00:00On revient en plateau avec vous, Eric Danon, ancien ambassadeur de France en Israël.
00:05Vous connaissez donc très bien la région.
00:08Le fait qu'aujourd'hui, Washington demande Ă ses ressortissants qui sont membres d'ambassade
00:14de limiter leurs déplacements, voire de rester confinés dans la région,
00:17c'est un mauvais signe pour l'après ?
00:20Non, c'est tout Ă fait normal.
00:23Que faire d'autre devant la réponse iranienne
00:28consistant à les bombarder dans les capitales et en particulier sur les bases américaines ?
00:34Donc, à partir du moment où l'Iran se met en réponse à bombarder des intérêts américains
00:46ou des ambassades, etc., dans la région, c'est tout à fait normal de dire au personnel
00:51« Vous vous protégez un petit peu et donc vous limitez vos déplacements ».
00:55Ce qui est intéressant, c'est qu'on est à la limite d'un embrasement régional, comme on dit, mais
01:01on n'y est pas.
01:02Parce que vous n'avez pas de réponse de ces pays touchés, que ce soit les Émirats Arabes Unis ou
01:09BahreĂŻn ou le Qatar,
01:11contre Téhéran.
01:12Vous avez des Iraniens qui envoient des missiles sur les bases américaines, mais pas de répliques des pays.
01:22Parce que si tous ces pays sunnites se mettaient à répliquer, là vous pourriez dire que c'est un embrasement
01:27régional.
01:28On n'en est pas lĂ . On est mĂŞme assez loin de cela.
01:31Et ce que l'on constate, comme on l'a vu hier au Conseil de sécurité, c'est que l
01:37'Iran dans cette affaire est totalement isolé.
01:40C'est-Ă -dire que vous n'avez pas un seul pays qui soutient l'Iran.
01:42C'est intéressant quand vous dites que l'Iran est totalement isolé.
01:45Ça veut dire que ses soutiens, on peut penser au Hezbollah, mais pas que, finalement n'entrent pas dans cet
01:51engrenage ?
01:52Non, soit parce qu'ils ne peuvent pas, soit qu'ils sont dissuadés de le faire.
01:57Mais les quatre proxys habituels de l'Iran, c'est-Ă -dire le Hezbollah au Liban, le Hamas Ă Gaza,
02:05les Fouthis au Yémen,
02:06et les milices chiites en Irak pro-iraniennes, ne bougent pas.
02:13On constate qu'ils ne bougent pas.
02:14Et donc l'Iran est seul, et je dirais directement est seul en ligne, contre les attaques américaines et israéliennes.
02:26Ce qui est quelque chose de tout Ă fait nouveau.
02:28Depuis 30 ans, la défense iranienne était largement basée sur l'existence de ces proxys
02:36qui devaient porter la défense iranienne à l'extérieur du pays.
02:41Ils ont été plus ou moins affaiblis ou détruits dans certains cas, donc ça ne fonctionne plus.
02:48Donc l'Iran est tout seul.
02:49Donc il ne reste rien de ces soutiens aujourd'hui pour venir en aide au régime d'Hemola ?
02:55En tout cas, rien de concret qui puisse changer quoi que ce soit du cours de ce conflit, du cours
03:03de cette guerre.
03:04Non, rien.
03:04Je reviens sur la mort du guide suprĂŞme.
03:08Vous connaissez bien la région. Qu'est-ce que ça signifie, la mort de ce guide suprême ?
03:13C'est la fin d'un régime, quelque chose de nouveau qui va arriver pour le pays ?
03:18Ou est-ce qu'on va vers une escalade ?
03:21Alors, ce que l'on peut dire, c'est que c'est un événement déjà symbolique extrêmement important.
03:30C'est quand même la première fois qu'un chef spirituel, voire chef d'État, de cette importance est tué
03:39comme ça dans une attaque extérieure.
03:41Bon.
03:43Est-ce que c'est un changement de régime ?
03:48Non, pas forcément.
03:49C'est-à -dire qu'il y a une organisation qui a été mise en place pour le cas où
03:55le guide suprĂŞme disparaissait.
03:57Elle est en train d'être activée avec ce triumvirat, plus le remplacement par intérim du guide suprême, par un
04:07autre ayatollah qui s'appelle Arafi, peu importe.
04:10Mais donc, vous n'avez pas de vide de pouvoir. En revanche, vous avez un terrible affaiblissement du pouvoir, car
04:16toutes les têtes compétentes ou à peu près du régime ont été tuées dans cette opération.
04:25Donc, vous avez un affaiblissement considérable du régime, mais pas forcément sa fin ou sa perte. Pourquoi ?
04:33Parce que les Américains et les Israéliens ont décidé d'affaiblir le régime, mais pas de le changer.
04:40Et donc, ils l'affaiblissent pour que la population iranienne, si elle le souhaite, le décide, peut le faire, etc.,
04:49change le régime.
04:50C'est intéressant ce que vous dites, mais ça veut dire que là , il faudrait que la population, entre elles
04:55aussi, prenne le relais pour qu'il y ait ce pouvoir.
04:58Il n'y a jamais eu de changement de régime sans troupes au sol.
05:02Donc, à partir du moment où les Américains et les Israéliens bombardent sans aller au sol et ils n'iront
05:10pas,
05:11eh bien, à ce moment-là , vous avez affaiblissement du régime.
05:14Mais si vous souhaitez, entre guillemets, un changement de régime, alors c'est à la population de prendre le relais.
05:22Elle est en situation de le faire.
05:26Simplement, vous avez, à l'intérieur de l'Iran, comme ça a été dit tout à l'heure, entre 10
05:30et 15% de soutien au régime tel qu'il est,
05:355 à 10% de gens qui profitent tellement du régime que, bon, ils se demandent qu'est-ce qu
05:40'ils doivent faire,
05:41et sans doute la majorité qui souhaite un changement de régime.
05:44Donc, ça va dĂ©pendre de la dĂ©termination des gens, de leur capacitĂ© Ă s'organiser et de leur capacitĂ© Ă
05:52s'armer.
05:53Vous dites que la population est en mesure de le faire, donc en mesure de pouvoir faire changer, en tout
05:59cas, le régime.
06:00Sauf qu'on se rappelle qu'en janvier, la population, elle a été durement réprimée lors des manifestations.
06:06Donc, est-ce qu'il reste encore des forces vives ?
06:08Oui, bien sûr. C'est-à -dire, dans un pays de 80 millions d'habitants, même avec 30 000 morts,
06:13vous avez encore des forces vives.
06:16Simplement, on voit bien qu'à chaque tentative de la population de changer le régime, la répression s'est abattue,
06:23et donc, Ă chaque fois, on avait l'impression de se rapprocher du changement possible,
06:29et puis, ça n'allait pas parce que la répression était trop forte.
06:32La répression était tellement forte, la dernière fois, que la population est sans doute maintenant distancée de ce régime.
06:42À partir de là , bien sûr, ça affaiblit la population, qui est 30 000 ou je ne sais combien de
06:50morts, à peu près, de cet ordre-là .
06:52Mais en même temps, ça a dû renforcer sa détermination à changer le régime, avec lequel cette population a réellement
07:00divorcé.
07:00Monsieur l'ambassadeur, vous restez avec nous.
07:03Donc, après la mort d'Ali Ramenei, quelle transition ? Un triumvirat est mis en place.
07:10On fait le point avec Axel Simon.
07:14Après la mort du guide suprême Ali Ramenei, le pouvoir iranien s'est empressé de faire savoir officiellement qu'une
07:20transition était en cours à la tête du pays.
07:23À la télévision d'État, c'est le chef de la sécurité iranienne qui détaille la composition d'un triumvirat.
07:30Pour le moment, le président, le chef du pouvoir judiciaire et l'un des juristes du conseil des gardiens de
07:37la constitution
07:38assumeront temporairement les fonctions de direction du pays jusqu'à l'élection du prochain dirigeant.
07:46Parmi les trois membres de ce conseil de transition, Massoud Peseshkian, l'actuel président iranien,
07:52qui dispose de peu de pouvoir au sein de l'organigramme des dirigeants de la République islamique d'Iran.
07:58À côté de lui, lors de sa cérémonie d'investiture en tant que président, Gola Mossein Mosseini Ejei.
08:04Il est lui aussi membre de ce conseil de transition.
08:08Chef du pouvoir judiciaire, on le voit ici le 15 janvier dernier, en pleine répression du mouvement de contestation.
08:15Devant les caméras, il procède à des interrogatoires de manifestants qui aboutiront à des aveux forcés et des centaines d
08:21'exécutions.
08:22Sous son autorité judiciaire, avant et pendant les dernières manifestations, il a fait mener à huis clos une répression meurtrière.
08:28Selon l'ONU, l'Iran a procédé à plus de 1 400 exécutions en 2025, un nombre record dans l
08:35'histoire de la République islamique.
08:37Troisième membre de ce conseil de transition, Alizera Arafi, un juriste du conseil des gardiens de la constitution,
08:44une entité qui doit notamment décider du successeur d'Ali Khamenei.
08:48En plus de ce triumvirat officiel, il y a dans l'ombre de nombreux conseillers qui jouent un rĂ´le fondamental,
08:54notamment Ali Larijani, chef du conseil suprême de sécurité.
09:00Monsieur l'ambassadeur, on revient avec vous en plateau.
09:03Ce triumvirat va se mettre en place.
09:04Vous avez évoqué un petit peu plus tôt un affaiblissement du pouvoir.
09:09Est-ce Ă dire que la nouvelle personne qui sera Ă la tĂŞte de l'Iran
09:12ne pourra pas arriver sans l'assentiment de Washington et d'Israël ?
09:19Non.
09:21Les Iraniens sont organisés de telle façon que cela se fera sans l'assentiment de Washington.
09:30C'est une question d'honneur, de fierté nationale.
09:33On n'est pas comme dans le « regime change » habituel.
09:38L'Iran, c'est un vrai pays, une vraie nation.
09:40Ils sont organisés, il y a une constitution, ils ont prévu les procédures.
09:44Donc, simplement, les personnes qui vont arriver au pouvoir
09:51sont beaucoup moins compétentes que celles qui étaient là avant.
09:56Donc, vous avez un affaiblissement et une légitimité
10:00qui est aussi très faible par rapport à ceux d'avant.
10:05On les connaît, on les connaît tous et on voit bien, on sait bien
10:13qu'ils font partie d'un bloc sécuritaire et répressif
10:18qui ne peut aller que contre la majorité de la population.
10:25Et donc, leur espérance de vie est, je dirais, assez limitée,
10:31en tout cas beaucoup plus limitée, à moins d'imaginer une énorme répression à nouveau
10:37Ă laquelle, personnellement, je ne crois pas.
10:40Je pense que le régime est trop affaibli pour refaire des opérations de répression
10:45telles qu'il y a eu il y a quelques semaines.
10:47Merci, monsieur l'ambassadeur.
10:48Restez avec nous sur France 24 dans quelques instants.
10:51L'édition spéciale se poursuit.
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