Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 15 minutes
En inervenant dans la guerre au Moyen-Orient, le Hezbollah a "joué l'intérêt de l'Iran contre l'intérêt des Libanais", selon Jean-Yves Le Drian, représentant personnel du président de la République au Liban. Il souligne ensuite qu'"à partir de là, la riposte israélienne a été disproportionnée". Entretien à retrouver sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-jeudi-12-mars-2026-7374442

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Nous reçoivons donc ce matin dans le grand entretien un ancien ministre des affaires étrangères,
00:05ancien ministre de la Défense, représentant personnel d'Emmanuel Macron au Liban.
00:11Vos questions et réactions chers auditeurs au 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio France.
00:16Bonjour Jean-Yves Le Drian.
00:18Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:20On va évidemment parler de la situation au Liban, encore frappée cette nuit.
00:24Mais d'abord, au 13ème jour du conflit déclenché par Israël et les Etats-Unis,
00:29le chaos dans la région ne faiblit pas, le régime iranien est toujours en place,
00:34les conséquences économiques menacent le monde entier.
00:37Alors sur l'échelle de l'inquiétude, Jean-Yves Le Drian, comment est-ce que vous vous situez ce matin
00:42?
00:42Qui ne serait pas inquiet devant la permanence de la guerre
00:46et devant l'escalade qui se confirme et qui se conforte par l'obstruction de fait du détroit d'Hormuz
00:54?
00:55Je pense que ce moment-là, c'est une étape supplémentaire.
00:58C'est un tournant parce que ce blocage va entraîner une internationalisation encore plus forte
01:04avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur la vie économique du monde.
01:10Donc nous sommes dans une situation dramatique très grave,
01:14avec par ailleurs un peuple iranien qui continue à être sous la chape de plomb des Mollahs et des gardiens
01:21de la Révolution
01:21et un peuple libanais qui vit dans sa chair et dans son angoisse les effets secondaires,
01:29mais très fort de l'action du Hezbollah en direction d'Israël et la riposte israélienne.
01:34Bref, la situation est très grave et il faut qu'on en soit conscient et on ne voit pas de
01:39sortie aujourd'hui prévisible.
01:40Alors on va parler de la stratégie iranienne dans quelques instants,
01:43mais 13 jours après le déclenchement de cette guerre,
01:46qu'est-ce que vous dites de la légitimité de l'intervention américaine et israélienne ?
01:51Est-ce qu'il fallait attaquer l'Iran ?
01:54Cette guerre a été décidée contre les bases du droit international.
01:58Cette guerre n'est pas la nôtre, on l'a déjà dit, le président de la République l'a dit
02:01avec force.
02:02Ceci étant, nous sommes là aussi pour défendre nos propres intérêts, nos propres alliés.
02:06Il faut qu'on le fasse.
02:07Est-ce que vous comprenez, Jean-Yves Le Drian, là encore 13 jours après le début de l'intervention,
02:11les buts de guerre américains ?
02:13Quand on écoute Israël, c'est à peu près clair, ils veulent la fin du régime des Mollahs.
02:17Donald Trump, selon son humeur, selon l'heure de la journée, il donne des versions distinctes.
02:21Est-ce que vous les comprenez, les buts de guerre américains ?
02:23Mais pas vraiment.
02:24Et je ne suis pas sûr que quelqu'un les comprenne vraiment encore.
02:28Quand j'entends le président Trump dire hier,
02:31si je veux arrêter la guerre, la guerre s'arrêtera,
02:35c'est hier.
02:36Donc pourquoi ne l'arrête-t-il pas ?
02:38Et quand j'entends par ailleurs le même dire,
02:41je n'ai plus rien à frapper,
02:43on a épuisé toutes les cibles,
02:45et d'un autre côté dire, il y a encore du travail à faire,
02:47quasiment dans la même matinée,
02:49on est inquiet sur les objectifs
02:51que se donne la coalition
02:54Etats-Unis-Israël
02:55à l'égard de l'Iran.
02:57Parce que, en termes militaires,
02:59on appelle ça l'état final recherché.
03:01Qu'est-ce qu'on veut à la fin ? On ne sait pas.
03:03Est-ce que c'est détruire essentiellement les capacités nucléaires,
03:08les centrifugeuses,
03:09comme dans le prolongement de la guerre des 12 jours ?
03:12Est-ce que c'est détruire les rampes de lancement de missiles
03:16qui touchent potentiellement Israël ?
03:18Est-ce que c'est détruire les stocks de missiles ?
03:21Est-ce que c'est détruire les outils de production ?
03:23On ne sait pas. Est-ce que c'est détruire le fonctionnement de l'État
03:27en touchant des individus ?
03:30Ça a commencé par l'élimination de Raménaï,
03:33mais ensuite ça ne s'est pas poursuivi.
03:35Est-ce que ça veut dire poursuivre des frappes dans les lieux de pouvoir ?
03:38Mais les institutions restent là.
03:40Vous qui avez exercé des fonctions,
03:42qui vous ont fait côtoyer Donald Trump,
03:44l'administration américaine notamment,
03:46Trump numéro un,
03:47comment est-ce que vous expliquez
03:49ce discours erratique,
03:51cette difficulté à comprendre les buts de guerre ?
03:53Est-ce que c'est quoi ?
03:54Est-ce que c'est de l'impréparation ?
03:55Est-ce que c'est une sorte de tendance intuitive de Donald Trump
03:59qui n'anticipe pas le jour d'après ?
04:01Je crois que c'est un peu ça.
04:02C'est de l'emballement immédiat
04:03après les massacres qui ont eu lieu au mois de janvier
04:06et avec la complicité active d'Israël
04:09qui veut en finir avec le régime d'Emola.
04:12Mais le changement de régime n'est pas à l'ordre du jour,
04:16à ma connaissance.
04:17D'autant plus que, ce que l'on constate,
04:20c'est une grande résilience de la part des Iraniens.
04:24Grande résilience qui se traduit par un renforcement de la radicalité.
04:28L'histoire d'Hormuz en étant un exemple supplémentaire
04:32dans le régime qui joue sa survie.
04:36Et la stratégie des Iraniens est très claire.
04:40Il faut développer le chaos.
04:42Il faut développer le chaos.
04:45D'abord parce que les actions qui seront menées auprès des voisins,
04:50je pense en particulier aux pays arabes,
04:52où les frappes sont extrêmement nombreuses.
04:54Il y a même plus de frappes aujourd'hui sur les pays arabes que sur Israël.
04:58Il y a même plus de frappes aux Émirats arabes unis qu'en Israël.
05:01C'est pour faire en sorte que ces pays,
05:03l'environnement géopolitique de l'Iran,
05:06se tourne vers Donald Trump en disant
05:08« ça suffit, il y a assez ».
05:09C'est ça la stratégie du chaos.
05:11Et ça marche plutôt bien pour lui.
05:14C'est une guerre d'usure économique.
05:15On a vu l'armée iranienne menacer les banques,
05:19menacer les géants américains de la tech.
05:21Cette nuit, présente dans les pays du Golfe,
05:23Amazon, Google, Microsoft,
05:24ça peut être de nature à faire reculer Donald Trump ?
05:28C'est à lui d'apprécier.
05:29C'est ce qu'il dit.
05:30« Quand je veux arrêter la guerre, je l'arrête ».
05:32C'est à lui d'apprécier.
05:33Mais la réalité, c'est que la résilience iranienne
05:34est beaucoup plus forte qu'imaginée.
05:36Et que, parce qu'il y a une chape de plomb sur le pays,
05:40qu'il y a une terreur sur l'ensemble de la vie civile,
05:44la vie sociale iranienne qui se poursuit,
05:46qu'il y a un renforcement du rôle des gardiens de la Révolution.
05:49La radicalité s'est exprimée aussi par la nomination du fils de Raménaï
05:53comme Ayatollah.
05:54C'est un signe de radicalité, comme Hormuz,
06:01parce que le régime joue sa survie.
06:02Et donc, tous les moyens seront bons.
06:04Faire en sorte qu'il y ait du chaos
06:05pour que les acteurs proches éventuellement des États-Unis dans la région,
06:10je pense à l'Arabie Saoudite, je pense au Qatar,
06:12je pense aux Émirats arabes unis,
06:13se tournent vers Trump en disant « ça suffit,
06:15nous sommes en difficulté ».
06:16Et par ailleurs,
06:18cette stratégie du chaos,
06:20y compris la stratégie d'Hormuz,
06:21vise à faire changer l'opinion publique américaine
06:25pour qu'elle se retourne vers Trump en disant « ça suffit ».
06:27Donc, on est dans l'imprécision,
06:29dans l'imprévisibilité,
06:31dans les aléas,
06:32ce qui donne une situation anxiogène considérable.
06:35Ce qu'on découvre aussi,
06:36c'est que l'armée iranienne a des capacités,
06:39qu'elle a encore des drones, des missiles à envoyer.
06:42Ça, ça veut dire qu'on s'achemine vers un conflit
06:44qui va durer,
06:45contrairement à ce que dit Donald Trump.
06:47Vous n'êtes pas devin,
06:48mais qu'est-ce que vous en pensez ?
06:49Non, je ne suis pas devin,
06:49mais ce qui est clair,
06:50c'est que les Iraniens,
06:54les gardiens de la révolution,
06:57sur l'armée iranienne,
06:58il faut avoir une position un petit peu différente,
07:01ont les moyens de tuer,
07:02et en particulier de fabriquer des milliers de drones rapidement
07:06et qui peuvent tirer à proximité
07:09ce qu'ils ont commencé à faire.
07:10C'est la raison pour laquelle ils touchent les pays arabes,
07:12parce qu'ils sont plus près
07:13et ils réservent éventuellement des frappes sur Israël
07:16de manière plus ponctuelle.
07:17Mais là encore, Jean-Yves Le Drian,
07:18votre expérience d'ancien ministre de la Défense,
07:20quand on voit la puissance de feu américaine
07:22combinée à la puissance de feu israélienne,
07:24comment se fait-il que l'Iran ait encore cette capacité
07:27de faire du mal à ses voisins proches,
07:29à lancer des drones, à lancer des missiles ?
07:30Parce que ce n'est pas parce qu'on tape
07:32les lieux de pouvoir, qu'on tape le pouvoir.
07:34Et que les Iraniens se sont préparés à une telle situation
07:37et aujourd'hui ils sont en situation
07:39de pouvoir continuer une forme de résistance
07:42et de résilience qui est quand même assez spectaculaire.
07:44Donc, ce n'était pas prévu comme ça.
07:48y compris dans les hypothèses de départ qui étaient extrêmement positives,
07:52voire même enflammées sur le fait qu'il allait y avoir un changement de régime.
07:57Ben non, la chape de plomb est toujours là.
07:59Les institutions sont même renforcées.
08:01La radicalité a pris rendez-vous au pouvoir en Iran
08:04et c'est avec ça qu'il faut faire maintenant.
08:07Donc là encore, si on réfléchit à une éventuelle sortitrice,
08:10puisque c'est sans doute la question que se posent ce matin nos auditeurs,
08:12qui sont anxieux, anxieux aussi des conséquences ici en France,
08:16c'est quoi la sortie de crise là ?
08:18Y a-t-il un scénario où Donald Trump dirait
08:20j'arrête parce qu'en interne j'ai une pression tellement forte de ma base ?
08:24Ou l'Iran dirait je suis prêt à reprendre des négociations ?
08:27Oui, il y aura de toute façon une sortie de crise.
08:30Le problème, ce sera dans quelles conditions la sortie de crise va se faire,
08:33y compris d'ailleurs pour Donald Trump.
08:36Pour la sortie de crise, il faut être trois, en l'occurrence.
08:39Israël, les Etats-Unis, mais aussi l'Iran.
08:41Il ne suffit pas désormais que les Etats-Unis et Israël
08:45arrêtent de frapper l'Iran pour qu'il y ait une sortie de crise,
08:47parce que ça ne veut pas dire que l'Iran ne continuera pas à frapper de son côté.
08:51Donc du coup, le président Pézé-Chien peut poser ses conditions et les apposer,
08:54en disant, moi je serai prêt à arrêter
08:56si on me garantit qu'il n'y aura plus jamais dans l'histoire
08:59d'attaques des Etats-Unis et d'Israël sur mon territoire,
09:02et si en plus vous me payez les réparations.
09:05Donc on n'est pas proche d'un accord.
09:08Quand Jean-Noël Barraud, le ministre des Affaires étrangères,
09:11nous dit lundi matin qu'il attend un changement radical de posture
09:15et des concessions majeures de l'Iran, est-ce que ça a un sens ?
09:19C'est logique qu'il fasse cette déclaration qu'il fait,
09:23parce qu'il est dans ses responsabilités.
09:26La réalité de ce que l'on peut constater,
09:28c'est qu'aujourd'hui la situation est gelée complètement en Iran,
09:32et malheureusement.
09:33Mais comment peut-on imaginer qu'il y ait une révolution iranienne
09:37qui se développe maintenant,
09:38avec le système de terreur qui est développé par l'alliance des Mollahs
09:43et des gardiens de la révolution,
09:44avec des Basidji qui se promènent dans les rues
09:46avec leurs motos et leurs mitraillettes
09:48pour empêcher quiconque de manifester,
09:51et avec un pouvoir d'oppression considérable.
09:55Donc ce n'est pas incitatif à la révolution.
09:58Et donc le changement de régime n'est pas, à mon avis, pour demain.
10:01Vous reconnaissez la difficulté,
10:02quand on est ministre des Affaires étrangères,
10:03en charge de tenir cette position.
10:06Et vous le connaissez,
10:07depuis le début du conflit,
10:09Jean-Yves Le Drian,
10:09la France a revendiqué ce qu'on appelle une posture défensive,
10:11c'est-à-dire aider les pays de la région avec lesquels on a des accords de défense,
10:14tout en insistant qu'il n'y a aucune participation française aux frappes sur l'Iran.
10:18Est-ce que quand on envoie le porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée orientale
10:22avec huit frégates, deux ports hélicoptères,
10:25est-ce qu'on ne prend pas le risque d'être, à un moment donné,
10:28directement impliqué dans le conflit,
10:29si, par exemple, l'Iran décidait de frapper ce porte-avions ou ces frégates ?
10:35La crise est là.
10:37La France était une puissance importante.
10:39Elle est membre du Conseil de sécurité.
10:40La France a des intérêts dans la région.
10:42La France a des ressortissants dans la région.
10:44La France a des alliés dans la région.
10:46Et donc, il est logique qu'elle soit présente,
10:49militairement parlant, pour parer à toute éventualité.
10:51Que ce soit pour aider nos ressortissants,
10:54si d'aventure il y avait une aggravation de crise au Liban ou ailleurs,
10:58que ce soit pour aider nos alliés à se défendre.
11:02Nous sommes dans une position défensive,
11:03mais nous avons des accords avec certains nombres de pays.
11:05Et donc, il faut respecter ces accords,
11:07parce que c'est la base de la confiance qu'on peut avoir avec les Émirats arabes unis,
11:10l'Arabie saoudite, le Koweït, le Qatar, etc.
11:13Pour les aider, s'ils sont attaqués, à se défendre.
11:16C'est ce que l'on fait.
11:17Et puis, par ailleurs, à un moment donné, vous le disiez en commençant,
11:20il faudra aussi réfléchir à la bonne manière d'assurer la circulation maritime dans la zone.
11:26Et la flotte française pourra le faire.
11:28C'est un déploiement significatif,
11:31mais qui montre aussi que la France est une puissance militaire.
11:33Mais Jean-Yves Le Drian, si d'aventure un navire français était frappé,
11:37est-ce que nous serions alors obligés d'entrer dans cette guerre ?
11:41Je ne peux pas répondre vraiment à cette question tant que l'Evénon n'a pas eu lieu.
11:43C'est un risque.
11:44Oui, il faut prendre ce risque.
11:46Quand on est en situation défensive,
11:48on met les moyens de la situation défensive,
11:51et ça veut dire que si on nous attaque, on répond.
11:53Mais pour l'instant, ce n'est pas le cas.
11:55Il faut, Jean-Yves Le Drian, qu'on parle du deuxième front de cette guerre,
11:58celui ouvert au Liban,
11:59où Israël est engagé depuis dix jours après des frappes du Hezbollah.
12:02On en est à 800 000 déplacés.
12:04La banlieue sud de Beyrouth est pilonnée.
12:06Cette nuit, c'est le front de mer qui a été frappé,
12:09alors que des gens qui ont fui leur maison s'y entassent.
12:12Le sud du pays est également particulièrement visé.
12:14Est-ce que l'action militaire d'Israël, pour vous, est excessive, disproportionnée ?
12:19Il faut d'abord mettre les choses dans l'ordre sur la situation au Liban.
12:24La responsabilité première de ce qui s'y passe, c'est le Hezbollah.
12:28Il faut lui dire les choses.
12:30Parce qu'il avait été convenu que si le Hezbollah n'intervenait pas dans la crise,
12:38Israël n'intervenait pas non plus.
12:40C'est le président Aoun qui s'en était chargé, et tout ça a été très clair.
12:43Et le Hezbollah le savait.
12:44Sauf que le Hezbollah a agi tout de suite, en même temps que l'Iran.
12:48Et il a joué, je le dis avec beaucoup de force,
12:51l'intérêt de l'Iran contre l'intérêt des Libanais.
12:54Il a joué l'Iran contre le Liban.
12:57L'origine est là, et ils étaient prévenus,
13:00et ça ne s'est pas arrêté depuis,
13:01puisque le Hezbollah continue même à faire des actions conjointes avec les Iraniens.
13:06Ça montre aussi l'importance qu'ont pris les gardiens de la Révolution
13:11dans le fonctionnement même du Hezbollah au Liban.
13:15Donc, le point de départ est celui-là.
13:17À partir de ce moment-là, la riposte israélienne, elle a été disproportionnée.
13:22On ne peut pas, comme ça, impunément, dire à 700 000 personnes
13:26« Vous sortez de chez vous, vous allez habiter ailleurs ».
13:28D'ailleurs, c'est contraire au droit international.
13:30On ne peut pas continuer à frapper, y compris avec des dégâts civils,
13:34Beyrouth et les environs, tous les jours, toutes les nuits,
13:37en mettant ce pays en grande fragilité.
13:39Et je rajoute un point essentiel,
13:41c'est qu'il y a au Liban un gouvernement,
13:45un gouvernement de qualité,
13:47un gouvernement qui a été de sortie de crise l'année dernière,
13:52qui prend des décisions courageuses,
13:54qui a, dans ses engagements initiaux,
13:57le président Haoum annoncé que le monopole des armes
14:00devait revenir à l'État,
14:01et qu'il fallait démembrer les milices,
14:03et en particulier désarmer le Hezbollah.
14:06Un gouvernement qui a pris en place,
14:07qui a mis en place un plan de désarmement du Hezbollah
14:10après les conflits qui ont existé en 2024.
14:12Mais est-ce qu'il en a les capacités, Jean-Yves Le Drian ?
14:14Non, mais il faut les lui donner.
14:15C'est-à-dire qu'il faut aider le gouvernement, l'armée libanaise ?
14:20Il faut avoir les moyens de son action,
14:21et ça ne peut se faire que s'il y a un cessez-le-feu.
14:24Je suis très favorable à ce qu'il y ait un cessez-le-feu rapidement,
14:28et on sait les conditions dans lesquelles peuvent faire ce cessez-le-feu.
14:32Lesquelles ?
14:32On le sait parce qu'il y a déjà eu un cessez-le-feu.
14:34En 2024, c'était le Hamas.
14:36C'était une condition internationale très différente,
14:39mais il y a eu un cessez-le-feu entre les Israéliens et le Hezbollah,
14:42qui a entraîné ensuite un plan d'élimination des armes du Hezbollah
14:48par différents secteurs du territoire libanais,
14:51contrôlés par les Américains et par les Français, par les généraux.
14:54Mais est-ce que c'est crédible, Jean-Yves Le Drian,
14:57un Hezbollah désarmé qui ne serait plus qu'un organe politique ?
15:00C'est la condition globale qui est posée par les autorités libanaises,
15:04et aussi par la France.
15:05La condition, c'est que le Hezbollah annonce son désarmement
15:08et que parallèlement, les Israéliens cessent les frappes
15:11et qu'il y ait un mécanisme de contrôle des opérations
15:14de désarmement du Hezbollah qui se mettent en place
15:16et que le désarmement du Hezbollah soit fait par les forces armées libanaises
15:20sous couverture, avec l'assistance de la force des Nations Unies qui est présente.
15:25On sait que ce sont les règles.
15:26On sait que c'est possible.
15:27Et c'est aussi l'intérêt d'Israël.
15:28Parce que pour la première fois, depuis le début, depuis la fin de la guerre,
15:32l'accord de la Grande Guerre,
15:34pour la première fois, les autorités libanaises ont annoncé,
15:38par la voix du Président de la République,
15:40qu'ils étaient prêts à des négociations de paix avec Israël.
15:43Mais Jean-Yves Le Drian,
15:43les négociations de paix, ça va au-delà des conflits et des armes.
15:47Est-ce que vous avez le sentiment que le gouvernement israélien entend le moindre remarque,
15:51le moindre commentaire qui peut être fait, que ce soit par le Président de la République, Emmanuel Macron,
15:55que ce soit par l'ONU, le Président libanais,
15:58puisque en l'État, Israël ne donne pas le moindre signal d'envie d'avoir des discussions directes avec Joseph
16:02Haoun.
16:03Vous voyez bien, et vous avez là encore connu ces situations,
16:07le gouvernement de Benjamin Netanyahou est tout à fait sourd à toutes ces remarques.
16:10Oui, mais il faut le répéter, prendre un témoin l'opinion publique internationale,
16:15prendre un témoin aussi les pays arabes de l'environnement,
16:17qui sont nos alliés, mais qui pour certains d'entre eux sont des partenaires d'Israël,
16:21je pense aux Émirats Arabes Unis, pour leur dire,
16:23voilà ce que nous proposons, voilà ce qui est possible de faire,
16:26c'est l'intérêt de tout le monde d'avoir une réorganisation de la sécurité dans la zone
16:30qui passera par la reconnaissance du Liban et d'Israël.
16:34Il faut commencer par le cessez-le-feu, commençons maintenant.
16:36Un mot à Jean-Yves Le Drian sur les conséquences économiques
16:39de ce conflit.
16:41Hier, la trentaine de pays qui composent l'AIE, l'Agence internationale de l'énergie,
16:45dont la France, ont annoncé le déblocage inédit
16:46de 400 millions de barils de pétrole de leur stock stratégique.
16:49Je rappelle que vous étiez aux responsabilités au moment de la guerre en Ukraine
16:53et de la crise énergétique qui s'en est suivie.
16:57Quel regard est-ce que vous portez, non seulement sur ces décisions qui sont prises,
17:00sur le risque de choc pétrolier qui a un impact direct et concret sur nos concitoyens
17:05qui voient les prix à la pompe augmenter ?
17:07Est-ce que c'est une bonne décision comme cela d'avoir débloqué ces stocks stratégiques ?
17:12Oui, c'est une bonne décision, il fallait la faire, il fallait la prendre,
17:15parce que ça va alléger la progression du baril, qui est à 100 dollars aujourd'hui,
17:22et qui va donc pouvoir apaiser un peu les marchés.
17:24Mais c'est une solution qui n'a qu'un temps.
17:27Et il faut donc du coup qu'un processus de paix puisse se mettre en œuvre
17:31pour arrêter cette dérive considérable.
17:36mais ça, la main est chez M. Trump.
17:39C'est lui qui dit qu'il faut arrêter ou il ne faut pas arrêter.
17:42Le problème, c'est de savoir dans quelles conditions tout ça va se passer
17:45et quelle sera la physionomie et l'organisation de l'ensemble de la région
17:50après l'arrêt des hostilités.
17:52Et là, c'est le grand mystère.
17:53Alors, débloquer les stocks stratégiques, effectivement,
17:55c'est une solution qui n'a qu'un temps.
17:57Vous êtes bien placé pour le savoir,
17:58puisqu'on a été également débloquer des stocks deux fois moins
18:03au moment de la crise ukrainienne.
18:05Et ça n'a pas suffi.
18:07Il a fallu aider les automobilistes.
18:09C'est une solution provisoire.
18:12Pour l'instant, je pense que c'est la bonne décision à prendre
18:14en attendant l'évolution de la situation.
18:15Avec aussi, puisque tous les sujets internationaux sont liés,
18:18Jean-Yves Le Drian,
18:19les conséquences de la guerre proche et au Moyen-Orient
18:22sur la situation en Ukraine, entre l'Ukraine et la Russie.
18:25On a appris ce matin que le président ukrainien,
18:28Volodymyr Zelensky, se rendrait en France demain
18:30et rencontrerait Emmanuel Macron pour une réunion bilatérale.
18:33Est-ce qu'il y a un risque, Jean-Yves Le Drian,
18:35que l'opinion publique internationale
18:37se détourne de ce qui se passe en Ukraine ?
18:40Que le président des Etats-Unis se détourne
18:42de ce qui se passe en Ukraine,
18:43si tant est qu'il ne se soit pas déjà détourné,
18:45compte tenu de la situation en Iran ?
18:46Les Etats-Unis n'aident plus beaucoup l'Ukraine,
18:48à ma connaissance.
18:50Ils ont cessé leur livraison d'armes
18:51et le soutien financier depuis déjà pas mal de temps.
18:53La question est de ne pas perdre de vue
18:56que la crise ukrainienne se poursuit
18:58et que malheureusement, la montée des cours du pétrole
19:01favorise les finances de M. Poutine.
19:04D'autant plus que le président Trump a levé les sanctions
19:07qu'ils avaient initiées au départ contre la Russie.
19:10Et donc, le fait que la question ukrainienne revienne
19:15au niveau de l'actualité,
19:17là, avec la visite du président Zelensky,
19:19c'est une très bonne chose pour réaffirmer
19:20le soutien des Européens à l'Ukraine.
19:22Il ne faut pas...
19:23Là, nous sommes directement concernés
19:25parce que c'est notre propre sécurité qui est en jeu.
19:27Alors, on va passer par le standard de France Inter
19:29où nous attend Rémi ce matin.
19:32Bonjour Rémi, bienvenue.
19:33Vous avez une question à poser à Jean-Yves Le Drian.
19:36Oui, bonjour France Inter
19:37et bonjour M. le ministre Le Drian.
19:39J'ai une question concernant l'Europe.
19:42Côté français et côté allemand,
19:44qu'est-ce qu'on attend pour un sursaut stratégique européen
19:47ou en tout cas des points de convergence stratégiques ?
19:51Il y a du côté européen la prise de conscience
19:56que l'autonomie stratégique est tout à fait essentielle
19:58pour notre propre sécurité.
20:00Il y a progressivement la prise en compte
20:03que nous ne pouvons pas dépendre des Etats-Unis
20:05pour notre propre sécurité.
20:07Donc, il faut qu'on se donne nous-mêmes
20:08les moyens d'agir ensemble et d'assurer notre souveraineté.
20:11Et du côté allemand et du côté français,
20:14cette prise de conscience est tout à fait forte.
20:16Jean-Yves Le Drian, sur la guerre au Proche et au Moyen-Orient,
20:19on a un Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez,
20:21qui a une position extrêmement offensive
20:24en disant non à la guerre,
20:25en refusant que les avions américains
20:26se posent sur des bases espagnoles.
20:27Vous avez Friedrich Merz, le chancelier allemand,
20:29qui dans un premier temps a critiqué
20:31ceux qui s'en prenaient à l'opération,
20:33même s'il commence à amaudir ses critiques.
20:34On ne peut pas dire que l'Europe
20:35ait parlé d'une seule et même voie.
20:37Ce sont les mêmes Européens
20:39qui ont condamné les actions et les exactions
20:43qui sont faites par les Iraniens.
20:44Ce sont les mêmes Européens
20:45qui sont en train de s'organiser
20:47pour avoir un soutien humanitaire
20:49à l'égard des populations,
20:51en particulier des populations libanaises.
20:53Ce sont les mêmes Européens
20:54qui sont en train de s'organiser
20:55pour créer la coalition des nations européennes
20:57pour assurer la sécurité maritime.
20:59Non, les Européens sont aussi au rendez-vous.
21:01Pas de la même manière,
21:02en fonction de leur propre histoire.
21:03Ils sont aussi au rendez-vous.
21:04Mais la question qui était posée,
21:05c'était sur la relation franco-allemande
21:08stratégique sur le long terme.
21:09Je pense qu'elle est en voie d'acheminement.
21:11Pour finir, Jean-Yves Le Drian,
21:13qu'est-ce que vous dites de ce moment
21:15que nous sommes en train de vivre ?
21:16On était déjà déstabilisés
21:19par la présidence de Donald Trump.
21:21On est déstabilisés par la guerre en Ukraine
21:23qui dure depuis quatre ans.
21:24On a désormais ce nouveau conflit
21:26qui est très perturbant pour le monde entier.
21:29Quelle vision est-ce que vous avez
21:31de ce moment particulier ?
21:32C'est la vision d'une rupture,
21:34une bascule totale du monde
21:35dans son organisation
21:38et de la montée des empires
21:40qui se manifestent de différentes manières.
21:43L'Empire américain,
21:44l'Empire russe, l'Empire chinois.
21:46Et autour de tout cela,
21:47il faut que l'Europe puisse jouer
21:48elle-même sa propre partition
21:50et pouvoir peser.
21:51Sinon, elle sortira de l'histoire.
21:54Et c'est la crise actuelle
21:55au Proche-Orient
21:56qui nous le montre
21:57avec encore plus de force.
21:58Merci, merci beaucoup Jean-Yves Le Drian
22:00d'avoir été au micro de France Inter ce matin.
22:02La revue de presse à suivre.
22:03Merci.

Recommandations