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  • il y a 13 heures
DB - 18-03-2026

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00:02:00Une fois, j'ai passé seize heures sur les quais de Bercy à attendre la nuit sous la bise la
00:02:05distribution d'un sac de bois et d'un stier de farine qu'il m'a fallu brouheter ensuite sur
00:02:10le verglas.
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00:22:37Vous ne parlez pas. D'abord, reposez-vous.
00:22:54Comment êtes-vous venu ? Comment avez-vous pu arriver jusqu'à Paris ?
00:23:01Mettez-vous devant moi si vous voulez que j'ai la force de répondre, que je vous vois plus près.
00:23:08Ici.
00:23:11Oh Dieu ! C'est elle !
00:23:16Ce n'est plus cette insaisissable image qui depuis tant de mois flotte devant mes pas.
00:23:21C'est elle, je la revois.
00:23:24Le sang contre ma paume, la paume de ses mains, la pulpe de ses doigts.
00:23:30La chaleur de sa chair qui se fond avec la mienne.
00:23:33Non, ne me les enlevez pas.
00:23:36Ne me laissez pas retomber dans le gouffre d'où je sors.
00:23:40Gardez-moi dans vos mains.
00:23:43Ce sont elles qui m'ont sauvé.
00:23:46Plus à Dieu qu'elles eussent ce pouvoir.
00:23:51Mon ami, racontez.
00:23:54Profitons des instants.
00:23:55Comment vous êtes-vous sauvés ?
00:24:00À l'instant que je viens de dire,
00:24:02sous la féroce lâcheté des amis nous déniait jusqu'à l'équel d'eau qu'on ne refuserait pas à
00:24:06un chien.
00:24:08L'excès même du désespoir nous ranima.
00:24:11L'indignation me rendit la conscience et la force.
00:24:15Nous regagnâmes la grande route.
00:24:17Et là, au lueur blafarde du jour, naissant sous la pluie, j'embrassai mes amis.
00:24:21Je partageais avec eux mes quelques assignats.
00:24:24Je me dépouillais de tout ce qui pourrait m'alourdir dans ma marche, car j'avais décidé de revenir à
00:24:29Paris.
00:24:30Mes amis me crurent fous, mais rien n'eût ébranlé ma résolution et ils n'essayaient point.
00:24:35Quand tout est perdu qu'à tout aménager.
00:24:38Il ne s'agissait plus de vivre.
00:24:41Il s'agissait de vous revoir.
00:24:43Moi.
00:24:44Vous.
00:24:45Tout ce que j'aime.
00:24:46Vous.
00:24:47Vous le savez bien.
00:24:50Inutile de nous jouer la comédie de société.
00:24:51Il n'y a plus de société.
00:24:52Il n'y a plus rien que vous.
00:24:54Vous et moi.
00:24:57Sur cette grande route jaune, boueuse,
00:24:59et qui s'allongeait toute droite fumante de brouillard,
00:25:03l'image de cette femme, vous, jaillit comme un éclair,
00:25:06une seule pensée,
00:25:08avant le néant éternel la revoir.
00:25:12Transit, trempé de pluie, grelottant de fièvre,
00:25:15mes jambes enflées.
00:25:16Une minute avant, pouvant à peine poser la plante du pied par terre,
00:25:19je me sentis instantanément soulevé, poussé en avant.
00:25:22Et si l'ordre que fut la charge de mon corps,
00:25:25je le pris sur mes épaules afin de vous la porter.
00:25:27Je pense aux ombres,
00:25:28comment elles sachent qu'en tombant,
00:25:30j'avais la face tournée vers elle.
00:25:35J'étais près de Ribérac,
00:25:37muni de faux passeports.
00:25:39J'avais pour arriver ici, sur ma route,
00:25:41plus de vingt chefs-lieux.
00:25:43Je fabriquais moi-même le visa, les signataires.
00:25:45Il fallait m'arranger pour ne coucher que dans les villes,
00:25:47à traverser les villes,
00:25:47qu'en trompant l'attention des corps de garde postés à l'entrée.
00:25:52Que j'aie passé, je ne me l'explique pas.
00:25:55Si j'avais été de sang-froid, jamais je ne l'aurais pu.
00:25:58Mais la foi me portait.
00:26:00Chaque pas sur la route, chaque barrière franchie,
00:26:03chaque danger vaincu me rapprochait d'elle, d'elle,
00:26:06de vous.
00:26:08J'allais toujours plus vite,
00:26:11comme celui poursuivi la nuit
00:26:12et entend par derrière les pas qui sonnent sur le sol gelé.
00:26:16Le souffle de la mort était sur mes talons.
00:26:19Je le sens, elle me suit.
00:26:22Cette mort,
00:26:24j'aurais dû penser que je la guide vers vous.
00:26:27Je l'ai pensé.
00:26:29Un amant chevaleresque,
00:26:30plutôt que de mettre en danger celle qu'il aime,
00:26:31eût renoncé à la voir.
00:26:34Moi, non.
00:26:35Mon amour est plus fort que le souci de votre vie.
00:26:38Vous perdre, me perdre, soit,
00:26:40mais pas avant de vous revoir.
00:26:42Vous revoir comme je vous vois.
00:26:45Vous dire que je vous aime.
00:26:49Et après,
00:26:52après,
00:26:54qu'adviendra-t-il de vous ?
00:26:57Je n'ai pas regardé plus loin.
00:27:05Mon ami,
00:27:07mon cher ami,
00:27:10je vous remercie.
00:27:12Ce n'est pas votre remerciement que je veux.
00:27:14Je tremble de penser que vous êtes dans cette ville,
00:27:17dans cette maison où passent tant de gens qui peuvent vous reconnaître.
00:27:21Mais il m'importe à moi.
00:27:24Vous êtes venu vous mettre sous mon abri.
00:27:26Je dois, je veux vous sauver.
00:27:28Il n'y a pas de refuge, il n'y a plus de salut.
00:27:30Il faut gagner la frontière.
00:27:32Il faut vous réserver pour des temps meilleurs.
00:27:34On aura besoin de vous, votre cause, votre patrie.
00:27:37Moi, je n'ai plus besoin d'eux.
00:27:38Je n'ai plus besoin que de vous.
00:27:39Je vous en supplie, ne sacrifiez pas votre vie.
00:27:43Cherchons où vous cacher, comment vous pourrez fuir.
00:27:46Fuir ?
00:27:47Vous vous imaginez que je vais me remettre à fuir ?
00:27:50Vous croyez que l'on peut recommencer l'épreuve par où je viens de passer ?
00:27:54Ce saint mois d'agonie,
00:27:57leurs raisons et les forces humaines n'y suffiraient pas.
00:28:00Qu'est-ce qui me soutiendrait en m'éloignant de vous ?
00:28:03Moi.
00:28:04Toi.
00:28:06Moi, mon amour.
00:28:07Ton amour.
00:28:08Je ne pourrais plus vivre si vous ne viviez plus.
00:28:11Tu m'aimes, non ?
00:28:12Tu l'as dit, redis-le.
00:28:15Je ne dois pas.
00:28:16Je t'aime.
00:28:26Tes lèvres.
00:28:30Toi.
00:28:31Tu ne t'éloignes pas.
00:28:33N'aie pas dégoût de moi.
00:28:35Pardonne à ma misère.
00:28:37Mes habits sordides, mes mains, mes pieds boueux.
00:28:41Mon corps qui sent la sueur et la poussière.
00:28:46J'ai honte.
00:28:48Je t'aime.
00:28:51J'aime ta misère.
00:28:53J'aime jusqu'à la poussière de tes mains et la boue de tes pieds.
00:29:00Oh.
00:29:02Que la vie est belle.
00:29:06Je vais vivre maintenant.
00:29:08Je le veux.
00:29:10Ils ne m'auront pas.
00:29:13Si j'ai pu, quand j'étais seul, traverser un monde d'ennemis.
00:29:17Que ne braverais-je pas maintenant que je t'en porte ?
00:29:22Écoute ce que nous allons faire.
00:29:24Il était facile de me procurer un faux passeport et un déguisement.
00:29:28Je vais prendre la voiture publique qui mène de Paris à Daule.
00:29:30De là, je continue à pied.
00:29:32Je connais les chemins qui par les hauts plateaux conduisent à la frontière.
00:29:34Avant de la franchir, je trouve un abri pour quelques jours dans une hutte de Bujon.
00:29:39Une semaine après, tu t'échappes de Paris.
00:29:44Tu viens me rejoindre dans l'asile que je te désignerai.
00:29:48Cinq ou six lieues à pied, les routes sont sous la neige.
00:29:52Nous gravissons ensemble les pentes du girat.
00:29:54Du sommet, nous voyons la terre libre, la Suisse.
00:29:56Quelques heures encore, et nous sommes sauvés.
00:30:00Vous suivre ?
00:30:01Puisque tu es à moi.
00:30:03Je ne peux pas.
00:30:05Si tu le veux, tu peux.
00:30:06Je ne peux pas.
00:30:07Qui te tient ?
00:30:08Mon devoir.
00:30:09Le devoir ?
00:30:11Ce monde sinistre, ce monde ne sert qu'à tuer.
00:30:15Dans son nom, que Robespierre égorge le Cériveau.
00:30:17Que la lâcheté des amis livre les amis au bourreau.
00:30:19Le devoir.
00:30:22Que la bulle insensée nous avons fait de ce mot de mensonge.
00:30:26Regarde-moi en face.
00:30:28La seule vérité, elle est là, dans nos yeux.
00:30:30Toi et moi.
00:30:31Je vois aussi mon mari.
00:30:34Il est âgé, il m'aime, il a confiance en moi.
00:30:37De le quitter, je serai coupable.
00:30:39Coupable, tu le fuis de l'épouser.
00:30:41C'est un crime de lier les jeunes corps aux vieux.
00:30:43Tu ne lui as que trop donné.
00:30:44Va, ne le plaint pas.
00:30:47Guéisme de l'avoir accepté.
00:30:48Il peut vivre sans toi.
00:30:49Il a pour lui sa science, sa gloire, son orgueil
00:30:52et l'amitié des tyrans.
00:30:54Qu'est-tu de plus dans sa vie qu'un fruit qu'il ne peut même plus cueillir ?
00:30:57Je me suis donné à lui.
00:30:59Donné de ma volonté.
00:31:01Puis-je me reprendre maintenant sans me mépriser ?
00:31:04Mépris-toi !
00:31:05En une heure comme celle-ci que compte le mépris.
00:31:08Autour de nous, tout meurt, tout est détruit.
00:31:10Tous les liens, les lois qui tenaient la société des hommes.
00:31:12Le respect du malheur, la bonne foi, la bonté, tout.
00:31:16Dans les ruines, seul lui est encore l'amour.
00:31:19Et tout le reste est nuit.
00:31:23Oh, lumière.
00:31:27Tu me suivras.
00:31:31Réponds.
00:31:33Tu me suis.
00:31:37On vient. On monte l'escalier.
00:32:03On monte l'escalier.
00:32:10Tu me dis.
00:32:17Tu me dis.
00:32:20Tu me dis.
00:32:30Merci.
00:33:12Jérôme, mon ami, qu'est-ce que vous avez ? Vous souffrez ?
00:33:20Et que vous est-il arrivé ? De l'eau de vie. Mais vous n'en buvez jamais.
00:33:41Mon ami, d'où venez-vous ? De la convention.
00:33:45La séance est finie ? Non, mais je n'ai pu rester jusqu'à la fin.
00:33:48Mais que s'est-il passé ? Quelle violence nouvelle. Mais rien peut-il vous surprendre. Vous connaissez les hommes.
00:33:55Ce ne sont plus des hommes. C'est un troupeau de bêtes, cruelles et serviles.
00:34:00Tous les instincts de bassesse et de férocité sont à nu.
00:34:04Des chiens lâches qui rampent et flèrent l'odeur du sang.
00:34:07Au milieu de l'enclos des loups et des hyènes rôdent.
00:34:12La grande salle des peuplés. Plus de deux cents ont fui.
00:34:16Sans morts ont disparu. Le côté droit désert.
00:34:20Les survivants de ceux qui l'occupaient, évadés de leur place, ont gravi à plat ventre au sommet de la
00:34:25montagne.
00:34:26Les plus prudents même, nulle place n'étant sûr, en changent constamment.
00:34:30Ils tâchent d'avoir l'air nul, de se faire oublier.
00:34:33Leurs yeux qui vacillent et pillent en dessous, à gauche, à droite.
00:34:36Les frissons du troupeau et les ciments des loups.
00:34:39Le front fuyant sous les bésicles, les yeux jaunes de Robespierre.
00:34:42Le front baissé, les yeux striés de rouge de Billot.
00:34:46Et la glace des yeux bleus dans les orbites de l'épervier.
00:34:50C'est injuste.
00:34:52Il est à la tribune. Il va parler.
00:34:55Silence.
00:34:56Le cou raide, il promène son froid regard planant sur ces dos qui se courbent et tâchent de léviter.
00:35:02Il y a des nombres. Sur lequel va-t-il fondre ? Point de hâte. Il a le temps.
00:35:08Aucun n'oserait faire un mouvement.
00:35:11Il y a six mois, dans cette enceinte, grondaient comme des vagues les passions opposées.
00:35:17Girondins, Montagnard, en deux troupes à l'assaut, s'affrontaient de la voie du geste des armes à la main.
00:35:21Et sur cette mêlée, le tonnerre des tribunes.
00:35:25Deux mille têtes en gissaient.
00:35:29Aujourd'hui, c'est la tombe.
00:35:33Tous ces corps immobiles frémissent d'une attente hallucinée.
00:35:42Car une minute vient où je sais que mon voisin veut demander ma tête si je ne prends la sienne
00:35:46avant.
00:35:48Reprenez votre calme. Dites-moi ce qui s'est passé.
00:35:53C'est injuste à parler, dites-vous ? De nouvelles proscriptions ? Mais vous ne vous y êtes pas joint.
00:35:58De nouvelles proscriptions, oui.
00:35:59Mais contre qui ? Ils ont frappé tous leurs ennemis. Ceux de gauche, ceux de droite. La malheureuse Gironde achève
00:36:06d'expirer. La commune est brisée. Il n'y a pas huit jours tombé les têtes d'Ebert, de Chaumet,
00:36:10de Clotz. Et que leur reste-t-il à détruire ?
00:36:12Eux ! Ils s'entredévorent. Après avoir fait le vide autour de la République, ils tuent la République. Ce matin,
00:36:20à six heures, ils ont arrêté...
00:36:22Danton.
00:36:24Danton ?
00:36:25Nous n'étions pas amis. Je n'aimais pas cet homme.
00:36:28Cette violence écumante, ce torrent chargé de boue.
00:36:31Ce démon, le frénésie, calculé, ses bas instincts et cette astuce m'inspiraient le dégoût.
00:36:36Ces vociférations recouvraient trop souvent le trouble et l'incertitude.
00:36:40Mais qui peut méconnaître les services fulgurants que sa glorieuse audace rendit à la République ?
00:36:44Qui n'a vu aux jours sombres se dresser dans la nue, couronnée des éclairs ?
00:36:48Cette figure monstrueuse, comme le génie même de la Révolution.
00:36:53Quand vint à l'assemblée le bruit de l'arrestation, tous ceux qui étaient présents furent glacés de stupeur.
00:36:58Pas un qui ne sentit que cet homme était sacré, qu'il appartenait au patrimoine inviolable de la nation.
00:37:03Et bien peu qui n'est personnellement éprouvé les effets de sa rue d'obligence.
00:37:08Toute une troupe de clients se nourrissait de ses miettes.
00:37:12Mais cette masse atterrée, chuchotait, se taisait.
00:37:19Et je me taisais comme elle.
00:37:23Enfin, un de son clan se sentant avec lui entraîné dans la chute, instinctivement tenta un geste pour le retenir.
00:37:28Le gendron, un homme vulgaire qui, sous l'ombre de Danton, jouait avec son tonnerre.
00:37:35La peur lui prêta des forces, il donna de la voix.
00:37:37Il exigea en hurlant la liberté de Danton.
00:37:41Et déjà la plupart, rassurés par ce cri émergent du silence, commençaient à le soutenir de leur bourdonnement.
00:37:48Quelques-uns se risquèrent jusqu'à applaudir.
00:37:51Encore quelques minutes et la convention y retrouvait peut-être le courage de ne pas se laisser assassiner.
00:37:56Soudain, Robespierre entra.
00:37:59Le bruissement des cœurs aussitôt se figea.
00:38:02Le long de son passage, la pensée se ratait de rentrer sous les visages.
00:38:06Et de nouveau, le silence cerna l'homme qui parlait.
00:38:11Le gendre vit, Robespierre.
00:38:13Emporté par l'élan, une minute encore, il projeta ses cris qui retombaient dans le vide.
00:38:16Et puis il perdit pied.
00:38:18S'interrompit, se reprit, bégaya.
00:38:21Au milieu d'une phrase, il frappa du poing sur la tribune, s'arrêta et plongea.
00:38:26Lentement, par l'autre rampe, Robespierre montait.
00:38:31Sans déni répondre au hurlement de la bête effrayée, il lut de sa voix blanche le mandat d'arrêt lancé
00:38:35la nuit d'avant par les trois comités.
00:38:37Il parla en termes vagues d'une grande conjuration.
00:38:40Il félicita le Sénat puissant d'arracher de son sein tous les membres indignes qui avaient trahi la cause.
00:38:44Et brusquement, sa voix se faisant menaçante, il se tourna vers le gendre tapis derrière un autre.
00:38:51Et appela sur les complices cachés qui défendaient les traîtres, le glaive de la loi.
00:38:56Le gendre balbutiant demandait à répondre, mais implacable, l'autre feignait de ne pas l'entendre.
00:39:02Il acheva de dérouler ses périodes cadencées et se retira, laissant le silence se creuser comme un gouffre.
00:39:10Alors le gendre, convulsivement, s'excusa de n'avoir pas su, de n'avoir pas connu, protestant de son zèle
00:39:17à livrer, s'ils étaient criminels, son ami ou son frère,
00:39:20rejetant l'homme abattu et prenant à témoin la lâcheté de l'assemblée de son lâche reniement.
00:39:27Sans qu'un seul se risquât à lui tendre la main, ni que se détendît la menace muette de l
00:39:31'impassible, l'homme disparut.
00:39:33Une nappe de mépris et de peur le recouvrit.
00:39:37Alors Robespierre, qui sait la versatilité des assemblées, voulut que par vote nominal la convention se prononça et qu'elle
00:39:43ratifia la mise en jugement, c'est-à-dire la mise en terre de Danton.
00:39:48Et vous l'avez voté ?
00:39:50Ils votaient tous. Tous s'empressaient vers la tribune, sous l'œil des proscripteurs.
00:39:56Quelques-uns louront d'une voix mal assurée, la plupart affectant d'une fermeté romaine avec une voix d'airain,
00:40:02et la peur vagissait dans leurs entrailles.
00:40:05Et le gendre votait, le gendre vendit son maître.
00:40:09Nous attendions chacun notre tour de voter, et quand le tour venait, chacun se levait, allait jeter son vote, sa
00:40:16pierre sur le vaincu.
00:40:19Et vous l'avez jeté.
00:40:22Comme en tour est venu, je me suis levé. Je suis parti.
00:40:30Vous n'avez pas voté.
00:40:32J'étais près de la sortie. On appela mon nom. Et quelqu'un derrière moi, en me touchant l'épaule,
00:40:36répéta à Courvoisier.
00:40:38Un homme qui était-ce se tenait devant la porte, je l'écartais du seuil. Dans la rue, j'eus
00:40:42un étourdissement et je faillis tomber.
00:40:44Un passant me prit le bras, me mena un café, me fit boire un cordial.
00:40:48Je ramassais mes forces pour ne pas me donner un spectacle et rentrer.
00:40:53J'aurais voulu me coucher par terre, dans la terre, et ne plus me relever.
00:41:04Dégout. Dégout des hommes et de moi-même.
00:41:07Humanité, raison, liberté.
00:41:10Dérision. Dérision de ma foi.
00:41:13L'homme est né pour servir, l'homme est né pour trahir.
00:41:16Tout ce qu'on fait pour le rendre libre, tout ce qu'on tente pour le relever, ne sert qu
00:41:20'à étaler sa bestialité.
00:41:22Qu'ai-je fait ?
00:41:26J'ai perdu ma vie.
00:41:28Jérôme, mon ami, mon cher mari, ne vous abandonnez pas.
00:41:34Je vous comprends, je vous plains.
00:41:36Ce que vous avez souffert, je le souffre avec vous.
00:41:39Mais je ne veux pas que vous perdiez votre foi.
00:41:43Notre foi.
00:41:46Notre foi.
00:41:47Elle est aussi à moi.
00:41:49Sans doute, les hommes sont bas, cruels, décevants.
00:41:53Hélas, nous savons trop combien nous-mêmes portons en nous de monstres,
00:41:56d'indignes pensées que nous n'oserions dire et qui nous humilient.
00:42:01Mais c'est parce que nous le savions que nous avons entrepris cette révolution
00:42:05pour libérer les hommes et pour les relever.
00:42:09Peut-être notre tort fut-il de croire trop tôt que la bataille était gagnée.
00:42:14Mais en ces premiers jours de la libération, c'était bon de s'abandonner à l'embrassement de toutes les
00:42:20âmes de France.
00:42:22Notre joie d'un moment, nous l'avons payée depuis.
00:42:26Vous qui avez appris dans vos travaux de science à reconnaître les lois inflexibles de la nature,
00:42:31est-ce une raison pour vous de douter ou de renoncer ?
00:42:34Non, nous ne verrons pas de nos yeux la terre promise.
00:42:38Mais n'est-ce pas déjà beaucoup de savoir où elle est et d'en montrer la route ?
00:42:44D'autres viendront, plus jeunes, qui poursuivront la course interrompue.
00:42:52Mon ami, il vous reste tant de recours en vous, vous recherchent, vous découvertes,
00:42:56ce royaume de la science qui échappe aux folies des hommes,
00:43:00et qu'il le veuille ou non qui les affranchira.
00:43:04Ces pensées dans votre bouche, cela fait du bien.
00:43:12Cette foi, ma foi perdue qui me revient par vous, ma femme.
00:43:18Mais vous m'aimez donc ? Je croyais que non.
00:43:23Sophie, vous avez pour moi vraiment un peu d'affection.
00:43:28J'ai tremblé tout à l'heure pendant votre récit.
00:43:31Je craignais.
00:43:34Je craignais.
00:43:35Vous craignez ma lâcheté.
00:43:36Non, ne dites pas ce mot.
00:43:37L'ai-je pas assez montré ?
00:43:38Vous êtes refusé à l'avilissement des autres.
00:43:41J'aurais dû parler, j'ai fui.
00:43:43Je suis un pauvre homme qui n'a que le faible courage de ne pas faire.
00:43:51Vous êtes un pauvre homme, faible.
00:43:55Et c'est pour cela.
00:43:57Et c'est pour cela.
00:44:00Et c'est pour cela, dites,
00:44:02que vous avez pour moi un peu de bonté.
00:44:05Et c'est pour cela.
00:44:07C'est parce que vous êtes faible que vous n'avez plus de mérite à risquer votre vie.
00:44:12Car vous l'avez risqué.
00:44:13Ne vous rabaissez pas en parlant de votre fuite.
00:44:16Il est vrai.
00:44:18Et je sais que l'on m'en demandera compte.
00:44:20Déjà depuis deux mois, ma pensée est suspecte.
00:44:23Tous mes mots sont suivis.
00:44:25Tous mes pas, aussi.
00:44:28Les délateurs mépis.
00:44:30Il en est parmi nos amis.
00:44:32Aujourd'hui même, j'ai pu...
00:44:33J'attendais d'être sûr pour vous faire part de mes soupçons sur lui.
00:44:36J'ai pu avoir les preuves que le vieux Denis Bayot...
00:44:39Tout ce que l'on dit ici, il va le répéter.
00:44:42Non, je ne peux pas le croire.
00:44:46Ce vieillard...
00:44:47Cet homme doux et craintif et quel mobile.
00:44:51Acheter sa sécurité.
00:44:52Et puis en des temps comme le nôtre, l'infamie est une lèpre.
00:44:55On voit des braves gens qui sont pris soudainement du besoin de se saluer.
00:44:58Jérôme, il était ici.
00:45:01Qui Bayot aujourd'hui ?
00:45:02Que craignez-vous, Sophie ? Je sais votre prudence.
00:45:04Il était ici lorsqu'il est entré.
00:45:06Lorsqu'il est entré.
00:45:07Proscrit, cherchant asile, Valet.
00:45:10Valet ? Il vit, il est venu.
00:45:12Sophie, vous l'avez reçu, vous ne lui avez pas fermé notre porte.
00:45:14Où est...
00:45:17Mon ami.
00:45:27Tu as pu échapper. Dieu soit loué.
00:45:29Laissons Dieu à ses affaires. Il ne s'intéresse pas aux nôtres. Dieu est à Robespierre.
00:45:33Valet, je te revois. Au milieu des soucis et des tristesses qui m'assaillent aujourd'hui,
00:45:37il me semble qu'un rayon de soleil est entré avec toi.
00:45:40N'approche pas.
00:45:42Tu pourrais t'y brûler.
00:45:45Valet,
00:45:47que veux-tu dire ?
00:45:49Tu ne veux pas prendre ma main ?
00:45:51Doutes-tu de mon amitié ? Elle t'est restée fidèle ?
00:45:53Je connais ses amitiés dans la fidélité depuis un an, nous livre aux meurtriers.
00:45:57Valet, j'ai bien peu fait en vérité pour vous défendre.
00:46:00Mais, je ne m'excuse pas, condamne-moi si tu veux.
00:46:03Tu n'as pas idée de l'hospice d'aliénés où nous sommes enfermés.
00:46:05De l'impossibilité d'y faire naître une parole de raison.
00:46:09C'est une épidémie.
00:46:10Les cerveaux les plus sains sont peu à peu gagnés.
00:46:13Quatre ans de surtention, de discours délirants,
00:46:16des cris qui sentent la fièvre,
00:46:17de terreur, de soupçon,
00:46:19d'espérance messianique et d'âpre déception.
00:46:21La menace de la mort infecte toutes les pensées.
00:46:25L'homme ne peut sans danger se maintenir des années sur ce tranchant d'épée.
00:46:28Vaincre ou mourir.
00:46:29Il s'y ensanglante et devient furieux.
00:46:33Hélas, ce sont tes amis, Valet.
00:46:35C'est ton parti qui est le premier en déclarant la guerre à l'Europe
00:46:38et jetant le pays dans des luttes civiques
00:46:40à déchaîner les furies qui vous ont dévorées.
00:46:43Nous avons refusé de pactiser avec le crime.
00:46:46D'autres s'en accommodent pour préserver leur vie.
00:46:48Au-dessus de nos vies, il y a l'œuvre de nos vies.
00:46:50Notre jeune révolution, elle a tant d'ennemis.
00:46:53N'y ajoutons pas de haine.
00:46:54Nous devons lui sacrifier toutes nos passions.
00:46:57Le sacrifice ne coûte pas à ceux qui n'ont point de passion,
00:46:59sinon que des intérêts.
00:47:01Nous ne parlons point de ceux-là, laissons les âmes ville.
00:47:03Il ne peut de toi à moi être question que de ceux qui vivent pour les idées.
00:47:06Il y a ceux qui meurent pour elle et il y a ceux qui en vivent.
00:47:10Valet, que veux-tu dire ?
00:47:11Mais enfin, qu'est-ce que tu en dirais que tu m'en veux ?
00:47:13Oui.
00:47:15En ce temps où ta vie est partout menacée,
00:47:17dans ce Paris plein de tes ennemis,
00:47:19ne peux-tu reconnaître l'attachement d'un homme
00:47:21qui, sans partager tes pensées, les respecte et voudrait te sauver ?
00:47:24Non, je ne le reconnais point.
00:47:26Ton attachement mensonge.
00:47:28Tu n'es attaché qu'à toi, à ton salut, à tes prudents travaux, à ta neutralité.
00:47:33Maudit soit les tyrans qui assassinent la France,
00:47:35mais vomi soit les neutres.
00:47:37Tu sais, si je déteste le monstre Robespierre,
00:47:39ce sinistre imposteur, bourreau de la République,
00:47:41et vendu à l'Autriche,
00:47:42j'appelle de mes vœux une seconde cordée
00:47:44et je baiserai le couteau qui lui arracherait le cœur.
00:47:47Mais je ne hais pas moins les prudents qui se taisent,
00:47:50qui ménagent également dans cette lutte farouche le crime et la vertu,
00:47:53indifférent à tout,
00:47:55et seulement occupés de leur jeu de balancier,
00:47:58toujours prêts à servir l'un en dépend de l'autre,
00:48:01et à le trahir en demain.
00:48:04Valet, ces paroles ne s'adressent pas à moi.
00:48:06À toi !
00:48:08Mais si tu me hais à ce point,
00:48:09pourquoi es-tu venu chez moi chercher asile ?
00:48:24On vient !
00:48:25On vient, Jérôme ! Il est perdu !
00:48:28Oh, vite, vite, Jérôme, ne m'entendez-vous pas !
00:48:30Qui vient, qu'avez-vous vu ?
00:48:31La rue est investie,
00:48:32des troupes d'hommes armés vont d'une maison à l'autre,
00:48:34notre porte est gardée, venez, voyez.
00:48:39On fait dans le quartier des visites domiciliaires.
00:48:41Faut que cet homme nous a déjà dénoncés.
00:48:43Qui ? Denis Bayot ?
00:48:45Non, il n'y en a pas encore.
00:48:47Il s'agit en ce moment d'une mesure générale qui ne nous vise pas seuls.
00:48:50Voyez cette troupe qui entre dans la maison en face.
00:48:53Il s'agit sans doute d'un ordre de perquisition méthodique
00:48:55édicté par le comité de surveillance de section.
00:48:58Toutes les maisons sont visitées,
00:48:59mais il se peut qu'après les incidents de la journée,
00:49:01la nôtre le soit avec un soin bas.
00:49:09L'activité est impossible.
00:49:11Au bout de la rue, la barrière est fermée,
00:49:12un factionnaire s'y tient.
00:49:14Nul ne peut plus sortir avant la perquisition terminée.
00:49:17On procède par échelon après la maison d'en face,
00:49:19bien le tour de la nôtre.
00:49:22Nous avons un quart d'heure.
00:49:24Jérôme, il faut le sauver.
00:49:26Ma chère, notre vie à tous est également menacée.
00:49:28Mais lui, si on le trouve, il est perdu.
00:49:30Vous ne l'êtes pas, moi, si on le trouve ici.
00:49:31Je ne me soucie pas de ma vie pourvu que je sauve la sienne.
00:49:35Je ne crains plus rien maintenant que j'ai atteint au but.
00:49:36Non, le but est de vivre. Je ne veux pas que vous mouriez.
00:49:39Vivre ou mourir ensemble.
00:49:40Vivre.
00:49:41Nous vivrons.
00:49:43Les minutes sont comptées.
00:49:45Et si vous voulez vivre, ne les perdez point,
00:49:47si bien utilisés que soient pour vous celles-ci.
00:49:50Sophie.
00:49:52Vous connaissez dans le mur de l'alcôve, là-haut,
00:49:54le réduit en maçonnerie que j'ai moi-même bâti,
00:49:56pour y mettre des documents qui ne peuvent sans péril
00:49:58tomber dans toutes les mains.
00:49:59Il y a au fond la place d'un homme étendu.
00:50:01Faites-y entrer, Vallée.
00:50:02Refermez soigneusement sur lui la paroi et la tenture.
00:50:05Si l'inspection se borne à une simple visite de section,
00:50:08on ne fera que passer, nous avons chance d'échapper.
00:50:10Venez, Vallée. Attendez-vous.
00:50:12Attendez, il faut tout prévoir.
00:50:15Si au contraire l'ordre vient du comité de sûreté,
00:50:17ou si déjà cet homme, ce baillot nous a livré,
00:50:19aucun recoin, aucun mur ne sera négligé.
00:50:22Un seul recours nous reste.
00:50:23Ce poison est sûr.
00:50:26Pour vous, Vallée.
00:50:29Sophie.
00:50:31Je garde ma part.
00:50:34Allez.
00:50:51Il s'aime.
00:50:54Quelle fureur sauvage souffle la jalousie et l'approche de la mort à mon meilleur ami.
00:51:01Il n'hésiterait pas à me tuer pour me voler ma femme.
00:51:05Et elle, à qui tout à l'heure je livrais ma misère, elle était sa complice.
00:51:10Sans doute fait-elle des voeux pour ma mort.
00:51:13Pourquoi pas ?
00:51:15Je suis l'obstacle à leur assouissement.
00:51:19Je ne le serai plus longtemps.
00:51:22Je n'ai pas goût à retenir de force un être qui n'aspire qu'à se délivrer de moi.
00:51:27Et je n'ai plus goût à me retenir moi-même plus longtemps arrivé à cette ignoble humanité.
00:51:35ignoble, non, absurde, elle ne vaut même pas le mépris.
00:51:42Un seul être me donnait encore une raison d'y croire, il me l'a enlevé.
00:51:47C'est bien.
00:51:49Si ces deux malheureux peuvent encore trouver du plaisir à la vie, quand bien leur fasse, moi je donne la
00:51:56mienne.
00:51:58Dans ces feuillets qui les jugent, les bourreaux trouveront préparé mon arrêt de condamnation.
00:52:11Ils sortent de l'autre maison.
00:52:14Ils traversent la rue.
00:52:17Ils entrent.
00:52:20Je suis prêt.
00:52:35Comité de sûreté.
00:52:37Ah, c'est toi, citoyen crapard.
00:52:41Il ne t'y attendait pas.
00:52:43Je m'attends à tout.
00:52:45Comme on se retrouve, hein ?
00:52:47Surtout quand l'un, ce n'est pas moi, recherche l'autre.
00:52:50Il est mis dans le mille.
00:52:52Mais je suis pas venu pour perdre ma saline.
00:52:55Ta tête est bien vissée ?
00:52:57À toi de t'en assurer.
00:52:59Allons-y !
00:53:00Cherche, cherche, pire !
00:53:03C'est le mot qu'il dit bien.
00:53:05Qui ira le dernier ?
00:53:15Quelques chances ?
00:53:16Aucune.
00:53:17Qui est-ce ?
00:53:18Crapard.
00:53:20Un fripon que j'ai fait arrêter il y a deux ans au quartier des Arabes comme marchand d'argent.
00:53:24Va-t-il !
00:53:25Récure la cheminée !
00:53:29Si le renard est dedans, embrasse-le !
00:53:32Est-ce qu'ils savent ?
00:53:40Oh !
00:53:41Donne encore un coup de change !
00:53:44Sends-tu quelque chose derrière ?
00:53:45Rien !
00:53:48Pourquoi as-tu crié ?
00:53:51Tu ne viennes pas me répondre !
00:53:54Toi, vous regarde comme un chien, nom de Dieu !
00:53:57Citoyenne, on va voir si tu caches quelque chose derrière ton tableau.
00:54:01Pas celui-là !
00:54:03Tapo ! Nous allons te chercher les plus...
00:54:05Toi, le vieux, reste tranquille !
00:54:08Tu passeras ton tour !
00:54:10C'est l'ordre de tout fouiller, je fouille !
00:54:12Mais on sait ce qu'on doit à la pudeur du sexe !
00:54:16N'est pas nous, citoyennes, qui visiterons tes appâts !
00:54:22Bonnard !
00:54:24Où est cette bougresse ?
00:54:27Bonnard !
00:54:34Tu étais encore en train de racoler quelques farots, que je t'y passe ! Avance !
00:54:39M'emmène cette mignonne dans la chambre à côté !
00:54:41Et regarde sous sa chemise, si elle cache un immigrant !
00:54:47Who would do you think ?
00:55:01Qu'est ce qui c'était quand même ?
00:55:03Allons.
00:55:04Selon l'habitude elle se cherchera partout, où il n'y a rien à trouver.
00:55:07Il faudra les forcer pour voir ce qu'ils ont sous les yeux.
00:55:25Traité de la servitude
00:55:31La république esclave
00:55:37Je le tiens
00:55:40Tafta !
00:55:40Tiens-le bien, vacheur, vide les potes
00:55:43J'ai taillé
00:55:48Mange-la
00:55:58Que faites-vous ici ?
00:56:02Carnot
00:56:03Le Carnot du Grand Comité ?
00:56:04J'en foutre pas les pattes
00:56:06J'ai l'ordre
00:56:07Et moi, je le donne
00:56:08M'en le voit !
00:56:09Je vais de respecter ceux qui sont respectables
00:56:10Laisse cet homme
00:56:11A-t-il des privilèges pour les ennemis de la république ?
00:56:14M'imbécile
00:56:15La république doit plus à cette tête
00:56:16Qu'à cent têtes d'âme de ton espèce
00:56:18Ce sont ces découvertes qui ont fourni aux armées de la révolution
00:56:21Les engins foudroyants qui les firent vaincre
00:56:23La victoire n'est pas un brevet de civisme
00:56:25Je méfie les aigles
00:56:27Tu trouves qu'ils volent trop ?
00:56:29Ils sortent du niveau
00:56:30Qu'on leur rogne les ailes
00:56:32Tous ces gros
00:56:33Tous crapauds
00:56:35En attendant, crapard, que le monde soit mis à ton niveau
00:56:37La république a besoin de chef et j'en suis un
00:56:39Vide la place
00:56:40Je partirai si je le veux
00:56:43Tu n'es point le maître ici
00:56:44Je suis le représentant du comité de sûreté
00:56:46N'admets point qu'on se moque
00:56:48Le grand comité n'a point l'habitude de plaisanter
00:56:51Malheur à qui résiste à ses commandements
00:56:53C'est bon
00:56:56Je partirai
00:56:58Parce que je le veux bien
00:57:01Mais le comité de sûreté saura
00:57:03Et si tu tiens ma tête
00:57:08Moi je tiens celle de l'autre
00:57:21Qu'a été le prix ?
00:57:23Mon acte d'accusation
00:57:25Ton acte d'accusateur ou celui d'accusé ?
00:57:27Les deux
00:57:29J'accuse dans ses papiers les abus de la constitution
00:57:31Et les despotes qui l'exploitent
00:57:33Tu lapides le ciel
00:57:35La pierre retombe sur toi
00:57:36Je sais
00:57:36La vérité tue
00:57:38Pour vasier le temps presse
00:57:39Je le savais en venant
00:57:40Mais les choses vont plus vite encore que je n'avais compté
00:57:43Je ne pensais pas trouver ici les mouchards
00:57:46C'est non pas le comité de salut public qui les envoie ?
00:57:48Le comité de salut public n'a pas besoin de mouchards
00:57:51Il lui suffit de tes amis
00:57:54Denis Bayot a parlé ?
00:57:55Oui
00:57:56Il n'est donc rien à t'apprendre ?
00:57:58Tu caches ici un chien de la Gironde
00:58:00Tu n'attends pas que je le livre ?
00:58:02Non, mais de dehors
00:58:03Qu'il aille se faire prendre ailleurs
00:58:05Je ne viens point pour te parler de lui
00:58:06Où qu'il soit
00:58:07Où qu'il aille
00:58:08La peau de ce misérable ne vaut pas cher à cette heure
00:58:11Je viens pour te parler de toi
00:58:13Que veux-tu ?
00:58:15Courvoisier, tu le sais, tu t'es rendu suspect
00:58:17Ce n'est pas d'aujourd'hui
00:58:18Ton attitude incertaine depuis quelques mois
00:58:20Ta désapprobation muette des actes du comité
00:58:23Ton abstention même
00:58:24Ton désigné comme ennemi
00:58:26On n'a pas eu de peine à démêler tes sentiments cachés
00:58:30Seuls tes services rendus
00:58:31Et l'intervention de prieur et de moi
00:58:32Désiré de sauver une tête comme la tienne
00:58:34Ont pu te protéger
00:58:35Mais aujourd'hui la coupe est pleine
00:58:38Le scandale de tes paroles égarées à la séance de l'Assemblée
00:58:40Ta fuite précipitée
00:58:41Ont fait éclater l'irritation du comité
00:58:44Une scène violente vient de s'y passer
00:58:46Nous sommes débordés
00:58:47La majorité veut en finir avec la résistance
00:58:50Qui se tait plus pernicieuse que celle qui parle
00:58:56Elle te donne à choisir
00:58:59Où tu prendras parti nettement contre les proscrits
00:59:02Où tu les rejoindras
00:59:04Et moi je suis venu te dire ceci
00:59:07Tu iras ce soir aux Jacobins
00:59:08Tu monteras à la tribune
00:59:10Et tu te prononceras en faveur des décrets
00:59:13C'est la condition posée à ton salut
00:59:16Je la refuse
00:59:18J'en conviens depuis un an
00:59:20Ma conduite s'est montrée trop douteuse
00:59:23Mais
00:59:23Et aujourd'hui encore
00:59:25J'ai manifesté un trouble qui n'était pas digne de moi
00:59:28Mais depuis des circonstances
00:59:29Qu'il est inutile de raconter
00:59:31M'ont rendu la clarté de la vue
00:59:32Et la tranquillité de l'esprit
00:59:33Et je serais heureux de prendre enfin mes responsabilités
00:59:36Lesquelles ?
00:59:37Je flétrirai les proscriptions et la dictature du sang
00:59:39Tu ne le feras point
00:59:40Tu n'en as pas le droit
00:59:41Ni d'ailleurs le pouvoir
00:59:42J'ai le droit de ma conscience
00:59:43Et le pouvoir de me sacrifier pour elle
00:59:45Fou qui ne voit point qu'on ne serait en ce moment
00:59:47Ébranlé le comité sans ruiner notre oeuvre
00:59:49La République
00:59:51Notre oeuvre fut de vouloir fonder les droits de l'homme libre
00:59:53Pour que l'homme soit libre
00:59:54Il faut d'abord le défendre contre ceux qui l'asservissent
00:59:56Les droits d'individus ne sont rien sans la force de l'Etat
00:59:58Ils ne sont rien asservis à la force de l'Etat
01:00:01Ils ne sont rien
01:00:02Ils seront
01:00:04Sachons sacrifier le présent à l'avenir
01:00:07Sacrifier à l'avenir la vérité, l'amour
01:00:08Toutes les vertus humaines et l'estime de soi-même
01:00:11C'est sacrifier l'avenir
01:00:13La justice ne pousse pas sur un seul vicier
01:00:18Parlons francs courboisiers
01:00:20Nous sommes hommes de science
01:00:22Nous connaissons tous deux l'inexorabilité des lois de la nature
01:00:25Elle ne se soucie point de sentimentalisme
01:00:28Et les vertus des hommes
01:00:29Elle les foule sous ses pieds pour accomplir ses fins
01:00:32La vertu, c'est la fin
01:00:34Je veux la fin
01:00:35À quelque prix que je la paie
01:00:36Ce prix, ce n'est pas moi qui l'ai fixé
01:00:39Je l'accepte
01:00:40Je le dégoûte comme toi, peut-être plus que toi
01:00:43De ces hommes de ruse et de sang
01:00:46Plus que toi, je dois vivre avec eux
01:00:47Côte à côte
01:00:49Je le dégoûte des violences que chaque jour ils me font signer
01:00:52Mais je ne me crois point permis de me refuser à elles
01:00:54Et de déserter l'action parce qu'elles me tâchent les mains
01:00:57Je considère l'objet de la bataille engagée
01:01:00Le progrès de l'humanité vaut bien quelques salubrées
01:01:02Et s'il le faut, des crimes
01:01:05Je te comprends, Carnot
01:01:07Je ne condamne point ton manque de pitié
01:01:09La science, tu l'as dit, se passe de pitié
01:01:12Je me défie comme toi du sentimentalisme
01:01:14Mais je me défie aussi de l'idéologie
01:01:17Et plus âgé que toi, je n'ai plus ta foi dans le pro-humain
01:01:20Je suis trop homme de science pour croire sans réserve à une de nos hypothèses
01:01:23Car ce n'est rien de plus
01:01:25Et si flatteuse qu'elle soit pour le génie de l'homme et son ardent espoir
01:01:28Je n'en ferai jamais un dieu sur un hôtel
01:01:31Il n'est de sacré pour moi que la vie
01:01:33La vie présente
01:01:34Et tu es libre à la tienne ?
01:01:36Je me refuse à livrer pour elle la vie des autres
01:01:38Leur vie de toute façon est perdue
01:01:40La mienne ne l'est point
01:01:42Si elle oppose à une époque ville de lâches et de tyrans
01:01:44L'exemple d'une arme libre
01:01:45Je me fous de ton âme
01:01:47Mais je tiens à ta vie
01:01:48J'ai besoin de ton cerveau
01:01:51Pour boiser
01:01:52Il nous faut ton habeur
01:01:54Ton génie
01:01:55La patrie les réclame
01:01:56Tu es mobilisé
01:01:57Tu n'as pas le droit de fuir
01:01:58Tu frustres la nation des fruits qui lui sont vus
01:02:02Je regrette d'interrompre les travaux commencés
01:02:06Mais nous avons appris ces dernières années qu'il faut toujours être prêt
01:02:08Du jour au lendemain renoncer à tout ce qui nous appartient
01:02:11Honneur, bonheur, richesse, amour, travail et vie
01:02:16Je suis prêt
01:02:18Égoïste
01:02:19Tu ne penses qu'à toi en faisant don de toi
01:02:22Moi aussi je suis prêt pour moi-même
01:02:25Mais je ne le suis pas pour toi
01:02:27Je ne m'y résine pas
01:02:31Bon, vas-y
01:02:33Au nom de la vieille estime et de la communauté de travail qui nous lie
01:02:38Accepte les conditions de salut que je t'apporte
01:02:40Je le pire
01:02:43Théorème
01:02:44Tête de mule
01:02:47Tiens, prends
01:02:50Qu'est-ce ?
01:02:51J'en étais sûr d'avance
01:02:52Je connais l'entêtement des mathématiciens
01:02:56Allons
01:02:58Mets dans ta poche
01:02:59Ce sont deux passeports sous des noms empruntés pour toi et pour ta femme
01:03:03Mais pas un jour à perdre
01:03:04Quittez Paris ce soir
01:03:05Sur l'heure si possible
01:03:07Vos places sont retenues dans la voiture publique de Paris à Dijon
01:03:10Et de là à Saint-Claude
01:03:14Adieu
01:03:15On ne vous voit plus
01:03:17Carne
01:03:21Mais fuir à quoi bon nous serons repris sur le champ ?
01:03:24Échappe-t-on au limier du comité à la haine de Robespierre ?
01:03:27Il n'en ignore rien
01:03:28Qui, lui ?
01:03:30Incorruptible, oui
01:03:32L'initiative est mienne
01:03:33Mais bien qu'il feigne de ne point savoir
01:03:34Je viens avec son muet consentement
01:03:38Ta mort nous gêne qu'on voisille
01:03:40La République n'a point plaisir à se mettre sur les bras à ton cadavre
01:03:45Il est trop lourd
01:03:47Rends-nous service en emportant
01:03:51Le comité ferme les yeux
01:03:53Mais il ne nous force point à les rouvrir
01:03:57Ne te laisse pas voir
01:04:01Je te pardonnerai point
01:04:12Ils sont tous partis ?
01:04:14Oui
01:04:16Que vous disiez, Carnot ?
01:04:18Rien
01:04:21Nous perdons point nos instants en paroles inutiles
01:04:25Ce dont nous avons à parler, Sophie, ne doit pas être entendu de l'homme qui est là-haut
01:04:30Cet homme, vous l'aimez, je le sais
01:04:32Vous êtes trop sincère pour l'avoir pu cacher
01:04:35Bien que vous l'ayez, c'était trop peu pour me l'avouer
01:04:37Je ne vous reproche rien
01:04:39Si vous ne l'avez pu, c'est donc qu'aucune femme à votre place ne l'aurait pu
01:04:42Car je sais votre loyauté et la faiblesse du cœur
01:04:47Je vous plains
01:04:52Comme vous l'aime
01:04:53Je l'aime
01:04:59Pardonnez-moi
01:05:01Vous êtes libre
01:05:04Jérôme
01:05:06Dites-moi que faire ?
01:05:09Je n'ai pas à répondre
01:05:10Chacun seul et son juge, chacun répond pour soi
01:05:13Mais vous me mépriserez ?
01:05:15Je n'ai de haine ni de mépris pour rien
01:05:17La faute n'est à personne, la faute est à la vie
01:05:21Mais vous, vous souffrirez ?
01:05:25À mon âge, à cette heure, je n'aurai plus le temps
01:05:27Ne songez qu'à vous, soyez heureux si vous pouvez
01:05:30Jérôme
01:05:36Hélas, nous nous sommes aimés
01:05:41Pourquoi l'amour passe-t-il ?
01:05:45Pourquoi l'amour change-t-il ?
01:05:49Pardon, je vous blesse encore
01:05:51Mon ami, je n'ai pas cessé d'avoir pour lui la plus tendre affection
01:05:57Plutôt que de vous causer la souffrance d'aujourd'hui, j'aurais voulu me taire jusqu'à la mort
01:06:02Mais la passion est venue, elle s'est saisie de moi
01:06:05Elle m'entraîne, que faire ?
01:06:08Dites-moi, que puis-je faire ?
01:06:11Puis-je lui résister ?
01:06:12Est-ce qu'on peut ? Est-ce qu'on peut ?
01:06:15Est-ce beau ? Est-ce humain ?
01:06:21Je partirai ce soir tous deux
01:06:23Ces paquets vous ouvrent les portes de France jusqu'à la frontière suisse
01:06:26Tout a été prévu
01:06:27Les visas sont en règle et les places sont prises
01:06:30Allez prévenir Vallée, préparez-vous en hâte
01:06:32Il ne faut pas que cette nuit le trouve encore ici
01:06:34Allez, sauvez sa vie, sauvez votre bonheur
01:06:38Mon ami, vous voulez ?
01:06:42Vous voulez ?
01:06:43Il faut sauver Vallée, ne le voulez-vous pas ?
01:06:45Je le veux
01:06:45Accompagnez-le donc
01:06:46Il ne partirait pas seul et vous ne devez plus l'être
01:06:49Je vous confie l'un à l'autre
01:06:51Ne tardez plus, partez
01:07:00Vous êtes bon
01:07:04Je ne peux pas accepter
01:07:05Vous le pouvez loyalement, entre nous tout est franc
01:07:08Je ne peux pas vous quitter
01:07:10La vie qui chaque soir meurt et qui renaît chaque matin
01:07:13Vous versera bientôt l'oubli et l'espérance
01:07:16Ne pensez plus, allez, le temps presse
01:07:24Mais ces passeports, comment les avez-vous ?
01:07:26Qu'importe
01:07:26D'où sont-ils venus ?
01:07:28Carnobles les armes
01:07:29Mais pourquoi, pourquoi vous les a-t-ils donnés ?
01:07:31Ils étaient faits pour vous, vous et moi, pour nous deux
01:07:34Nous devions donc partir
01:07:36Vous êtes en danger
01:07:37Aucun danger
01:07:38Mais s'il n'y avait pas de danger
01:07:40Pourquoi seraient-ils venus vous apporter les moyens de nous enfuir ?
01:07:42Alors ne soyez pas folle, n'allez pas vous créer des soucis inventés
01:07:45C'est assez des réels
01:07:46Ne songez qu'à sauver celui que vous aimez
01:07:49Celui que j'aime
01:07:53Courvoisier
01:07:53Je porte votre nom
01:07:55Je suis votre femme encore
01:07:58Jusqu'à ce que soit rompu le lien qui nous unit
01:08:00Je revendique mon droit
01:08:01Mon droit d'épouse
01:08:03Et la loi que nous avons toujours observée entre nous d'absolue vérité
01:08:07Vous me la devez parler sans rien cacher
01:08:10Nous sommes délancés
01:08:12Bayot nous a livré, on sait qui nous cachons
01:08:14On reviendra dans la nuit à arrêter Valet
01:08:15Et vous ?
01:08:16L'amitié de Carnot sort à me protéger
01:08:18Assez parlé, préparez votre départ
01:08:21Rassemblez les effets les plus indispensables
01:08:23Habillez-vous chaudement
01:08:30Ils ne sont plus ici ?
01:08:32Non, mais ils reviendront
01:08:33Quoi ?
01:08:34Je ne sais
01:08:35Où fuir ?
01:08:37Vous s'abritez ?
01:08:39Valet, j'ai à te parler
01:08:42Je ne retournerai pas dans le rez-de-vous
01:08:43Tu m'as enfermé
01:08:44Je ne peux plus le supporter
01:08:47Je t'ai là, étendu
01:08:49Serré comme dans mon cercueil
01:08:52Vous entendez qu'il marchait dans le chemin
01:08:55J'ai heurté le mur contre lequel j'étais couché
01:08:58Et tout fond
01:09:00Pour en faire un geste pour me défendre
01:09:03Je peux le supporter
01:09:06Je ne retournerai pas
01:09:07Tu n'y retourneras plus
01:09:09Écoute ce que j'ai à dire
01:09:10Nous reviendrons, dis-tu
01:09:11Nous avons le temps de causer
01:09:16J'ai décidé ma femme à s'absenter
01:09:17Pour quelques temps de Paris
01:09:19Depuis l'hiver, sa santé a été branlée
01:09:21Elle va passer deux mois
01:09:22Dans son pays de la Saône
01:09:23Du côté de Cluny
01:09:25Je devais l'accompagner
01:09:27Mais les affaires publiques
01:09:28Ne me le permettent point
01:09:31On vient !
01:09:33On monte, elle est à joues dessus
01:09:36Voici mon passeport
01:09:37Tu iras à ma place
01:09:41Moi ?
01:09:43Ainsi, tout en veillant sur elle
01:09:45Tu passeras entre les mailles
01:09:46Du filet tendu pour te saisir
01:09:48Une fois rendu en Clunysoie
01:09:50Tu seras près de la frontière
01:09:52Le reste vous regarde
01:09:55Mon ami, laissez-moi parler
01:09:58Il ne faut plus rien dissimuler
01:10:02Claude
01:10:04Mon mari connaît nos sentiments
01:10:08Il est assez généreux
01:10:09Pour me laisser libre de vous suivre
01:10:14Ma décision est prise
01:10:17Libre
01:10:18Je resterai auprès de mon mari
01:10:23J'ai voulu partager l'épreuve de sa vie
01:10:27Ce que j'ai voulu, je le veux toujours
01:10:30Je n'ai plus le droit de vous retenir
01:10:31Je vous entraînerai dans ma perte
01:10:32Fais-toi qu'il ne sache pas
01:10:34Oh !
01:10:35Vous ne m'avez jamais aimé
01:10:37Je vous aime, Valé
01:10:39Je vous aimerai toujours
01:10:42Vous n'avez jamais aimé
01:10:44Vous n'aimez que votre orgueil
01:10:45Oh mon ami, si je n'avais pas cet orgueil
01:10:47Comme vous dites
01:10:48Ce pauvre orgueil meurtri
01:10:51M'aimeriez-vous autant ?
01:10:53M'aimeriez-vous longtemps
01:10:54Faible, errente, livrée à la passion qui passe
01:10:58Infidèle à ma foi
01:10:59Et sourions-nous heureux
01:11:01Quelle porte je vous aurais eue ?
01:11:03Et vous m'auriez détruite
01:11:05Allons
01:11:07Il faut vous sauver, mon pauvre oiseau de proie
01:11:11Pour d'autres en ce moment, vous êtes une proie
01:11:13Ne parlons plus
01:11:15Pensons aux moyens d'échapper
01:11:17Je ne veux pas partir pas sans vous
01:11:19J'ai brûlé mon passeport
01:11:20Je ne peux plus partir
01:11:24Au moins pas cette nuit
01:11:26Je veux passer cette nuit sous ton toit
01:11:28On sait que je t'abrite
01:11:29Avant qu'il soit minuit, tu seras arrêté
01:11:30Non, tu me trompes, tu mens
01:11:32Tu en feras les preuves
01:11:33Ils peuvent être ici d'une minute à l'autre
01:11:35C'est faux !
01:11:37Je les entends
01:11:42Je ne partage, reste
01:11:44Reste donc
01:11:45Tu es prêt à mourir ?
01:11:50Oh, mourir ?
01:11:52Non
01:11:54Oh non
01:11:57Non, non, je ne veux pas !
01:11:59Arrêté dans une heure, jugé demain matin
01:12:01Le soir guillotiné
01:12:04Demain, c'est orsi
01:12:07Un tas de viande jeté dans la charrette
01:12:10Et versé au charnier
01:12:13Moi
01:12:14Non, je ne veux pas !
01:12:18Prépare-toi donc à fuir
01:12:33J'ai honte
01:12:35Nous vous sauverons
01:12:37J'ai honte
01:12:39Non
01:12:40N'ayez point de honte
01:12:43J'aime que vous vouliez vivre
01:12:46Je suis heureuse que la vie vous soit encore chère
01:12:49Je la hais
01:12:51Je la veux
01:12:52Je ne peux pas
01:12:53Je ne peux pas me résigner à la perte
01:12:59Que s'est-il passé, Sophie ?
01:13:04Pour vous rejoindre, j'ai bravé mille morts
01:13:07Je n'ai jamais tremblé que de la crainte de ne plus vous revoir
01:13:12Et maintenant
01:13:17Maintenant, je ne peux plus supporter la pensée de la mort
01:13:22Non
01:13:22Non
01:13:24Ne me regardez pas avec vos yeux de pitié
01:13:26Jamais je ne vous ai plus aimé
01:13:30Oh
01:13:33C'est de vous avoir revu qui m'a pris mon énergie
01:13:38C'est d'avoir réappris la valeur de la vie que j'avais renoncée
01:13:44Je ne peux plus la quitter
01:13:52Je suis un lâche
01:13:56J'ai peur
01:14:00Ne te tourmente point
01:14:02N'accuse point à ta faiblesse
01:14:04Nous savons, mon ami, que nul homme n'est plus brave que toi
01:14:06Mais le plus brave est homme
01:14:08Tu as tendu tes forces jusqu'à un impossible
01:14:10C'est à moi une lutte inhumaine
01:14:12La fatigue est tombée tout à coup sur toi comme une pierre
01:14:15Tu as touché la terre mais c'est en combattant
01:14:17Retire-toi de l'arène
01:14:18Le front haut, tu le peux, tu le dois
01:14:22Quitte Paris, sors de France, échappe à tes ennemis
01:14:25Va reprendre des forces pour de nouveaux combats
01:14:29Et vous me rejoindrez
01:14:33Je ne suis pas éternel
01:14:37Mais vous, Sophie
01:14:39Alors peut-être un jour
01:15:00Adieu
01:15:08Je crois que le brave homme vient d'évaluer la brièveté de mes jours
01:15:15Mais il n'a pas tenu compte de la durée des miens
01:15:21Vous ne regrettez rien ?
01:15:24L'arrestation est sûre
01:15:26Aucune chance d'échapper
01:15:29Alors tout est bien
01:15:33Notre dernière soirée
01:15:38Je me sens allégée
01:15:41Plus de décisions à prendre
01:15:43Plus de luttes à livrer
01:15:46Il n'y a plus à vouloir
01:15:49Il n'y a plus qu'à s'abandonner aux choses qui veulent pour nous
01:15:52Au ruisseau de la nuit
01:15:57Mon bon et cher mari
01:16:00Qui vouliez vous sacrifier pour moi
01:16:03Si simplement
01:16:05Ce n'est point à se sacrifier que vouloir le bonheur de ce qu'on aime
01:16:12Maintenant je suis heureuse
01:16:15Vous voulez me consoler ?
01:16:17Non mon ami
01:16:18J'ai laissé mes chagrins sur l'autre rive
01:16:22Quel soulagement de les voir s'éloigner ma tête sur votre épaule
01:16:27Et cet enfer humain
01:16:29Avec ses passions, ses folies, ses peurs
01:16:34Il n'en était pas encore là, c'est notre valet
01:16:37Pauvre garçon
01:16:38Comme il était avide de s'y replonger
01:16:43Pensez-vous qu'il échappe ?
01:16:45Je l'espère
01:16:46Quel bonheur
01:16:49Je crains son chagrin quand il apprendra notre sort
01:16:52La vie sera la plus forte
01:16:55Oui, je crois
01:16:58Pauvre valet
01:17:01Vous souvenez-vous, Sophie
01:17:04De nos longues veillées ici dans cette pièce
01:17:07Assise près de la table et lisant
01:17:09Vous me regardiez travailler
01:17:11Je vous regardais rêver
01:17:14Et tous deux nous rêvions
01:17:17Car tout
01:17:19Pensée, travaux, science, amour
01:17:23Tout est rêve
01:17:25Et tour à tour
01:17:27Chacun à l'autre offrait ses rêves
01:17:31Et souvent
01:17:32Dans mes difficultés
01:17:34Je recourais à votre esprit sans trouble
01:17:36Ma bonne conseillère
01:17:37Je me souviens de tout
01:17:41Depuis le premier soir où je suis entrée, jeune femme, dans cette vieille maison
01:17:47Nous venions d'être unies
01:17:50Et bien que vous fussiez déjà entourée de gloire
01:17:53Vous aviez peur de moi
01:17:55Parce que j'étais jeune et que vous ne l'étiez plus
01:17:59Alors
01:18:01Nous étions seuls
01:18:02Vous vous êtes approchés
01:18:04Vous m'avez dit tout bas
01:18:07Pardon de vous aimer
01:18:12M'avez-vous pardonné
01:18:16Mon cœur fut pénétré d'une reconnaissance
01:18:20Que ce soir
01:18:22Ce dernier soir
01:18:23Je viens de retrouver
01:18:26Pardonnez-moi vous-même de l'avoir oublié
01:18:29Moi aussi je m'étais oublié, ma Sophie
01:18:32J'avais oublié mon devoir de courage et de sincérité
01:18:36Et c'est le sentiment de vous avoir perdu
01:18:39Qui m'a rendu la force de ma décision
01:18:42Nous nous étions perdus tous deux dans ce monde tourmenté
01:18:48Béni soit l'heure finale
01:18:50Qui nous fait retrouver l'un l'autre et soi-même
01:18:55Nous sommes arrivés
01:18:59Écoute
01:19:00Dans la rue déserte les pas de ceux qui viennent
01:19:03Mais tous nos grands projets
01:19:06Tous nos espoirs déçus
01:19:09Tous nos travaux brisés
01:19:11Tout ce qui meurt avec nous
01:19:13Il monte l'escalier
01:19:15Si du moins nous laissions après nous un enfant
01:19:21Pourquoi
01:19:22Pourquoi la vie nous a-t-elle été donnée ?
01:19:28Pour la vaincre
01:19:33Vaincre
01:19:39Adieu mon ami
01:19:42Les lauriers sont coupés
01:19:44La belle que voilà ira les ramasser
01:19:49Donnez-moi plutôt cette jeune grappe qui meurt
01:19:52Cette fleur de lilas
01:19:56La courant
01:19:57La courant
01:19:58La courant
01:19:59La courant
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