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  • il y a 1 jour
Salvatore Adamo est l'invité exceptionnel toute cette semaine du Monde d’Élodie, à l'occasion de la tournée de son dernier album, "Des nèfles et des groseilles". Épisode 1 : "Sans toi ma mie".

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Transcription
00:00Bonjour Salvatore Anamo.
00:02Bonjour Elodie de Suigo.
00:04Vous allez passer la semaine avec nous sur France Info dans le monde d'Elodie.
00:07Cinq jours, cinq titres qui sont dans nos playlists comme des Madeleines de Proust.
00:11C'est vrai qu'en écoutant vos chansons, on replonge ou on plonge tout simplement.
00:14En enfance pour certains, dans la vie d'ado, d'adulte pour d'autres.
00:17Certaines personnes que nous aimions et qui nous ont quittées depuis réapparaissent
00:20par enchantement au gré des souvenirs auxquels vos paroles et vos notes nous renvoient inlassablement.
00:26Depuis 60 ans, vous nous accompagnez autant que nous vous accompagnons
00:29et cette fidélité sans faille saute aux yeux.
00:31100 millions d'albums vendus dans le monde entier.
00:33Beaucoup auraient pris la grosse tête, mais pas vous, Salvatore.
00:36Votre humilité ne vous a jamais quitté, tout comme votre incapacité d'ailleurs à bâcler et oublier d'où vous
00:41venez.
00:42On va d'ailleurs revenir ensemble sur cette vie d'artiste et ce parcours que peu ont vécu
00:46et que très peu, voire plus personne ne pourra vivre encore aujourd'hui.
00:50Je précise que vous êtes actuellement tourné avec un Olympia le 22 mars prochain à Paris.
00:55Vous serez aussi à Châlons en Champagne le 21 février, à Biarritz le 21 avril,
01:00puis le 21 juin au Havre et le 7 octobre à Clermont-Ferrand.
01:03Dans votre dernier album, Salvatore, des Neffles et des Groseilles,
01:06vous vous adressez au petit garçon que vous étiez avec un tête-à-tête musical
01:10dans « Qu'avais-je fait de mon enfance ? »
01:12Vous avouez que petit, vous aviez souhaité passer du gris à la couleur.
01:16Vous êtes né en 1943, donc peu avant la fin de la guerre.
01:20Vous gardez quoi de cette enfance ?
01:22– Je garde beaucoup, beaucoup de tendresse, d'affection
01:32que mes parents m'ont soigné.
01:38Bien sûr, je ne me suis pas rendu compte, lors de l'émigration,
01:45de la misère, employons le mot juste.
01:50Mais l'amour de mes parents m'a offert une enfance radieuse.
01:56C'est plus tard que j'ai compris la difficulté de leur vie.
02:01Ils étaient jeunes et déracinés.
02:04Et j'en profite pour dire une fois de plus que quitter son pays
02:09n'est jamais un plaisir, c'est toujours une blessure.
02:12Je le dis dans une chanson qui s'appelle « Migrants ».
02:15Mais comme il y a eu des réactions un peu étranges par rapport à cette chanson,
02:20je le redis.
02:21– Vos parents, effectivement, ont fui en 1947.
02:25Ils étaient Siciliens, ils ont fui la misère.
02:28Ils ont décidé de s'installer à Jemaps, donc en Belgique.
02:30C'est là que votre père a trouvé un emploi de mineur.
02:33Le but du jeu, c'était de nourrir la famille.
02:35Donc, il a fait ce qu'il pouvait faire à ce moment-là.
02:38Mais il y a toujours eu, finalement, la musique en fond sonore.
02:42– C'est vrai que, malgré la misère, malgré le barraquement
02:47dans lequel nous vivions, le lien avec l'Italie,
02:50et c'était valable pour mon père et ses confrères,
02:55c'était la musique.
02:56On avait un poste et, à partir de 20 heures,
03:01on pouvait capter la RAI, la radio et la télévision italienne,
03:06à partir de 20 heures sur les ondes courtes.
03:09Avant, il y avait pip, pip, pip.
03:12Et c'est comme ça qu'on était au courant des nouvelles,
03:15d'abord en Italie, et puis de la musique.
03:18On suivait le festival de San Remo, le festival de Naples.
03:23Et toutes ces chansons-là, je fais ça, elles sortent,
03:27je les ai encore en entier dans ma mémoire.
03:30– Vous êtes Italo-Belge, c'est très important.
03:33– Oui, je suis belge depuis trois ans.
03:34– Les deux nationalités sont très importantes pour vous, Adamo ?
03:38– Oui, oui, j'ai gardé la nationalité italienne
03:42par respect et fidélité à mes parents.
03:46Et puis, ça faisait des années que j'essayais de devenir belge.
03:49Mais le gouvernement italien n'acceptait pas la double appartenance.
03:54Donc, j'ai dû attendre, attendre.
03:56Et depuis trois ans, je suis Italo-Belge.
03:59– Ce qu'on comprend d'ailleurs, Salvatore,
04:01c'est à quel point ce monde ouvrier a été très important
04:03et vous a construit.
04:05Vous parliez des migrants.
04:07C'est vrai que les migrants sont au cœur de cet album
04:10des Nefles et des Groseilles,
04:12avec ce besoin justement de faire un travail de mémoire,
04:15de ne pas oublier d'où on vient et surtout qu'il y a encore des gens
04:19qui meurent aujourd'hui en mer en essayant de proposer
04:22et de vivre une autre vie, de survivre tout simplement.
04:26Ce monde ouvrier, il a dicté, justement,
04:28il continue à dicter votre écriture, vos mots, vos paroles ?
04:32– Pour être honnête, j'ai pu, grâce à la chanson,
04:38accéder à un milieu un peu plus aisé.
04:41– Mais les souvenirs, les souvenirs sont là.
04:45Et puis le contact avec le public, après les concerts,
04:51les gens viennent me parler et ils ne sont pas tous de la haute sphère.
04:55Donc voilà, je suis encore bien en contact
04:59et je retourne à Jemap, où j'ai vécu assez régulièrement.
05:03J'ai des cousines, j'ai des amis
05:08et je vois que là, la vie n'a pas vraiment changé.
05:14Il y a eu quelques problèmes sociaux,
05:19il y a des usines qui ont fermé.
05:22Par exemple, tous les commerces où nous allions sont à remettre.
05:27Maintenant, ça va mieux depuis quelques années,
05:29mais il y a eu de gros problèmes dans la région.
05:33– La musique, elle vous a toujours accompagnés
05:34et je me suis juste posé la question de savoir à quel moment ça bascule alors ?
05:37À quel âge ça bascule ?
05:38Parce qu'il y a cette guitare offerte par votre grand-père.
05:41– Oui, ça bascule à 14 ans,
05:46lorsque, je vous l'avais raconté,
05:48lorsque ma mère m'a surpris devant un miroir
05:53avec un balai en guise de guitare,
05:56en train de me déhancher à la Elvis Presley.
06:01Et donc, elle ne m'a rien dit,
06:03elle a écrit à son papa en Sicile
06:05et un mois plus tard,
06:07un oncle me ramenait ma première guitare.
06:09Donc ça a commencé comme ça.
06:11Et à tel point qu'il y a trois ans,
06:15j'étais en tournée au Chili
06:18et le jour de relâche,
06:20il y avait un spectacle sur Elvis Presley
06:22au Carpolican.
06:24C'est un peu le zénith de Santiago.
06:28Et c'était un spectacle dont on avait récupéré
06:33la voix d'Elvis, l'image d'Elvis.
06:36Il y en avait ajouté un orchestre symphonique.
06:39C'était grandiose.
06:40Et c'était présenté par Priscilla Presley,
06:44la veuve.
06:45Et j'ai eu le privilège de la rencontrer
06:48après le spectacle.
06:50Et je lui ai raconté ce que je viens de vous raconter,
06:53le fameux trio qui est à la base de mon parcours.
06:56Ma mère, mon grand-père et Elvis Presley.
07:00Bon, ça l'a bien fait rire.
07:03En tout cas, ça a ancré justement cette envie
07:05que vous avez eue en vous de faire de la musique.
07:08Il y a eu un concours pour une radio
07:12qui vous a un peu conforté dans l'idée
07:15que vous étiez fait pour ça,
07:16puisque vous avez remporté ce concours-là.
07:19Et ensuite, il va y avoir effectivement ce titre
07:21« Pour toi, mamie », on est en 1963.
07:24Pour le coup, a priori, vous méritez justement
07:27que ça fonctionne.
07:28Et il y a des gens qui vont se mettre entre vous
07:30et la possibilité de rencontrer votre public.
07:33Ils vont être extrêmement difficiles avec vous,
07:35extrêmement durs avec vous,
07:36avec des mots qui vont, entre guillemets,
07:38saigner les oreilles de votre père,
07:42le plonger dans une espèce de colère indescriptible.
07:45et au point d'ailleurs de lui donner envie de se battre.
07:48Je voudrais que vous me racontiez ce moment
07:49où on vous dit que votre voix est désagréable.
07:52Oui, c'était la règle à l'époque.
07:56Avant de passer sur une radio nationale,
08:02il fallait passer devant un jury.
08:05Et bon, j'avais fait un premier disque
08:10qui n'avait pas vraiment démarré, un second.
08:14Et puis, je m'étais résolu à retourner aux études sérieusement
08:20parce que depuis que je chantais,
08:22j'avais commencé à les négliger,
08:24alors que j'étais très bon élève avant.
08:28Et donc, on m'a reçu à ma première interview
08:34parce que je passais dans les zoukbox
08:38à l'initiative de mon père et du disquaire de Gemap.
08:42Ils avaient eu cette idée de placer mon disque dans les zoukbox.
08:46Et donc, des auditeurs de la radio nationale m'avaient réclamé.
08:52Et donc, je m'amène pour ma première interview.
08:56Et c'était une présentatrice et un présentateur
09:01qui me disent « Bonjour, on vous accueille parce qu'on est obligé,
09:05mais on n'aime pas ce que vous faites ».
09:07Ça m'a mis à l'aise directement.
09:10Et j'ai eu l'inconscience ou, comment appeler ça,
09:15l'audace ou la folie.
09:17Je leur ai dit « Moi non plus ».
09:20Ils n'en revenaient pas.
09:22« Comment vous non plus ? »
09:23Je dis « Oui, j'ai d'autres chansons que j'aurais préféré enregistrer d'abord
09:29avec un peu plus de consistance. »
09:32Et donc, elle me dit « Mais vous pouvez nous en chanter, l'une ? »
09:36J'ai dit « Écoutez, j'ai ma guitare dans la voiture.
09:38Si vous me le permettez, je vais la chercher. »
09:41Et en effet, je suis revenu, j'en ai chanté deux.
09:43Et ils ont été tellement surpris que j'en ai enregistré douze
09:48qui sont passées deux par jour la semaine d'après
09:52et qui ont constitué mon premier album
09:56qui s'est appelé « Chansons non commerciales »
10:00et qui est devenu numéro un où il parade.
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