- il y a 14 heures
Découvrez le parcours surprenant de Christian Didier, l'homme qui a assassiné René Bousquet, ancien secrétaire général de la police de Vichy et figure tristement célèbre de la rafle du Vel' d'Hiv. Ce récit fascinant plonge au cœur des motivations d'un homme qui a choisi d'agir, des années après avoir été marqué par les crimes de guerre.
Plongez dans l'enfance difficile de Didier, confronté aux conséquences des actions de Bousquet. L'assassinat est présenté non pas comme un acte impulsif, mais comme le point culminant d'une longue quête de justice personnelle, alimentée par la lecture et une sensibilité poétique marquée par Rimbaud et Dylan.
Suivez les étapes de sa vie : ses expériences de chauffeur de stars, ses tentatives littéraires et ses apparitions médiatiques éphémères. Le récit explore comment un homme, cherchant son idéal dans la poésie et la musique, a fini par devenir un acteur controversé de l'histoire, tentant d'imposer sa propre forme de justice.
Ce document explore également le contexte social et historique de Saint-Dié, ville meurtrie par la guerre, où Christian Didier a grandi. Vous découvrirez une communauté marquée par la souffrance, mais aussi capable de reconstruction et d'émergence culturelle.
Plongez dans l'enfance difficile de Didier, confronté aux conséquences des actions de Bousquet. L'assassinat est présenté non pas comme un acte impulsif, mais comme le point culminant d'une longue quête de justice personnelle, alimentée par la lecture et une sensibilité poétique marquée par Rimbaud et Dylan.
Suivez les étapes de sa vie : ses expériences de chauffeur de stars, ses tentatives littéraires et ses apparitions médiatiques éphémères. Le récit explore comment un homme, cherchant son idéal dans la poésie et la musique, a fini par devenir un acteur controversé de l'histoire, tentant d'imposer sa propre forme de justice.
Ce document explore également le contexte social et historique de Saint-Dié, ville meurtrie par la guerre, où Christian Didier a grandi. Vous découvrirez une communauté marquée par la souffrance, mais aussi capable de reconstruction et d'émergence culturelle.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00...
00:14Bonsoir, René Bousquet a été assassiné chez lui ce matin à Paris par un homme de 54 ans, Christian Didier.
00:21René Bousquet était l'ancien secrétaire général de la police de Vichy,
00:25tenu pour responsable de la rafle du Veldiv, de la déportation de juifs et de résistants,
00:30René Bousquet avait été inculpé récemment de crimes contre l'humanité.
00:34Il y a beaucoup de questions, pour la bonne raison, c'est que moi l'essentiel, c'est un message
00:38que j'ai à faire passer,
00:39c'est un message qui s'adresse au monde entier, c'est un message de sauvegarde de l'humanité,
00:43et que le geste que j'ai fait, c'est d'assassiner cette ordure-là, ça m'a plus ou
00:48moins traumatisé dans mon enfance et tout.
00:50Bon, j'ai essayé de flinguer Barbie à une époque, je l'ai raté, je me suis retrouvé en prison
00:53à Lyon,
00:54mais celui-là, je ne l'ai pas raté.
01:02J'étais pendant 15 ans chauffeur de star à Paris,
01:07et dans la Grande Remise, j'ai conduit les plus grandes venêtres mondiales françaises internationales.
01:13Paris, c'était en 1969 quand j'étais rentré d'Amérique, après l'Australie, le Mexique, l'Amérique.
01:17Et puis là, j'ai commencé à me mettre, enfin, la littérature, ça a été toujours ma passion,
01:21je me suis mis à la littérature, parce que dans les voitures, j'attendais beaucoup, j'avais le temps d
01:24'écrire,
01:24ce qui m'a fait, écrire des livres.
01:25C'est quoi votre parcours ? Est-ce que je vous dis, on vous a vu fugitivement apparaître dans des
01:28émissions de télévision ?
01:29Non, mais enfin, je ne voudrais pas qu'on parle de ça, vous savez, ça, c'est une époque.
01:33C'est une époque, j'avais fait de la pub pour mon livre, j'avais des trucs, bon, un peu,
01:38disons, picaresques,
01:41genre machin, des télé, là, c'est plus ça.
01:43Elle peut paraître un petit peu tardive, votre vocation de justicier, là.
01:47Mais si, je n'ai pas une vocation de justicier, monsieur, ça fait des années que j'ai sans tête.
01:51Barbie, c'est en 87 que j'ai essayé de le tuer, c'est pas d'hier que je voulais
01:54tuer des gens comme ça.
01:56Moi, je suis né en 44, dans une région où il y a eu beaucoup de morts au niveau de
02:01la résistance,
02:02j'ai lu des émissions là-dessus.
02:03Vous arrivez de où, là, je ne sais pas de quoi ?
02:05Saint-Denon-les-Vosges.
02:06Qui c'est qui les a prévenus ?
02:07C'est pas nous.
02:08On peut la bâcher.
02:09On est avec eux, on est avec eux, j'allais me constituer.
02:13Alors ma mère vous l'enverra, ma mère vous l'enverra.
02:15Mais j'ai un chèque, là.
02:16Ma mère vous l'enverra, monsieur, c'est pas le train.
02:46Sous-titrage Société Radio-Canada
03:06La ville part de très loin parce que c'est une ville qui a beaucoup de cicatrices.
03:11Les rues portent des noms de communistes torturés, d'une ville qui a morflé, mais à un point.
03:20Les copains que je peux avoir à l'école ont des noms de martyrs.
03:25Il y en a un, ses oncles ont été traînés par les pieds, par la Gestapo, derrière un camion.
03:33C'est une ville qui a eu très mal.
03:37En plus, les années d'après-guerre, les années 60, c'est des conditions de vie extrêmement difficiles.
03:42Les gens vivent dans des barraquements, dans des casernes.
03:44Par exemple, la caserne Chérin, où les gens vivent dans des conditions.
03:49Donc c'est pas une vie très facile, dont les priorités sont évidemment pas la recherche du beau, les musées,
03:56la culture.
03:58Et dans ces conditions, un type comme ça, comme Christian, qui suit, je n'ose pas dire une chimère, mais
04:08une espèce d'idéal confus.
04:10C'est comme ça que je vois les choses.
04:12Il n'a pas sa place.
04:13Il n'était pas seul.
04:15Je voyais beaucoup de copains qui avaient des rêves de musique, des rêves d'écriture, mais qu'on s'adaptait
04:20peut-être un petit peu mieux que lui.
04:23Et je pense que son père, paix à son âme, ne facilitaient pas non plus sa vie.
04:28Et puis, il y a un moment où ça s'est allégé, parce que, bien entendu, cette ville s'est
04:33reconstruite.
04:34Il y a eu la Roitière.
04:35Et il y a une histoire de printemps qui est venue.
04:39Par exemple, la décentralisation, le théâtre de Strasbourg.
04:43Et on était là comme des naufragés recueillis à bord d'un bateau.
04:52Christian était quelqu'un qui était féru de poésie.
04:55Par exemple, il avait découvert Rimbaud.
04:59Il devait avoir 15-16 ans, à peu près.
05:02Il a découvert Rimbaud.
05:04Et comme moi, je m'intéresse aussi beaucoup à la poésie à l'époque.
05:07Quoique plus jeune que lui, on l'a pu communiquer à partir de là.
05:12À partir de cette admiration pour un poète qui était Rimbaud, par exemple.
05:18Il avait une passion pour Brassens, par exemple.
05:22Georges Brassens.
05:23Enfin, c'est vrai, ça peut paraître surprenant aujourd'hui.
05:26Mais à la fin des années 50, tout le monde en France écoutait Brassens.
05:31C'était vraiment le chanteur que tout le monde aimait.
05:36Et puis, il y avait cette dimension poétique chez Brassens aussi.
05:41Très différente, évidemment, des mythiques américains, bien sûr, que Christian va découvrir beaucoup plus tard.
05:47Je crois me souvenir, d'ailleurs, que c'est moi qui lui ai parlé de Jack Kerouac.
05:54Entre parenthèses.
05:55Et puis après, on veut dire, il a découvert Bob Dylan.
05:58Alors, comme il était très entier dans ses passions, il brûlait ce qu'il avait adoré.
06:05Vous voyez, c'était comme ça.
06:06Donc, il ne fallait plus lui parler de Brassens.
06:08C'était Dylan qui était devenu la grande admiration de sa vie.
06:13Et ce qui a duré jusqu'au bout, d'ailleurs.
06:15Il a toujours admiré Bob Dylan jusqu'à sa mort.
06:21Comme Christian ratait tout, ses études, enfin, le lycée, etc., il a dû quitter assez vite le lycée.
06:29Il a fait son service militaire dans la marine.
06:32Et puis, il est revenu, son service militaire ayant été effectué.
06:37Donc, il a fait des petits voyages en tant que marin.
06:42Et puis après, il est rentré de nouveau à Saint-Dié.
06:45Et alors, évidemment, les problèmes avec son père m'ont continué.
06:50Et finalement, il ne voyait plus, il n'avait plus d'issue en France.
06:56Et alors, il a émigré en Australie.
07:13A l'époque, l'Australie accueillait pas mal d'immigrés.
07:17C'est un pays immense, évidemment.
07:19Donc, il a eu du mal de s'intégrer.
07:23Bon, il a appris un peu l'anglais, évidemment, ce qui était nécessaire.
07:28Il n'a pas trouvé véritablement d'emploi.
07:33Et alors, il s'est mis à vagabonder dans le pays.
07:41Il a erré pendant deux ans, par là.
07:44Et puis, il est arrivé aux États-Unis, à ce moment-là.
07:52Il avait vagabondé dans tous les États-Unis.
07:55Il est allé aussi bien à New York, à San Francisco, que dans le Sud aussi.
08:18Et puis, à l'issue de ce voyage aux États-Unis, il est rentré en France.
08:25Il est rentré à Saint-Dié.
08:26Voilà, il a retrouvé son père.
08:28Et toujours, les mauvaises relations ont continué avec son père.
08:56Mon troisième invité vient de faire à pied.
09:02La distance qui sépare Strasbourg de Paris.
09:05Et si ça n'avait été qu'une performance sportive, je ne l'aurais pas invité.
09:09Mais il se trouve que c'est une performance littéraire.
09:12Vous aviez écrit un livre, M. Zidier ?
09:14Oui, j'ai écrit un livre qui est un récit de voyage sur l'Australie.
09:18Personne n'est parfait.
09:19Il y a beaucoup de livres dans les librairies, mais tout le monde tente d'ajouter à cette inflation-là.
09:25Vous l'estimez aussi bon qu'un autre.
09:27Ni plus, ni meilleur.
09:28En tout cas, pas plus mauvais.
09:29J'espère que ça apprécie ça.
09:31Et vous n'avez pas trouvé d'éditeur jusqu'à présent.
09:33C'est-à-dire que le problème, le leitmotiv que j'ai rencontré chez tous les éditeurs, c'était que,
09:38si vous voulez, je n'avais pas de relation dans le milieu journalistique.
09:41Je n'avais pas d'argent pour payer la compte d'auteur.
09:43C'était partout pareil.
09:44Voilà. Alors vous vous êtes dit, essayons de débloquer le système en faisant de la promotion, de la publicité, en
09:50créant un événement.
09:51Voilà. J'ai voulu créer l'événement.
09:53Et j'ai cherché, effectivement, dans cette création d'événements, parce que j'ai réfléchi longtemps à ça, un fait
10:00insolite qui a un impact et qui intrigue par son côté insolite, disons, la grande masse.
10:06Oui. Je me dirais qu'il y a, chez nos écrivains les plus célèbres, pas mal de vieux marcheurs, mais
10:11très peu de jeunes. Et en tout cas, ceux-là ne font pas 500 kilomètres.
10:23Christian Didier faisait partie du paysage. Il était un des marqueurs dans la ville qu'il fallait connaître.
10:29Et lorsque son aventure commence avec son fameux bouquin, j'imagine, je dis bien j'imagine parce que je n
10:40'ai pas de traces particulières de ça, qu'il nous a contactés, nous, c'est-à-dire la rédaction de
10:47l'Est républicain à l'époque, pour qu'on en parle, tout simplement pour qu'il puisse éventuellement le vendre
10:53ou des choses comme ça.
10:55Et c'est là qu'il entreprend sa fameuse marche de protestation de Strasbourg à Paris, où il se baladait
11:04avec un espèce de harnachement.
11:07Il avait une pancarte au-dessus de lui qui était fixée à ses épaules et il avait une chaîne autour
11:12du cou et puis un sac à dos.
11:15Il entreprend de marcher de Strasbourg à Paris dans le... pour te faire connaître, en somme.
11:23C'est intéressant en ce sens que toute la suite des aventures de Christian Didier commence là.
11:31Attendez, attendez, vous allez parler de façon à ce que toute la France puisse vous entendre ?
11:35Je m'appelle Christian Didier, c'est moi qui ai fait le coup des Césars, la nuit des Césars. J
11:39'ai écrit un livre qui s'appelle La balade d'Horlyboard.
11:40J'ai essayé de sortir de l'anonymat en faisant 22 coups médiatiques.
11:43Bien sûr.
11:44Parce que j'ai eu des problèmes en auto-éditant mon lit.
11:47Vous avez écrit votre livre il y a combien de temps ?
11:50Il y a bientôt un an et demi.
11:51Mais j'avais antérieurement tenté pas mal d'essais sur le plan littéraire que je n'ai pas tellement cherché
11:57à publier, à part un.
11:59C'était surtout pour me faire la main et puis régler mes comptes avec la littérature, avec le cosmos, avec
12:04l'univers, avec tout.
12:06Merci, merci Rose Laurence. Et dans quelques instants, on va bien sûr retrouver la Bastille après...
12:13J'ai un petit communiqué à vous faire. Je m'appelle Christian Didier, j'ai écrit La balade d'Horlyboard.
12:16Il y a deux siècles ici, c'était une prison. Aujourd'hui, c'est la joie. J'ai un petit
12:20communiqué à vous lire de Saint-Cline, si vous me le permettez.
12:23Saint-Cline, je s'appelle vraiment Saint-Cline.
12:25J'avais tout essayé. J'avais tout essayé, les matchs en direct avec Sustrom, McEnroe, à Rangarros.
12:30J'avais fait des interventions dans les extrêmes, Marché, Le Pen, en plein milieu des discours, des meetings politiques, ça.
12:37Et j'en avais un peu assez, tout ça, parce qu'en fait, on ne m'accordait que des entrefilés.
12:41Je me suis dit donc, il faut que je trouve une solution pour créer un impact qui marque le grand
12:46public
12:46et qui, à ce moment-là, attire l'attention des médias et, par la même, des éditeurs et autres.
12:52Bon. Et pour cela, j'ai eu cette idée, j'ai dit, tiens, Drucker, c'est quand même un truc.
12:56On ne parle que de les gens toute la semaine, ils ne parlent que de ça.
12:58Drucker, là, t'as vu l'admission, machin, hein.
13:00Et je me suis dit, je vais choisir ça.
13:02Puisque c'est la dernière, ce sera ma première pour moi, sur l'antenne, en direct.
13:07Merci beaucoup.
13:08Très bien.
13:10Moi, je trouve qu'il est drôle.
13:12Mais il ne faut pas se tromper.
13:13Moi, je pense qu'un jour, on entendra peut-être parler de lui.
13:16Il fait partie de ces personnages qu'on met à la porte et qui rentrent par la fenêtre.
13:22et qui réussissent à faire, avec un cul au monstre, des choses que personne n'osera imaginer.
13:29Applaudissements
13:32Sans oublier la balade d'Orly Bird de Christian Désier, car pour être, lui, il faut être connu, et ce
13:38n'est pas du cinéma.
13:38Néanmoins, longue vie au César, longue vie à la balade d'Orly Bird.
13:42Bonsoir et merci.
13:43Mais les gens l'aimaient bien, je crois, à Saint-Dié.
13:47C'était un bon copain.
13:49On buvait des coups avec lui, on parlait, il racontait volontiers ses frasques.
13:53Quand il allait à Paris, quand il conduisait, il a été à un moment chauffeur de maître.
14:00Donc, il conduisait des gens célèbres, notamment Salvador Dali.
14:06Il délirait tous les deux ensemble,
14:10l'un renchérissant sur la folie de l'autre,
14:14folie ou pas, d'ailleurs.
14:16Il conduisait Catherine Deneuve.
14:18Et donc, cette idée de médiatisation le fascinait.
14:23C'est pour ça qu'il voulait passer à la télévision.
14:52Bukowski, ta gueule, tu nous en piquis.
14:54Bukowski, je vais te foutre mon pain dans la gueule.
14:59Arrête-toi, arrête-toi.
15:02Vous avez vu ?
15:04Regardez, ça bouge à la télé.
15:05Comme dirait M. Bouygues qui veut qu'il y ait toujours de la bonne humeur.
15:09Tiens, à propos de Bouygues, bonjour M. Bouygues.
15:13La télévision, peut-être était-ce l'époque aussi, les années 80,
15:17où ça fascinait un peu tout le monde.
15:19Ça montait à la tête de beaucoup de gens,
15:21d'écrivains, d'artistes, de chanteurs.
15:24Et d'hommes de télé.
15:28C'était l'époque aussi où il y avait une émission comme Apostrophe de Bernard Pivot,
15:32qui n'avait jamais été remplacée,
15:35où les écrivains jouissaient d'une surface médiatique
15:39qu'on n'a pas retrouvée depuis.
15:45Et Didier rêvait de ça, rêvait d'en être, de se faire reconnaître, d'être, en yiddish, il y a
15:55un mot pour dire ça, un mensch.
15:58C'est quelqu'un, voilà, quelqu'un qu'on salue.
16:01Lassé de le voir entrer chez nous sans jamais y être invité, nous avons donc décidé de l'aider.
16:06Après tout, Christian Didier est peut-être un nouveau génie de la littérature française,
16:10ou une vedette incomprise,
16:12mais surtout une nouvelle star que la télé a fabriquée sans le souhaiter.
16:15De toutes les façons, tant de ténacité doit certainement au pays de Victor Hugo
16:19permettre à quiconque d'être publié.
16:22Nous avons donc cherché avec lui un éditeur digne de son entêtement.
16:26... de prétendre me le reprocher.
16:28Voici pourquoi ces censeurs de pacotille s'égarent.
16:30Tout simplement parce que l'univers, le cerveau humain,
16:32ainsi que les conditions qu'ils déterminent,
16:34ne sont pas de nature statique et unique,
16:36mais répondent la plupart du temps à certains processus spontanés ou acquis,
16:39dont la dualité au bas mot, mais plutôt la multitude, sont à considérer.
16:42Qu'est-ce que vous en pensez, Michel Laffont ?
16:43Mais je pense que je comprends que vous avez eu des difficultés à placer ce livre.
16:47Mais l'autre, on n'a rien à voir.
16:48Les mots sont un peu compliqués quand même.
16:50Christian Didier était un homme cultivé.
16:52Je crois qu'on l'a un peu écarté, cela.
16:56Il fréquentait des bibliothèques, des librairies de façon assidue.
17:01J'en ai eu la preuve quand je suis allée à Saint-Dié.
17:03Le libraire me l'a confirmé.
17:06Et il aimait la littérature.
17:08Il lisait beaucoup.
17:09Malraux, Kerouac, Lautré-Amont.
17:13Et il se sentait proche des surréalistes aussi.
17:19Et je pense qu'André Breton, par exemple, aurait apprécié certainement quelques-uns de ses actes.
17:27En revanche, j'ai eu l'occasion, effectivement, de lire certains de ses écrits qui sont sous forme de prose
17:37poétique ou d'aphorisme.
17:40Et là, je dois dire que je rejoins un peu la réponse peu charitable et cinglante qu'avait faite Simone
17:47de Beauvoir.
17:50Quand il lui avait envoyé Hurley Byrne, le livre auto-édité, elle lui avait dit « Je n'aime pas
17:56du tout votre livre.
17:58C'est du jargon métaphysique.
18:00Rien de vivant, rien de sensible. »
18:02Elle est très dure, mais je dois bien reconnaître que le jugement est exact.
18:08Et puis, il y avait d'autres personnes, par exemple, le grand ethnologue, Lévi-Strauss qui lui envoyait une lettre
18:19vraiment admirative.
18:23Alors, vous imaginez, il reçoit une lettre de Lévi-Strauss qui lui dit « Monsieur, vous êtes un écrivain, etc.
18:33»
18:33Alors, lui, il a sauté au plafond tellement il était heureux.
18:35Vous voyez, c'était ça.
18:37Tant qu'il se contenait la poésie, ça allait.
18:41Mais il n'avait pas une véritable capacité d'écrire.
18:44C'est-à-dire qu'il écrivait comme ça, brut.
18:47Mais alors, dès qu'il abordait la prose, il était très difficile.
18:52Il ignorait la continuité.
18:55Enfin bref, il était absolument...
18:58Il aurait fallu qu'il soit pris en main dans une médiation d'édition,
19:05quelqu'un qui s'occupe de lui, etc.
19:08Moi, j'ai essayé de le faire, mais je n'ai pas réussi.
19:12Je n'ai pas réussi du tout.
19:14J'ai essayé de l'aider, mais il était complètement allergique à tous les conseils.
19:21Je prends une phrase au hasard, n'est-ce pas, en ce qui me concerne.
19:24En ce qui me concerne, n'est pas français.
19:26Je ferai un très mauvais orateur.
19:28Car lorsque je parle, je n'agis qu'en surface.
19:31Deux, que, conjonction de subordination qui se suivent l'une après l'autre,
19:35sans aucune justification de mes moyens.
19:38La partie immergée de mon intime univers.
19:40Il est bien évident qu'immergée et intime, ça signifie tous les deux cachée.
19:45Vous êtes là en train de faire une répétition, ou plus exactement un pléonasme.
19:49Se situant au niveau de la charnière qui articule, au niveau, ça suffit.
19:54Vous n'avez pas besoin de mettre charnière.
19:56Où vous mettez charnière, vous ne mettez pas au niveau.
19:58Pourquoi se participe présent, se situant ?
20:00Et puis, vous n'avez pas besoin d'en mettre plus.
20:02Vous êtes embarrassé de béquilles, de trucs, etc.
20:04Une sorte de pouding de langue qu'il faut absolument décaper.
20:09Mais vous y arriverez.
20:10Sous-titrage Société Radio-Canada
21:03Le roman d'un trouble fait est étrangement prémonitoire.
21:07Didier a écrit cinq livres, seulement, et c'est là la source de tous ces malheurs,
21:11il n'arrive pas à se faire éditer.
21:13Alors, pour faire parler de lui, il multiplie les coups de pub.
21:16Il s'invite sur les plateaux de télévision, chez Michel Drucker ou Guy Luxe, mais rien n'y fait.
21:21Alors, le 19 mai 1987, il s'introduit dans la prison Saint-Joseph avec le projet de tuer Klaus Barbie.
21:29Pour cela, il se déguise en médecin, produit de faux documents,
21:32Évidemment, passe la première porte, mais sous le portique de détection, un surveillant découvre son revolver.
21:39En définitive, c'est Maître Laphion qui sera entendu.
21:42Le tribunal a condamné Didier à douze mois de prison, dont huit avec sursis.
21:47Il a déjà purgé sa peine, donc ce soir il est libre,
21:50avec toutefois l'obligation de faire soigner ce que les experts ont appelé sa psychose narcissique.
21:57J'ai toujours joué carte sur table, moi.
21:58J'ai dit que j'essayais de concilier, je le répète, la promotion personnelle avec l'action sociale
22:05et que je donnais la priorité à la seconde, ce qui n'exclut pas la première.
22:09Alors, comme je le répète encore, je ne suis ni un euro ni un cent.
22:13Mais enfin, si je fais quelque chose pour moi, autant que les autres en profitent aussi.
22:16D'un seul coup, ce n'est plus la poésie qui l'intéresse, c'est l'histoire.
22:24L'histoire avec un grand H, quoi.
22:26C'est l'histoire et le retour de cette histoire.
22:29Avec Barbie, il y a le procès Barbie.
22:32L'on, lui, il suit ce procès à la télé parce qu'à l'époque, on retransmettait,
22:40si je me souviens bien, les séances du procès, etc.
22:45Et alors, il est complètement dingue de vouloir tuer Barbie, par exemple.
22:50Bon, c'est là que c'est ce qui, à mon avis, l'a fait basculer.
22:56Donc, il est passé, on peut dire, d'une sorte de...
22:59C'était amusant, ce qu'il faisait, en tout cas,
23:02mais amusant quand il s'introduisait dans les émissions de télévision connues, célèbres.
23:09Et puis, d'un seul coup, il est dans un autre stade.
23:12Il se prend pour le justicier.
23:14Et si on veut bien comprendre Christian Didier, je pense qu'on ne peut pas négliger cet épisode de Barbie.
23:18Parce que là, il a montré que rien ne l'arrêtait.
23:22Rien ne pouvait l'arrêter, en quelque sorte.
23:25Parce que s'imaginer, quand on y réfléchit bien,
23:28que penser que, venant de l'extérieur, d'une prison,
23:33on peut tuer quelqu'un qui se trouve à l'intérieur de la prison,
23:36il faut déjà avoir franchi certaines limites.
23:41Là, on aurait dû se dire, à ce moment-là,
23:42mais il y a quelque chose qui l'a fait passer dans une autre dimension.
23:48Qu'est-ce qu'on va faire ?
24:35Il y avait eu cette interview de Darchet Pellepoy dans l'Express.
24:40Darchet Pellepoy, commissaire aux affaires juives.
24:43Le titre, et la une d'ailleurs de l'Express, c'était « A Auschwitz, on n'a gazé que
24:49des poux. »
24:51Dixit, Darchet Pellepoy.
24:53Et s'exonérant de toute action contre les juifs, mais la rafle des Veldiv disait-il, disait-il, c'est
25:01Bousquet.
25:03Il y avait eu autre chose par rapport à Mitterrand et Bousquet.
25:07Il y a eu, dans les années 70, il y a eu un reportage d'un photographe qui s'appelait
25:15Manuel Bidermanas.
25:19Avec sa collègue Isabelle Clair, ils ont été convoqués par Mitterrand à Laché, dans sa maison, dans sa résidence de
25:28campagne.
25:30Et Manuel Bidermanas a fait une photo où il y a Madame Mitterrand, Madame Gouzrenal, Isabelle Clair, Bousquet.
25:41Rencontre amicale, on préparait les élections.
25:43La photo paraît, Monsieur et Madame Mitterrand à Laché, point.
25:50Mais Bousquet, on ne sait pas qui c'est.
25:52Alors, on ne sait pas qui c'est, ça, c'est encore un autre chapitre.
25:56Il y a eu des déjeuners entre Mitterrand et puis sa garde rapprochée, dont Jacques Attali,
26:06avec Bousquet.
26:08Et Jacques Attali dit, personne ne savait qui était Bousquet.
26:12Mais d'autres langues disent, tout le monde savait qui était Bousquet.
26:18Et Jacques Attali a demandé des comptes à Mitterrand.
26:21Mitterrand lui a dit, mais n'ayez pas peur, enfin ne craignez rien.
26:29C'est-à-dire que Bousquet était un républicain, était un radical préfet de la Marne
26:41et puis préfet de la Haute-Garonne, je crois bien, vers Toulouse.
26:47C'est pourquoi il a été un personnage important dans la dépêche du Midi, dans le journal,
26:53qui a aidé Mitterrand en 1965, qui lui a donné de l'argent,
26:57parce que leur ennemi commun était de Gaulle.
27:01Ils étaient anticommunistes et antigaullistes.
27:05C'est ce qui les rapprochait.
27:07Pas pour les mêmes raisons, sans doute, mais tout de même, ça a créé un lien.
27:12Et Bousquet a aidé considérablement Mitterrand dans sa carrière politique.
27:19René Bousquet n'aimait pas répondre aux journalistes.
27:21René Bousquet n'aimait pas qu'on lui rappelle son passé.
27:24René Bousquet, ancien membre du conseil d'administration du théâtre,
27:27de la dépêche du Midi, ancien banquier.
27:29Pour qui vous venez, alors ?
27:31Salaud !
27:33Est-ce le voilou ?
27:35Mais aussi René Bousquet, ancien secrétaire général de la police
27:38dans le gouvernement de Vichy en 1942-1943.
27:41René Bousquet ou la justice lente.
27:48Vous croyez que ça se fait, ça, ces trucs-là ?
27:51René Bousquet, le même, 50 ans plus tôt, le 27 mai 1942,
27:54serrant la main d'Eidrich.
27:56Deux mois plus tard, ce furent les rafles de l'été 1942,
27:59le Veldiv, Pitivier, Drancy, les camps.
28:13On savait désormais qui était Bousquet,
28:16ce qu'il avait fait, de quoi il était responsable.
28:19On savait évidemment le procès qui avait eu lieu en 1949,
28:22où il avait été gracié.
28:24Et Christian Didier était très poreux
28:26à toute l'atmosphère politico-historique de ce temps-là.
28:31D'ailleurs, il connaissait tout sur la Deuxième Guerre mondiale.
28:35Il allait à la bibliothèque de Saint-Dié,
28:39à la bibliothèque municipale.
28:40Il lisait tout ce qu'il pouvait trouver.
28:43Il suivait également l'action de Serge Klairsfeld.
28:46Klairsfeld s'est retourné contre Bousquet,
28:49a porté plainte pour crime contre l'humanité.
28:51Et c'est là que le procès a été relancé
28:55en abolissant celui de 1949,
28:58qui n'évoquait pas du tout de crime contre l'humanité,
29:01qui n'évoquait pas du tout la persécution des Juifs,
29:04ni la rafle de juillet 1942.
29:08Et il entend que le président Mitterrand
29:10ne voulait pas de ce procès Bousquet,
29:14soi-disant pour ne pas remuer les anciennes plaies
29:18qui divisaient les Français.
29:20Un peu le même argument que Pompidou et Giscard, d'ailleurs.
29:23– Mais le procès allait avoir lieu.
29:27Et je crois qu'il était déjà instruit.
29:29– Quand vous lisez que vous avez quelquefois recommandé,
29:33même oralement, M. le Président de la République,
29:35à vos ministres de la Justice,
29:36de freiner les procédures judiciaires ?
29:38– Absolument, c'est vrai.
29:40Ce genre de procédures judiciaires-là,
29:42c'est-à-dire celles qui ravivaient toutes les plaies.
29:45Mais oui, c'est vrai, je s'en prends la responsabilité.
29:48Mon devoir est de veiller à ce que les Français se réconcilient.
29:54Au bout d'un certain temps, je ne suis pas hostile,
29:57naturellement, aux châtiments.
29:58Il y a des châtiments.
29:59Mais il y a un châtiment irrémédiable, c'est la peine de mort.
30:03Mais le pardon, ça existe aussi.
30:05Et si ça sert l'unité de la France, je suis pour.
30:09– Mitterrand a été resté aux années 40 et 50,
30:12où on ne parlait pas de ça.
30:13Et il n'avait pas compris que l'opinion publique,
30:16à cause d'événements, de procès notamment,
30:21avait changé.
30:22Et qu'on regardait bien plus aujourd'hui
30:25la persécution raciale
30:28que la trahison de l'État français, etc.
30:32Et c'est pourquoi le personnage de Christian Didier
30:35arrive dans ce contexte-là très compliqué.
30:48Néanmoins, il était toujours coincé à Saint-Dié,
30:51si vous voulez, dans l'appartement familial.
30:53Son père, entre-temps, était mort.
30:55Donc il était seul avec sa mère.
30:57Et il essaie de...
30:59Bon, ben, toujours de continuer
31:02à se faire connaître.
31:06Et ce qu'il fait n'intéresse personne.
31:08C'est ça le drame.
31:09Et puis lui, il se retrouve seul.
31:11Il est devant la télé, quoi.
31:12– Dans cet immeuble réside René Bousquet,
31:15responsable de l'assassinat
31:16et de la déportation de 13 000 Juifs,
31:18dont 4 000 enfants.
31:20La pose de cette plaque symbolique
31:22devant le domicile du chef de la police sous Vichy
31:24a donné ce matin le ton de la journée.
31:27– Il y a des gens comme ça
31:30qui vont laisser leur nom
31:31comme le symbole de la traîtrise
31:33et de l'ignominie.
31:35Et moi, je pense que M. Bousquet en est un.
31:37Parce que les victimes ont le sentiment
31:39que Vichy n'a jamais été jugée.
31:41Elles sont venues témoigner
31:42devant un tribunal fictif
31:44organisé par les étudiants juifs de France.
31:46– Le 16 juillet 1992,
31:49c'était un jeudi,
31:51jour pour jour,
31:53après la rappelée de l'Eldive,
31:5450 ans après,
31:55on avait décidé,
31:56avec mes amis du réseau Ralfront,
31:59d'aller faire une petite noubasse
32:01au lieu de fenêtre de Bousquet
32:02dans les jardins du Rheinlague.
32:04Et l'après-midi,
32:05on avait fait un procès public
32:08du régime de Vichy et de Bousquet
32:11sur la place du PS Justice.
32:13Et puis bon, on était restés là.
32:16Ça avait fait quand même pas mal de bruit.
32:18– Comme dans les médias,
32:20comme on continue à reparler
32:22de la collaboration des responsables
32:25de Bousquet
32:28comme responsable
32:29de la déportation des juifs,
32:31il est hanté par tout ça.
32:33Il faut qu'il fasse quelque chose.
32:35– Parce que ces gens-là
32:38qui ont agi pendant l'occupation,
32:42ces collaborateurs,
32:43ces complices des Allemands,
32:47ils sont encore là.
32:48qu'on croirait qu'ils sont partis,
32:52ils sont morts.
32:53Mais non, pas du tout.
32:54Bousquet est dur.
32:54– C'est dans une chambre de cet hôtel des Lilas
32:56que les policiers sont venus arrêter Christian Didier.
32:59Il n'a opposé aucune résistance.
33:01Moins de 4 heures auparavant,
33:02à 8h45,
33:03cet homme au polo rouge
33:04s'est présenté ici,
33:05au domicile de René Bousquet.
33:07Lorsqu'il sonne à l'interphone,
33:08il prétexte avoir une convocation de justice
33:10à remettre à l'ancien secrétaire général de la police
33:12sous le régime de Vichy.
33:14Mais quand René Bousquet
33:15ouvre la porte de son appartement,
33:16il a une arme dissimulée sous un journal.
33:33Christian Didier a conscience
33:34qu'il a tué un homme,
33:36mais aussi un symbole d'une France
33:37qui refuse de regarder son histoire
33:39et ses propres crimes en face,
33:41qui a occulté pendant 50 ans ses crimes.
33:43Et il en est conscient,
33:46mais en même temps,
33:46il sait ce que recouvre son geste
33:49et les conséquences
33:50qu'intérieurement lui ressent.
33:51En 1993,
33:53quand Christian Didier a assassiné Bousquet,
33:56j'étais premier secrétaire de la conférence.
34:00C'est un concours d'éloquence
34:01qui existe depuis le 18e siècle
34:05au barreau de Paris
34:06et qui distingue les orateurs
34:08et qui donne,
34:12qui attribue à ces secrétaires de la conférence
34:15le soin de défendre
34:18les personnes qui n'ont pas d'avocat,
34:20ne peuvent pas se payer d'avocat
34:21et qui ont commis des crimes.
34:23Donc à la cour d'assises.
34:26Donc le bâtonnier m'appelle,
34:27il m'a dit
34:27« Montebourg, c'est pour toi.
34:32Il y a un gars qui a tué Bousquet,
34:36tu vas le défendre. »
34:39Je lui ai dit
34:39« Bien, monsieur le bâtonnier. »
34:41Et je me suis retrouvé avocat
34:42de Christian Didier,
34:44assassin de René Bousquet,
34:45chef de la police de Vichy.
34:53J'ai été avocat général
34:55dans tellement de procès criminels
34:58que parfois ils s'effacent.
35:01Objectivement,
35:02ils s'interpénètrent les uns avec les autres.
35:05Mais le procès de Christian Didier
35:08reste dans ma mémoire
35:10à peu près de manière cohérente
35:12et structuré tant par la personnalité
35:16de l'accusé que par celle
35:18de ces deux avocats
35:19et par la problématique centrale
35:25qui était reliée
35:26à cet assassinat de René Bousquet
35:29et aux discussions
35:32qui en avaient suivi.
35:41À partir du moment
35:43où, dès sa première réponse,
35:46Christian Didier
35:47admettait qu'il ne s'agissait
35:50pas d'un crime politique
35:51mais qu'il reconnaissait
35:53tout simplement
35:54avoir commis un assassinat,
35:58la défense
35:59était écartelée.
36:02Arnaud Bonnebourg
36:04a cherché à peu près
36:05à s'adapter
36:07à la nouvelle configuration
36:10du procès
36:11et à tenir compte
36:12du fait que Christian Didier
36:14avait d'emblée admis
36:16qu'il ne s'agissait plus
36:17d'un crime politique
36:19mais qu'il reconnaissait
36:20sa culpabilité
36:22en quelque sorte
36:23comme un criminel ordinaire.
36:25Mais il s'agissait
36:26d'expliquer
36:28qu'il s'agissait
36:29d'un mobile civique
36:30de la part
36:31de Didier.
36:33Donc on a plaidé
36:34le crime civique.
36:37C'est-à-dire
36:38le crime
36:38qui est accompli
36:40par civisme
36:42en raison
36:43de la défaillance
36:43de l'autorité judiciaire.
36:45Et durant le procès,
36:47j'ai fait venir
36:48des témoins
36:49qui ont
36:51cherché
36:52à démontrer
36:53que
36:54Christian Didier
36:55avait tort
36:56lorsqu'il considérait
36:58qu'il avait dû
37:00être l'assassin
37:01de René Bousquet
37:02parce que René Bousquet
37:04dans sa propre thèse
37:06n'aurait jamais été
37:07traduit devant
37:08une cour d'assises.
37:18Sur le plan procédural,
37:21il n'y avait
37:22rigoureusement rien
37:23qui aurait été
37:24de nature
37:25à entraver
37:26jusqu'au bout
37:28la comparution
37:29d'un René Bousquet.
37:30Si,
37:32par ailleurs,
37:33on voulait
37:33me faire dire
37:34que François Mitterrand
37:36n'était pas enthousiaste
37:38à l'idée
37:39de voir
37:40René Bousquet
37:41devant
37:42la cour d'assises,
37:44c'est une évidence
37:45au nom
37:46de considérations
37:47de paix civile
37:49ou d'autres arguments
37:51qui visaient
37:53à convaincre
37:56qu'il n'était pas nécessaire
37:57de remuer
37:59un passé lointain
38:00et d'une certaine manière
38:02d'exacerber
38:04le climat français.
38:06Il était certain
38:07que, vu le contexte
38:08politique,
38:10les déclarations
38:11d'un des ministres
38:12délégués à la justice
38:13qui était
38:14Georges Kiegeman,
38:16lui-même fils de déporté,
38:17avait dit
38:18qu'il fallait la paix civile.
38:19Ça voulait dire
38:19qu'on ne allait pas
38:19ouvrir tous ces dossiers
38:20en permanence.
38:21Il y a eu
38:21Touvillet,
38:22Papon,
38:23Bousquet.
38:24Ça empoisonnait
38:25l'atmosphère
38:26parce qu'évidemment,
38:28beaucoup des acteurs
38:28étaient encore vivants.
38:30Et donc,
38:31cette déclaration-là
38:32avait fait sursauter
38:34et s'indignait
38:35toutes les familles
38:36des enfants
38:38et les familles
38:39de déportés,
38:42juifs de France
38:44et puis tous les autres
38:45résistants
38:46qui avaient été déportés.
38:49Tout naturellement,
38:50j'ai parlé de Bousquet.
38:51Je ne connaissais pas
38:52l'avis privé de Didier.
38:54Je n'ai aucune raison
38:55de dire Didier.
38:56Puis j'ai raconté
38:58les lois raciales,
38:59les toiles jaunes,
39:00la rafle.
39:02Il y avait à côté
39:03du procureur
39:04ou des avocats
39:06de la partie civile,
39:07il y avait le fils
39:09Bousquet
39:09qui remet les épaules,
39:13qui grognait
39:14parce que je parlais
39:15de son père
39:16qui devait prendre
39:17pour un héros.
39:19Chacun a ses héros
39:20jusqu'au moment
39:21où le président
39:22très agacé
39:23m'a dit
39:23on n'est pas là
39:24pour parler
39:25de M. Bousquet
39:26mais Christian Didier
39:28je lui ai dit
39:29il y avait
39:31une sorte de vacarme.
39:32Je lui ai dit
39:33M. le Président
39:34j'aurais pu être
39:35dans le box
39:35à la place
39:35de Christian Didier.
39:37Et donc
39:37dans ce contexte-là
39:39l'atmosphère
39:40évidemment
39:41d'un acte
39:44civique
39:45venant combler
39:45le vide laissé
39:46par l'institution judiciaire
39:49pilotée
39:50plus ou moins
39:50politiquement
39:51a
39:55donné une justification
39:56à ce geste.
39:57Donc on ne pouvait pas
39:58comprendre
39:59l'attitude
40:00de Christian Didier
40:01si on ne savait pas
40:03qu'il était Bousquet.
40:13Arnaud Montebourg
40:14avec un grand talent
40:16a cherché
40:17à faire
40:18une synthèse
40:19entre
40:20garder un peu
40:21du crime politique
40:23même si
40:23Christian Didier
40:25l'avait dénié
40:26mais en même temps
40:27tenter
40:29de favoriser
40:30le moins
40:31mauvais sort
40:32possible
40:32de Didier
40:33sur le plan
40:34judiciaire.
40:35Le verdict est tombé
40:36dans un silence
40:37pesant.
40:38Marie-Thérèse Didier
40:39cache sa déception
40:40jusqu'au bout.
40:41Elle a espéré
40:41l'acquittement
40:42qu'avaient plaidé
40:43les avocats
40:43de son fils.
40:44En condamnant
40:45Christian Didier
40:45à 10 années
40:46de réclusion criminelle
40:47la cour d'assises
40:48de Paris
40:48a définitivement
40:49écarté
40:50le geste politique.
40:51Et
40:52de fait
40:53pour moi
40:53la décision
40:54était excessive
40:55parce qu'elle
40:56était injuste
40:57puisque Didier
40:59aura fait
41:00plus de prison
41:01que Papon,
41:02Touvier
41:03et Bousquet
41:03réunis.
41:05Donc
41:06c'est donc bien
41:06qu'il aurait fallu
41:09qu'ils sortent
41:10libres en fait.
41:11Donc
41:12en plaidant
41:12l'acquittement
41:13on espérait
41:14qu'elle ait obtenu
41:15une circonstance
41:15atténuante
41:16mais
41:17on espérait
41:17qu'ils sortent
41:18libres.
41:20Avec Thierry Lévy
41:21auquel il faut
41:22rendre aussi
41:22hommage
41:23dans la défense
41:24que nous avons
41:25coordonnée ensemble.
41:26Thierry Lévy
41:26lui
41:28avec sa
41:29son éloquence
41:30fulgurante
41:32restait
41:32dans
41:33la plaidoirie
41:34purement politique
41:35que j'ai évoquée
41:36tout à l'heure
41:37si on condamne
41:38Didier
41:39on acquit
41:40de Vichy.
41:40Il a beaucoup
41:41souffert
41:42et s'est infligé
41:43des pénitences
41:44et sa vie
41:45on pourrait dire
41:46c'est pas très loin
41:47des nombreuses
41:48stations du Christ.
41:51Oui
41:51et
41:53je pense que
41:54jusqu'à la fin
41:54de mes jours
41:55jusqu'à mon dernier
41:56je défendrai
41:57Christian Didier
42:00parce qu'il a
42:03fait partie
42:04de ses cœurs
42:04simples
42:05qui ont des
42:07convictions sincères
42:08et qui sont allés
42:10au bout de celle-ci
42:11croyant bien faire.
42:37Et alors par exemple
42:38il est allé
42:39dans sa jeunesse
42:39aux Etats-Unis
42:41il se faisait passer
42:43pour un juif
42:44il disait
42:45qu'il s'appelait
42:46David Cohen
42:47et puis lorsqu'il
42:48entrait dans une boutique
42:49il disait
42:50Shalom
42:51en croyant que
42:52tout le monde
42:53là-bas était juif
42:54et qu'on allait
42:54l'accueillir
42:55comme ça
42:56comme un frère.
42:58ce qui est curieux
43:00aussi c'est sa position
43:00face aux juifs
43:01elle est très
43:03ambigüe
43:04elle est très ambigüe
43:05quand même
43:05parce que
43:05à la fois
43:08il est fasciné
43:10par Le Pen
43:10il assiste
43:12à ses
43:13à ses meetings
43:15et puis
43:16d'un autre côté
43:18bon je l'ai mis
43:19dans mon roman
43:20parce que
43:20comme j'avais envie
43:22de tenter
43:22d'expliquer
43:23ce que pouvait être
43:24son ambivalence
43:25à la fois
43:27il est fasciné
43:28par les juifs
43:29et ce
43:31philosémitisme
43:32est toujours
43:32un peu trouble
43:33ça se transforme
43:35souvent en antisémitisme
43:36et ce philosémitisme
43:38notamment
43:39quand il part
43:40aux Etats-Unis
43:42il se fait appeler
43:43Cohen
43:44il se fait appeler
43:45Lévy
43:45en pensant
43:46que ça va lui ouvrir
43:49les portes
43:50toutes grandes
43:50et ça
43:51ça fait partie
43:52aussi
43:53des préjugés
43:54antisémites
43:54il faut bien le dire
43:55pensant que
43:56les juifs
43:57vont avoir
43:57tout pouvoir
43:58voilà
43:58et
44:00il était entre les deux
44:01quelquefois
44:02quand il parlait
44:02de Saint-Dié
44:04on avait l'impression
44:05qu'il parlait
44:05de Brooklyn
44:08ou du Marais
44:09de la rue des Rosiers
44:09à Paris
44:11communauté à Saint-Dié
44:12communauté de hasard
44:14de quelques dizaines
44:16de gens
44:16plus ou moins
44:17plus ou moins
44:18observants
44:19il en connaissait
44:19quelques-uns
44:21il y avait une histoire
44:22puisque
44:24la communauté juive
44:25de Saint-Dié
44:25a souffert
44:26mais comme tout
44:26Saint-Dié a souffert
44:27comme les résistants
44:28communistes
44:28ont souffert
44:31je ne sais pas
44:32c'était
44:32c'était probablement
44:35littéraire
44:36c'était probablement
44:37parce que
44:38quelquefois
44:39j'ai l'impression
44:39que son fonctionnement
44:40était un peu mystique
44:42c'est à dire
44:43qu'il avait besoin
44:43d'être habité
44:44et c'était une cause
44:47en tout cas visiblement
44:48ça a plu aux avocats
44:49on aurait pu avoir
44:50un procès important
44:51mais d'un autre côté
44:53René Bousquet
44:54était âgé
44:56il faut dire aussi
44:57quand même
44:58qu'au plus haut sommet
44:59de l'état
44:59on ralentissait
45:01l'action judiciaire
45:04bon
45:04et cela a été
45:06fortement
45:07souligné
45:08après la mort
45:09de Bousquet
45:09quand même
45:10mais
45:10à la fois
45:13peut-être
45:14effectivement
45:15que la France
45:16aurait pu avoir
45:17un procès
45:18historique
45:19la reconnaissance
45:21des forfaits
45:23de Vichy
45:23aurait pu être
45:24mis en avant
45:25mais
45:26il y avait
45:26toute une complicité
45:28qu'il ne fallait pas
45:29mettre en avant
45:30donc
45:31ça reste
45:33je dirais
45:34que les deux points de vue
45:35se défendent
45:35en fait
45:36mais
45:36en ce qui me concerne
45:38voilà
45:38mon intime conviction
45:39puisqu'on est dans le juridique
45:41c'était que
45:42le procès
45:43n'aurait jamais eu lieu
45:44j'en suis persuadé
45:46est-ce que c'était
45:47Mitterrand
45:48qui empêchait
45:50que tout procès
45:51ait lieu
45:53concernant Bousquet
45:53ou est-ce que c'était
45:54tout l'entourage
45:55de Mitterrand
45:56qui disait
45:57non
45:58il vaut mieux attendre
46:00ces choses là
46:01tant que Mitterrand
46:02est là
46:02on peut rien faire
46:04mais est-ce que Mitterrand
46:05aurait pu empêcher
46:06quoi que ce soit
46:07ça je ne suis pas sûr
46:09je ne sais pas
46:10peut-être qu'on lui prêtait
46:11quand même un pouvoir
46:14totalement extravagant
46:22il y a encore des gens
46:23aujourd'hui
46:24qui défendent Mitterrand
46:25et qui disent
46:25mais tout le monde
46:27déjeunait avec Bousquet
46:28il n'y a rien d'exceptionnel
46:30leur amitié
46:31Mitterrand et Bousquet
46:32tout le monde savait
46:33qui était Bousquet
46:34on le recevait
46:35à toutes les tables
46:36etc
46:37là encore
46:38je ne porte pas
46:38je n'y étais pas
46:41donc je ne peux que
46:42rapporter ces propos là
46:43mais
46:45après l'interview
46:46de Jean-Pierre Elkabach
46:47je crois que Mitterrand
46:48est indéfendable
46:49sur ce plan
46:51mais quand on dit
46:52c'était un ami
46:53est-ce que c'était
46:53un intime
46:54de François Mitterrand
46:55mais non
46:55c'était pas un intime
46:56ou un ami
46:57on dit la relation amicale
46:59écoutez
46:59on dit ce qu'on veut dire
47:01non mais vous
47:01votre vérité
47:03la chronologie commande
47:06Bousquet redevient
47:07un libre citoyen
47:08très introduit
47:09dans les milieux
47:10politiques
47:10et dans les milieux
47:11financiers
47:12de banques
47:13dès les années 50
47:15et dans les milieux
47:16de presse
47:17et il est considéré
47:18comme un ami
47:19par plusieurs chefs
47:20de gouvernement
47:21et jusqu'en 1978
47:25aucune question
47:26ne sera posée
47:26je vous le répète
47:27qu'en 1957
47:28le Conseil d'Etat
47:29lui restitue
47:30sa légion d'honneur
47:31et donc pendant
47:32toute cette période
47:32de 28 ans
47:33tout le monde le reçoit
47:34on le voit
47:34s'il veut
47:35vous aussi
47:36vous
47:36comme beaucoup
47:37moi j'ai rencontré
47:38certainement
47:40avec d'autres personnes
47:42je n'ai pas fait le compte
47:44mais enfin au moins
47:44de 10 ou 12 fois
47:45il y a eu aussi
47:46toute une rumeur
47:47selon laquelle
47:48Mitterrand aurait armé
47:50le bras
47:51de Christian Didier
47:52parce que Christian Didier
47:54était bien connu
47:55de la police
47:55et de la police
47:57mitterrandienne
47:58notamment
48:00il avait un jour
48:02tenté d'escalader
48:03les gris
48:03de l'Elysée
48:04dans quel but
48:06j'en sais rien
48:07enfin les flics
48:08l'ont tout de suite
48:08attrapé
48:09en l'a mis en prison
48:11et jugé
48:12donc on avait
48:14des dossiers
48:14sur lui
48:14on savait
48:15qui était
48:15donc
48:17conclu certains
48:18à tort
48:19ou à raison
48:21Mitterrand
48:22se serait servi
48:23de ce borderline
48:25de Christian Didier
48:27pour achever
48:31René Bousquet
48:33son ami
48:34et dont il ne voulait pas
48:35le procès
48:37je n'ai aucune certitude
48:39là-dessus
48:40je ne crois pas
48:41à cette histoire
48:42et la question
48:43qui m'est tombée
48:44tombée dessus
48:45chaque fois
48:45par mes chers camarades
48:47c'était
48:48pensez-vous
48:49qu'il ait pu être
48:50manipulé
48:50c'est-à-dire
48:52la question
48:52que vous allez vous poser
48:53un jour aussi
48:54est-ce qu'on a pu mettre
48:55une arme
48:57dans sa main
48:58et ma réponse
48:59a été
49:00mais spontanément
49:01sans préparation
49:02du fond du coeur
49:03parce que je le connaissais
49:04tout est possible
49:06mais Christian Didier
49:07n'avait pas besoin
49:08qu'on lui mette
49:09une arme dans la main
49:09pour faire un truc comme ça
49:31après sa sortie de prison
49:33il revient à Saint-Dié
49:35où très manifestement
49:37on sentait que
49:39au début
49:39il rasait les murs
49:40il n'osait pas sortir
49:42il n'osait pas montrer
49:43et petit à petit
49:44ça s'est développé
49:45et c'est là
49:46qu'on a pu reprendre
49:47des contacts
49:48pour parler
49:49pour bavarder
49:50de choses et d'autres
49:51la chose et d'autres
49:52étant d'une part
49:53qu'il disait bien
49:55qu'il avait payé
49:56qu'il avait bien payé
49:58qu'il était conscient
50:00d'avoir payé
50:01et que c'était juste
50:02qu'il ait payé
50:03il avait
50:05il avait
50:05par rapport à sa peine
50:07à son séjour en prison
50:08ce sentiment-là
50:10qu'il avait
50:11qu'il avait mérité
50:12d'être en taule
50:13je regrettais bien sûr
50:15je regrettais
50:16et je le disais
50:17mais je ne regrette plus
50:18du tout maintenant
50:19parce que je ne suis plus
50:20du tout
50:21je ne suis plus du tout
50:22traumatisé
50:23si vous donnez un exemple
50:25s'il y avait des gens
50:26qui avaient flingué Hitler
50:27qui avaient flingué Staline
50:28qui avaient
50:30comme dirais-je
50:31qui flinguaient
50:33les dirigeants de l'Iran
50:34Al-Assad
50:37Poutine
50:38Castro
50:40l'autre qui vient de mourir
50:42Chavez
50:45la Chine
50:46tous ces gens
50:47qui bafouent
50:48les droits de l'homme
50:48tous ces gens
50:49qui tuent
50:50tous ces gens
50:51qui font vraiment
50:53du mal
50:54qui torture
50:56qui ne respectent
50:58pas les droits de l'homme
50:59tous ces gens
51:00pour qui
51:00la raison d'état
51:01c'est la seule
51:03l'individu
51:04n'a plus le droit
51:05à son identité
51:06c'est une marionnette
51:09il n'a plus le droit
51:10au chapitre
51:11de la pensée
51:13c'est juste un pion
51:15il a juste à fermer sa gueule
51:16et tout se passe bien
51:18c'est un mouton
51:20c'est plus un être humain
51:20il n'a plus le libre arbitre
51:22alors tous ces salauds là
51:24si on les flinguait
51:25je me dirais
51:25il y en aurait d'autres
51:26mais si les autres
51:27qui viennent derrière
51:27on les flinguait aussi
51:28il y en aurait de moins en moins
51:29voilà
51:29donc je ne regrette pas
51:31d'avoir tué Bousquet
51:31c'est un exemple
51:32pour tous les autres
51:33voilà
51:33et maintenant
51:34et à l'époque bien sûr
51:36comme j'étais concon
51:37que j'étais culpabilisé
51:39et que j'ai mis quand même
51:42c'est en me reconstruire
51:43je ne vois plus du tout
51:44les choses maintenant
51:45comme je les voyais avant
51:46vous comprenez ça ?
51:48voilà
51:49c'est un exemple
52:08pour tous les rindes
52:13c'est un exemple
Commentaires