00:00Aujourd'hui, est-ce que des sanctions économiques sur un pays tiers, ça fonctionne ?
00:05Alors, ça peut fonctionner. D'abord, ça dépend de la taille du pays.
00:09Il y a des petits pays où, effectivement, quand ils sont sous sanctions, ça devient très compliqué pour eux.
00:15Pour l'Iran, il est incontestable que les sanctions ont, sur le long terme, provoqué une baisse du niveau de
00:22vie.
00:22Pas suffisante pour amener le gouvernement iranien à changer de position.
00:27Et c'est quand même ça l'essentiel, puisque les sanctions, elles sont prises pour obtenir un résultat politique.
00:32Ça n'a pas été efficace, mais il y a bien eu un impact.
00:35Et puis après, il y a le cas de la Russie.
00:36Et on sait très bien que, sur la Russie, oui, les sanctions ont eu un effet immédiat, grosso modo d
00:43'avril à septembre 2022.
00:45Il suffit de regarder les statistiques.
00:47On voit que le produit intérieur brut recule de 5%.
00:51Bon, c'était déjà nettement moins que ce que l'on disait à l'époque.
00:54Je me rappelle avoir lu des choses qui étaient écrites par les gens de la Banque mondiale, de l'OCDE,
01:00voire du Fonds monétaire international.
01:01Encore que le FMI était beaucoup plus prudent, qui parlait d'une chute de production de 10 à 15%.
01:06Mais après, nous avons une période de forte croissance qui suit en 2023-2024.
01:12Donc, ça veut dire que les sanctions ne fonctionnent pas.
01:16Et pour une raison très simple, c'est que la Russie a trouvé d'autres partenaires.
01:21Alors, certains avec des intermédiaires multiples.
01:25Par exemple, j'étais encore récemment à Moscou.
01:29Et vous avez toujours des concessionnaires Mercedes et Audi qui sont absolument pleins.
01:36Donc, ils n'ont aucun problème.
01:37Alors, oui, bien sûr, ils vous disent, ça sera plus cher.
01:39D'accord, 20%, 30%.
01:42Quand on a l'argent pour acheter une Audi 8, je pense qu'on peut payer 20% de plus.
01:48Ce n'est pas le problème.
01:49Et puis, on a une recomposition du commerce international qui s'est faite essentiellement vers l'Asie, pas seulement vers
01:58la Chine.
01:58C'est aussi une erreur que l'on fait très souvent en France.
02:01Il y a d'autres pays qui sont importants en Asie.
02:04Il n'y a pas que la Chine.
02:05Il y a l'Inde.
02:06Il y a la Malaisie.
02:07Il y a le Vietnam, etc.
02:09Bon, on a ça.
02:11Pour l'Iran, c'était beaucoup plus compliqué.
02:13D'où d'ailleurs l'importance que mettait l'Iran dans la réalisation du corridor nord-sud avec la Russie.
02:22Alors, évidemment, les bombardements actuels, déjà les bombardements d'il y a huit mois,
02:27mais les bombardements actuels mettent en doute la possibilité de réaliser ce corridor.
02:34Mais on voit bien aussi qu'il est tellement dans les intérêts nationaux de l'Iran
02:39que d'une certaine manière, même s'y arrivait un autre dirigeant,
02:43par exemple un dirigeant qui serait beaucoup plus neutre,
02:46qui dise, oui, bon, Israël, ce n'est pas notre affaire, on ne s'en mêle pas.
02:51Les États-Unis, on veut avoir une forme de statu quo.
02:56Mais il serait obligé de reprendre cette question du corridor nord-sud
03:00parce que, pour l'Iran, c'est quelque chose d'extrêmement important.
03:04Et d'ailleurs, il y avait un troisième pays qui s'était mêlé de ce corridor nord-sud.
03:09Il y avait la Russie, bien sûr, l'Iran et l'Inde.
03:12Et c'est ça aussi qui montre que là, il y a de véritables intérêts économiques
03:18qui dépassent d'une certaine manière les différents positionnements politiques.
03:23Dernier point, qu'est-ce qui se passe en Syrie ?
03:25Nous avons un gouvernement, bon, c'est un gouvernement djihadiste, en réalité.
03:30Il n'a pas touché aux bases russes.
03:31Il a, au contraire, demandé à la Russie de nouveaux accords
03:36et en particulier des accords alimentaires, des accords de commerce alimentaire.
03:40Donc, il faut faire très attention là-dessus.
03:44Il y a même un partage d'informations avec Israël aussi.
03:46Tout à fait, tout à fait.
03:48Et donc là, on voit que l'Iran, d'une certaine manière, va rester,
03:55et à mon avis, pour vraiment une longue période historique,
04:00un pays qui, même s'il est beaucoup moins dans la confrontation avec les pays occidentaux,
04:08ne sera malgré tout pas favorable.
04:11On ne retrouvera pas, et d'une certaine manière, c'est assez normal,
04:15la situation très particulière que l'on connaissait dans l'Iran du Shah,
04:19donc avant Rouménie, où l'Iran était, dans les faits,
04:23un agent des États-Unis et de la Grande-Bretagne au Moyen-Orient.
04:28Cette période-là, elle est finie.
04:30Et si Donald Trump espère y revenir d'une manière ou d'une autre,
04:35là, je pense qu'il se trompe gravement.
04:37Alors...
04:37Sous-titrage Société Radio-Canada
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