- il y a 2 jours
Bébés Noirs Comment un Gang de Mineurs Sème la Terreur au Congo
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00:00Les bébés noirs sont des textes, je dis bien les bébés noirs ne sont que des terroristes, ils tuent, ils
00:09pillent, ils violent les femmes.
00:11C'est jeune chauffeur de 27 ans qui témoigne à visage couvert, victime d'une agression dans la nuit du
00:1714 au 15 août sur l'avenue Le Manglais,
00:20à Philou, 7ème arrondissement de Bradaville, aux environs de 21h, a failli perdre sa vie.
00:36Ce soir-là, à 19h02 précise, les rues de Trois-Poteaux se sont vidées comme si un ordre invisible avait
00:42été donné.
00:44Les vendeurs de beignets ont replié leurs tables, les volets ont claqué, les portes se sont verrouillées.
00:50En moins de deux minutes, la place centrale est devenue déserte.
00:54Les rares retardataires ont accéléré le pas, le regard fixé au sol.
00:59Tous savent ce qui arrive à cette heure-là.
01:01Les bébés noirs, adolescents de 12 à 17 ans armés de machettes, couteaux ou armes artisanales, apparaissent alors.
01:09Ils surgissent en groupe, souvent entre 3 et 10 individus.
01:14Leurs démarches lentes et assurées montrent qu'ils se considèrent comme les maîtres du terrain.
01:20Ils parlent peu, se contentant de signaux rapides.
01:24Leurs cibles sont choisies au hasard.
01:27Une femme âgée, un commerçant, un étudiant, un inconnu de passage.
01:32Un menuisier, de retour de son atelier ce 12 juin, a croisé leur route à un terminus.
01:38Pas un mot, un coup net à l'épaule.
01:40Ses outils tombent sur le bitume et lui s'écroule.
01:44A Potopoto, une tenancière de bar explique que même les enfants peuvent se retrouver avec une machette sous la gorge.
01:51A Wenzé, un jeune homme montre une cicatrice au bras gauche.
01:55Souvenir d'un vol pour un téléphone usagé.
01:58A Casis, une commerçante raconte comment, en voulant éviter un adolescent isolé,
02:03elle est tombée dans une embuscade.
02:05Un coup aux coudes, le sang qui coule et la perte de tout.
02:09Sac, téléphone, lunettes.
02:11Dans certains quartiers comme Ibaliko, la vie s'interrompt bien avant la tombée de la nuit.
02:16Les habitants se barricadent.
02:18Les policiers vivant sur place tirent parfois en l'air pour dissuader les attaques.
02:22Les vendeurs ferment tôt, les enfants sont rappelés à la maison
02:25et les ruelles, autrefois bruyantes, deviennent des couloirs silencieux.
02:30Moi, je pense que l'État congolais doit faire quelque chose pour nous.
02:34Parce que pour moi, par exemple, je suis à Massengo.
02:37Il n'y a pas moyen de sortir tôt pour éviter les embouteillages.
02:41Pas moyen de rentrer tard, tout ça à cause des bébés noirs.
02:44Parce que je suis moi-même victime.
02:47Une fois, les bébés noirs m'ont ravi le téléphone, tout ce que j'avais de chat dans mon sac.
02:51Donc, je dis vraiment aux hommes politiques, à l'État congolais de voir ce problème
02:58et la police doit assurer la sécurité pour ça.
03:01Ce qui frappe le plus, c'est l'âge de ces agresseurs.
03:04Des mineurs, souvent sous l'effet de drogue bon marché ou d'alcool fort,
03:09qui transforment la machette, outil agricole, dans un autre contexte, en instrument de terreur.
03:16Les plus jeunes ont appris à lire la peur dans les yeux des adultes et à l'exploiter.
03:21A Talangaï, un vieil homme le dit simplement,
03:24« Avant, on craignait les voleurs de nuit.
03:27Maintenant, ce sont nos propres enfants qui nous terrorisent. »
03:32Reste une question qui glace le sang.
03:34Comment une ville a-t-elle pu en arriver à craindre sa propre jeunesse armée ?
03:42En 2014, Brazzaville donnait l'impression d'avoir retrouvé un semblant de calme.
03:47Les marchés étaient au plus animés,
03:49les mères laissaient leurs enfants jouer un peu plus longtemps dehors,
03:52et les conversations évoquaient un retour à la sécurité.
03:56Mais cette tranquillité apparente masquait des tensions profondes.
04:00Partout, un nom circulait.
04:03Embata Yabakolo.
04:05Littéralement, la gifle des aînés.
04:07C'était le nom donné à une vaste opération policière
04:10visant à expulser de République du Congo
04:13les Kulunas, bandes criminelles originaires de Kinshasa,
04:17accusées de semer la terreur dans plusieurs quartiers de Brazzaville.
04:21« Dans toutes ces communications,
04:22d'abord face aux officiers et sous-officiers de la force publique à Pointe-Noire,
04:27ensuite à l'endroit de l'ensemble des unités de police impliquées dans cette opération,
04:31le général Jean-François Ndengue aura insisté sur le fait
04:34que Embata Yabakolo devra se dérouler dans l'humanisme total
04:38et le respect des règles de l'art.
04:40« Aucune bavure ne sera tolérée,
04:45ni vol, ni viol,
04:48actes horribles de sauvagerie inacceptables,
04:52ni violences quelconques sur les personnes,
04:56ni spoliation de leurs droits et de leurs biens.
05:00Ça doit être clair pour tout le monde. »
05:02« Et sur le terrain, plusieurs quartiers de Pointe-Noire ont été investis
05:05par le directeur général de la police et l'ensemble de cette opération. »
05:10Les images avaient marqué les esprits.
05:12Camions remplis d'hommes jeunes, visages fermés,
05:15escortés jusqu'à la frontière et renvoyés en République démocratique du Congo.
05:19Pour beaucoup, c'était une victoire de l'ordre sur le chaos.
05:23Le phénomène Kuluna, importé depuis l'autre rive du fleuve Congo,
05:27s'était imposé par des attaques spectaculaires et violentes,
05:31souvent en plein jour.
05:33Armés de machettes, parfois organisés en commando,
05:35ces jeunes imposaient leurs lois par la force.
05:40Face à cette menace, les autorités avaient choisi la manière forte.
05:45Arrestations massives, expulsions rapides
05:48et déploiements renforcés de forces de l'ordre dans les zones sensibles.
05:53La population avait accueilli cette opération comme une délivrance.
05:57Mais cette impression de victoire ne tenait qu'en surface.
06:01Les Kulunas expulsés avaient peut-être quitté le territoire,
06:04mais la violence, elle, avait des racines locales.
06:08Ce qui frappait, c'était que certains modes opératoires,
06:12certaines armes et même certaines attitudes
06:14existaient déjà bien avant l'arrivée des Kulunas.
06:20Dans les années 1990 et 2000,
06:23la République du Congo avait connu plusieurs guerres civiles
06:26et affrontements politiques internes.
06:29Les milices armées,
06:30Cobra, Ninja, Kokoyes, Mamba,
06:34avaient déchiré Brazzaville et d'autres régions du pays.
06:38Ces groupes étaient souvent liés à des factions politiques
06:41et à des chefs militaires.
06:43Et leurs combats se déroulaient non seulement sur les lignes de front,
06:47mais aussi dans les quartiers,
06:48jusque dans les maisons.
06:50Au milieu de ces affrontements,
06:52on trouvait des enfants.
06:54Certains, à peine âgés de 11 ou 12 ans,
06:56recevèrent des armes,
06:57un surnom et un rôle précis.
07:00Ils servèrent de guetteurs,
07:01de porteurs de munitions,
07:02ou prenaient part directement aux attaques.
07:05Un ancien membre des Cobra raconte
07:07« À cet âge-là,
07:09on ne sait pas ce que c'est que la guerre.
07:10Mais on comprend vite qu'avoir une arme,
07:13c'est avoir du pouvoir.
07:15Quand la guerre s'arrête,
07:16personne ne t'apprend à redevenir un enfant. »
07:20Ces enfants avaient grandi,
07:21dans un environnement
07:22où la machette et le fusil étaient des objets familiers,
07:25où les coups de feu et les cris faisaient partie du quotidien.
07:29Quand les milices ont été démantelées,
07:31beaucoup de ces jeunes se sont retrouvés livrés à eux-mêmes,
07:34sans encadrement, sans emploi, sans formation,
07:37mais avec une expérience de la violence ancrée profondément.
07:40Certains ont tenté de se réinsérer,
07:42mais d'autres ont trouvé dans le banditisme
07:44une continuité naturelle.
07:46Pas de drapeau à défendre,
07:48pas de chef militaire,
07:49seulement la loi du plus fort.
07:51À Talangai,
07:52un quadragénaire ayant vécu cette transition l'avoue.
07:56« Quand tu as survécu à la guerre,
07:58braquer quelqu'un pour un téléphone,
08:00ça ne te fait pas peur. »
08:02Dès 2012,
08:03des habitants alertaient déjà
08:04sur l'apparition de jeunes groupes armés,
08:06imitant les Kulunas.
08:08Des armes blanches circulaient librement dans les marchés,
08:11des agressions étaient signalées,
08:13mais la plupart étaient traitées
08:14comme de simples bagarres de rue.
08:35Un policier à la retraite se souvient,
08:38on pensait que c'était juste des histoires de quartier.
08:41On ne voyait pas que c'était en train de s'organiser.
08:45Ainsi, les bébés noirs
08:46ne sont pas apparus du jour au lendemain.
08:49Ils sont les héritiers d'un passé
08:51où la violence a façonné des générations entières.
08:54Un passé où la guerre a laissé derrière elle
08:57des adolescents qui n'ont jamais appris autre chose
09:00que survivre par la force.
09:02Et si, avant même leur naissance,
09:04leur avenir avait déjà été écrit
09:05dans le chaos des années de guerre ?
09:11Fin 2014, à Talangai,
09:13un terrain poussiéreux sert de place de jeu
09:15à une poignée d'enfants.
09:16Ils improvisent un match de football
09:18avec un ballon usé.
09:20Non loin, à l'ombre d'un mur délabré,
09:23un groupe d'adolescents observe en silence.
09:25Pas de rire, pas de jeu.
09:28Sous leur veste trop large,
09:30le manche métallique ou le bois poli
09:32d'une machette à fleurs.
09:33Ces jeunes, âgés de 13 à 17 ans,
09:36sont parmi les premiers à être désignés
09:38comme bébés noirs.
09:40Les quartiers nord de Brazzaville,
09:41Talangai, Tsiemé, Massengo,
09:44deviennent les foyers initiaux du phénomène.
09:46Ce sont des zones où les rues sont étroites,
09:50mal éclairées,
09:50et où la pauvreté structurelle
09:52limite toute perspective d'emploi
09:54ou de formation.
09:56Les autorités parlent encore
09:57de bagarre de rues
09:58entre jeunes désœuvrés.
10:00Mais les habitants constatent une évolution.
10:03Ces groupes ne sont pas improvisés.
10:05Ils ont des guetteurs postés au carrefour,
10:08des points de regroupement précis,
10:10des itinéraires de fuite.
10:12À la Tsiemé,
10:14leur présence est signalée
10:15près du cimetière,
10:16un endroit stratégique
10:17pour disparaître rapidement
10:19après un vol ou une agression.
10:21À Massengo,
10:22ils contrôlent les alentours des marchés,
10:25ciblant les clients isolés
10:26ou les commerçants sur le départ.
10:29À Talangai,
10:30ils se rassemblent sous les viaducs,
10:32à l'abri des regards
10:34et des patrouilles.
10:36Chaque groupe est dirigé
10:37par une figure dominante,
10:39un chef plus âgé que la moyenne,
10:41parfois un ancien détenu
10:43ou un ex-membre de gang Kuluna,
10:46revenu clandestinement de Kinshasa
10:47après l'opération Mbata Yabakolo.
10:50Ces leaders maîtrisent
10:51l'art du recrutement.
10:53Ils offrent une forme de protection,
10:55promettent des gains rapides
10:56et donnent à des jeunes marginalisés
10:58le sentiment d'appartenir
11:00à une communauté.
11:01Dans un environnement
11:03où l'absence de figure paternelle,
11:05la déscolarisation
11:06et le chômage sont fréquents,
11:08leur influence est immédiate.
11:09Les lieux du crime
11:10d'y sont coagulés
11:12en corps vigile
11:13cinq jours après les faits.
11:14Une histoire d'amour
11:15qui s'est tournée
11:16en une scène épouvantable.
11:18L'auteur de cet acte crapuleux
11:19c'est ce jeune garçon.
11:21L'assassin d'une jeune fille,
11:23la victime élève
11:24en classe de terminale,
11:25étranglée dans une chambre d'hôtel.
11:27L'auteur
11:28lui reconnaît les faits.
11:29J'ai utilisé
11:30un petit couteau
11:30de la cousine.
11:32C'est à cause
11:33du couteau-là
11:34que je l'ai tiré.
11:36Sur son dos,
11:37il porte une inscription
11:38qui prouve son appartenance
11:39à une organisation criminelle.
11:41Pour venir à bout
11:42de sa victime,
11:42l'auteur du crime
11:43s'est servi
11:44d'une arme blanche
11:45qu'il porte
11:46régulièrement sur lui.
11:48Pour le colonel de police
11:49Jean-Pierre Okiba,
11:50il ne fait aucun doute,
11:52c'est un acte prémédité.
11:53Nous sommes ici
11:54en face
11:55d'un crime
11:56appelé assassinat
11:58parce qu'il s'est exécuté
12:00avec la préméditation
12:02de l'auteur.
12:03Et la description
12:04de l'auteur
12:05faite par le ténancier
12:06de l'établissement
12:07nous a permis,
12:09avec les témoignages
12:10de l'environnement
12:12de Mlle Hardy,
12:15nous a poussé
12:15à interpeller
12:17le suspect.
12:18Autre fait à relever
12:19dans cette histoire,
12:20la minorité
12:21est en une forme scolaire,
12:23ce qui reste
12:23prohibé par la loi.
12:25Il s'agit ici
12:26d'attirer l'attention
12:27des parents.
12:29C'est une fille
12:30de 17 ans
12:31qui revient de l'école
12:32au lieu de l'aller
12:33à la maison,
12:34se retrouve
12:34dans un hôtel
12:36et le garçon
12:37c'est un gros bandit,
12:38c'est un américain.
12:40Donc les parents
12:41des enfants
12:41devraient faire
12:43très attention
12:43dans l'éducation.
12:45Le carburant
12:45de ce fléau
12:46est double.
12:47D'abord,
12:48les drogues locales,
12:49cannabis,
12:50tramadol,
12:50autres médicaments
12:52détournés
12:52de leur usage initial.
12:54Elles coûtent peu,
12:55inhibent la peur
12:56et décuplent
12:57l'agressivité.
12:58Ensuite,
12:59l'argent facile.
13:01Un téléphone volé,
13:03écoulé rapidement
13:04sur un marché parallèle,
13:05rapporte en quelques minutes
13:06l'équivalent
13:07de plusieurs jours,
13:08voire d'une semaine
13:09de travail légal.
13:10Mais au-delà du profit,
13:12la violence devient
13:13une signature.
13:15Les coups,
13:15parfois infligés
13:16sans nécessité,
13:18servent à installer
13:19la peur
13:19et à faire passer
13:20un message.
13:22C'était il y a
13:23un peu plus d'un mois
13:24dans l'arrondissement
13:25Siste à Langaï.
13:27Deux jeunes hommes
13:28sont pris à partie
13:29en fin d'après-midi
13:29par un groupe
13:30d'autres jeunes hommes.
13:32Ils exigent
13:33leur téléphone.
13:35Méton Kirambia,
13:36lycéen,
13:37refuse.
13:38L'un de ses frères
13:39qui l'accompagne
13:39parvient à fuir,
13:41lui pas.
13:42Et les coups
13:43commencent à pleuvoir.
13:45Des coups de machette,
13:46de pierre,
13:47de couteau.
13:47Les riverains regardent,
13:49certains films,
13:50personne n'ose intervenir.
13:53Méton Kirambia
13:54est laissé pour mort.
13:56Le jeune homme
13:57a survécu,
13:59miraculeusement.
14:00Il a passé
14:00près d'un mois
14:01à l'hôpital.
14:02Aujourd'hui,
14:03il est incapable
14:04de raconter
14:05ce qui lui est arrivé.
14:06Il ne parvient
14:07toujours pas
14:08à remarcher.
14:09Sa vie s'est arrêtée.
14:11C'est son frère aîné
14:12qui parle pour lui.
14:14Je viens souvent le voir
14:15parce qu'il faut
14:16le reconforter.
14:17Il ne faut pas
14:17qu'il soit seul.
14:19Il doit être accompagné.
14:20Donc je suis souvent
14:21ici et là.
14:22Je n'ai pas de mots.
14:23Je n'ai pas de mots.
14:24C'est à dire
14:25à l'intérieur de moi.
14:26Je n'ai pas de mots à dire.
14:28C'est grave.
14:29Un commerçant explique.
14:31Quand il passe
14:32devant ta boutique,
14:33tu donnes quelque chose,
14:34même si tu n'as rien fait.
14:36Parce que si tu refuses,
14:38ils reviennent.
14:39Et cette fois,
14:41ce n'est pas pour discuter.
14:43En 2015,
14:45Amicalou,
14:45un chef de bloc
14:47de 70 ans
14:47est enlevé de chez lui
14:49par un groupe
14:49se faisant appeler
14:50les Américains.
14:52Son corps
14:53est retrouvé mutilé.
14:55Quelques mois plus tard,
14:56à Talangai,
14:57une jeune fille
14:58est attaquée
14:59pour son téléphone.
15:00Un militaire
15:01tente d'intervenir.
15:03Il est frappé au visage
15:04et au dos
15:05à coups de machette.
15:06Ses actes
15:07choquent
15:08par leur brutalité
15:09et par la jeunesse
15:10des agresseurs.
15:11La presse locale
15:12commence à relayer
15:13ses affaires.
15:14La semaine africaine,
15:15les dépêches
15:16de Bradzaville,
15:17Africa News,
15:18publient des articles
15:19alarmistes,
15:20souvent illustrés
15:21de photos de victimes
15:22blessées.
15:23Les récits se propagent
15:24vite,
15:25amplifiés par les rumeurs.
15:26On a commencé,
15:27moi c'est
15:28Kikabou,
15:29Sylvie,
15:30Elina,
15:30Michel,
15:31alias TC2000,
15:32King the Satan.
15:33C'est moi qui suis
15:34l'auteur
15:34de tous ces problèmes.
15:37Tout a commencé,
15:38c'était d'abord
15:38un groupe de musique
15:39qui,
15:40on l'avait surnommé
15:41au mouvement
15:41des braves garçons
15:42de Mongani.
15:43On a créé un mouvement
15:44qu'on appelait
15:45les Américains.
15:46On était tous
15:47des chanteurs
15:47et des danseurs.
15:49Soudain,
15:50il y a eu
15:50des problèmes
15:51de jalousie.
15:53Il y a certains
15:53qui sont des sorciers,
15:55certains qui sont
15:56votés
15:56et certains
15:56qui pratiquent
15:57de la magie.
15:58Vu que moi,
15:59je n'ai pas des yeux
16:00pour faire ça,
16:01je ne pratique pas
16:01ce genre de pratique.
16:03Ça nous a créé
16:03des problèmes.
16:04On a eu
16:04une séparation.
16:06On s'est divisé
16:06en deux groupes.
16:07Les autres sont partis,
16:08les Arabes.
16:09Les autres sont restés,
16:10les Américains.
16:12Et puis...
16:13Les Arabes,
16:13qui a conduit
16:16le groupe des Arabes ?
16:17Celui qui a conduit
16:18le groupe des Arabes
16:19c'est mon ami artiste.
16:20Ce sont mes amis artistes
16:21comme nous étions
16:22nos cellules,
16:22Didier Nala,
16:24Marciboua,
16:25Kratos Oujurus,
16:27Ferende,
16:29etc.
16:29Ils sont un peu nombreux.
16:30Et je suis resté seul
16:31avec les Américains,
16:33TC2000,
16:34avec mon ami,
16:35Didier Rebou,
16:35Kenyanya,
16:37Willy Batista
16:37et les autres,
16:39etc.
16:39les petits
16:40qu'on a eu à former.
16:41Mais après,
16:42je n'ai pas compris
16:43ceux qui sont partis,
16:44les Arabes,
16:44commençaient à faire
16:45des attaques
16:46dans notre quartier.
16:47Ils venaient
16:47pour gâter des boutiques,
16:48voler,
16:49traquer,
16:49cambrioler les gens.
16:50Mais dans quel quartier ?
16:51Chez nous,
16:51au plateau de 15 ans.
16:52Au plateau de 15 ans
16:53de l'autre côté
16:54de la perspective d'Avenir,
16:56vers Maison Blanche.
16:57Parce que moi,
16:57je suis dans la rue
16:58Les Canons,
16:58au plateau de 15 ans
16:59à Mongaï.
17:00Donc ça va à des attaques.
17:02Eux, quand ils viennent
17:02pour faire la pagaille,
17:04soit la nuit,
17:06les Américains
17:06entrent leur journée
17:07pour aller faire la pagaille.
17:09Soit les Arabes
17:09viennent faire
17:10pour faire la pagaille
17:11la journée,
17:11la nuit,
17:12les Américains
17:13y ont aussi
17:13pour faire la pagaille
17:14chez eux.
17:15Donc,
17:16tout ce phénomène-là,
17:17même moi-même,
17:18ça l'étonne.
17:19C'était comme un mouvement
17:20des artistes et musiciens.
17:21Mais depuis un certain moment,
17:23ce virus s'est copagé
17:25dans tous les tendus
17:25du pays.
17:27Donc moi-même,
17:27je ne sais plus quoi faire.
17:28Je chante
17:29pour conseiller la jeunesse.
17:30Certains écoutent,
17:31certains n'écoutent pas.
17:32En quelques mois,
17:33ce qui ressemblait
17:34à de simples affrontements
17:35de quartier
17:36s'est transformé
17:37en un réseau criminel
17:38capable de paralyser
17:40des zones entières
17:40de la capitale.
18:01À Talangaï,
18:02un soir lourd,
18:04les ruelles sont désertes.
18:05Au loin,
18:07des voies basses
18:08se mêlent
18:08aux cliquetis métalliques
18:09de machettes
18:10qu'on frotte
18:10les unes contre les autres.
18:13Les sons se rapprochent
18:14lentement.
18:15Ce ne sont pas
18:16de simples bandes
18:17en maraude.
18:18Pour certains habitants,
18:19ce sont des groupes
18:20mobilisés
18:20avec un objectif précis
18:22et peut-être
18:23avec l'appui de figures
18:24bien plus puissantes
18:25que les chefs de quartier.
18:27Depuis plusieurs années,
18:28une rumeur tenace
18:30circule parmi les habitants,
18:32reprise discrètement
18:33par certains journalistes
18:34et opposants politiques.
18:35une partie des bébés noirs
18:37ne seraient pas seulement
18:39tolérés par les autorités,
18:40mais utilisés.
18:41Les noms cités
18:42reviennent toujours.
18:44Un député influent,
18:46des officiers supérieurs,
18:47des cadres
18:48de la police nationale.
18:50Les récits suggèrent
18:51des complicités,
18:52voire des ordres
18:53transmis discrètement.
18:54Le phénomène des bébés noirs
18:55ce n'est pas un phénomène
18:56qui est rare,
18:57c'est réel.
18:58Parce que le problème
18:59qui se passe c'est quoi ?
19:00J'ai vu un petit,
19:02on s'est croisé
19:03à l'arrière capitaine
19:03à Mokone,
19:04mais il a quitté sa maison
19:07parce qu'il a un parent
19:08qui a fait qu'il puisse
19:10échapper
19:11parce qu'on devait l'enfermer.
19:13Ça veut dire
19:13que le phénomène des bébés noirs
19:14ça existe parce que
19:15eux ils sont des complices
19:16des policiers.
19:17C'est clair,
19:18ils ont des parents là-bas.
19:19À Massengo,
19:20un habitant explique
19:21à voix presque inaudible.
19:23On sait quand ils viennent
19:24pour voler
19:25et quand ils viennent
19:26pour envoyer un message.
19:28Ce n'est pas la même façon
19:29de frapper.
19:31Un ancien membre raconte
19:33Les périodes électorales
19:35reviennent souvent
19:36dans ces témoignages.
19:38Dans les jours
19:39qui précèdent un scrutin
19:40ou un référendum contesté,
19:42les incursions des bébés noirs
19:44semblent plus fréquentes
19:46dans les quartiers réputés
19:47hostiles au pouvoir.
19:48Plusieurs habitants
19:50parlent de coupures
19:51d'électricité opportunes
19:52plongeant les rues
19:53dans l'obscurité
19:54juste avant les attaques.
19:56En 2015,
19:57à Potopoto,
19:58des témoins affirment
20:00avoir vu des hommes
20:00en civil
20:01guider un groupe
20:02de jeunes armées
20:03dans des ruelles précises.
20:05Aucun des assaillants
20:07n'a été interpellé.
20:09Les bébés noirs
20:10évoluent ainsi
20:11dans un espace trouble,
20:12entre criminalité de rue
20:14et instruments politiques officieux.
20:16tant que cette frontière
20:18reste floue,
20:19la peur continue
20:20de s'installer
20:21comme une donnée permanente
20:22de la vie quotidienne.
20:24Reste une interrogation centrale.
20:27Sont-ils vraiment
20:28les maîtres de leur violence
20:29ou les exécutants
20:31d'une stratégie
20:31qu'ils ne contrôlent pas ?
20:36Mai 2017.
20:38Les radios locales
20:39diffusent en boucle
20:40une annonce officielle.
20:42Les autorités
20:43lancent une vaste opération
20:44pour mettre fin
20:45au phénomène
20:46des bébés noirs.
20:48Pour la première fois
20:49depuis longtemps,
20:50l'espoir renaît.
20:52Dans les rues,
20:53certains imaginent
20:54enfin pouvoir dormir
20:55sans craindre
20:55les pas précipités,
20:57les coups de machette
20:58ou les cris dans la nuit.
20:59C'est une très bonne opération.
21:01Il faut éradiquer ces gens-là.
21:03Il faudrait les détruire.
21:05Ils ne doivent pas être
21:06nuisibles pour notre population.
21:08La mesure phare
21:09est immédiatement déployée.
21:11Des patrouilles mixtes
21:12police-gendarmerie,
21:14visibles,
21:14lourdement armées,
21:16sillonnent les zones
21:17les plus touchées.
21:18Talangai,
21:19Potopoto,
21:20Masengo,
21:21Ouanzé
21:22sont quadrillés
21:23par des véhicules blindés,
21:24gyrophares allumés.
21:26Des forces de l'ordre
21:27multiplient les démonstrations
21:28de présence.
21:29Lors d'une première
21:30grande opération,
21:31une trentaine de jeunes
21:32sont arrêtés.
21:34Menottes au poignet,
21:35ils sont alignés
21:36devant les caméras.
21:37Le procureur déclare
21:38devant la presse
21:39« Nous allons les mettre
21:40hors d'état de nuire ».
21:41Les images sont diffusées
21:43sur les chaînes nationales.
21:44Les titres des journaux
21:46annoncent
21:46« L'État frappe fort ».
21:48aux officiers de police
21:50de la ville de Brazzaville
21:52pour mettre tout en œuvre
21:54pour éradiquer le phénomène
21:56des 10 bébés noirs
21:57qui se vivent
21:57dans Brazzaville
21:58et ses environs.
21:59Les bébés noirs
22:00sont des criminels.
22:02Les bébés noirs
22:02sont des terroristes
22:03comme tels.
22:05Ils pillent,
22:06ils violent les femmes,
22:08ils pillent les magasins,
22:10armés de machettes,
22:11ils occupent les rues,
22:12les avenues,
22:13ils terrorisent
22:13les populations,
22:14ils donnent la mort
22:15aux paisibles citoyens.
22:16Nous n'allons pas
22:17continuer à tolérer
22:18cet état de choses.
22:20Terminé.
22:20Donc,
22:21tous ceux
22:22qui se rendront coupables
22:24des actes criminels
22:26seront traités comme tels.
22:28La loi,
22:29elle est dure,
22:30mais c'est ça la loi.
22:31Elle s'appliquera
22:31dans toute sa rigueur,
22:33sans complaisance,
22:34à l'égard des bébés noirs
22:36et de leurs parents.
22:37J'ai donné l'ordre
22:38aux officiers de police
22:40de la ville de Brazzaville
22:41de interpeller
22:42tous les parents
22:43de ces bébés noirs
22:44et de les placer
22:44en garde à vue
22:45et de me les déferrer
22:46le plus rapide.
22:47Mais sur le terrain,
22:48la réaction est différente.
22:50Pour beaucoup de gangs,
22:51cette offensive
22:51est perçue comme une provocation.
22:53Les attaques deviennent
22:55plus violentes,
22:56plus organisées.
22:57Certains sortent masqués,
22:59armés de machettes
23:00plus longues,
23:01parfois de fusils artisanaux.
23:15A Potopoto,
23:17une commerçante témoigne.
23:19Il disait
23:20« Vous croyez que la police
23:22peut vous protéger ? »
23:24Puis il frappait plus fort.
23:27Quelques semaines plus tard,
23:28les habitants voient réapparaître
23:30dans leur rue
23:31des visages arrêtés
23:32peu de temps auparavant.
23:34Les murmures se propagent,
23:36des rançons auraient été payées,
23:38des protections influentes
23:39seraient intervenues.
23:41Des policiers,
23:42sous couvert d'anonymat,
23:44confirment à demi-mot.
23:45Parfois,
23:46on arrête le même gars
23:47trois fois en un mois.
23:48Il ressort toujours.
23:50L'écart entre le discours officiel
23:52et la réalité du terrain
23:53se creuse.
23:55Dans les médias publics,
23:56les autorités évoquent
23:58des résultats encourageants
23:59et un recul de l'insécurité.
24:01Au quartier La Frontière,
24:02les policiers et gendarmes
24:03serrent la vis aux malfaiteurs.
24:05Des patrouilles menées
24:06sous la supervision
24:06des colonels-majors
24:07Judas Solinguet,
24:08commandant de la région
24:08de gendarmerie de Brazzaville
24:09et Louis Landon Goyo
24:10commandant territorial
24:11des forces de police
24:12de Brazzaville,
24:13ont débouché sur l'interpellation
24:14de plusieurs individus
24:15dans certains ayant
24:16les marques d'appartenance
24:17à un gang.
24:17Tous sont soupçonnés
24:18d'être impliqués
24:19dans les homicides
24:20et le trafic des stupéfiants.
24:21En témoignent
24:22ses kilos de cannabis
24:23et ses produits
24:23psychotrophes saisis.
24:24On m'a vu avec une infraction
24:26et une chanvre.
24:26Oui,
24:27on m'a trouvé avec une chanvre.
24:28De Péka à Gambio
24:28en passant par l'ambre,
24:30les forces de l'ordre
24:30ont étendu
24:31des opérations de patrouille.
24:32Objectif,
24:33traquer tous ceux
24:33qui sèment la terreur
24:34dans la capitale.
24:35Le bilan s'élève
24:36donc à 82 personnes
24:37interpellées,
24:38parmi lesquelles
24:39deux femmes,
24:40de la boisson frélatée
24:41en grande quantité,
24:42des produits pharmaceutiques
24:43prohibés également
24:44et enfin du chanvre indien.
24:45C'est toujours l'occasion
24:46de lancer un message
24:48aux parents
24:48pour attirer leur attention
24:49sur le comportement
24:50de nos enfants,
24:51de leur rappeler
24:52que nous en sommes
24:52responsables aussi
24:53parce qu'on est tous
24:54les parents
24:54et qu'on est responsables
24:55de leur éducation.
24:56Maintenant,
24:56au niveau des jeunes,
24:57il faut leur rappeler
24:58que la majorité,
24:58il y a certes
24:59quelques mineurs,
25:00mais il y a beaucoup
25:01qui sont des adultes
25:01et donc ils sont responsables
25:02de leurs actes.
25:02Depuis le début
25:03de l'opération coup de poing,
25:04des centaines de jeunes
25:05en conflit avec la loi
25:06ont été arrêtés.
25:07Déterminés à endiguer
25:08l'insécurité qui grandit
25:09à Brazzaville,
25:09les deux colonels-majors
25:10ont annoncé accroître
25:11la pression sur ces bandits.
25:12Dans les marchés
25:13et les taxis collectifs,
25:14la réaction est ironique.
25:16Un chauffeur de Talanga
25:18y résume
25:19C'est facile de montrer
25:20des arrestations à la télé.
25:22Ce qui compte,
25:23c'est la nuit.
25:24Et la nuit,
25:25c'est toujours eux
25:25qui règnent.
25:26D'après moi,
25:27je veux que quand on les arrête
25:28comme ça,
25:43ces opérations
25:44donnent l'image
25:44d'une réponse ferme.
25:46Mais elles ne s'attaquent
25:47non pas aux causes profondes.
25:49Chômage massif,
25:51déscolarisation,
25:52pauvreté,
25:53réseau de protection
25:54au sein même
25:55des institutions.
25:56Il faut au préalable
25:57créer les centres d'accueil,
25:59donc les structures
25:59pour accueillir ces enfants-là.
26:01Mais je crois que
26:02quand ils ont passé
26:03une année ou deux ans
26:03dans ces centres-là,
26:04ils peuvent être reinserts
26:05dans la société.
26:06Mais si on n'a pas
26:06ces dispositions-là,
26:09si on n'a pas ces centres-là,
26:10c'est une action nulle
26:11dans la venue.
26:12Les gangs s'adaptent rapidement,
26:14changeant de zone,
26:15modifiant leurs modes opératoires.
26:17À Talangaï,
26:18un graffiti tracé
26:19en lettres rouges
26:20sur un mur annonce
26:21« On est toujours là ».
26:23Comme une réponse directe
26:24aux patrouilles,
26:25comme un avertissement
26:26à toute la ville.
26:28Mais était-ce réellement
26:30une riposte ?
26:31Ou simplement
26:32une mise en scène
26:33pour donner l'illusion
26:33que la peur avait changé de camp ?
26:38Talangaï,
26:39un samedi matin.
26:40La poussière se soulève
26:42sous les pas rapides
26:43d'une vingtaine d'hommes.
26:45Dans leurs mains,
26:46pas de sacs de marché,
26:47mais des machettes,
26:48des bâtons,
26:49des pierres.
26:50Ils avancent.
26:52Aujourd'hui,
26:53ce n'est pas la police
26:54qui protège le quartier.
26:56Ce sont les habitants
26:57eux-mêmes
26:58qui ont décidé
26:59de reprendre le contrôle
27:00de leurs rues.
27:01Face à l'impuissance
27:02des autorités,
27:03des groupes d'autodéfense
27:05se forment.
27:06Des jeunes,
27:07des pères de famille,
27:08parfois même
27:09d'anciens membres de gangs,
27:10rejoignent
27:11ces patrouilles improvisées.
27:13Tous connaissent parfaitement
27:14la topographie des lieux.
27:15Les ruelles étroites,
27:17les passages discrets,
27:18les zones où les bébés noirs
27:20apparaissent le plus souvent.
27:22Ils s'organisent en équipe,
27:24se relayant pour couvrir
27:25la nuit entière.
27:27Armés de lampes torches,
27:28de bâtons,
27:29de quelques armes blanches,
27:31ils interviennent
27:32à la moindre alerte,
27:33se déplaçant en groupes compacts
27:35pour impressionner
27:36et repousser les assaillants.
27:37Mais lorsque la colère
27:39prend le dessus,
27:40la frontière entre protection
27:41et vengeance disparaît.
27:43Un bébé noir pris sur le fait
27:45n'a que rarement la possibilité
27:47de rejoindre un commissariat.
27:49Les coups pleuvent immédiatement.
27:51Des pierres sont lancées,
27:53parfois jusqu'à la mort.
27:54Phénomène bébé noir à Pointe-Noire.
27:57Un *** assommé par la population.
28:01Ce mercredi 4 mai 2022
28:03à Pointe-Noire,
28:04au quartier Culotte,
28:05dans la rente-sement 4 Loindilly,
28:07un *** voleur
28:08a été pris la main dans le sac.
28:11En effet,
28:12le matin après avoir défoncé
28:14une maison où il a tout emporté
28:16avec la complicité de sa bande,
28:18l'après-midi,
28:19le même *** noir
28:20est passé à la vitesse supérieure,
28:22ravissant à visage découvert,
28:24tout passant de ce qu'il avait de précieux.
28:27La réaction de la population
28:28n'a pas tardé.
28:29La vindicte publique a dit son mot.
28:32Un homme de Massengo raconte
28:34« On en avait marre.
28:36Chaque nuit,
28:36c'était la même chose.
28:38Alors quand on en a attrapé un,
28:40on n'a pas attendu la police. »
28:42À Talangai,
28:43une initiative plus structurée émerge.
28:46La plateforme BANA Talangai.
28:49Elle regroupe associations,
28:51mutuelles et sportives du quartier.
28:54Ensemble,
28:55ils lancent une opération coup de poing.
28:57Armés de machettes,
28:58ils investissent les abords du viaduc,
29:00un des points les plus dangereux la nuit,
29:02et expulsent les groupes qui y opéraient.
29:05Cette action,
29:06saluée par les habitants,
29:07démontre qu'une mobilisation communautaire
29:09peut reprendre temporairement le contrôle d'un espace.
29:13Un membre de la plateforme explique
29:15« Si on attend que quelqu'un vienne nous sauver,
29:18on attendra toute notre vie. »
29:20Mais ces initiatives comportent des risques majeurs.
29:24Les lynchages alimentent des cycles de vengeance.
29:27Un frère, un cousin ou un ami du défunt
29:30peut rejoindre un gang pour venger sa mort.
29:33Les bavures ne sont pas rares.
29:35Un passant peut être pris pour un agresseur
29:37simplement parce qu'il porte une machette
29:39pour son travail.
29:49Une mère douanée témoigne
29:51« Mon fils avait 17 ans.
29:53Il revenait du chantier,
29:54sa machette à la main.
29:56Ils l'ont pris pour un bébé noir.
29:58Je l'ai retrouvé à la morgue. »
30:01Le débat traverse les quartiers.
30:03Pour certains,
30:04l'autodéfense est une nécessité vitale.
30:07Mieux vaut agir que subir.
30:09Pour d'autres,
30:10la justice populaire ne fait que reproduire la violence
30:13qu'elle prétend combattre,
30:14transformant les victimes en bourreaux.
30:17À Potopoto, un vieil homme résume
30:19« Quand la loi dort,
30:21c'est la machette qui décide. »
30:23Et la machette ne fait pas de procès.
30:26Dans une ville où la peur est devenue une habitude,
30:29la frontière entre se protéger et se venger
30:32est aussi fine qu'une lame de couteau.
30:34Et pourtant,
30:36au milieu de ce climat oppressant,
30:38quelques signes de résistance apparaissent.
30:41Des habitants,
30:42des éducateurs,
30:43des associations tentent de réinventer le quotidien,
30:46de donner aux jeunes
30:48une raison de poser la machette
30:50pour saisir un ballon,
30:51un outil
30:52ou un micro.
30:54Parfois, cela fonctionne.
30:56Parfois, non.
30:58Mais chaque réussite,
31:00aussi modeste soit-elle,
31:02rappelle qu'une autre voie est possible.
31:04Reste une question,
31:06simple et brutale.
31:07Quand une ville apprend à vivre avec la peur,
31:10comment retrouve-t-elle le courage de vivre normalement ?
31:13Tant que cette réponse ne sera pas trouvée,
31:16Brazzaville continuera de marcher vite,
31:18de parler bas
31:19et de jeter des regards par-dessus son épaule.
31:21Sous-titrage Société Radio-Canada
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