00:00A l'Elysée, ce mardi, Michael Randriani Rina est reçu depuis une heure au palais présidentiel.
00:06Première rencontre avec Emmanuel Macron depuis le coup d'état d'octobre dernier.
00:09Pour Paris, il s'agit de préserver les intérêts économiques sur la Grande-Île.
00:14Le nouveau dirigeant malgache va donc rencontrer les grands patrons français au MEDEF.
00:18Ça sera aussi l'occasion pour le président de tracer des lignes rouges ou du moins de lancer des avertissements.
00:24Alors quand un an arrive, se rapproche de Moscou.
00:26Un exemple frappant à cette poussée russe, la visite du numéro 1 malgache au Kremlin.
00:30Jeudi dernier, il a été qualifié de grand partenaire par le président Poutine.
00:34Des mots accompagnés de gestes concrets.
00:36Depuis plusieurs semaines, des instructeurs militaires russes sont à Madagascar
00:40pour former leurs homologues au maniement d'armes livrées en décembre, dont des drones.
00:45Bref, les russes s'intéressent de près à la Grande-Île.
00:47Stéphane Ballong, quelle est leur stratégie ?
00:50Bonjour Junia.
00:50Si vous voulez, vous le dites bien, le partenariat entre Moscou et Antananarive n'est pas un partenariat nouveau.
01:01C'est ancien, mais ceci dit, la Russie est encore loin derrière la France dans ce pays, dans la Grande
01:10-Île.
01:10La France qui se présente aujourd'hui comme le premier partenaire bilatéral de la Russie.
01:17Mais ceci dit, cela fait quelque temps déjà que les russes poussent leurs pions à Madagascar,
01:23où ils veulent gagner davantage en influence.
01:28On a évoqué sur ces plateaux, ici même, des jeux d'influence pendant des présidentielles à Madagascar.
01:39Cela a été documenté et c'est vrai que l'arrivée d'un nouveau pouvoir militaire à Madagascar offre un
01:48terreau, j'allais dire, fertile aux Russes pour gagner en influence.
01:54Pendant cette visite de Michael Randria-Mirine que vous évoquez, il a été question de plusieurs secteurs.
02:02Évidemment, la défense, mais on parle aussi d'énergie et d'infrastructures.
02:06Sur le plan de la sécurité, la stratégie est finalement à peu près la même que celle qu'on a
02:11pu observer partout.
02:12Vous évoquez le cas d'instructeurs et d'éléments d'Africa Corps, autrefois Wagner, présents sur la Grande-Île,
02:20pour assurer notamment la sécurité du président de la refondation de Madagascar.
02:26Mais ce qu'il faut savoir, au-delà de cet aspect sécuritaire, c'est que Madagascar, par sa situation dans
02:33l'océan Indien,
02:35représente aujourd'hui un enjeu hautement stratégique.
02:38L'océan Indien qui est un espace maritime, j'allais dire, vital pour le commerce mondial.
02:44Et à ce titre, on peut citer l'exemple du canal de Mozambique,
02:47c'est-à-dire cette bande d'océans qui sépare Madagascar, la côte ouest de Madagascar, de l'Afrique continentale,
02:55qui est devenue un enjeu très fort, notamment pour la France.
02:59On sait que Total va exploiter du gaz, on parle d'un gisement important, au large de Mozambique.
03:07Donc être présent sur la Grande-Île pour la Russie, j'allais dire, c'est primordial, c'est même vital.
03:13La Russie, son nombre qui pleine sur le continent africain, on en parle souvent.
03:17Et qui tente d'y placer ses pions, il y a Madagascar, il y a d'autres pays.
03:21L'invasion en Ukraine il y a quatre ans a été un marqueur.
03:24Est-ce que ça a été une source de division sur le continent ou pas du tout ?
03:27Cela dépend de ce qu'on observe.
03:29Quand on prend les votes aux Nations Unies, notamment le premier vote en mars 2022,
03:35on peut penser, on peut même dire qu'il y a une division au sein de la communauté africaine.
03:42En tout cas, parmi les États africains, on le voit à l'écran, à cette époque qui s'agitait.
03:47De condamner ce qu'on a qualifié d'agression contre l'Ukraine.
03:51C'est de prendre position très clairement.
03:53Et là, on a vu que 28% des États africains ont voté pour cette résolution.
03:59Et l'autre partie, qui représente à peu près la moitié, soit abstenue ou soit était absent lors de ce
04:06vote.
04:07Qu'est-ce que ça dit ?
04:08En fait, ça dit qu'il y a une position qui diffère d'un pays à l'autre.
04:12Mais est-ce que ça signifie fondamentalement que les Africains sont...
04:18En fait, on pourrait lire dans cette élection, ceux qui votent pour...
04:22Enfin, ceux qui s'abstiennent et ceux qui votent contre sont pour la Russie.
04:25Et ceux qui votent pour sont contre la Russie.
04:28Mais en fait, c'est plus nuancé, plus subtil que cela.
04:33La position, en réalité, la position africaine, elle est la même, en fait, si vous voulez.
04:37Et Macky Sall, lorsqu'il était président de l'Union africaine, le disait très bien, en fait.
04:40Il ne s'agit pas de prendre position dans cette guerre qui était considérée comme lointaine.
04:45Il s'agissait de participer, de contribuer à une solution au retour de la paix dans ces deux pays-là.
04:53De manière à ce que l'Afrique reste ouverte à tous les partenaires et que les partenariats sont bénéfiques pour
05:00les deux parties.
05:02Si je prends l'exemple de la RDC, par exemple, qui avait voté pour la résolution qu'on donna à
05:07la Russie.
05:08Cela n'a pas empêché.
05:09Félicie Sékédi, son président, d'entretenir de bonnes relations avec la Russie.
05:15En 2023, quand il y a eu ce deuxième sommet Russie-Afrique, il était à deux doigts d'y aller
05:20avant d'annuler à la dernière minute.
05:24Donc vous voyez, voter, un vote peut avoir plusieurs objectifs.
05:27Se positionner sur le plan diplomatique, mais aussi attirer l'attention d'une autre puissance qui n'était pas favorable
05:34à ce vote
05:34pour assurer, pour attirer, pour, j'allais dire, susciter quelque chose dans une discussion, une négociation,
05:41ou faire approfondir une relation.
05:44Aujourd'hui, on cite l'exemple de Madagascar.
05:47Michael Andriyan-Irin était à Moscou quelques jours avant.
05:51Cela n'a pas empêché la France de le recevoir aujourd'hui à l'Élysée, lui, dans son état de
05:58poutiste,
05:59et de garder le contact avec lui.
06:01Donc ça traduit aussi un changement dans la démarche française qui, autrefois, condamnait très fermement ce type d'accession au
06:11pouvoir.
06:11Aujourd'hui, on essaye de garder le lien pour ne pas laisser le terrain à des puissances émergentes,
06:18enfin je dis émergentes, plus qu'émergentes, comme la Russie.
06:22Mais en part de la Russie, on pourrait parler de la Turquie ou aussi des pays du Golfe.
06:26Je fais juste une parenthèse.
06:27Vous parlez d'une guerre lointaine, sauf qu'on a appris que 1400 Africains ont été enrôlés de force,
06:32ou du moins à l'heure insue, aux côtés des forces russes.
06:34Et ça, ça va peut-être faire évoluer les mentalités ou la perception.
06:38Bon, on s'arrête là, on n'a plus le temps.
06:39Merci en tout cas, Stéphane.
06:41Je vous réserverai votre réaction un peu plus tard.
06:44Merci.
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