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00:00Bonjour à tous, ravi de vous retrouver sur France 24 à l'heure de Paris Direct.
00:03Il est 13h à Paris, bienvenue dans l'info du jour.
00:06Cette demi-heure consacrée à cette 12e journée de bras de fer au Moyen-Orient.
00:10Loin de retomber, le conflit s'accélère et se durcit même sur plusieurs fronts.
00:14Le régime toujours en place, tente de s'afficher plus puissant que jamais,
00:18extrêmement menaçant à l'égard de ses opposants.
00:20Il prévient aussi de représailles sur les intérêts étrangers.
00:23Les regards actuellement braqués sur le détroit d'Ormouz,
00:27où la circulation est totalement bloquée.
00:29Contrôlée par les gardiens de la révolution, l'armée iranienne,
00:34qui qualifie à l'instant de cibles légitimes les navires américains et israéliens
00:37et de tous leurs alliés dans cette zone hautement stratégique.
00:41On va évidemment revenir aussi sur les frappes qui se poursuivent dans la région.
00:45On va décrypter cette nouvelle journée avec le journaliste et écrivain Slimane Zegidour,
00:50qui est notre invité du jour. Bonjour et merci d'être avec nous.
00:53Au sommaire de cette émission, aujourd'hui un club 100% consacré à la situation au Moyen-Orient.
00:58Flore Simon nous dira qu'ici en France, Sébastien Lecornu reçoit cet après-midi
01:01les différents chefs de groupe à Matignon.
01:04Enjeu bien sûr la question du prix du carburant qui flambe et qui commence à inquiéter
01:08à quelques jours seulement des municipales.
01:11Et puis Benoît Perrochet nous donnera des nouvelles de ces footballeuses iraniens
01:13ont forcé d'évacuer leur résidence après que l'une d'elles ait changé d'avis,
01:18refusé l'asile offert par Canberra et révélé leur géolocalisation à l'ambassade d'Iran.
01:23L'inquiétude qui prime pour les opposants iraniens alors que le régime a de nouveau prévenu
01:28toute forme d'opposition ou de manifestation sera sévèrement réprimée.
01:32La machine répressive du régime qui est toujours en place.
01:35Les opposants le savent et ils vivent terrés chez eux en ce moment.
01:37La peur au ventre, Julie Dengelhoff nous donnera des nouvelles de plusieurs d'entre eux à 14h30 dans Terrière l
01:43'image.
02:00Au 12ème jour du conflit au Moyen-Orient, le régime démola et donc toujours en place.
02:06On assiste depuis ce matin à une nouvelle démonstration de force par l'image.
02:10Les partisans du régime rassemblés en nombre dans les rues de Téhéran.
02:15Vous allez le voir ici, une image en direct.
02:17Ces iraniens venus assister au funérail de sept commandants militaires tués aux côtés d'Ali Ramenei.
02:23Depuis un nouveau guide, son fils a été nommé Mojtava Ramenei dont l'état de santé est très commenté aujourd
02:28'hui.
02:29S'il reste invisible, le nouveau chef fait passer ses messages.
02:33L'Iran ne pliera pas face à l'offensive israélo-américaine qui se durcit.
02:38L'Occident a les regards braqués en ce moment sur le détroit d'Hormuz, totalement bloqué.
02:41Ce point de passage stratégique pour le pétrole mondial et pour le gaz peut-il faire bouger le curseur ?
02:48Les marchés sont en tout cas repartis dans le rouge.
02:50Les prix à la pompe s'envolent un peu partout.
02:52A côté de cela, plusieurs pays vivent au rythme de frappes incessantes,
02:55notamment le Liban sous les frappes israéliennes.
02:59Bonjour Slimane Zegidour, vous êtes écrivain, journaliste, éditorialiste.
03:03Vous êtes notre confrère de TV5MONDE et merci d'être avec nous pendant cette demi-heure
03:07pour décrypter et analyser ce qui est en train de se jouer aujourd'hui au Moyen-Orient.
03:11On commence peut-être par les dernières images fraîches qui nous viennent du terrain.
03:13Ce sont celles de Téhéran, je le disais.
03:15On était avec Siavoj Ghazi il y a quelques instants, qui était au cœur de ce cortège.
03:18On enterre aujourd'hui sept commandants militaires de l'armée iranienne
03:24qui ont été tués, abattus, aux côtés d'Ali Khamenei il y a quelques jours.
03:29C'est une nouvelle démonstration de force du régime iranien qui est toujours en place aujourd'hui.
03:34Qu'est-ce que ça vous inspire ?
03:36Il a choisi l'épreuve de force.
03:39Donc il l'assume.
03:40Il l'assume d'abord du point de vue de la rhétorique pour la consommation interne,
03:45c'est-à-dire on est là, on va tenir, quoi qu'il en coûte.
03:51Sachez-le, vous qui êtes à l'intérieur, qui voulez en profiter pour taper contre nous,
03:58et nos adversaires à l'extérieur doivent savoir qu'on est là, on n'est pas morts, on tient la
04:04route.
04:04C'est de bonne guerre en termes de communication psychologique, c'est le minimum qu'ils puissent faire.
04:12On est dans de la pure propagande là ?
04:13Pas dans la propagande, dans la communication.
04:16La propagande c'est quand on met du mensonge,
04:19et quand on veut intoxiquer, tromper son opinion intérieure, ou intoxiquer l'adversaire.
04:24Là on est dans la com', c'est-à-dire on n'est pas morts, on n'est pas tombés,
04:28parce qu'ils ont été frappés d'une manière qui a été d'une certaine manière scénarisée,
04:33pour que ce que les Américains appellent pour susciter chez eux le choc et l'effroi.
04:38C'est le concept qu'utilisent les Américains.
04:40Pour qu'ils soient tellement sonnés, qu'ils jettent l'éponge et ils disent basta.
04:45On fait ce que vous voulez.
04:46Ce qui ne s'est pas produit, et donc ils continuent sur le plan rhétorique,
04:52ils continuent à dire on est encore là, on ne jette pas l'éponge.
04:56Il y a eu quand même plus de 5000 frappes israelo-américaines depuis 12 jours, ce n'est pas rien.
05:02On regardera dans quelques instants l'ampleur des dégâts.
05:04D'ailleurs avec le guide suprême tué, de nombreuses personnes également décimées, des familles entières parfois.
05:11Vous nous dites aujourd'hui, à l'inverse de Pitex-7 qu'on suivait à la même heure hier sur
05:14cette antenne,
05:15le secrétaire américain à la Défense disait on est en train de gagner haut la main cette guerre.
05:20Vous, vous nous dites un peu à l'inverse finalement aujourd'hui.
05:22Lui il fait la même chose, en plus lui il a une dimension un peu messianique,
05:26c'est un évangélique qui cite la Bible à tour de bras et lui aussi pense que la guerre est
05:32finie.
05:32Le problème c'est que dans la guerre, d'abord on sait toujours, vous le savez comment ça commence,
05:37personne nul n'est capable de dire quand et comment cela va se terminer.
05:42Et puis la notion de victoire elle est très relative.
05:46Par exemple, il y a un concept géostratégique dans l'armée, c'est que si dans un combat asymétrique,
05:51si le faible n'est pas mort, il n'a pas perdu.
05:56Et si le plus fort n'a pas tué le faible, il n'a pas totalement gagné.
06:02Et comme dit le vieil adage romain, il n'y a pas de vainqueur sans l'aveu du vaincu.
06:07Pour l'instant, le régime des Mollahs joue la carte, on est là, on résiste.
06:12Bien sûr que l'Iran a reçu des coups terribles, que le régime lui-même a vu son prestige.
06:19La façon dont ses dirigeants ont été tués atteste d'une incompétence, ou d'une faille en tout cas,
06:27gravissime dans le système de protection et de sécurité du personnel politique du régime.
06:33Ce qui fait que, du point de vue du complexe militaire ou sécuritaire, le régime a été ébranlé, très fortement
06:41ébranlé.
06:42Mais il tient encore la route, parce que pour lui, le combat n'est pas seulement militaire.
06:48Vous mettez en avant ces failles sécuritaires, peut-être, qui ont conduit à la mort du guide suprême, l'ayatollah
06:54Ali Ramenei.
06:55Il y a beaucoup de commentaires aujourd'hui sur l'état de santé de son fils, qui lui a succédé.
07:02Il a été nommé dimanche dernier, on n'a pas vu depuis des jours.
07:05L'Iran dit qu'il est sain et sauf.
07:07Le Mossad, le service de renseignement israélien, dit qu'il a probablement quand même été blessé dans la frappe.
07:13C'est pour ça qu'on ne le voit pas, aujourd'hui, qu'il n'y a pas d'apparition
07:16publique.
07:17On peut se douter qu'il vit erré, caché, quelque part ?
07:21Vu le nombre de dirigeants iraniens qui ont été tués dans leur chambre à coucher, dans leur voiture, dans leur
07:28bureau, en sortant de chez eux,
07:30la moindre des choses serait qu'ils prennent toutes sortes de précautions.
07:33C'est certain.
07:35Mais là encore, on est dans la com' des deux côtés.
07:38Il pourrait apparaître à l'écran, à l'image, dans une vidéo tournée.
07:41Oui, il pourrait apparaître.
07:42Oui, et dans ce cas-là, on se dira, si on ne voit que le buste, on dira à ce
07:46qu'il a encore ses jambes.
07:48Mais le fond de l'affaire n'est pas là, parce qu'il peut mourir, évidemment.
07:54Il a été blessé.
07:55Mais le fond de l'affaire est ailleurs.
07:58Il faut penser au paysage après bataille.
08:01Qu'est-ce qui se passe dans cette région ?
08:04On a un Iran, un régime qui est là depuis 47 ans, qui a contraint tous les pays voisins à
08:10se réadapter à sa présence,
08:13qui a menacé d'étendre sa révolution un peu partout, qui a été un élément perturbateur tout en veillant à
08:21ce qu'il n'ait aucun problème de frontière avec ses voisins.
08:23La seule fois où il a eu des problèmes, c'est quand les Irakiens l'ont attaqué en 1980 avec
08:28l'aval de l'Occident.
08:30Donc, c'est un régime qui essaye de survivre par tous les moyens parce qu'il joue sa vie.
08:38Il joue son existence.
08:41Donc, comme on ne lui laisse pas de chance, il va résister jusqu'au bout en essayant de mettre le
08:46maximum de désordre autour de lui.
08:48Ils l'ont dit d'ailleurs, ils ont même théorisé cette mention de pouvoir de nuisance alentour.
08:53C'est le cas un peu aujourd'hui, on peut le dire, on est d'accord.
08:55On va peut-être regarder une carte, montrer ce qui est en train de se passer pendant que nous on
08:58commente la séquence en direct sur France 24.
09:01Sur le plan strictement militaire, pour le coup, ils tiennent leurs promesses, leurs iraniens.
09:06Le niveau de tension, il est inchangé, voire ça va même crescendo.
09:10Des frappes un peu partout dans la région, des attaques nous sont signalées de toutes parts.
09:14Dubaï, Doha, Riyad, le Koweït, le Liban, évidemment, qui subit le feu des Israéliens.
09:22On voit cette carte juste derrière vous pour que nos téléspectateurs comprennent bien à quel point ça peut s'étendre
09:27dans cette région.
09:29Des frappes également en mer au large des Émirats Arabes Unis et bien sûr du détroit d'Hormuz.
09:34Vous me voyez venir, j'aimerais qu'on se concentre sur ce point de passage stratégique
09:37qui demeure peut-être le moyen de pression le plus important des Iraniens aujourd'hui.
09:43On va regarder quelques images, voir ce qui est en train de se passer là-bas.
09:46Les gardiens de la Révolution annoncent contrôler totalement ce point de passage, le bloqué.
09:50Même des navires étrangers sont bloqués au moment où l'on se parle, notamment des Français qui sont à l
09:56'arrêt.
09:56Plusieurs navires ont d'ailleurs été pris pour cible, frappés par des tirs.
10:00Explication en images et puis on y revient juste après.
10:04Cette vidéo a été publiée sur le réseau social X par l'armée américaine.
10:09Elle montre des bateaux détruits dans de violentes explosions.
10:13Selon l'état-major, il s'agit de navires iraniens en train de poser des mines à proximité du détroit
10:20d'Hormuz.
10:21Cette annonce intervient alors que Téhéran chercherait à miner le passage selon la chaîne américaine CNN.
10:28Donald Trump se montre menaçant.
10:30Si pour une raison quelconque des mines ont été posées et qu'elles ne sont pas retirées immédiatement,
10:34les conséquences militaires pour l'Iran seront sans précédent.
10:39Depuis le début de la guerre, le trafic est quasiment à l'arrêt dans le détroit
10:43où transite un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfiés mondiaux.
10:48La République islamique prévient.
10:50Le corridor restera dangereux tant que les bombardements israélo-américains se poursuivront.
10:56Parmi les solutions envisagées par Washington,
10:58l'escorte de pétroliers.
11:01Mardi, un ministre américain a annoncé à tort qu'un navire avait franchi le détroit
11:06avec l'aide de la marine américaine avant de supprimer son message.
11:11Mais la Maison-Blanche n'écarte pas cette possibilité.
11:14Je peux confirmer que la marine américaine n'a escorté aucun pétrolier à l'heure actuelle.
11:20Bien sûr, c'est une option que le président a déclaré vouloir absolument utiliser si nécessaire
11:25et au moment opportun.
11:27Selon des observateurs, ces escortes seraient difficiles à mettre en place
11:31à cause du grand nombre de navires à protéger et du niveau de danger élevé.
11:38Il y a l'armée iranienne qui a déclaré qualifié en ce début d'après-midi, je cite,
11:43de cible légitime tous les navires américains et israéliens et de leurs alliés dans le détroit d'Hormuz.
11:47Donc, les navires français, notamment, qui sont encore bloqués là-bas.
11:51Comment est-ce que vous qualifiez la situation là-bas ?
11:53Je disais, c'est un point de pression.
11:56Ils l'utilisent comme une forme de chantage, ce point de passage.
12:01Oui, c'est aussi de bonne guerre parce qu'il se trouve que la géographie les sert.
12:06Le détroit d'Hormuz, dans son coin le plus étroit, c'est 33 kilomètres.
12:11Mais la partie navigable est seulement de 12 kilomètres.
12:15Or, eux peuvent effectivement, comme vous le disiez, semer des mines.
12:20Ils peuvent faire couler des bateaux parce que ce qu'on ne dit pas, c'est que le golfe Persique
12:25est la mer la moins profonde du monde.
12:28Vous savez quelle est la profondeur moyenne dans le golfe Persique ?
12:31Je vous le donne à 1 000, 40 mètres.
12:33C'est-à-dire que c'est un immeuble de 10 étages.
12:36Ce n'est pas grand-chose pour les bâtiments qui transitent par là.
12:39Ce n'est pas grand-chose, on ne peut pas envoyer de sous-marins.
12:41C'est entre 80 et 40 mètres.
12:45Donc, c'est très limité.
12:46Les Américains ont mis en garde, les Iraniens, en leur disant que si vous placez des mines sous l'eau,
12:50c'est de ça dont il est question.
12:51C'est une guerre qui se joue aussi sous l'eau.
12:54On va bombarder la zone cinq fois plus fort.
12:57Pitex-7 le disait il y a encore.
12:59Là, c'est de ça dont il est question.
13:01Au moment où on se parle, on a vu des navires ciblés et exposés aujourd'hui par ces frappes israélo
13:06-américaines.
13:07Oui, et les Américains, comme nous le savons, nous, journalistes, tous les deux jours, ils disent on va encore frapper
13:12plus fort.
13:13Vous verrez ce que vous n'avez jamais vu, ce sera encore plus terrible.
13:16Mais ça n'a pas d'effet.
13:17C'est comme les parents qui menacent de frapper leurs enfants.
13:20Mais une fois qu'ils les ont frappés, ça n'a plus d'effet.
13:22Toujours est-il que pour le régime iranien, c'est une carte qu'il est plus intéressant d'agiter que
13:30de jouer.
13:30Parce qu'une fois qu'ils jouent la carte, ils vont eux-mêmes s'empêcher d'exporter leurs millions de
13:37barils.
13:37C'est leur seule source de devises.
13:41Donc ils vont scier la branche sur laquelle...
13:43Quand on connaît la crise économique, ils traversent.
13:46Les manifestations, à la base, sont parties.
13:49Là, c'était le point de départ en décembre dernier.
13:50Exactement.
13:51Donc ce que vous êtes en train de dire, c'est très intéressant, c'est que c'est un moyen
13:54de pression et de chantage assez efficace finalement.
13:57Parce que quand on voit comment les différentes chancelleries réagissent, et en même temps, c'est très risqué pour le
14:01régime iranien.
14:02Complètement.
14:02C'est pour ça qu'il a trouvé une demi-mesure qu'il essaye de maintenir coûte que coûte.
14:06C'est ne pas bloquer totalement le détroit d'Ormouz, mais en perturber très sérieusement le trafic.
14:17Ça, c'est beaucoup plus rentable pour eux.
14:19Et le simple fait de menacer de perturber le trafic fait monter les primes d'assurance, suscite de l'inquiétude
14:28et de la peur, de la panique.
14:30Et on sait très bien que dans les bourses financières, la panique, le sentiment subjectif de peur est un élément
14:37aussi...
14:37C'est jamais bon.
14:38Ça provoque la volatilité, évidemment, des cours du bruit.
14:42Et d'ailleurs, on le voit à tous les niveaux.
14:43Les chancelleries s'organisent, en tout cas, tentent de s'organiser.
14:46L'AIE qui, sûrement, va prendre cette décision assez inédite de débloquer des réserves stratégiques et qui appelle les pays
14:54à faire de même.
14:54Il y a le Japon qui a déjà pris cette décision.
14:56L'Allemagne aussi.
14:56Les Français, on est sur le point, là.
14:58On risque de l'annoncer tout à l'heure.
15:00Tout cela sous l'effet d'une simple menace de fermer.
15:03Il n'est pas encore fermé.
15:04Donc rien que la menace crée une perturbation dont l'onde de choc va de la bourse de Tokyo jusqu
15:11'à celle de New York.
15:13Et les Iraniens jouent beaucoup là-dessus.
15:16J'imagine que vous avez suivi le discours de Donald Trump il y a quelques jours.
15:20Ces mots ont suffi et c'était assez impressionnant.
15:21En quelques instants, à faire redescendre la tension, en tout cas sur les places boursières, et à restabiliser les prix.
15:29On a vu que depuis, c'était reparti à la hausse ou en tout cas dans le rouge.
15:34Trump parlait d'une fin de guerre imminente.
15:37J'aimerais votre avis là-dessus.
15:38Est-ce que vous croyez que la guerre va s'arrêter assez vite ?
15:42Alors il y a deux éléments qui jouent.
15:44C'est l'élément, disons, pragmatique, rationnel, qui voyons que le plan initial,
15:50parce que les Américains et les Israéliens avaient un plan qui était un peu,
15:54la presse anglo-saxonne a beaucoup insisté là-dessus,
15:56qui était un peu le calcul qu'avait Poutine pour l'Ukraine.
15:59C'est-à-dire qu'on fait une attaque massive, le gouvernement en place est tellement sonné qu'il jette
16:05l'éponge.
16:06Et on pensait que les Iraniens, en décapitant le guide, allaient complètement s'aplatir et dire,
16:12OK, on fait ce que vous voulez.
16:13Ça ne s'est pas passé comme ça.
16:15Donc la guerre a pris une tournure qui n'était pas celle qui était envisagée.
16:20Donc ça coûte un argent fou.
16:22Imaginez le nombre de missiles d'interceptions qui ont été lancés.
16:27La catastrophe sur l'opinion publique.
16:30Trump est devenu un homme totalement impopulaire.
16:33C'est une guerre qui est très populaire en Israël, mais inversement impopulaire aux États-Unis.
16:39Donc il n'y a plus que des coups à prendre pour Trump sur le plan politique.
16:45On peut dire qu'il a envie que ça s'arrête.
16:47Il a dit une phrase aussi.
16:48Il a dit que si les Iraniens coulent des bateaux ou mettent des mines pour fermer le Détroit,
16:55ce sera l'enfer pour eux.
16:57Mais s'ils s'abstiennent de le faire, ce sera, je cite, un très grand pas vers des jours meilleurs.
17:04Il dit tout et son contraire, Donald Trump.
17:06C'est intéressant ce que vous dites.
17:07Quand il dit que la fin de la guerre est imminente, ce n'est pas la réalité.
17:10C'est son envie qui parle là.
17:11Il a envie d'en finir assez vite.
17:13Bien sûr.
17:13Mais s'il prend la décision de finir assez vite, est-ce que les Israéliens, eux, vont suivre ?
17:20Parce qu'il n'est pas sûr que les Israéliens s'en tiennent à une demi-victoire.
17:25Parce que pour l'instant, on ne sait pas qui est le gagnant.
17:27Tout le monde a perdu quelque chose.
17:29Tout le monde a perdu quelque chose, à commencer par les Américains et les Israéliens.
17:34L'Iran a perdu beaucoup plus, évidemment.
17:36Mais on ne sait pas qui est vraiment vainqueur dans cette histoire.
17:39S'arrêter à ce moment-là dans la guerre, il pourrait être amené à demander, qu'on lui demande des
17:46comptes.
17:46Mais il a continué, il a continué à perte.
17:49Les agendas politiques, évidemment, diffèrent des pays à l'autre.
17:53Je pense aux Américains et aux Israéliens.
17:54Parce que Trump va se confronter assez vite au mi-term, aux élections de mi-mandat.
17:58Vous parlez de l'opinion publique américaine qui est quand même assez sensible,
18:00notamment à l'évolution des cours du brut et pris à la pompe.
18:04Les Israéliens, eux, sont favorables à une intervention contre l'Iran.
18:07C'est vrai que le narratif du gouvernement israélien a fini par payer avec le temps.
18:10L'Iran est devenu la menace nucléaire.
18:14Ça, ça a été complètement intégré.
18:15On a vu des Israéliens entrer en scène en premier, d'ailleurs,
18:18et frapper avec énormément de force de nouveau le Liban, voisin le Liban,
18:24où un cessez-le-feu était en cours depuis de longs mois.
18:27Novembre 2024.
18:28Voilà, novembre 2024, 700 000 déplacés en 12 jours,
18:33de nombreuses victimes, près d'un millier de victimes là aussi,
18:36et ces frappes incessantes avec des drones qui survolent la zone.
18:39Sans parler de villages détruits entièrement.
18:41Des villages détruits et des Libanais assez résilients, finalement,
18:44pour certains qui décident de rester malgré la menace dans le sud de pays.
18:48Ce matin encore, c'était le centre de Beyrouth qui était pris pour cible.
18:51On va regarder quelques images et puis on commentera ça juste après ensemble.
18:54Regardez.
18:57Un immeuble éventré, des débris, encore fumant ce matin.
19:03Cette nuit, pour la deuxième fois depuis le début de la guerre,
19:06le centre de Beyrouth a été touché par une frappe israélienne.
19:09Les habitants du quartier densément peuplé d'Aïchabakar sont sous le choc.
19:15Dieu merci, nous sommes encore en vie.
19:18Vers 5h30 du matin, un raid aérien israélien a touché notre quartier.
19:23Le bâtiment visé se situe à quelques mètres de Dar al-Fatwa,
19:27la plus haute autorité religieuse sunnite du pays.
19:30Une attaque soudaine qui a poussé ses habitants à fuir.
19:35Je courais d'une pièce à l'autre pour rassembler ma femme et mes enfants.
19:39Je les ai cachés derrière un mur et c'est alors que le second coup est arrivé.
19:44Plus loin dans la banlieue sud de la capitale,
19:46Bastion du Hezbollah, un nouveau raid aérien cette nuit.
19:49Une situation qui se répète depuis neuf jours.
19:52De nombreux déplacés cherchent le moindre espace pour se mettre à l'abri.
19:56Cette école a été transformée en point d'aide humanitaire.
20:00Nous ne pouvons pas nous procurer les médicaments dont nous avons besoin
20:02car ils sont en rupture de stock.
20:04Cela signifie qu'aujourd'hui nous cherchons constamment une solution,
20:07mais il n'y en a pas car l'accès est bloqué.
20:10Selon les chiffres officiels,
20:11près de 600 Libanais ont été tués depuis le 2 mars par les opérations israéliennes.
20:16Plus de 750 000 déplacés à l'intérieur du pays.
20:20Certains se dirigent aussi vers la Syrie voisie.
20:24Voilà, j'aimerais citer le ministre israélien de la Défense
20:28qui communique en ce début de l'après-midi
20:29et qui, à l'inverse de Donald Trump,
20:31confirme pour le coup ses intentions en termes de durée.
20:34Il dit que ce conflit va continuer sans aucune limite de temps.
20:39On l'avait bien compris ça.
20:40Oui, vous savez, au lendemain de l'attaque meurtrière du Hamas le 7 octobre en Israël,
20:47le ministre de la Défense israélienne, Yoav Galant, a déclaré ceci.
20:51Nous allons changer la carte démographique du Moyen-Orient.
20:58Et donc, c'est ce qui se passe.
21:00L'armée israélienne veut évacuer le maximum de gens du sud Liban
21:05jusqu'au fleuve Litanie.
21:07Donc, vous disiez 700 000 personnes.
21:09Mais il y a aussi 400 000 personnes qui ont été originaires,
21:13qui avaient été déplacées auparavant
21:14et qui ne peuvent pas rentrer chez elles.
21:17Il n'y a plus que la finule comme force armée.
21:19L'armée libanaise ne s'y risque plus.
21:21Il y a peut-être des commandos du Hezbollah.
21:24La finule, d'ailleurs, dont 700 hommes sont français,
21:27c'est-à-dire 10%.
21:29Mais l'armée israélienne est en train aussi d'occuper le sud de Damas,
21:34la partie du Golan, qui n'était pas occupée,
21:38mais où l'armée israélienne a pris à peu près 400 km²,
21:41c'est-à-dire la moitié du Golan annexé.
21:45Et en Cisjordanie, on a déjà 45 000 ou 50 000 réfugiés,
21:50qui étaient eux-mêmes des réfugiés de 1948,
21:53dont les camps de réfugiés ont été rendus inhabitables
21:56et qui sont déjà réfugiés pour la deuxième fois au Cisjordanie.
21:59Il y a un tsunami, un petit tsunami démographique
22:04qui est en train d'éloigner les Libanais et les Palestiniens
22:09de leurs terres ancestrales.
22:12La menace qui a été brandie, agitée ces dernières années iraniennes,
22:17agitée évidemment par le gouvernement israélien,
22:20ça sert de prétexte idéal aujourd'hui à ce gouvernement
22:22pour avancer ses pions ?
22:25Il y a ce prétexte évidemment, menaces existentielles,
22:29l'Iran veut la bombe atomique pour la lancer sur Israël,
22:34ce qui voudrait dire sacrifier aussi les Palestiniens
22:36avec dans ce coup de folie si jamais il se produirait.
22:39Mais il y a aussi un élément dans la coalition actuellement,
22:43c'est une coalition assez hétéroclique,
22:45mais qui quand même se rejoint sur l'idée
22:48qu'il faut un maximum de territoire
22:51avec un minimum de Palestiniens ou de Libanais.
22:53C'est une formule qu'ils utilisent.
22:55C'est ça l'enjeu aujourd'hui ?
22:55Le maximum de territoire avec le minimum d'Arabes.
22:57C'est ça l'enjeu aujourd'hui pour les Israéliens ?
22:59On parlait d'enjeux divergents.
23:00Pour la coalition au pouvoir et certains de ses ministres,
23:04il faut s'étendre au Liban
23:07et s'installer,
23:10peut-être pas ad vitam aeternam,
23:11mais en tout cas s'installer le plus longtemps possible
23:16et probablement aussi dans le sud de la région de Damas,
23:20dans le Golan.
23:21Slimane Zegidour,
23:22les Israéliens qui sont aussi sous le feu des tirs,
23:26des drones iraniens notamment,
23:30la menace qu'ils brandissent,
23:32est-ce qu'elle n'est pas réelle aussi ?
23:34Bien sûr qu'elle est réelle.
23:36On est quand même dans un conflit
23:38qui dure depuis 80 ans.
23:39Et bien sûr qu'il y a un million d'Israéliens
23:42qui sont dans les abris
23:44avec leurs enfants, leurs femmes, etc.
23:47C'est quelque chose qui psychologiquement est intenable.
23:50Mais dans le cas d'Israël,
23:54il y a quelque chose qui est tragique,
23:57c'est qu'au moment,
23:59c'est au moment où une douzaine de pays arabes
24:02sur 22 avec les accords d'Abraham
24:05étaient prêts à normaliser leur relation avec Israël,
24:08que cette coalition s'est constituée en Israël
24:12avec une intransigeance
24:17qui perturbe tous les...
24:19Imaginez qu'un pays comme l'Arabie saoudite
24:21était prêt à rejoindre les accords d'Abraham.
24:24Ça aurait été, après l'Égypte,
24:26le plus grand pays arabe,
24:27siège de la Ligue arabe,
24:29et après la Jordanie,
24:30ça aurait été la plus grande caution politique,
24:33politique, je dirais même théologique,
24:36à l'absorption,
24:38l'intégration d'Israël dans le Moyen-Orient.
24:41Et c'est à ce moment-là que les rapports se dégradent.
24:44J'entends un peu de frustration dans votre voix,
24:46les conséquences de ce qui est en train de se jouer en ce moment.
24:50Ça va être quoi ?
24:51Vous parlez de cartes totalement redessinées dans la région.
24:54C'est en cours.
24:55D'espoir éteint aussi ?
24:57Oui, parce que c'est une tragédie
24:59pour tout le monde à des degrés différents.
25:02Il y en a qui souffrent plus que les autres.
25:03Les habitants de Gaza, dont personne ne parle plus.
25:06Mais par exemple, les pays du Golfe
25:07qui avaient voulu donner l'exemple,
25:10devenir d'une certaine manière
25:11le centre de gravité du monde arabe.
25:14Le centre de gravité du monde arabe,
25:15il y a 30 ans, c'était Lecaire,
25:17Beyrouth, Damas.
25:19Aujourd'hui, c'est Doha, Abu Dhabi et Riyad.
25:23Or, ces pays-là,
25:24qui ont tellement investi
25:25dans cette volonté de se moderniser
25:29sont pris dans les raies
25:32d'un conflit qui les dépasse,
25:34mais auxquels elles se sont associées
25:36en pensant se garantir la sécurité.
25:39Parce que les 19 bases américaines
25:42qui étaient sur place
25:44attirent les foudres sur elles
25:45beaucoup plus qu'elles ne les protègent.
25:47Et ce sont ces bases américaines,
25:48il faut le redire à nos téléspectateurs,
25:50qui sont à l'origine visées.
25:52Mais il y a évidemment des missiles et des drones
25:53qui atterrissent dans des immeubles,
25:55dans des résidences d'habitation.
25:56Un mot pour terminer,
25:57Slimane Zegidour,
25:59peut-être une note d'espoir.
26:00L'issue, elle peut venir d'où ?
26:01De qui ?
26:02Est-ce qu'il y en a une envisagée ?
26:04Est-ce que vous êtes optimiste
26:06ou pas du tout,
26:07au vu de ce qui se joue là ?
26:09J'essaye d'être lucide.
26:12Sachant d'abord une vérité universelle.
26:15Les hommes se battent beaucoup plus
26:17pour leur passion que pour leurs intérêts.
26:20Et leur passion, ça peut être
26:22des passions idéologiques ou religieuses.
26:25Or, on a des évangéliques aux États-Unis,
26:28on a des messianiques suprémacistes
26:31et juifs en Israël,
26:32et on a des chiites,
26:33on a un régime de Mola
26:35qui a aussi sa propre dimension messianique.
26:39Alors, peut-être le seul vecteur,
26:43le seul moyen de rétablir
26:45un minimum de rationalité,
26:47c'est le problème économique.
26:48C'est-à-dire, s'ils sont tous touchés
26:50à leur portefeuille,
26:52là, peut-être, ils pourraient atterrir
26:54sur Terre et reprendre
26:58la négociation diplomatique.
27:00L'issue qui viendrait de l'or noir,
27:01ça serait quand même intéressant, ça.
27:03On va continuer à, évidemment, suivre
27:05ce que ça provoque un peu partout dans le monde,
27:06parce que tout le monde réagit
27:08à cette flambée des prix du baril de Brut.
27:12Ça parle à tout le monde,
27:13quelles que soient les idéologies,
27:14quelles que soient les passions,
27:15comme vous le disiez.
27:16Merci beaucoup d'avoir été l'invité
27:18de l'Info du jour.
27:19Merci.
27:19Merci.
27:19Merci.
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