vis au jour le jour, c'est facile à dire.
19:25Non, je vis au jour le jour.
19:26C'est-à-dire, je vis au jour en rapport, évidemment.
19:27Bon, je sais que ce soir, je chante à 1000 kilomètres.
19:31Oui, vous savez probablement ce que vous faites dans deux mois ou dans trois mois aussi.
19:34Je sais que j'ai une tournée d'été cet été et je l'ai appris au mois d'octobre.
19:37Après, je n'en sais rien.
19:37Et de toute façon, je ne sais pas ce que je vais enregistrer comme chanson au mois d'octobre.
19:41Ce n'est pas choisi encore.
19:42Ce n'est pas encore choisi.
19:43Je vais peut-être chanter quelque chose de totalement différent.
19:44Ça pourrait être le virage, peut-être.
19:46Je n'en sais rien.
19:47Ou peut-être dans un an ou dans deux ans, je n'en sais rien.
19:50Je ne sais pas du tout.
19:52Je choisis mes chansons toujours qu'un jour avant.
19:55Et je ne sais jamais ce que je vais enregistrer avant ça.
20:00Moi, j'ai envie d'enregistrer un disque de rock'n'roll pour la rentrée.
20:02Je ne sais pas si je peux le faire.
20:03Ce sera peut-être totalement le contraire.
20:05En fait, c'était ça le secret.
20:06Oui, c'est qu'il fallait durer assez longtemps pour que ça revienne à la mode,
20:09ce qui est le cas maintenant.
20:12Oui.
20:13Mais même quand ce n'était pas à la mode,
20:15je me mettais toujours en face A,
20:17c'est-à-dire en face principale à disque sur le moment.
20:20Mais j'ai toujours mis en face B une chanson plus ou moins de rock'n'roll.
20:26Parce que moi, le rock'n'roll, c'est avec ça que j'ai démarré.
20:30Et personnellement, c'est la musique que je préfère.
20:32Est-ce que vous avez tout ce que vous voulez dans la vie ?
20:36Non, on n'a jamais tout ce qu'on veut.
20:39Est-ce que c'est parce qu'au fur et à mesure qu'on acquiert des choses,
20:43les désirs continuent d'aller plus loin ?
20:46Non, on ne peut jamais avoir tout ce qu'on veut dans la vie.
20:47Vous avez déjà beaucoup de choses.
20:49J'ai déjà beaucoup de choses, oui.
20:50Je m'en contente.
20:52On ne peut jamais avoir tout ce qu'on veut.
20:54Qu'est-ce qu'il vous manque ?
20:54Et ce soir, j'aimerais bien que Raquel Oeil vienne avec moi.
20:56Elle ne vient pas, par exemple.
20:58Ça peut peut-être s'arranger.
20:58Vous avez encore quelques heures devant vous.
21:02Mais dans les choses plus sérieuses.
21:05Qu'est-ce qui vous manque ?
21:06Je crois qu'il ne faut pas prendre les choses trop au sérieux.
21:12Autrement, on ne le vit plus.
21:14Il ne faut pas s'arrêter pour penser.
21:15Non.
21:16Il ne faut pas prendre les choses trop au sérieux, trop au tragique.
21:18Je veux dire, puis la vie, il faut la prendre comme elle est.
21:25Et puis, il faut se servir de ce qu'on a.
21:27Donc, le cas pour vous, ce sera 40 ans.
21:29Ça n'a pas été 30.
21:31On verra à 40 ans.
21:32Vous n'avez pas l'impression que vous allez manquer de temps ?
21:34Non, je ne pense pas.
21:36Pas encore ?
21:36Non.
21:37Je voudrais avoir un peu plus de temps, mais je n'en ai pas.
21:40Vous avez toujours le goût de conduire très vite ?
21:43Non, je ne conduis presque plus moi-même.
21:45Je n'aime plus tellement la voiture.
21:47Pour moi, maintenant, la voiture, c'est à l'endroit.
21:52Une voiture, pour moi, ça sert d'aller d'un endroit à un autre.
21:57Non, moi, maintenant, c'est la moto.
21:59La moto, j'en fais depuis 10 ans.
22:03Mais dernièrement, depuis 2 ans, je dois dire que, pour mon goût personnel, ça a remplacé la voiture.
22:11Est-ce que vous n'êtes pas d'ailleurs membre honoraire, je me souviens mal, d'un club de motards
22:16à Montréal ?
22:17Personne ne vous a pas reçu ?
22:18Si, on m'a fait membre d'un club de motos à Montréal, lors d'un gala, où on m
22:24'a remis d'ailleurs un superbe ceinturon qui était fait dans une chaîne de motos, chromée, avec une superbe boucle,
22:32avec des cornes.
22:36Ce n'est pas une tête de mort, mais c'est quelque chose dans ce genre-là.
22:41Et c'était le club des Popeyes, je crois.
22:45Vous roulez à moto, vous avez une moto ?
22:47Oui, j'en ai 7.
22:49J'ai un chopper que j'ai acheté en Amérique, que j'ai ramené, j'ai eu beaucoup de mal
22:53à ramener d'ailleurs, parce qu'en France, on n'a pas le droit d'avoir, par exemple, la fourche
22:58avant, qui dépasse une certaine mesure.
23:02On n'a pas le droit de ne pas avoir de garde-boue devant, on n'a pas le droit
23:07de ne pas avoir de frein avant, enfin, alors tout ce qui manque sur le chopper, finalement.
23:12Mais je m'en sers très peu, parce qu'en France, les rues sont petites, et les routes sont petites,
23:17et ce n'est pas très facile à tourner avec, alors finalement, ce n'est pas très pratique.
23:21C'est bien pour les autoroutes, finalement.
23:23Mais à part ça, j'ai des kawasaki, j'ai des triomphes, j'ai pas mal.
23:27Des jouets ?
23:28Oui, mais enfin, je m'en sers pour mon plaisir.
23:30Est-ce que vous êtes un adulte ?
23:34Ça, je crois qu'il faut demander à ma femme.
23:36Vous croyez que c'est elle qui pourrait me le dire ?
23:38Non, plus que moi.
23:42Vous ne le savez pas ?
23:43Non. Moi, je n'essaie pas de l'être, je n'essaie pas de le savoir, ça m'est égal.
23:47Moi, je vis comme j'ai envie de vivre, sur le moment.
23:51Sans être engagé en quoi que ce soit ?
23:54Oui.
23:54La liberté ?
23:55Oui.
23:57J'ai horreur d'être engagé.
24:00Dans quelque domaine que ce soit ?
24:01Oui.
24:02Vous ne voulez pas savoir ?
24:04Oui, non, et puis si je me sens engagé, je me sens prisonnier, je me sens malheureux, ça ne va
24:07pas.
24:07Et puis, bon, je supporte peut-être au début, et puis il arrive à mon ordinateur où j'éclate et
24:12ça ne va plus.
24:13Merci beaucoup, Johnny Hallyday.
24:14Oui.
24:15Sous-titrage Société Radio-Canada
24:17Sous-titrage Société Radio-Canada
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