00:00Rina Bassiste nous a rejoint, elle est rédactrice pour Almonitor et correspondante pour la radio israélienne Han Netanyahou.
00:07Han, pardon, Netanyahou vient de s'exprimer. Il évoque donc des jours douloureux pour Israël, mais il promet également d
00:13'étancifier les frappes sur l'Iran.
00:15L'armée, elle, annonce mobiliser 100 000 réservistes. Les Israéliens sont-ils prêts à une nouvelle guerre sur le long
00:22terme ?
00:23Donc, terme, c'est une bonne question, mais là, on est dans une journée extrêmement difficile parce qu'il y
00:29avait cette missile iranienne qui a touché la ville de Bechemesh, qui a tué neuf personnes.
00:35Il y a encore moins d'une vingtaine qui sont blessées, y compris blessées assez grèvement. Parmi les neuf personnes
00:44qui sont morts, il y a des jeunes personnes, il y a des enfants.
00:47Donc, une journée extrêmement difficile, d'où, je pense, cette allocution du Premier ministre, Benjamin Netanyahou, qui annonce que les
00:56frappes vont continuer, vont s'intensifier même.
00:59Et d'un côté, pour montrer à la société israélienne qu'on ne va pas laisser faire tuer comme ça
01:08neuf personnes et neuf civils, ça, d'un côté.
01:12Et de l'autre côté, parce qu'il semble que, malgré le fait qu'Ali Khaminaï ait été tué, le
01:20régime de Téhéran, pour l'instant, ne capitule pas.
01:24Au contraire, ils essaient de mettre en place, justement, un conseil de transition en vue d'élection d'un nouveau
01:33leader suprême, d'un nouveau ayatollah.
01:37Dans une telle situation, côté israélien en tout cas, on ne sait pas à tel point et jusqu'à quand
01:44les Américains vont continuer,
01:45mais les Israéliens sont très déterminés à faire tout leur possible, justement, pour offrir au peuple iranien la possibilité de
01:54changer le régime s'ils le souhaitent.
01:56En tout cas, les Israéliens semblent soutenir les opérations de Netanyahou, mais jusqu'à un certain point, on vient de
02:02parler du bilan, neuf morts.
02:04Là, on vient de convoquer 100 000 réservistes. Est-ce qu'à un moment, on sort d'un conflit ?
02:09Est-ce que ça ne va pas éroder un petit peu le soutien ?
02:10On en parlait avec Stéphane Amar depuis Jérusalem. Est-ce que ça ne va pas commencer à un petit peu
02:14éroder ce soutien, justement ?
02:16Bon, là, on n'est que le début. Vraiment, ce ne sont même pas deux jours qui sont coulés.
02:22Donc, pour l'instant, je crois qu'il y a un soutien assez important, quand même, du Premier ministre, Benjamin
02:27Netanyahou.
02:28D'abord, de la part de la société israélienne, qui, à un certain moment, les gens ne pouvaient plus.
02:33Chaque semaine, on leur disait que c'est la semaine prochaine, c'est la semaine prochaine.
02:37Là, c'est arrivé. Donc, il y a une sorte de soulagement, en fait, qu'on est plein dedans, dans
02:42cette opération, disant, enfin, OK, c'est arrivé.
02:46Ce sera quelques jours très, très difficiles.
02:49Et puis, il a révisé son pronostic. Il avait dit, peut-être un mois, là, il parle de quelques jours.
02:54Oui, donc, bon, c'est à voir, bien sûr.
02:56À voir.
02:57Donc, là, les Israéliens espèrent que dans quelques jours, ça va être terminé.
03:02Mais au moins, il y a une sorte de perspective pour voir qu'il y aura une fin, parce que
03:05ça a déjà commencé, ce qui n'était pas le cas avant.
03:09Et après, il faut dire aussi, dans la classe politique, la plupart des partis politiques, y compris dans l'opposition,
03:17soutiennent Netanyahou dans cette opération.
03:20Je ne dis pas, peut-être pas les partis israélo-arabes, qui ne se sont pas trop exprimés pour l
03:28'instant.
03:29Mais les autres partis, y compris la partie gauche, les démocrates, la partie de Yair Lapid, ils ont tous dit,
03:38oui, au contraire, il faut le faire.
03:40Monsieur Netanyahou, allez-y, on va vous soutenir, même si dans des jours normaux, bien sûr, c'est les adversaires
03:48du parti, les coups du Premier ministre.
03:51Mais là, il y a une sorte de soutien qui dépasse les clivages politiques pour l'opération contre l'Iran.
04:03Gauthier, ou même, à quel moment on pourra se dire, ça y est, on arrête, la mission a été accomplie
04:11?
04:12C'est effectivement une bonne question.
04:14Est-ce que vous vous souvenez que George Bush, junior, lui avait dit très rapidement, ça y est, c'est
04:18fait.
04:18Et puis, bon, ça a duré 15 ans de plus ou 20 ans de plus.
04:22Donc, oui, la question, elle revient.
04:25Et si vous voulez, c'était celle que je voulais poser à notre invité.
04:30Moi, je trouve assez rare et surprenant qu'Israël entre dans l'aspect politique des choses,
04:38qui est capital, à savoir la libération des Iraniens d'un régime pareil.
04:43Est-ce que là, il y a quelque chose que l'on peut considérer comme sincère ?
04:47Ou bien, est-ce que c'est une façon de, comment dirais-je, d'habiller l'action militaire israélienne
04:54sous des dehors qui sont parfaitement acceptables ?
04:58Je veux dire par là que sur d'autres terrains d'opérations,
05:02ce qui concernait par exemple ce qu'on a appelé les printemps, les révolutions arabes,
05:08c'était moins présent, pour ne pas dire parfois absent, dans le récit d'Israël,
05:14la nécessité de défendre, y compris pour le bien d'Israël,
05:18mais pour le bien général, l'arrivée de démocratie.
05:21Et là, ça revient quasiment à chaque prise de parole de Benjamin Netanyahou
05:26et également à la prise de parole de Donald Trump.
05:29Ça vous surprend, ça ?
05:31Vous avez tout à fait raison quand vous évoquez les printemps arabes.
05:34Je dirais deux choses.
05:36D'un côté, bien sûr, il y a les intérêts israéliens,
05:39qui sont peut-être détachés de l'intérêt du peuple iranien,
05:43parce que les Israéliens vivent avec cette menace,
05:47triple menace iranienne, si vous voulez,
05:49les menaces nucléaires, les menaces de missiles balistiques
05:52et les menaces de proxy,
05:53donc le soutien de terreur partout dans le monde,
05:57y compris autour d'Israël, sur ses frontières.
06:00Ça fait plusieurs décennies qu'Israël est confronté à ces menaces,
06:05donc Israël a tout l'intérêt, justement,
06:08d'échanger le régime,
06:11qu'il y aura un régime démocratique
06:12avec qui Israël peut dialoguer.
06:16Après, je dois dire qu'il y a aussi des relations,
06:19je pense, très particulières entre le peuple israélien,
06:22ça, c'est pas au niveau politique,
06:24et le peuple iranien.
06:26Il y a beaucoup de gens qui se souviennent encore,
06:29en fait, de l'époque des chats.
06:31Bien sûr, moi, quand je faisais mes études d'architecture,
06:34il y a beaucoup d'années,
06:35j'avais encore des professeurs
06:37qui racontaient comment ils avaient l'habitude
06:40de voyager à Téhéran pour des grands projets
06:43de construction par des boîtes israéliennes.
06:46C'était tout à fait normal.
06:48Donc, il y a une certaine nostalgie à cette époque.
06:51Il y a aussi une diaspora iranienne en Israël.
06:54Il y a pas mal d'Israéliens avec d'origine iranienne.
06:58Ils sont très attachés à cette identité iranienne.
07:03Ils se sont exprimés pas mal
07:06pendant, justement, les démonstrations
07:09pour la libération des femmes en Iran.
07:12C'était quelque chose, justement, qu'on n'a pas vu.
07:15Vous avez évoqué le printemps arabe.
07:17On n'a pas vu ça pour le printemps arabe.
07:19C'était très présent pendant ces démonstrations-là.
07:22Je crois que c'est ça qui explique aussi
07:25cette affinité, cette solidarité.
07:27Pour les Israéliens, je pense,
07:29on voit qu'il y a un sort un peu partagé.
07:32Ce sont deux peuples anciens
07:36avec une longue histoire de plusieurs décennies
07:40avec une longue culture, exactement,
07:44et avec même une histoire commune.
07:46Parce qu'on approche maintenant,
07:48on est presque à la fête de Pourim,
07:51qui est une fête juive
07:52où on raconte cette histoire, justement,
07:55où les Juifs qui habitaient l'Empire perse
07:58étaient à un certain moment persécutés par Amman.
08:02Mais après, ils étaient aussi sauvés
08:06par les rois perses.
08:09Donc, il y a ce souvenir,
08:11cette histoire commune,
08:13et peut-être un avenir commun
08:15entre ces deux peuples
08:16qui se ressemblent à la fin.
08:18Juste une toute petite question.
08:19Cette nostalgie,
08:20c'est aussi la nostalgie du régime du chat ?
08:23Parce que vous disiez,
08:23il y avait justement un système de change
08:25qui était effectivement très développé.
08:26Est-ce que là, il n'y a pas à nouveau un problème
08:29justement dans l'affinité ?
08:31Est-ce qu'il n'y a pas une affinité
08:32avec un régime qui n'était peut-être
08:35pas si respectable que ça ?
08:36Oui, donc c'est une double affinité.
08:38Donc, d'un côté,
08:39il y a ce sentiment
08:39comme si les deux peuples se ressemblent.
08:41Parce qu'il y a aussi les Iraniens
08:43sur le plan technologique, par exemple,
08:45ils sont très avancés.
08:47C'est un peu comme les Israéliens,
08:48cette notion de start-up nation,
08:51cet esprit d'entrepreneurship
08:53qui est très partagé,
08:55l'amour de l'histoire, tout ça.
08:57Donc, il y a une affinité
08:58qui n'est pas liée au régime du chat.
09:00Après, oui, sincèrement,
09:02on se souvient en Israël,
09:04cette époque,
09:05ce n'est pas tellement la nostalgie du chat même
09:09parce que c'était un régime
09:10avec des côtés aussi sombres.
09:12Il ne faut pas l'oublier.
09:14Mais juste cette possibilité,
09:18tout simplement, d'aller en Iran,
09:20c'est qu'aujourd'hui,
09:21pour des gens qui sont jeunes,
09:23qui n'ont pas mon âge,
09:25c'est absolument impensable.
09:27Même l'idée a apparu
09:29complètement absurde.
09:31Donc, je ne dirais pas exactement
09:33que c'est la nostalgie du chat même,
09:35même si, j'ajoute,
09:38bien sûr, Israël ne sera pas contre
09:40et même favorable
09:41si ce sera Reza Palaoui
09:43qui va retourner en Iran
09:46parce que Reza Palaoui est arrivé en Israël
09:49après le 7 octobre.
09:51C'était une visite très forte,
09:53côté sentimental,
09:54parce qu'il a exprimé sa solidarité
09:57avec Israël
09:58vu de l'attaque terrible de Hamas.
10:02Ça, les Israéliens se souviennent
10:04très, très bien.
10:05Ça compte énormément
10:06aux yeux des Israéliens.
10:08Il se faisait beaucoup d'amis en Israël.
10:10Il a vu le premier ministre,
10:12Benjamin Netanyahou.
10:14Donc, si ce sera ça sur la table,
10:17si Israël aura son mot à dire,
10:19il n'y aura aucune objection
10:21côté Jérusalem
10:22pour que Reza Palaoui
10:25assure un certain gouvernement
10:27de transition, disons.
10:28J'essaie de vous faire réagir.
10:30Gauthier également,
10:31la base navale française à Abu Dhabi
10:33a été touchée.
10:35On a quelques images.
10:36Le général Jean-Paul Paloméros
10:38nous le confirmait tout à l'heure
10:39sur notre antenne.
10:40Vous voyez ces images.
10:41Est-ce que vous avez une réaction ?
10:42Est-ce que c'est un signe
10:43de l'embrasement régional
10:44de ce conflit ?
10:46Vous savez,
10:48l'embrasement,
10:49il est déjà là
10:51à partir du moment
10:52où il y a
10:54cette intensité en bombardement
10:56et surtout à partir du moment
10:57où il y a en jeu,
10:59et on le voit
11:00en parlant avec les uns les autres,
11:01où il y a en jeu
11:02finalement des destinées
11:06culturelles, politiques,
11:07des pays qui sont partie prenante,
11:10qu'ils le veuillent ou non,
11:11dans ce conflit.
11:13On disait tout à l'heure,
11:14souvenez-vous,
11:14de la réaction
11:16de certaines monarchies du Golfe,
11:19de certains émirats
11:20qui sont extrêmement,
11:22qui sont vents debout
11:23contre cette action
11:24parce que, d'abord,
11:26l'Iran se venge sur eux
11:28en envoyant des projectiles,
11:29mais aussi parce que,
11:30il ne faut jamais oublier ça,
11:32c'est que la perspective
11:33d'une démocratie en Iran,
11:36qu'elle soit lente,
11:38qu'elle prenne du temps,
11:39qu'elle soit parfois fautive,
11:41parfois indécise.
11:43Bref, tout cela,
11:45c'est un processus
11:46qui certes peut aller
11:48qu'à un cas,
11:48mais qui peut être aussi
11:50insupportable pour les monarchies
11:51en question.
11:53Imaginez,
11:53pardon,
11:54de faire ce changement rapide
11:55de perspective
11:58et surtout de lieu.
12:00un Vladimir Poutine
12:01ne supporte pas l'idée
12:03qu'il y ait dans son étranger proche
12:05des pays
12:05qui aillent vers la démocratie
12:07parce que ça veut dire
12:08que par contagion
12:09ou par retour de boomerang,
12:10ça peut faire contagion chez lui.
12:12Vous avez ce même type
12:13d'attitude
12:14et on n'a même pas parlé
12:15de l'Arabie Saoudite encore,
12:17mais il y a ce type
12:19de crainte
12:20et c'est à partir de là
12:21que je dis que l'embrasement,
12:23il existe
12:23ou il est en germe.
12:25Le fait que des images
12:27que nous voyons ici
12:29qui visent
12:30des bombardements
12:31qui est visé
12:32ou pas d'ailleurs
12:33mais de manière
12:34peut-être involontaire
12:36des installations françaises,
12:38ça veut dire quoi ?
12:38Tout simplement,
12:39c'est que les installations françaises
12:40elles ont un rôle à jouer.
12:42On voit simplement
12:43et on va voir le conseil
12:44de ce soir
12:45ce qu'il va donner,
12:46mais on voit que pour l'instant
12:47il y a une hésitation
12:49sur l'utilité
12:50et le sens
12:51qu'il faut donner
12:51à cette présence française.
12:53Parce que aussi
12:54sur le plan politique,
12:55la France est en retrait
12:56dans cette affaire.
12:57Je rappelle ce que vous avez dit
12:58tout à l'heure,
13:00la France ne peut,
13:01c'est une citation
13:01de la porte-parole
13:03du gouvernement,
13:04la France ne peut
13:04se satisfaire
13:05de l'élimination
13:07de Khamenei.
13:08Avec l'ambiguïté
13:09qu'on avait soulignée,
13:10ça peut vouloir dire
13:11qu'elle ne peut
13:12admettre l'élimination
13:13ou qu'elle peut dire
13:14c'est pas aller assez loin
13:15encore, il faudrait.
13:16Cette ambiguïté,
13:17vous savez,
13:17elle existe forcément
13:19parce que quand on est
13:20à ce niveau-là
13:20de responsabilité,
13:21on commet rarement
13:22ce genre de choses
13:23involontairement.
13:25Et voilà,
13:25c'était déjà terminé.
13:26Merci d'être avec nous
13:28sur le plateau,
13:28Rina Bassiste
13:29et Gauthier Abinski
13:31comme d'habitude.
13:32Merci beaucoup.
13:33Sous-titrage Société Radio-Canada
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