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00:00Et Vincent Desportes, géopoliticien et ancien directeur de l'école de guerre, nous a rejoint.
00:05Merci d'être avec nous. On va continuer à évoquer avec vous la mobilisation des forces militaires,
00:11qu'elles soient américaines ou israéliennes.
00:16Donc Benjamin Netanyahou, le premier ministre israélien, a évoqué une menace existentielle du régime iranien
00:22pour justifier l'opération de ce matin.
00:25C'est une opération coordonnée avec Washington et finalement elle a été minutieusement préparée.
00:29Il est évident qu'une opération de cette complexité a été préparée depuis très longtemps.
00:35Vous savez, les militaires savent très bien faire ça.
00:37Ils préparent et ensuite on joue un plan.
00:40Mais cette affaire-là a été préparée depuis très longtemps, depuis des mois,
00:44mais elle a été mise à jour et très particulièrement, régulièrement,
00:47et très probablement si la frappe a eu lieu ce matin,
00:51c'est parce qu'on devait savoir où était l'ayatollah Ramini.
00:54C'est pour ça que les informations disent qu'elle a probablement été tuée.
00:57Ça a probablement été le déclencheur de ce plan de frappe
01:03qui désormais va se dérouler sur des jours, peut-être des semaines.
01:08La dernière frappe assez équivalente, c'est la guerre de Kosovo en 1999.
01:13Ça a duré 78 jours.
01:15Donc ça veut dire que là, finalement, c'est une guerre, en tout cas c'est une offensive
01:20qui est partie pour durer, selon vous ?
01:22Absolument. Évidemment, elle va durer.
01:24Il y a quelques limites.
01:26La première des limites, c'est les munitions.
01:29Ça a été dit par le chef état-major des armées américaines.
01:32Les stocks américains ne sont pas extensibles.
01:36Ils sont très inférieurs à ce qui existait pendant la guerre froide.
01:39Les Américains ont donné beaucoup des armes, des munitions tirées aujourd'hui à Israël depuis 2023.
01:45Les États-Unis en ont vendu beaucoup et donné à l'Ukraine.
01:50Et puis ils conservent quand même, deux ennemis importants pour eux, la Chine et la Russie.
01:56Et donc ils ne peuvent pas se départir de toutes les munitions.
01:59Ça, ça fait une limite.
02:00Il y a la deuxième limite, comme dans toutes les guerres américaines, c'est le peuple américain.
02:05L'Amérique arrête de faire la guerre quand le peuple dit stop.
02:08Ça a été vrai au Vietnam, ça a été vrai en Irak, ça a été vrai en Afghanistan.
02:13Mais tant que ces deux limites-là ne sont pas atteintes, il est clair que l'opération durera.
02:18C'est intéressant ce que vous dites, Général,
02:21puisque vous dites que la guerre continuera tant que le peuple américain ne dit pas stop.
02:26Gautier, cet interventionnisme de Donald Trump, ça ne va pas avec la politique MAGA ?
02:32Alors, non, c'est vrai.
02:34Et d'ailleurs, il y a lieu pour Donald Trump de faire attention à cela,
02:38parce que quand il y a une échéance électorale comme ça,
02:40il y a mi-mandat qui approche, il faut faire attention.
02:43En même temps, en vous écoutant, en général, je me disais,
02:46est-ce qu'il n'y a pas non plus une façon pour l'administration Trump de dire,
02:50écoutez, vous n'êtes peut-être pas d'accord, mais c'est moi qui décide.
02:53Et, si vous voulez, une moins grande attention à la nature démocratique du débat
02:59qu'ont pu l'avoir certains prédécesseurs de Donald Trump à la Maison Blanche,
03:03même si Richard Nixon était très conservateur.
03:06Mais il y a eu quand même ce poids de l'opinion avec les manifestations anti-Vietnam.
03:11Là, on ne voit pas énormément dans les médias.
03:14Face aux menées qui sont effectivement souvent guerrières ou belliqueuses de Trump,
03:18on ne voit pas une résistance ou une opinion publique devant debout.
03:24Non, mais d'après les chiffres que j'ai eus ce matin et qui ont peut-être changé,
03:27il semblerait que 70% de la population américaine n'approuve pas,
03:31n'approuve pas, mais n'approuve pas.
03:33Et puis, le fond du tiroir, l'échéance, c'est quand même les mi-termes, si vous voulez.
03:39Et il va falloir...
03:41L'Amérique n'est pas très contente de Trump, l'inflation, le prix de l'œuf, etc.
03:45Et donc, on voit bien que ça ne peut pas durer aussi très longtemps.
03:48Même si le peuple américain ne dit pas « on arrête »,
03:50il faudra bien que Trump, à un moment donné, gagne les mi-termes.
03:55Il peut perdre la Chambre.
03:56On le sait, le Sénat, c'est plus difficile, mais la Chambre, il peut la perdre.
03:59Et s'il perd la Chambre, il aura quand même beaucoup moins les mains libres que maintenant.
04:03Donc, on voit bien que quand même, il y a des limites à cette affaire-là.
04:07Le problème, c'est que quand vous êtes rentré dans ce genre de guerre,
04:10la guerre, quelle que soit la guerre, quand vous commencez à mettre l'ongle, vous terminez là.
04:14On se rappelle tellement bien du « mission accomplished » du président Bush sur le porte-avions Lincoln,
04:21qu'un jour après le début de la guerre en Irak, disant « c'est terminé »,
04:24elle n'est toujours pas terminée, 22 ans après ou 23 ans après.
04:28Donc, on voit bien qu'il y a quand même de grandes chances que l'Amérique se fasse entraîner
04:36et que pour une raison, on ne peut pas arrêter une escalade.
04:40Parce qu'il est clair que cette guerre est existentielle pour l'Iran,
04:44autant que pour Israël d'ailleurs, mais pour l'Iran.
04:47Et c'est une « all-out war », comme diraient les Américains.
04:50Et les Irans vont tout utiliser, si vous voulez.
04:53Le régime risque de tomber, ils ont des réserves de missiles balistiques qui sont assez importantes.
05:00Ils iront, ils ne peuvent plus céder maintenant dans cette affaire-là.
05:03Et ils savent aussi, ils ne gagneront pas la guerre militairement contre les Américains.
05:09Mais ils n'ont pas besoin de le faire.
05:10Ils n'ont pas besoin de le faire.
05:11Il suffit qu'il y ait suffisamment de morts américains ou de morts dans les pays du Golfe
05:17ou qu'un asset américain, un bateau par exemple, soit coulé pour que Trump finalement soit amené à repartir.
05:25Donc, on voit bien que la logique générale de la guerre, c'est toujours l'escalade et c'est toujours
05:30la durée longue,
05:31mais qu'il y a un certain nombre de facteurs qui fait qu'elle trouvera bien une fin à un
05:35moment donné.
05:35Elle trouvera une fin et la logique de ces guerres, puisque vous parlez finalement aussi d'engrenage d'une certaine
05:41manière.
05:42Donald Trump qui prend part à ce conflit, est-ce qu'on peut dire ou pas que Benjamin Netanyahou lui
05:48a tordu le bras pour qu'il avance là-dessus ?
05:51Moi, je pense.
05:52Moi, je pense.
05:52Parce que, moi, je...
05:53On ne sait pas.
05:54Ce qui se passe dans la tête de Trump, c'est compliqué.
05:56Même lui, ce n'est pas bien.
05:57Donc, on ne peut pas trop s'avancer sur ce sujet.
06:00Mais, alors, le problème de Trump, on le voit bien depuis le début.
06:02Il pense au coup d'après, mais jamais au coup d'après, après le coup d'après, si vous voulez.
06:06Et donc, dans cette affaire-là, il a été un peu aveuglé par sa propre puissance, par le coup de
06:11Maduro.
06:12Il s'est dit, finalement, je vais régler l'affaire de l'Iran comme ça.
06:15Alors, il envoyait un premier groupe à Aéronaval, un deuxième groupe à Aéronaval.
06:19Et puis, rappelez-vous ce que disait son conseiller Winkoff.
06:21Mais, mon président Trump ne comprend pas pourquoi l'Iran ne s'est pas couché.
06:26Et je ne suis pas sûr, si vous voulez, qu'il ait vraiment réfléchi au deuxième coup, répercussions, etc.
06:33Et là, ce matin, il dit, il faut que le régime tombe, etc.
06:37On sait bien qu'il n'a pas bien défini ses buts de guerre.
06:40Il faut que le régime tombe.
06:41Et je pense que celui qui voulait que ce régime tombe absolument, c'était Netanyahou.
06:48Et il l'a, évidemment, poussé à agir.
06:52De toute façon, Trump était obligé d'agir.
06:55Parce qu'à partir du moment où il avait mis deux groupes aéros, navals,
06:59il ne pouvait pas rentrer bredouille à l'un des porte-avions, le Ford à San Diego,
07:07ou plutôt le Lincoln à San Diego et le Ford à Norfolk.
07:10Ce n'était pas possible.
07:11Donc, à partir du moment où il avait raté son premier pari, il était condamné à agir.
07:16Mais en même temps, il craignait l'affaire des mi-termes.
07:19Et je pense que Netanyahou a eu un effet tout à fait important.
07:23Avec ce fait que je pense que Ramény avait été localisé.
07:29Et que ce matin, à 7h30, heure française, c'était l'heure pour y aller.
07:33L'heure pour y aller.
07:34Et au niveau de la manière dont ça s'est passé,
07:38les frappes sont condamnées à l'international, notamment par Oslo.
07:42La Norvège, donc, qui affirme que ces frappes ne sont pas conformes au droit international.
07:48Gauthier, ça veut dire que Donald Trump s'assoit aujourd'hui sur le droit international pour agir ?
07:52Ça veut dire qu'il n'aura pas tout de suite son prix Nobel.
07:55C'est intéressant que vous citiez la Norvège.
07:57Parce que, vous vous souvenez que Donald Trump, dès qu'il entend parler de Norvège,
08:02quelle que soit d'ailleurs la déclaration du gouvernement norvège.
08:06Évidemment, oui.
08:07Et c'est d'ailleurs ça qui pose un certain nombre de pays dans un embarras terrible.
08:11C'est-à-dire qu'avec la...
08:13Comment dire ?
08:15Avec l'outrecuidance que confère la force.
08:19Ce que je dis là, c'est pas une insulte envers les militaires.
08:22Ça veut dire que quand vous avez la force et que vous l'exercez,
08:24vous pouvez très bien vous asseoir sur le droit.
08:28Vous pouvez, vous n'êtes pas obligé.
08:29Au contraire, certains vont dire, j'utilise la force pour ramener au droit quelqu'un.
08:34Bon, on peut critiquer la manière, mais là, c'est vrai qu'il y a au fond,
08:39presque, et c'est là qu'il rejoint, à mon sens, son électorat,
08:43il y a une forme de jubilation chez Donald Trump et son entourage
08:48à s'asseoir sur le droit, à en faire litière.
08:51Et ça, c'est quelque chose qui marche très fort aussi chez MAGA,
08:54parce que chez MAGA, vous avez des personnes qui ne sont pas...
08:57Pas toutes sont des personnes précaires ou en difficulté ou en déclassement.
09:01Ce sont des gens qui ont envie, de manière presque ontologique,
09:05de transgresser et qu'on leur dise, voyez, vous allez de l'avant,
09:09vous marchez sur toutes ces bêtises qui sont celles du monde libéral,
09:14le droit, l'ONU, etc.
09:16Il y a, me semble-t-il, n'oublions jamais cet aspect jouissif
09:20qu'il y a dans le mouvement qui est Trump et qui incarne Trump.
09:24Merci.
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