00:00Je suis devenue parent en étant asexuelle et aromantique.
00:02Dès l'école primaire, j'ai senti qu'il y avait quelque chose de différent en moi
00:05parce que les autres filles parlaient beaucoup de garçons
00:07et que moi, ça ne m'intéressait pas trop
00:08et je ne comprenais pas trop pourquoi Leonardo DiCaprio dans Titanic était si beau.
00:12Et ça s'est vraiment amplifié quand je suis arrivée au collège.
00:14On nous faisait comprendre qu'il fallait en tant que fille
00:16que je m'intéresse à ce que les garçons fassent.
00:18Ça me dépassait complètement.
00:19Mais bon, je me suis dit que ça allait venir.
00:21J'étais peut-être un petit peu en retard.
00:22J'ai fait mon lycée au début des années 2000
00:24et donc c'était American Pie et Sex and the City.
00:27On était dans une libération assez féministe de la sexualité
00:30où ne pas avoir de vie sexuelle, c'était être frigide.
00:34Ne pas être féministe, ne pas être avec son corps.
00:36Si je suis une féministe, je dois être bien dans mon corps.
00:38Je dois être à l'aise et je dois être sexuellement active,
00:41faire des choses pour moi.
00:42Donc c'était très difficile pour moi qui me définissait féministe
00:45pratiquement depuis toujours de me dire
00:47« mais je ne correspond pas à cette féministe en fait ».
00:49J'avais très envie d'y arriver.
00:51Ça, c'est vraiment le terme qu'a défini toute mon adolescence et ma vingtaine.
00:54Toutes mes premières fois, le premier baiser et toutes les fois d'après
00:57ont toujours été faits sur un grand mouvement de
01:00« oh là là, je n'ai pas envie, mais il faut que je me force ».
01:02Quelques jours avant mes 23 ans, j'ai eu des rapports sexuels.
01:05Je me suis dit « c'est bon, la date est à peu près acceptable ».
01:08Je suis tombée sur quelqu'un qui était vraiment très à l'écoute.
01:11Ce qui m'a plu dans ce moment, foncièrement, c'était l'intimité.
01:14C'était les corps qui se rencontrent, c'était prendre soin de l'autre, être à l'écoute.
01:18Je suis sortie de cette expérience en me disant « ça y est, je suis une femme ».
01:22Aujourd'hui, vraiment, pour la grande majorité des gens,
01:25on devient adulte quand on a des rapports sexuels.
01:27Et ça, c'est quelque chose qui est très difficile quand on n'a pas envie de rapports sexuels.
01:30C'est qu'on se dit « en fait, je vais rester un enfant toute ma vie ».
01:32Je ne me rappelle plus exactement quand j'ai découvert le terme « asexuel ».
01:35Et ma première réaction quand j'ai découvert ce terme,
01:37donc l'asexualité, c'est le fait de ressentir peu ou pas d'attraction sexuelle pour autrui,
01:42c'est de me dire « oh, mais génial ! »
01:44Je comprends quelque chose, je ne suis pas seule, je ne suis pas cassée.
01:47Et en même temps, tout de suite, il y a eu un énorme vent de panique
01:49où je me suis dit « mais si je suis asexuelle, ça veut dire que je ne pourrais pas avoir
01:52de rapports sexuels. »
01:53Ça veut dire d'un, que je vais passer à côté de quelque chose d'absolument génial après tout le
01:56monde,
01:56de deux, que je ne pourrais pas être en couple.
01:58Mais progressivement, j'étais de plus en plus à l'aise avec ça.
02:00Et donc, ça a beaucoup changé l'intimité que j'avais avec les personnes,
02:02les discussions, nos rapports sexuels.
02:05Et au bout d'un moment, en fait, j'ai compris que j'avais des très belles relations avec des
02:08super personnes,
02:09mais que je n'étais toujours pas attirée par elles sexuellement.
02:11Ça m'arrivait d'avoir des rapports sexuels avec elles,
02:13ça m'arrivait de même passer des bons moments.
02:15Ça m'arrivait parfois même d'avoir envie de rapports sexuels,
02:17mais ce n'était jamais parce que c'était la personne en face.
02:20Ça pouvait être parce que c'était l'ambiance du moment,
02:23parce que c'était le moment de mon cycle menstruel ou des choses comme ça.
02:26Le fait d'accepter d'être asexuelle, ça m'allait très bien d'être célibataire,
02:30que ce qui me dérangeait, c'était le regard des autres, c'était la pression.
02:32Et là, à ce moment-là, j'ai pu du coup accepter un autre terme
02:35que je connaissais depuis très longtemps,
02:37mais que je ne m'arrivais pas non plus à m'approprier,
02:40qui est aromantique, c'est-à-dire le fait de ne pas ressentir
02:42d'attraction romantique pour autrui.
02:44Je l'ai toujours su, au fond.
02:45Dès que j'étais au lycée, j'avais ces rêves de devenir parent,
02:49et je ne m'imaginais jamais en fait en couple.
02:52J'ai toujours dit à mes amis,
02:53si à 30 ans je ne suis pas en couple,
02:55rappelez-moi d'avoir un enfant toute seule.
02:56Vers le milieu de la trentaine, j'ai commencé vraiment à me poser
03:00et à regarder quelles étaient les options qui étaient devant moi.
03:04J'ai fait appel à une banque de sperme danoise
03:06qui a envoyé du sperme, des gamètes,
03:09à un gynécologue à Paris,
03:11qui m'a suivi pendant tout ce processus,
03:12dans l'illégalité complète,
03:14et qui m'a permis d'avoir accès à une PMA avec don de sperme.
03:18J'ai vraiment vécu ma PMA, ma grossesse, hyper entourée.
03:22Je suis allée au rendez-vous avec des gens,
03:23et en même temps, pour moi, ça me semble tellement normal
03:26d'être parent solo.
03:27Ça a tellement toujours été ce que j'ai imaginé depuis que je suis gamine,
03:30que parfois je me disais dans la salle de la tente,
03:32mais pourquoi est-ce qu'ils sont deux ?
03:33« Ah oui, c'est des couples, bien sûr ! »
03:36Si vous demandez à mon enfant qui est dans sa famille,
03:38mon enfant va vous répondre
03:39« Il y a Aline, mon parent,
03:41il y a Babou, ma tante, ma mamie,
03:43il y a Catherine, il y a Christian, il y a David. »
03:46Et en fait, pour mon enfant,
03:46vraiment, il y a toute une constellation de personnes autour
03:49qui viennent de milieux sociaux différents,
03:51qui ont des âges différents.
03:52Et ça, c'est quelque chose de vraiment très beau.
03:54C'est de se dire, en même temps, on a cette intimité,
03:55et en même temps, particulièrement parce que je suis parent solo,
03:59ça m'a forcé à ouvrir grand les portes de notre famille.
04:03Merci.
04:04Merci.
04:04Merci.
Commentaires