00:00Vous êtes, ma chère Nivine, étudiante franco-libanaise, je disais que vous êtes au sud Liban.
00:05On a envie de savoir comment ça se passe. Dites-nous tout, puisque nous on voit une certaine panique dans
00:11le sud Liban.
00:12Des dizaines de milliers de personnes qui fuient le sud Liban.
00:16Où êtes-vous précisément ? Racontez-nous ce que vous vivez.
00:22Bonjour, alors je me trouve au sud Liban actuellement. Je suis tout droit là dans ma voiture.
00:31Je me rends à Beyrouth parce qu'ils viennent d'envoyer Israël un message d'urgence pour tout le sud
00:38Liban, c'est-à-dire derrière la rivière du Litanie, pour quitter la zone.
00:45Mon village se trouve dans cette zone-là et la ville de Tyre aussi. Nous avons fait nos affaires en
00:50vitesse et nous sommes sur la route.
00:52Alors nous c'est qui ? Votre père, votre mère, vos frères, vos soeurs ?
00:55Alors oui, ma famille, mes parents, mon frère et moi.
00:59D'accord. Où allez-vous concrètement ? Vous allez vers Beyrouth ? Vous avez des amis là-bas ? Où
01:02est-ce que vous allez concrètement, Nivine ?
01:05Donc moi, j'ai une maison à Beyrouth, un appartement parce que je fais mes études sur Beyrouth.
01:11Du coup, je suis en train de me rendre vers mon appartement où nous allons tous vivre pour le moment.
01:17Alors on parle de dizaines de milliers de personnes qui sont comme vous, Nivine, dans leur voiture, en train de
01:22fuir.
01:23Beaucoup d'embouteillages. On parle de personnes âgées qui sont parties comme ça en une fraction de seconde sans leurs
01:28médicaments.
01:30Fatiguées, épuisées, qui dorment un peu n'importe où.
01:32Saola, qu'est-ce que vous pouvez nous témoigner de ce que vous voyez autour de vous, Nivine ?
01:37Tout à fait, tout à fait. Donc on a vu, en fait, notre maison donne vue sur la rue par
01:43laquelle tout le monde passe pour prendre l'autoroute qui nous rend sur Beyrouth.
01:47Du coup, on a pu voir énormément de gens qui prenaient la route. Donc comme vous avez dit, des familles,
01:52des enfants, des vieillards, des gens malades.
01:54De même, il y a des gens qui partaient à pied. Donc ils n'ont peut-être pas les moyens
01:59de se déplacer, qu'ils partaient à pied ou sur des motos.
02:02Et ils étaient plusieurs sur les motos. Donc c'est très, très difficile.
02:06Donc ils fuient comme ils peuvent.
02:07J'ai de la famille qui a passé plus de dix heures sur la route alors qu'en temps normal,
02:12cette route ne prend pas plus d'une heure.
02:14Ah oui, incroyable, incroyable. Et vous, vous êtes en voiture, votre voiture est pleine. Vous êtes combien ? Cinq, six
02:20? Vous êtes combien ?
02:23Alors oui, on est plutôt nombreux et il y a aussi beaucoup de bagages. Donc voilà, c'est ça.
02:29Et les voitures et les routes sont encombrées. Est-ce qu'il y a une certaine panique ou pas autour
02:33de vous ?
02:34Est-ce que c'est une certaine lassitude ? On en a marre ? On a l'habitude de fuir
02:41? On espère que c'est la dernière fois ?
02:42Ou bien est-ce que vous sentez une certaine panique ?
02:45Une panique, oui, c'est normal. Mais il y a aussi un grand sentiment de lassitude, exactement d'habitude, de
02:52déjà vu.
02:53Donc on en a vraiment marre de toujours avoir à revivre le même scénario alors qu'on a à peine
02:59le temps de s'en remettre de la précédente guerre.
03:02Oui. Gabrielle Cluzel, journaliste à Europe 1, vous pose une question ma chère Nivine.
03:07Oui, vu en tout cas de France et pour les témoignages que j'ai pu en avoir, on a l
03:11'impression quand même que c'est un peu le quotidien des Libanais,
03:14qu'en tout cas ceux qui habitent dans le sud, est-ce que vous espérez, de ce qui se passe
03:18actuellement, une vraie pacification du Liban ?
03:23Est-ce que la fin du Hezbollah ou du pouvoir du Hezbollah dans votre pays, est-ce que c'est
03:29quelque chose qui vous lève une espérance en vous ?
03:34Alors bien sûr, nous on aimerait vivre dans la paix comme n'importe quel pays normal.
03:39Le Liban est un magnifique pays et il ne mérite pas tout ce qui lui arrive honnêtement.
03:43Et nous sommes très très fatigués. Le peuple, vraiment, c'est celui qui subit le plus de dégâts.
03:48Donc on perd nos maisons, notre travail, nos économies, nos familles aussi, des proches.
03:55Donc bien sûr, on espère avoir la paix. On espère que le Hezbollah va trouver un accord de paix avec
04:02l'Israël.
04:02Je ne sais pas si pour autant je pourrais dire que j'espère que le Hezbollah n'existe plus parce
04:08qu'au final, ce sont peut-être un peu les seuls qui sont là pour protéger nos frontières.
04:13Mais c'est vrai qu'ils ne sont pas non plus tout blancs.
04:15Donc on espère qu'il y ait peut-être, je ne sais pas, que l'armée libanaise puisse trouver un
04:20moyen de savoir elle-même être apte à défendre son pays.
04:24Merci beaucoup Nivine pour ce témoignage très fort en direct du sud-Liban.
04:30Nivine, 23 ans, étudiante franco-libanaise qui est dans sa voiture en train de fuir le sud du Liban avec
04:36toute sa famille pour aller à Beyrouth
04:38et nous témoigner comment elle voit autour d'elle des personnes qui sont à pied, des personnes qui sont à
04:42moto.
04:42Nous irons d'ailleurs dans un instant, on marque une pause, on revient avec Rayane qui a 22 ans,
04:47qui lui aussi est un étudiant franco-libanais et qui est dans le nord, qui vit à côté de Beyrouth,
04:52au nord de Beyrouth,
04:53pour savoir effectivement comment ça se passe dans le nord de Beyrouth.
04:57On marque une pause, on revient avec ces témoignages au cœur de la guerre.
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