00:00Au revoir, Thomas Soto, RTL Matin.
00:03Elle est iranienne, journaliste, rédactrice en chef à France 24.
00:06Elle a travaillé de nombreuses années dans le pays.
00:08Elle est aussi l'auteur du documentaire Iran, la révolte massacrée.
00:11Mariam Pirzadé, pardon, est l'invité d'RTL Matin.
00:14Bonjour et bienvenue sur RTL, Mariam Pirzadé.
00:15Bonjour, merci.
00:16Quelles nouvelles déjà avez-vous de vos proches en Iran ?
00:18Qu'est-ce qu'ils vous disent ? Dans quel état d'esprit sont-ils au quatrième jour de cette
00:22guerre ?
00:22Alors j'ai très peu de nouvelles, j'ai aucune nouvelle de ma famille puisqu'internet a été coupé.
00:27Il y a quelques personnes avec qui j'arrive à entrer en contact.
00:30Et chaque jour, ils me donnent un sentiment différent.
00:33Quand Rameney a été tué, c'était la joie.
00:35On danse, on m'a dit.
00:37Et puis hier, c'était on a peur.
00:39On est en train de perdre espoir.
00:41Là, il y a des nouvelles frappes un peu partout.
00:44Plusieurs quartiers de Téhéran.
00:45Très grosse frappe hier soir dans un quartier de Téhéran.
00:48Je vois ce matin que Yazd et Ispahan, qui sont des villes historiques, très touristiques de l'Iran également, étaient
00:53touchées.
00:56Ça veut dire qu'il n'y a pas que des cibles militaires qui sont touchées.
00:58C'est impossible.
00:59Ils ont peur parce qu'ils ont peur d'être touchés dans leurs immeubles d'habitation ?
01:02En fait, le problème, c'est que personne ne sait en Iran où sont les services de renseignement, où sont
01:07les services militaires.
01:10Moi, un exemple.
01:10Un jour, j'étais convoquée par les services de renseignement.
01:12C'était derrière mon habitation.
01:14C'est-à-dire qu'ils sont absolument partout dans des immeubles.
01:17Ils se cachent.
01:18Ils se noient dans les quartiers résidentiels.
01:22Pour le moment, ça semble ciblé.
01:23C'est très symbolique aussi, puisque la télévision d'État, qui est un outil de propagande très important pour le
01:27régime, a été ciblée.
01:27Elle est hors d'état de diffusion actuellement.
01:29La télévision d'État ne diffuse plus.
01:30Ne diffuse plus.
01:31Déjà, dès les premières heures, ils sont diffusés dans des studios qui n'étaient pas habituels, donc dans des souterrains,
01:36parce qu'ils avaient déjà été frappés au mois de juin dernier.
01:39On se souvient de cette vidéo hallucinante d'une présentatrice qui s'accrochait à son bureau en plein bombardement israélien,
01:46puisque c'est un outil de propagande pour la République islamique.
01:50Mais attention, très peu d'Iraniens là-bas regardent sa télévision d'État.
01:53Ils sont plutôt branchés sur les satellites.
01:54Mariam Perzadeh, les émeutiers, il faut les remettre à leur place.
01:57C'est ce que disait, début janvier encore, l'ayatollah Khamenei.
02:00Que représente pour vous la mort de Khamenei ?
02:05Pour avoir vécu sous ce régime pendant cinq ans,
02:09il représente la peur, il représente la brutalité.
02:12Le critiqué pouvait vous mener à l'échafaud, puisqu'il y avait une fonction divine.
02:17Un mot, une phrase, et c'était la portaison.
02:18Oui, ça s'appelle le mot Arebé.
02:20C'est-à-dire que le critiqué pouvait vous, dans les tribunaux révolutionnaires,
02:23parce que ce sont toujours des tribunaux révolutionnaires,
02:25vous pouvez être condamné à mort juste pour l'avoir critiqué.
02:27Moi j'ai une pensée, pour tous ceux qui ont été tués ces 40 dernières années,
02:32particulièrement au mois de janvier,
02:33puisque j'ai beaucoup documenté ces massacres des 8 et des 9 janvier,
02:37qui sont les plus grands massacres.
02:37Ce qu'on voit dans votre documentaire, Iran, la révolte massacrée,
02:41qu'on peut voir sur le site de France 24 ou sur Youtube,
02:43ça dure une demi-heure.
02:44C'est absolument terrifiant,
02:46et on s'aperçoit que la terreur qui a régné là-bas ces dernières semaines
02:49dépasse l'entendement, vraiment.
02:50Bien sûr, et c'est la manière de fonctionner,
02:52puisque quand les manifestations commencent le 28 décembre,
02:55à la base pour des raisons économiques,
02:57puisque les gens n'arrivent plus à manger, n'arrivent plus à vivre,
02:59et que tout le monde les rejoint.
03:01Il y avait la jeunesse d'Iran qui était dans la rue pour demander la liberté.
03:04Ils étaient à main nue pour manifester contre ce régime,
03:06et son nom était scandé dans les manifestations.
03:09A mort Khamenei, a mort le dictateur.
03:11Il a donné l'ordre de leur tirer dessus avec des armes de guerre.
03:13Il a donné l'ordre de leur tirer dessus avec des kalachnikovs et des douchkas.
03:16Et donc les manifestants qu'on a réussi à joindre nous décrivent des scènes de chaos,
03:21des médecins, des médecins qui nous disent « on n'a jamais vu ça »,
03:24des scènes terribles.
03:25Qui sont ces gens pour qu'ils soient massacrés à ce point-là ?
03:28Donc ils représentent tout ça, ils représentent cette répression,
03:31ils représentent un homme qui est resté dans le passé alors que son pays était dans la modernité.
03:36La société iranienne est une des plus modernes du Moyen-Orient,
03:38qui aspirait à une vie normale,
03:41et il a refusé de faire basculer l'Iran dans la modernité.
03:44Donc Khamenei c'était tout ça.
03:47Donc effectivement,
03:49moi j'ai du mal à parler de lui au passé parce qu'il a...
03:52Il vous fait encore peur, même maintenant qu'il est mort ?
03:53Alors maintenant je suis en France,
03:55mais bien sûr qu'il y a son portrait partout,
03:57son portrait partout en Iran,
03:59à côté de Khomeini qui est le fondateur de la République islamique.
04:03Et d'ailleurs en 2022, au moment des manifestations de Marsa Amini,
04:06vous avez cette photo iconique de l'Istéenne
04:09qui font des doigts d'honneur à son portrait.
04:11Et quand vous entendez, pardon,
04:12mais quand vous entendez certaines réactions en France à l'international,
04:15de personnes qui disent,
04:16oui, bon débat à Ramenei,
04:18mais quand même le droit international,
04:20ça vous met dans quel état j'allais dire ?
04:23Vous le comprenez ou vous dites,
04:25non, ces gens ne savent pas de quoi ils parlent ?
04:26Alors, ils ne savent pas de quoi ils parlent,
04:28mais je le comprends,
04:28parce qu'on vit dans un monde qui est régi par des lois internationales,
04:31mais on a vu ces derniers temps quand même que l'ONU ne sert pas à grand chose.
04:34Moi j'étais très déçue de la réaction de l'ONU,
04:37qui au moment de ces massacres disait,
04:39on suit la situation,
04:40nous condamnons la violence du régime,
04:44mais qu'est-ce qu'elle peut faire de plus finalement l'ONU ?
04:46Je comprends,
04:47mais attention que cette cause iranienne,
04:49il ne faut pas oublier que derrière il y a 90 millions d'Iraniens,
04:51il ne faut pas oublier le peuple iranien,
04:53et si jamais ils sont sacrifiés sur l'autel de velléité politique
04:57dans un contexte électoral en France,
04:59c'est ça qui me fait peur,
05:00c'est ça qui m'énerve en fait.
05:01Alors, je vais redonner un détail glaçant de votre documentaire,
05:05on y apprend qu'après avoir abattu les innocents,
05:06les autorités ont fait payer à leurs parents les balles
05:09que leurs enfants avaient dans la peau,
05:11c'est-à-dire qu'ils comptaient le nombre de balles sur les cadavres,
05:13et ils les faisaient payer.
05:14Oui, et ils les faisaient payer très cher,
05:16500 euros la balle.
05:17500 euros la balle pour avoir le droit de récupérer la dépouille.
05:19Sinon, il fallait dire que votre enfant était un bassige,
05:21donc celui qui avait tué ses manifestants,
05:25pour faire gonfler les chiffres du régime.
05:26C'était pour montrer le cynisme total de ce régime, bien sûr.
05:30Mais ce régime aujourd'hui, il est décapité, mais il n'est pas tombé.
05:33Est-ce que c'est un pays quasi unanime qui veut sa chute,
05:36ou est-ce que le pays est divisé ?
05:37Non, il faut quand même dire ce matin aux auditeurs
05:40qu'il y a une partie, une minorité,
05:43très infime minorité des Iraniens,
05:44qui soutiennent encore ce régime.
05:46Il y a des gens aujourd'hui en Iran qui, depuis deux jours,
05:48pleurent le guide suprême.
05:49Il faut aussi le dire.
05:50Ce n'est pas 100% de la population iranienne
05:52qui est en train d'exulter de joie
05:54de voir ce dictateur tomber,
05:55qui était quand même le dirigeant
05:57qui a exercé le plus longtemps au Moyen-Orient,
05:59et en 37 ans de pouvoir.
06:02Mais c'est une infime minorité.
06:03On est dit que c'est 10% de la population iranienne.
06:06La rue iranienne soutient l'opération israélo-américaine ?
06:08Alors, elle ne peut pas le soutenir publiquement.
06:10Aujourd'hui, les seules images que vous avez
06:12qui sont retransmises sur les feeds, les agences,
06:16ce sont des personnes qui font le deuil d'Ali Khamenei.
06:20Ceux qui sont sortis spontanément le soir de l'annonce de sa mort,
06:23aujourd'hui, se cachent parce qu'ils ont peur d'être arrêtés.
06:25Ils n'ont pas le droit de pouvoir montrer leur joie.
06:29Donc, c'est une infime minorité.
06:30C'est 10% de la population.
06:31C'est trois catégories.
06:33Il y a ceux qui croient encore à l'idéologie de la République islamique,
06:36qui soutiennent cette idéologie.
06:37Il y a ceux qui profitent de ce système
06:39qui n'ont aucun intérêt à ce que ce régime tombe.
06:42Et d'autres qui sont obligés de se rendre dans ces manifestations,
06:44puisque c'est un système économique quasi communiste
06:47avec beaucoup de fonctionnaires.
06:48Donc, ils sont obligés d'aller faire gonfler les rangs
06:51dans les manifestations pour montrer qu'il y a du monde dans les rues.
06:54Et l'appel à la population iranienne à descendre dans la rue
06:56et à renverser le régime des MOLA,
06:57qui a notamment été lancé par Trump et Netanyahou.
06:59Vous pensez qu'il peut être entendu
07:00parce que ces gens qui sortent dans la rue,
07:02on leur tire dessus à balles réelles ?
07:04Bien sûr, mais ils l'ont entendu au mois de janvier.
07:06Vous savez, quand ils sortent, les 8 et 9 janvier,
07:08on leur dit, Trump leur dit,
07:10allez, reprenez vos institutions, l'aide arrive.
07:12L'aide, elle s'est transformée.
07:13On négocie avec les Iraniens à Oman.
07:15Donc, bien sûr qu'il a entendu l'appel.
07:16Mais comment ?
07:17Comment ?
07:18Ils n'ont pas d'armes, les Iraniens.
07:19Ils sont à mains nues, en fait, quand ils manifestent.
07:20Comment reprendre les institutions ?
07:22Parce qu'attention...
07:22Ils sont organisés.
07:23Il y a une forme de résistance iranienne ou pas ?
07:25Alors, non, ce n'est pas structuré.
07:28L'opposition iranienne est en prison pour beaucoup.
07:30N'oublions pas qu'il y a la prix Nobel de la paix,
07:32Nargaz Mohamadi, qui est en cellule d'isolement actuellement,
07:34qui est en très mauvaise santé.
07:35Il n'y a pas de structure,
07:37mais il y a une envie commune de voir, évidemment,
07:39ce régime tomber.
07:40Mais comment ?
07:41Parce que même si Khamehenei est mort
07:42et il est grand commandant des gardiens de la révolution,
07:45ça reste un régime qui est théocratique et militaire.
07:49Les gardiens de la révolution sont extrêmement puissants.
07:51Et s'il faut entraîner l'Iran dans le chaos pour rester au pouvoir,
07:53ils le feront.
07:55Dernière question.
07:55Que pèse le fils du Shah d'Iran ?
07:57Il vit en exil, il a pris la parole.
07:59Il faut aussi souvenir que le régime du Shah,
08:01avant la révolution islamique,
08:02c'était aussi un régime autoritaire.
08:04C'était un régime autoritaire,
08:05parce que la révolution n'est pas arrivée de nulle part.
08:07Il y avait des millions d'Iraniens qui demandaient sa chute.
08:10Alors, on lui pose souvent la question
08:13de dénoncer les crimes perpétrés par la police politique
08:16de son père, la SAVAC.
08:18Écoutez, moi, je pense qu'il faut se faire le porte-voix des Iraniens.
08:22Ils se sont fait tuer aussi pour avoir créé son nom
08:25dans les rues les 8 et les 9 janvier.
08:27« Pallavi revient » ou alors « Javitsha »
08:29qui était un slogan très répandu.
08:32Alors, pas partout en Iran,
08:33pas par exemple dans le Kurdistan ou dans le nord de l'Iran.
08:36Mais « Javitsha », ça veut dire « longue vie au roi ».
08:38Donc, s'il peut représenter une transition comme il la présente,
08:42c'est-à-dire que lui, il dit qu'il va faire la transition,
08:45qu'il va laisser le choix aux Iraniens de choisir une république ou une monarchie.
08:51Merci beaucoup à vous, Marianne Pirzadé, pour ce témoignage très fort.
08:54Vraiment, je vous invite à aller voir ce film « Iran, la révolte massacrée ».
08:57Ce n'est pas à mettre devant tous les yeux, ce n'est pas pour les enfants.
08:58Non, c'est difficile à voir.
09:00Mais c'est la réalité qu'il faut regarder en face.
09:02Sur le site de France 24, on a une pensée pour tous les Iraniens
09:05et aussi pour nos deux ressortissants ex-otages,
09:07Cécile Collère et Jacques Paris,
09:08qui sont eux toujours bloqués à Téhéran,
09:10dans ces conditions très difficiles.
09:11À 7h52, on fait un point, notre fil rouge,
09:13sur les dernières évolutions de la situation sur place et dans la région.
09:17Et vous, Mourad Jabari ?
09:18Oui, le Moyen-Orient s'embrase.
09:20Il y a des explosions auprès de l'aéroport de Erbil.
09:23C'est en Irak.
09:24Il y a des explosions qui sont entendues à Jérusalem.
09:27Il y a aussi des tirs, des missiles,
09:30qui ont été lancés cette nuit d'Israël vers le Liban,
09:33pour viser le Hezbollah.
09:34Il y a 31 morts et 149 blessés.
09:37C'est un premier bilan provisoire.
09:39Il y a aussi des frappes sur l'ambassade du Koweït,
09:42l'ambassade américaine.
09:43Et les Américains demandent de ne pas se rendre à l'ambassade.
Commentaires