- il y a 3 heures
Sepideh Farsi, cinéaste iranienne, Negzzia, mannequin iranienne exilée depuis 2017, et Bahareh Akrami, dessinatrice, ont confronté leurs points de vue sur la situation en Iran cette dernière semaine, depuis les frappes israélo-amérciaines et la mort d'Ali Khamenei.
Retrouvez « L'invité de 8h20 » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien
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00:00Et dans le grand entretien ce matin, parole aux principales victimes du régime de Ramenei en Iran,
00:04ces femmes forcées de porter le voile dès leur plus tendre enfance,
00:08aux principales opposantes aussi à cette république islamique.
00:11Quel regard porte-t-elle sur la guerre en cours depuis presque une semaine ?
00:15Ces bombardements américains qui ont tué le guide suprême iranien le week-end dernier,
00:20les frappes qui se poursuivent, trois femmes donc pour témoigner avec nous ce matin,
00:24la mannequin Nexia exilée en France depuis 2017 après avoir été menacée du fouet
00:29et deux autres réfugiés chez nous depuis les années 80,
00:32la cinéaste Sepide Farsi, réalisatrice du documentaire Put Your Soul On Your Hand On Woke,
00:38récemment nommée au César, et l'autrice de BD Bahre Akrami, dite Babou,
00:42qui tient un carnet de bord de la révolution iranienne sur les réseaux sociaux et dessine,
00:46notamment pour Mediapart. Bonjour à toutes les trois.
00:49Bonjour.
00:51Je voulais croiser vos regards ce matin, grand merci d'être venu nous parler.
00:55On va aussi entendre le regard, les questions des auditeurs, vos commentaires chers auditeurs,
01:0001-45-24-7000 et sur l'application Radio France.
01:05Alors toutes les heures, et même plus que toutes les heures,
01:08tombent de nouvelles informations concernant ce qui se passe au Moyen-Orient,
01:12ces frappes israéliennes américaines contre l'Iran, contre le sud du Liban,
01:15on en parlait à l'instant avec Pierre Aski, la réplique du Hezbollah de la République Islamique,
01:20puis la nuit dernière, la télévision publique iranienne qui rapporte des explosions dans la capitale Téhéran.
01:27Comment est-ce que vous vivez, vous qui êtes en exil récent ou plus ancien,
01:32cette succession d'informations, ces changements heure par heure ?
01:36Qui veut commencer ?
01:39C'est puis des farcis peut-être ?
01:41C'est très compliqué à formuler, difficile à vivre, certes on est à Paris au calme,
01:52mais je suis sortie hier soir, j'ai dû, après avoir passé la journée à faire des interviews,
01:58à lire et à écrire sur l'Iran, j'ai dû sortir un instant, arrêter de regarder les images
02:04pour m'assurer qu'on est, enfin, c'était étrange de marcher dans les rues de Paris au calme.
02:11Les missiles et les bombes tombent en Iran, mais ça nous atteint complètement, complètement.
02:16On a, je pense, toutes les trois, en tout cas on en a discuté, on a de la famille en
02:21Iran,
02:21mais je veux dire, la plupart des gens qui sont ici, les Iraniens, évidemment, ont de la famille,
02:25puis c'est notre pays.
02:29Donc, rester indifférent face à ces attaques, et dire que c'est la voie pour libérer le peuple iranien,
02:37c'est pas comme ça que je l'entends, moi.
02:39Vous n'êtes pas forcément d'accord sur ce sujet ?
02:41Pas du tout d'accord.
02:42Enfin, moi en tout cas.
02:43Oui, ensemble.
02:44Mais en tout cas, là vous êtes dans la submersion, l'inquiétude, submergée par ces informations.
02:51Mais oui, on voit des pans entiers d'Iran disparaître sous les bombes.
02:56C'est pas du tout des attaques ciblées, du tout, contrairement à ce qui est prétendu.
03:01Barré Akrami ?
03:02On vit dans une angoisse permanente, en fait, pour nos proches, nos familles qui sont là-bas,
03:08puisque moi-même, toute ma famille est aussi là-bas, même si je suis en France depuis de nombreuses années.
03:15Et puis pour tous les Iraniens, en fait, et effectivement, on vit ici, mais on est scotché aux informations là
03:22-bas.
03:22Et puis, moi, j'ai envie de vous dire, à titre personnel, moi, j'ai vécu, en fait, j'ai
03:28vécu des attaques.
03:29Et je sais ce que c'est que la peur, l'angoisse et les bruits des explosions.
03:34Déjà, quand j'étais petite, durant la guerre Iran-Irak, j'étais encore en Iran.
03:38Et le bruit des avions, longtemps après, en France, il m'a poursuivi.
03:43Mais surtout, le 13 novembre 2015, j'étais dans les attentats de Paris.
03:49Et en ce moment, en fait, ce que je me dis souvent, c'est que si j'étais morte sur
03:54cette terrasse ce soir-là,
03:57peut-être qu'aujourd'hui, j'aurais une plaque commémorative au Jardin des Souvenirs, à mon nom, et c'est
04:02normal.
04:03Mais si j'étais morte aujourd'hui, sous les bombardements en Iran, je ne serais pour vous peut-être qu
04:08'un chiffre.
04:09Et encore, quand vous citez ce chiffre, et voilà.
04:15Et je me dis en ce moment que, voilà, les vies, elles ont parfois, on a l'impression qu'elles
04:20n'ont pas la même valeur.
04:22Nixia ?
04:23Bonjour d'abord, et je voulais répondre différemment.
04:26En fait, vous deux, vous êtes ici il y a longtemps, mais moi, je viens partie de mon pays.
04:33Depuis 2017, vous êtes ici ?
04:35Voilà. Donc, j'ai vivé toute ma vie là-bas.
04:37Je connais mes peuples, je connais mes amis, ma famille, ils sont tous là-bas.
04:42Et on était comme les enfants abusés, que les parents les abusent.
04:48On demande d'aide extérieure, parce qu'on ne peut pas changer notre parent tout seul.
04:53Donc, on demande d'aide extérieure pour quelqu'un nous aider.
04:56Et maintenant, l'aide arrive.
04:58On a fait, on s'est battre pour cette aide.
05:03Et la beauté de cette histoire, c'est que depuis qu'on était enfant dans l'école,
05:07ils nous forcent à dire mort à Israël, mort à États-Unis.
05:10Et aujourd'hui, exactement, Israël et États-Unis viennent prendre les mains de notre enfant.
05:17Oui, je sais, ça fait peur, c'est la guerre.
05:19Mais les Iraniens en Iran, ils sont contents.
05:22Ils sont contents, ils sont tous heureux.
05:24Moi, on ne peut pas appeler notre famille en Iran, mais les gens appellent quand ils voient le gouvernement.
05:32Ils sont en train de partir.
05:34Bah oui, c'est bon, c'est dangereux, mais c'est un prix qu'il faut payer.
05:38Et si on, moi, personnellement, je vous parle de toutes les vidéos que j'ai vues des Iraniens en Iran,
05:46qu'ils ont tous heureux.
05:48Et on n'a pas peur de meure.
05:53Franchement, le gouvernement en Iran, aujourd'hui, il est en train d'utiliser les enfants, les femmes, les jeunes comme
06:02boucliers
06:03pour dire que, regardez, États-Unis, tous les enfants, toutes les femmes, les choses comme ça.
06:10Mais ça, ce n'est pas vrai, madame.
06:12Il faut vraiment connaître ce gouvernement.
06:14Il faut grandir dans ce gouvernement.
06:16Moi, je suis 100% d'accord avec cette attaque.
06:20Alors, on voit que vous avez des points de vue vraiment très divergents.
06:24C'est pide et farsi, vous n'êtes pas du tout sur cette ligne-là.
06:26Vous ne soutenez pas cette intervention américaine.
06:31Mais si on revenait peut-être tout simplement au factuel.
06:34Vous disiez que vous avez de la famille, des proches en Iran.
06:38Qu'est-ce qu'ils vous racontent aujourd'hui ?
06:40Comment vous arrivez à les joindre alors qu'Internet est coupé ?
06:43Alors, d'abord, quand...
06:46Vous voulez quand même répondre à un exemple ?
06:48Non, non, non.
06:49Mais dis qu'elle voit...
06:50Enfin, on n'est pas en contact avec nos proches.
06:53Personne.
06:53Il y a extrêmement peu de possibilités de connexion.
06:57Il y a de temps en temps un texto qui arrive.
06:59Moi, je ne peux même pas parler à ma mère depuis une semaine.
07:03Donc, les scènes de l'IS, de joie et tout ça...
07:06Qu'on a pu voir quand même sur les réseaux sociaux.
07:08Il y en a eu, mais on ne peut pas dire que les 92 millions d'Iraniens sont contents.
07:12Je ne pense pas qu'il y ait suffisamment d'images qui émanent d'Iran,
07:16qui puissent témoigner de ce que la population ressent.
07:20C'est un grand pays, c'est un pays très complexe.
07:23C'est un pays multi-ethnique, multi-confessionnel.
07:26Les Iraniens ont montré à plusieurs reprises,
07:30encore fin décembre et début janvier, tant qu'il était possible de manifester,
07:34leur mécontentement, leur résilience,
07:38leur volonté de passer outre ce régime,
07:40que je condamne fermement pour tous les crimes commis.
07:46Mais est-ce que c'est le meilleur moyen de renverser le régime ?
07:51C'était le seul moyen.
07:52C'était le seul moyen.
07:54C'était le seul moyen.
08:12Ce qui régit en Iran est un système.
08:16Certes, Ali Khamenei a été éliminé,
08:19mais on voit bien que le système n'est pas tombé.
08:21Le régime était déjà affaibli.
08:24Le soulèvement populaire,
08:26qui d'ailleurs se repose sur le mouvement Femmes-Vie-Libertés de 2022 et 2023 en partie,
08:32qui n'est pas terminé,
08:33parce que les femmes ont gagné du terrain.
08:35Il y a quand même un changement radical.
08:39Quand on regarde la société iranienne,
08:41les femmes peuvent aujourd'hui,
08:43malgré les difficultés,
08:44ont tenu tête,
08:45se promènent sans voile.
08:46C'est un gain majeur.
08:49Le peuple iranien était en train d'en arriver au bout.
08:52Je ne dis pas qu'il ne faut pas de l'aide extérieure.
08:54Je ne dis pas ça.
08:55Il faut que la communauté internationale soutienne le peuple iranien.
08:58Certes, mais est-ce qu'attaquer de cette manière-là,
09:02et on l'a vu en juin dernier aussi,
09:06ça n'a fait que renforcer la répression du régime.
09:09Tout le reste de l'année 2025,
09:12suite aux attaques israélo-américaines de juin 2025,
09:16c'est l'une des années les plus meurtrières,
09:18d'un point de vue répression, sur les dissidents.
09:23On a parlé de 30 000.
09:24Et puis ensuite, en janvier.
09:26Oui, bien sûr.
09:27Là, je parlais de l'année 2025.
09:30Et ensuite, 30 000 morts.
09:32Lors du dernier mouvement de manifestation.
09:34Absolument.
09:35C'est votre tour,
09:36mais on ne va peut-être pas faire un débat
09:38sur la légitimité de l'intervention.
09:40Mais s'il vous plaît, il faut que je dis ça.
09:43C'est le seul moyen de cette attaque
09:45pour sauver nous en Iran.
09:48On a fait plein de manifestations dans l'orbi.
09:50Moi, j'étais dans deux manifestations.
09:52Même si je n'étais jamais votée en Iran,
09:54mais j'étais dans la roue avec les jaunes.
09:56Mais j'ai vu avec mes yeux
09:58comment le gouvernement tire dessous les gens.
10:00On ne peut pas changer tout seul ce gouvernement.
10:03On a demandé cette aide.
10:04Et l'aide, aujourd'hui, est arrivée.
10:07Sur l'histoire des femmes-vieux-libertés,
10:09on n'avait pas l'idée.
10:10Aujourd'hui, on a le prince Reza Pahlavi.
10:12Et les États-Unis,
10:13il a promis qu'il va attaquer l'Iran.
10:17Les États-Unis vont attaquer l'Iran.
10:19Et quand c'est bon moment,
10:20les gens vont faire encore manifestations
10:22pour prendre leur pouvoir.
10:24Les États-Unis, il a dit,
10:25ce n'est pas nous qui allons avoir contrôle en Iran.
10:27C'est vous qui décidez.
10:29Et aujourd'hui, on attend pour les moments corrects.
10:32Mais toujours, le gouvernement,
10:33il a toujours le pouvoir.
10:35Et non, il ne faut pas sourire comme ça,
10:37comme je suis un con.
10:38Non, je souris à Marais.
10:41Si vous êtes gauchiste,
10:43Moudjahedine ou quelque chose,
10:44vous avez à inviter quelqu'un.
10:45Je parle des côtés des millions d'Iraniens.
10:49Mais c'est très bien d'entendre la diversité des voix
10:51et des points de vue, bien sûr.
10:52Donc, il faut attendre pour moi.
10:53C'était le seul moyen.
10:55Il y a milliers de jeunes,
10:57d'âge de 3 ans, jusqu'à 80 ans,
11:00ils ont mort dans la rue
11:02avec ce gouvernement.
11:04Donc, on ne pouvait pas les changer.
11:06On ne pouvait pas.
11:07Et ils n'ont pas notre ennemi.
11:09Ce n'est pas une guerre.
11:10C'est un appel d'aide.
11:13C'est aide à l'Iran.
11:15Il faut arrêter à réfléchir comme ça.
11:18Alors, Barré Akrami,
11:19un mot, puisque je vous m'allais préciser.
11:22Je pense qu'on ne peut pas se soulever sous les bombes.
11:26Et concernant M. Palavi,
11:29je pense que la question...
11:29Alors, lui, c'est le fils du chat.
11:31Le fils du chat, de l'ancien dictateur.
11:33Je pense que la question,
11:34elle ne doit pas être celle d'un homme, en fait,
11:36mais plutôt celle des règles démocratiques.
11:38Et d'ailleurs, dans le projet de transition,
11:41puisque Mme parle de...
11:43le présente comme un leader,
11:44dans le projet de transition qu'il propose,
11:47il dit qu'il aurait pendant plusieurs mois
11:49les pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires.
11:52Et donc ça, ça pose la question,
11:55une question démocratique importante, à mon sens.
11:58Est-ce qu'une transition, en fait, vers la démocratie,
12:01elle peut reposer sur la concentration
12:03de tous les pouvoirs dans les mains d'une seule personne ?
12:06Quand bien même, d'ailleurs, ça arriverait...
12:07Excusez-moi, c'est dans son projet.
12:09Quand bien même ça arriverait,
12:11puisque aujourd'hui, le régime est loin d'être tombé d'ailleurs,
12:14pour moi, la démocratie, c'est un processus,
12:17et c'est pas une personne, c'est des institutions.
12:19Excusez-moi, laissez-moi...
12:20Madame, laissez-moi parler.
12:22Madame, s'il vous plaît...
12:24Les iraniens décident qu'ils vont voter libéralement.
12:28Un instant, laissez parler,
12:29Bahre et Kramit, que chacun parle à son tour.
12:31Ce qu'on voit aussi, d'ailleurs, là,
12:33c'est que souvent, ces soutiens, en fait,
12:36ils mettent en place un climat un peu agressif,
12:39et on voit parmi eux,
12:41parmi une partie de ces soutiens aussi,
12:43on n'est pas les journalistes parlés,
12:45les opposants démocratiques,
12:47qui ne partagent pas la même vision qu'eux,
12:49parce que, je suis désolée,
12:50mais comme l'a rappelé Sépi Défarsi,
12:53l'Iran, c'est un pays de 90 millions d'habitants,
12:55et même la diaspora à l'extérieur
12:58ne pense pas à la même chose,
12:59et c'est pas parce qu'on ne pense pas à la même chose
13:00qu'on n'a pas le droit de s'exprimer.
13:01Et on entend le point de vue de chacun, d'ailleurs.
13:04On est en plus un leader pour voter libèrement un jour.
13:08Et aujourd'hui, on a cette leader.
13:11Alors, effectivement,
13:12le fils du chat se présente comme une des options possibles.
13:15Moi, je voudrais revenir quand même vraiment
13:17à votre vécu, Sépi Défarsi.
13:19Vous, vous avez quitté l'Iran,
13:22vous avez été emprisonnée avant ça.
13:25Aujourd'hui, encore, il y a des gens
13:27dans les prisons politiques en Iran.
13:30Moi, j'ai été emprisonnée à 16 ans.
13:32J'ai presque un an d'emprisonnement.
13:36Oui, et j'ai perdu des amis.
13:39J'ai perdu des amis qui ont été exécutés
13:42dans les années 80.
13:44Des gens de ma famille aussi.
13:48Donc, mon historique avec ce régime
13:52est très clair.
13:53Et je suis convaincue qu'il faut,
13:56effectivement, qu'il parte, ce régime.
13:57Là-dessus, il n'y a aucun doute.
13:59Aujourd'hui, la vie des prisonniers politiques
14:01est en danger.
14:01Jezor Handon, qui est le mari
14:03de Nassim Sotoudé,
14:05elle-même longtemps emprisonnée,
14:08avocate et juriste dissidente,
14:11lui est en prison aujourd'hui.
14:12Et il a appelé.
14:13Il a quand même réussi à sortir une lettre
14:15qui appelle à la libération
14:17des prisonniers politiques.
14:18Parce que, surtout, avec les bombardements,
14:21ils risquent d'être...
14:23de mourir sous les bombes en prison.
14:25En juin dernier, il y avait eu un missile israélien
14:28qui avait frappé une partie de la prison d'Evin.
14:32Il y a des prisonniers politiques qui sont morts.
14:34Soi-disant, c'était pour les libérer,
14:36mais en fait, ils sont morts.
14:37Et puis après, rien n'a changé
14:39puisque le régime les a déplacés
14:41dans une autre section.
14:43C'est un peu le cas aujourd'hui.
14:45Il y a eu un déplacement des prisonniers politiques.
14:47Certains, on ne sait pas où ils sont.
14:50Il y a aussi Nargis Mohammadi
14:51qui est la luréate du prix Nobel
14:53qui est à Zanjian dans une prison.
14:55On est sans nouvelles d'elle
14:56depuis plusieurs semaines.
14:58Donc c'est extrêmement préoccupant, en fait,
15:00de livrer le pays
15:01d'un côté, entre les mains
15:05d'un régime sanguinaire
15:06et de l'autre côté, les bombes qui tombent
15:08sans observateurs internationaux,
15:10sans aucune aide à la population.
15:13C'est vraiment...
15:16Le peuple iranien est entre le marteau et l'enclume.
15:18Barge Akrami ?
15:19Oui, tout à fait.
15:20Je voudrais compléter
15:21concernant les prisonniers politiques.
15:23On a parlé du massacre
15:25qui a eu lieu fin décembre et en janvier.
15:29Donc il faut savoir que
15:30durant ces 50 jours de mouvement,
15:34il y a une ONG, Human Rights Activist,
15:36qui a documenté ces événements
15:39et ils font état de plus de 53 000 arrestations.
15:43Donc tous ces gens, en fait, étaient en prison.
15:45Donc pour avoir manifesté, ils le sont encore.
15:48Et aujourd'hui, je vais vous raconter une histoire.
15:50Moi, j'ai eu une amie, son cousin, en Iran.
15:53Il était...
15:54Donc c'est un jeune homme, un brillant étudiant
15:57qui avait été emprisonné.
15:58Et le matin, des bombardements,
16:02il devait être libéré.
16:04Et donc sa famille devait aller le chercher.
16:06Et donc ça n'a pas pu être fait
16:07à cause des bombardements.
16:08Et aujourd'hui, sa famille non plus
16:09n'a pas pu quitter Téhéran.
16:11Pourquoi ? Parce qu'ils ont voulu rester avec lui
16:13pour ne pas le laisser et ne pas l'abandonner.
16:16Donc la situation des prisonniers politiques,
16:17elle est très inquiétante aussi.
16:19Et il faudrait que la communauté internationale
16:21fasse pression justement pour libérer,
16:24pour demander au régime, en fait,
16:26de libérer ces prisonniers.
16:28Et donc dans la lettre de Reza Randon,
16:31ce qu'il nous dit, c'est que bientôt,
16:33il va y avoir des pénuries de nourriture,
16:36de médicaments.
16:38Et voilà.
16:40Et donc on est très préoccupés actuellement
16:42par le sort des prisonniers politiques.
16:45Et juste pour ajouter,
16:46pour revenir sur l'histoire des opposants
16:50et de ceux qui pourraient peut-être
16:52incarner aussi une opposition,
16:54dans la prison d'Evine,
16:55justement, il y a des opposants politiques.
16:57Et le régime, ce qu'il a dit récemment,
17:00c'est que ce qu'il voulait,
17:02c'est qu'il a menacé, en fait,
17:05que si le régime s'effondre,
17:07que tous ces prisonniers politiques,
17:08ils ne sortiront pas vivants.
17:11Nexia, on parle de la situation difficile
17:12des prisonniers politiques,
17:13mais c'est la situation de toute la population
17:15qui est compliquée.
17:16Est-ce que vous, vous arrivez à joindre
17:18des personnes là-bas,
17:20ces pieds des farcides,
17:20que c'est très compliqué,
17:22que les connexions sont coupées ?
17:25Ils arrivent pour deux, trois fois à m'appeler.
17:28Et avant, en fait, au début des guerres,
17:30j'ai réussi à parler avec mes amis et ma famille.
17:35Et tout le monde dit qu'on est responsable
17:37sur la mort de toutes les 40 000 personnes
17:41qui sont morts.
17:42Et ce n'est pas grave si on est mort,
17:44on est responsable pour cette mort.
17:46De quelles 40 000 personnes ?
17:48Pendant deux jours,
17:49au gouvernement,
17:50ils ont tué 40 000 personnes
17:53pendant la manifestation.
17:54Lors de la répression des dernières manifestations.
17:55Exactement, on est responsable devant leur famille,
17:58on est responsable devant eux,
18:00et ils nous regardent aujourd'hui.
18:02Donc, on ne peut pas,
18:03quand on ne peut rien faire,
18:05on est tous contents de cette situation.
18:07Et sur l'histoire des prisonniers,
18:09il faut que vous compreniez
18:10qu'en Iran,
18:12on a plein de gens comme espionnes,
18:15qu'ils ont un travail,
18:16qu'on est toujours connecté à le gouvernement,
18:18et ils donnent mauvaise information.
18:21Comme l'histoire que les gens dansent dans la prison,
18:24on voit l'image des femmes
18:26avec bijoux dans la prison,
18:27ça n'existe pas.
18:29Vous connaissez la pilole
18:30pour ne tomber pas enceinte,
18:33c'était la plus demande
18:34pendant les dernières années,
18:36pour les femmes prisonnières.
18:38Et comment c'est possible ?
18:39Il y a des gens qui dansent dans la prison,
18:41et les femmes sortent de la prison
18:42avec bas des gardes
18:44et des mecs de gouvernement ?
18:46On a du mal à voir à quoi
18:48vous faites référence,
18:50Nexia,
18:51mais en tout cas,
18:52ce que vous dites,
18:52c'est que vos proches,
18:53ils se sentent responsables
18:54de ce qui va se passer maintenant.
18:56Pardon ?
18:57Vos proches se sentent responsables
18:58de ce qui va se passer maintenant.
19:00Bah oui,
19:00on attend toujours pour le moment,
19:02pour les gens sortent
19:03et faire la dernière manifestation,
19:06et on prend le pouvoir.
19:09C'est moi,
19:10sur les...
19:11Bah, vers la cramie.
19:11Oui, excusez-moi,
19:12sur le...
19:13Effectivement,
19:13alors c'est vrai qu'il y a un blackout
19:16depuis le début,
19:18depuis le début des bombardements,
19:19mais il y a effectivement
19:20quelques infos
19:22et quelques images
19:22qui sortent.
19:23Et d'ailleurs,
19:24Nazila Maroufian,
19:25qui n'a pas pu venir ce matin,
19:26qui est une journaliste
19:27et qui fait un travail incroyable
19:29pour justement faire sortir
19:31ces images d'Iran.
19:32Ce qu'on voit aussi,
19:34contrairement à ce que madame dit,
19:36c'est que les gens sont peurs,
19:38les gens ont peur,
19:40ils sont désespérés.
19:41Moi, ce que j'ai vu
19:42comme témoignage,
19:43c'est plutôt des gens
19:44qui disaient
19:44« j'aimerais être mort »
19:46et qui sont contre
19:48les bombardements.
19:50Voilà.
19:50Donc, c'est aussi...
19:51Excusez-moi,
19:52c'est aussi une réalité.
19:53C'est aussi une réalité.
19:55Et donc,
19:55il y a aussi des journalistes,
19:58notamment,
19:59il y a un journaliste
20:00qui travaille pour vous,
20:01qui travaille pour vous.
20:03Donc, il y a différentes...
20:04On a un auditeur au standard.
20:05Voilà.
20:06Donc, on va essayer
20:07de quand même prendre sa question.
20:08Gachine, bonjour.
20:09Oui, bonjour.
20:11Une auditrice.
20:12Merci pour votre appel.
20:13Vous aviez une question
20:14pour nos invités.
20:17Je voudrais plutôt intervenir
20:19par rapport à ce qui a été dit.
20:20En fait,
20:21il n'y a pas de block-out total
20:22comme l'autre fois
20:24après les événements
20:26de 6 et 9 janvier.
20:27Oui, merci.
20:28Des manifestations.
20:30Il y a quand même
20:31des connexions.
20:32Nous, on est en contact
20:32avec nos amis en Iran.
20:35Je reçois des informations,
20:37peut-être pas les images,
20:39mais des informations,
20:40bien sûr,
20:41tous les jours.
20:43et je voulais dire
20:44qu'en fait,
20:46ce qu'elle dit,
20:46Nesia,
20:47c'est vraiment correct.
20:49Il n'y a pas de sentiment
20:50d'angoisse
20:51ni de peur.
20:52Ça,
20:52je n'ai pas du tout senti
20:54parmi les messages
20:56que je reçois,
20:57les messages que je vois.
20:58Je suis en contact
20:59avec des diastorats iraniennes
21:01ici,
21:01là où j'habite.
21:03Et pareil,
21:03chez tout le monde,
21:04il n'y a pas de sentiment
21:05de peur.
21:06j'ai des messages
21:07des amis
21:08qui disent
21:08« Tout va bien,
21:11il y a les supermarches,
21:13tout est ouvert,
21:14peut-être 1 pour 5,
21:16mais il y a la... »
21:18Mais c'est vrai,
21:19madame,
21:19c'est vrai,
21:20je parle avec mon père.
21:21Mon père,
21:22je lui parlais,
21:23tout va bien,
21:24les gens vont au travail.
21:30On vous laisse finir.
21:33Donc,
21:34les trois sentiments
21:35qui sortent chez les gens,
21:37premièrement,
21:37c'est le soulagement.
21:38Que ça soit pour la famille,
21:40des familles en deuil.
21:41Pas que concernant
21:43les derniers événements
21:44de 6 au 9 janvier,
21:46mais des événements
21:47des histoires
21:49qui sont là
21:50depuis 47 ans,
21:53par toute origine.
21:53Donc,
21:54le sentiment de soulagement,
21:55première chose
21:56pour les familles en deuil
21:58et aussi pour les Iraniens
21:59que l'aide arrive enfin.
22:01L'aide de deux pays
22:03les plus forts du monde
22:04arrive enfin.
22:04Et là,
22:05je vois d'autres pays aussi.
22:06Et ça,
22:07c'est le sentiment
22:08de soulagement
22:08que je ressens
22:10chez les Iraniens.
22:11En Iran,
22:12je ne parle pas
22:12des Iraniens
22:13qui sont passés autrement.
22:14Voilà.
22:15Et je parle dans
22:16le sentiment
22:18de joie.
22:20On comprend,
22:22Gachin,
22:22qu'il y a
22:22plusieurs
22:23sentiments qui dominent
22:24et on le voit
22:24même dans ce plateau.
22:25On voit à quel point
22:26il peut y avoir une ambiguïté,
22:27à quel point
22:27il peut y avoir de la peur,
22:28à quel point
22:29il peut y avoir de l'espoir
22:30et c'est de l'espoir
22:31moi que j'ai envie
22:31de parler.
22:32J'ai envie d'ajouter
22:32une chose.
22:33Pardon.
22:34Excusez-moi,
22:34Nexia,
22:35mais c'est Pidey Farsi,
22:36vous devez prendre
22:36la parole depuis un moment.
22:37Moi, je n'ai pas de côté.
22:38Moi, je n'ai pas de côté.
22:40J'essaie de comprendre
22:40le point de vue de chacune.
22:41Je vois tout.
22:42Je vous seulement
22:43dis quelque chose.
22:44Pendant deux jours
22:45de massacre,
22:46pendant une semaine,
22:48on avait zéro nouvelle
22:49de l'Iran.
22:50Et ça,
22:51c'était le moment
22:51d'être triste,
22:53de parler
22:54des choses comme ça.
22:55Mais aujourd'hui,
22:56on a d'aide.
22:57Et c'est le moment
22:58d'être en colère,
23:00d'avoir espoir
23:01et gagner notre pays.
23:02On a compris
23:02votre point de vue,
23:03Nexia.
23:04Merci beaucoup.
23:05Je ne suis pas d'accord
23:06avec tout ça.
23:07On a bien compris
23:07que vous n'étiez pas d'accord
23:08avec les deux intervenantes
23:09en plateau.
23:10Et c'est possible
23:10de concilier des points de vue
23:12qui sont différents.
23:13Un mot,
23:13c'est Pidey Farsi,
23:14parce que vous n'avez pas eu
23:15la parole depuis un moment.
23:15J'aimerais terminer
23:16quand même.
23:18Vous avez parlé
23:19autant que les autres,
23:20je crois,
23:21Nexia.
23:21Et on est très heureux
23:22de vous avoir eu ce matin
23:23aujourd'hui sur le plateau.
23:26On a besoin
23:26d'entendre ces paroles
23:28des côtés iraniens.
23:29Vrai peuple iranien
23:30en Iran.
23:32changer aujourd'hui
23:33ces Pidesy Farsi.
23:34Est-ce que, par exemple,
23:34Femme, Vie, Liberté
23:35peut enfin triompher ?
23:37Femme, Vie, Liberté
23:37continue à tenir.
23:39Ce qu'il faut,
23:40c'est que le peuple iranien
23:41puisse aller aux urnes.
23:43Ce n'est pas pour demain,
23:45c'est clair.
23:45On a encore du chemin à faire.
23:47Mais je ne vois pas
23:48comment les gens
23:49pourraient sortir dans la rue
23:51et manifester sous les bombes.
23:52Je ne vois pas
23:53comment les supermarchés
23:54sont ouverts
23:54et les gens vont au travail
23:55comme si de rien n'était,
23:56comme le disait madame,
23:57comme dit au téléphone,
23:59l'auditrice.
23:59Donc, moi, je pense
24:01qu'il y a une autre voie
24:02à trouver
24:03pour faire pression,
24:04pour que les prisonniers
24:05politiques sortent,
24:06pour qu'il y ait
24:06un débat démocratique
24:07et que le peuple iranien
24:08puisse enfin voter
24:09pour un vrai leader,
24:10pas un leader imposé.
24:11libérer l'Iran.
24:12Il ne change rien.
24:13Merci.
24:14C'est très impoli.
24:16On doit de toute façon
24:17clore cette interview.
24:19Il faut oublier l'idée
24:22d'un leader imposé
24:23et importé de l'extérieur.
24:25Le peuple iranien
24:26a suffisamment de dissidents
24:27à l'intérieur du pays
24:28pour pouvoir arriver
24:29à la démocratie.
24:30Merci.
24:31Les précédents ont toujours montré
24:32que les ingérences extérieures
24:34en fait ne fonctionnent.
24:35barré à Crémé.
24:35Et ce n'est pas
24:36l'histoire des formes
24:37de liberté aujourd'hui.
24:39C'est l'histoire des humains.
24:40Au point de vue nexia,
24:41l'histoire des humains,
24:42effectivement,
24:42on espère que vous pourrez
24:43danser dans la rue
24:44comme vous le souhaitez,
24:46comme vous nous l'avez dit
24:47à ce micro en 2022
24:49il y a quelques années.
24:50Merci à toutes les trois
24:50d'être venus.
24:51Et je rappelle, Babou,
24:53le titre de votre livre
24:54qui va sortir bientôt,
24:55Une voix pour la liberté,
24:56Toumash Salehi,
24:56rappeur iranien
24:57de la résistance
24:58aux éditions Delcourt.
24:59Merci beaucoup.
25:00Bonne journée.