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Anne Fulda reçoit Harold Cobert pour son livre «Foi de prof» dans #HDLivres

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00:00Bienvenue à l'heure des livres, Harold Cobert.
00:03Bonjour Anne-Philippe, merci.
00:04Alors vous êtes écrivain, vous avez déjà écrit plusieurs livres, plutôt des romans,
00:08notamment Un hiver avec Baudelaire, Belle Amie.
00:11Et là vous publiez un livre un peu différent, un essai qui s'appelle Foi de Prof,
00:17qui est paru aux éditions du Rocher.
00:18Et c'est une sorte de journal de bord d'une année que vous avez passé,
00:24enfin je crois que vous êtes encore professeur d'ailleurs.
00:25Je suis encore professeur cette année, oui.
00:27comme professeur de lettres, de français, dans l'enseignement privé catholique,
00:32sous contrat, comme vous le spécifiez souvent.
00:36Et c'est en fait une forme d'hommage à cet enseignement
00:41qui est souvent remis en question, assez injustement, selon vous.
00:47Alors ce livre, vous le dédiez aux élèves, aux professeurs, à tous les enseignants,
00:55et surtout en particulier, vous l'avez écrit en mémoire de Samuel Paty et Dominique Bernard.
01:01Et ce n'est pas uniquement un message convenu.
01:04Non, pas du tout.
01:05Car cet engagement est vraiment lié à eux.
01:08En tout cas, lorsque vous avez entendu que Samuel Paty avait été exécuté, décapité,
01:17parce qu'il faut dire les choses, ce qui vous a entraîné dans cette nouvelle aventure.
01:22Exactement.
01:23Et pourtant, ça m'aura pris du temps, parce que je n'ai commencé qu'en septembre 2024.
01:27Mais l'assassinat barbare de Samuel Paty, lorsque c'est arrivé, ça m'a totalement sidéré.
01:34Ça m'a laissé émotionnellement exsangue.
01:36Et j'ai mis longtemps à comprendre pourquoi.
01:38Et j'ai fini par réaliser qu'à travers l'assassinat de cet homme, de cet innocent, qui plus est,
01:45c'était les lumières à la française que l'on avait décapité.
01:48C'était l'esprit critique à la française, voire une certaine forme de civilisation
01:52ou d'une certaine vision de l'homme.
01:55Et je me suis dit, qu'est-ce que je pourrais faire pour m'engager dans la vie de la
02:00cité ?
02:00Parce que pour moi, tout cela est lié à une immense ignorance, l'obscurantisme.
02:04Moi qui suis dix-huitiémiste de formation, tous mes héros littéraires ont combattu l'obscurantisme religieux.
02:11Voltaire, Mirabeau, Laclau, tous.
02:14Et je me suis dit, quelles sont les armes que j'ai ?
02:17Parce qu'on se dit aujourd'hui que tout est tellement foutu, que ça ne sert à rien de faire
02:20quoi que ce soit.
02:21Et je pense que quand on renonce, c'est la pire des choses.
02:23Et même si on ne fait pas grand-chose, on essaye tout de même.
02:25Et je me suis dit, bon, je suis romancier, j'ai un doctorat de lettres, j'aime les grands textes.
02:29Et donc la voie que j'avais fui pendant plus de 30 ans, qui s'ouvre à moi, c'est
02:33l'enseignement.
02:34Donc je me suis dit, je vais candidater au même moment entre l'enseignement privé catholique sous contrat et l
02:39'enseignement public.
02:40Et il se trouve que l'enseignement privé catholique sous contrat était plus prompt à me répondre et à me
02:46faire passer des entretiens.
02:48Et parmi les entretiens que j'ai pu passer, le directeur de Passy-Saint-Honoré était présent et a décidé
02:52de me confier une classe l'année dernière et cette année, trois classes.
02:56Donc en 2024, à 50 ans, vous devenez donc professeur de français dans cette école.
03:03Alors on est loin parce que vous parlez, vous évoquez les hussards de la République en parlant de Samuel Paty
03:13et Dominique Danard.
03:14C'est vrai qu'ils ont tel profil.
03:15Là, on est loin du hussard de la République, mais pas tant que ça finalement.
03:19On pourrait se poser la question si...
03:21Ce n'est pas le service public, ce n'est pas l'école publique.
03:23D'ailleurs, il y a toujours des grands hussards dans le service public.
03:26Moi, j'ai une très bonne amie qui est professeure dans l'Essonne, dans un lycée public technique, où là,
03:33c'est assez difficile.
03:34Et elle arrive à faire des choses avec ses élèves absolument remarquables.
03:36Elle les tire de très très bas et elle les emmène très loin.
03:39Donc oui, ce n'est pas une charge contre l'enseignement public en général, mais c'est plutôt une manière
03:44de dire qu'il se passe aussi des choses très belles.
03:46Il se passe des belles choses dans le privé catholique que l'on condamne un peu trop rapidement.
03:51À cause de tous les scandales, notamment pédocriminels, l'affaire Bétarame et autres, et dont les opposants se servent pour
04:00essayer de dire qu'il faudrait supprimer l'enseignement privé catholique sous contrat.
04:03Moi, je préfère d'ailleurs le terme que l'on employait à l'époque où on avait manifesté.
04:07Moi, j'avais manifesté avec ma grand-mère à l'époque de François Mitterrand, qui est l'école libre.
04:10J'aime mieux cette idée que c'est une école qui est libre.
04:13Donc on laisse la liberté de choix aux parents, la liberté de conscience.
04:16Mais il y a aussi des vrais hussards là-bas.
04:20Pour preuve, j'étais à un rendez-vous cette année.
04:24J'accompagnais le directeur de mon lycée à un rendez-vous parce qu'on l'interrogeait sur la liberté de
04:31conscience.
04:31Est-ce que la catéchèse était encore obligatoire ou non ?
04:34Et je l'ai vu, mais regarder son interlocuteur en face, c'est un peu comme Cyrano s'enciller, dire
04:41« Cher monsieur, chez moi, la laïcité n'est pas négociable. »
04:44Et on arrive à un endroit très étonnant.
04:47Nous, en France, on a, entre guillemets, passé l'expression « bouffée du curé » jusqu'en 1905 pour séparer
04:52l'Église de l'État.
04:54Mais ce qui est étonnant, c'est qu'aujourd'hui, peut-être que la religion catholique est devenue l'un
04:59des meilleurs alliés de notre laïcité à la française.
05:01Donc ça, c'est un grand paradoxe.
05:02Oui, c'est un paradoxe que vous décrivez.
05:05Et vous décrivez l'école catholique, en tout cas celle dans laquelle vous avez enseigné,
05:10comme un lieu, finalement, de grande mixité sociale, mais aussi religieuse.
05:15Oui, dans ma classe, l'année dernière et cette année encore, j'ai toutes les confessions.
05:20Et j'ai même, évidemment, des familles athées.
05:23Et effectivement, d'un point de vue sociologique aussi...
05:25Alors certes, on n'a pas autant que pour l'école publique, autant d'enfants de migrants ou d'enfants
05:32qui dorment sous détente.
05:33Malgré tout, on a un élève syrien depuis un an et demi, deux ans, je crois.
05:37Et il a des cours en plus dispensés par certains professeurs pour qu'ils puissent rattraper le niveau.
05:42Mais pour le reste, on a des fils de grands patrons, on a des fils d'hommes politiques,
05:46mais on a aussi des fils et filles de petits commerçants, artisans,
05:52dont les parents font un effort substantiel, parce que c'est une scolarité qui n'est pas gratuite comme dans
05:56le public,
05:57pour que leurs enfants soient là.
05:59Alors, vous êtes vous-même un pur produit de l'enseignement catholique.
06:04Ah oui, je cumule.
06:05Je suis un cumulaire de toutes les cas.
06:07Tout à fait.
06:08Qu'est-ce que vous en avez retiré, vous, personnellement, de ces années ?
06:12Alors, je crois que, très honnêtement, avec le temps, j'ai eu une adolescence dorée et une jeunesse dorée.
06:18D'abord, c'était en province, à Bordeaux, à Saint-Joseph-de-Tivoli.
06:22Et j'ai eu des professeurs, mais tellement merveilleux.
06:25On faisait tout un tas aussi d'activités extrascolaires.
06:28On avait un journal télévisé fait par les élèves.
06:31On faisait du théâtre, on faisait des marches de solidarité,
06:33où on essayait, à cette époque, on allait voir le boulanger,
06:38le coordonnier pour essayer qu'ils nous sponsorisent.
06:40On faisait une marche avec un projet caritatif,
06:42et chaque élève devait se faire sponsoriser le plus possible de francs par kilomètre.
06:46Et c'était 21 kilomètres.
06:48En fonction de l'âge, on faisait plus ou moins.
06:49Et donc, il y avait une grande ouverture sur le monde.
06:51Et il y avait ce projet qui est que, certes,
06:54on va vous donner une instruction solide,
06:56une formation intellectuelle solide,
06:57mais ce qui nous importe, c'est que vous trouviez votre voix dans la joie
07:00et que vous vous épanouissiez aussi personnellement.
07:03Et c'est cette dimension presque spirituelle.
07:06On n'est pas forcé de monter au niveau religieux
07:08pour avoir une conception spirituelle de l'homme en trois dimensions.
07:12Et ça, en revanche, ça m'a énormément servi.
07:14Et c'est ce que je retrouve à Passy-Saint-Honoré cette année
07:16et l'année dernière également.
07:18Alors, une question.
07:20Qu'est-ce que vous a appris finalement
07:21cette expérience de professeur,
07:22que vous continuez d'ailleurs cette année,
07:26sur vous ?
07:27Qu'est-ce que cette expérience vous a appris sur vous ?
07:29Et sur les élèves, que souvent, peut-être de façon un peu facile,
07:34sur cette jeunesse qu'on caricature souvent,
07:37qu'on dit rivée sur les réseaux sociaux,
07:39incapable d'écrire correctement le français,
07:42de s'intéresser longuement, de se concentrer.
07:45Qu'est-ce que ça vous a appris de ça ?
07:46Alors, précisément, j'ai été absolument surpris.
07:49En revanche, effectivement, j'ai découvert une génération
07:51dont l'attention est beaucoup plus fragmentée qu'autrefois,
07:54qui lit moins et qui, en termes d'orthographe et surtout de grammaire,
07:59parfois, mettons que les fautes sont assez nombreuses.
08:01Mais ce que j'ai découvert, c'est que si le niveau a baissé,
08:05ce n'est pas du tout parce que cette jeunesse est moins intelligente
08:07que nous avons pu l'être nous,
08:09mais c'est parce que les exigences des programmes ont baissé.
08:12On m'a laissé, moi, remonter certaines exigences
08:15parce qu'on a une certaine liberté pédagogique
08:16et je me suis rendu compte que lorsque je le faisais, ça marchait.
08:20Par exemple, j'avais vraiment certains élèves
08:22qui faisaient jusqu'à 35 fautes de grammaire par copie,
08:25c'est-à-dire accord de verbe, accord féminin pluriel, etc.
08:29Et quand je leur demandais de se relire,
08:31ils étaient capables de le faire.
08:32Donc, ce qu'ils m'ont appris,
08:34et c'est la chose la plus importante,
08:35c'est qu'on doit avoir foi en eux.
08:37Ils ont toutes les capacités qu'il faut,
08:38mais il faut qu'on croie en eux
08:39et qu'on soit exigeant avec eux.
08:40Être exigeant n'est pas une punition.
08:42Être exigeant, c'est un cadeau.
08:44Et ils m'ont, moi, en revanche,
08:46réconcilié avec toute cette jeunesse
08:48parce que grâce à eux, je me suis dit
08:50qu'il faut que nous ayons foi dans notre jeunesse
08:53parce qu'ils sont l'avenir.
08:54Ils ont l'âge de notre avenir.
08:55Et si on n'a pas foi en eux,
08:57il vaut mieux tout arrêter.
08:59Et de citer Montaigne,
09:00cette très belle phrase,
09:03« Transmettre, ce n'est pas remplir un vase,
09:05c'est allumer un feu ».
09:06Exactement.
09:06C'est une phrase très, très belle
09:07et qui est très juste.
09:09En tout cas, c'est un livre à lire.
09:11C'est vraiment intéressant.
09:12Ça chasse les clichés qu'il peut y avoir
09:15sur l'éducation scolaire catholique
09:20et qui, finalement, est pour vous
09:23l'un des derniers bastions de la méritocratie.
09:25Oui, c'en est un.
09:27Et il me semble que la philosophie
09:29et l'exigence qu'ils mettent
09:30et dans les professeurs et dans les élèves
09:32pourraient réenchanter
09:33l'ensemble de l'éducation nationale française
09:35parce que, qu'on soit dans le public
09:38ou dans le privé,
09:39les professeurs sont dans deux bateaux différents.
09:42mais ils rament dans la même direction.
09:43Mais ce qui est certain,
09:43c'est que les deux, on rame.
09:46Merci Harold Cobert.
09:47Votre livre s'appelle « Fouette Prof »,
09:49c'est paru aux éditions du Rocher.
09:51Merci beaucoup pour votre invitation.
09:52Sous-titrage Société Radio-Canada
09:55Sous-titrage Société Radio-Canada
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