00:04C'est le récit d'un mécanisme pernicieux, implacable, qui commence, on l'a dit, Sylvie l'a dit, à
00:10l'âge de 2 ans.
00:11Pour d'autres, c'est dès le plus jeune âge. Et dans le rapport qu'elle va nous dévoiler, la
00:14sénatrice Laure d'Arcos révèle que dès l'âge de 6 ans,
00:18les enfants associent le génie, le talent intellectuel inné, la bosse des mathématiques, à la figure masculine.
00:26Elle est là, Laure d'Arcos, et on l'applaudit bien fort, s'il vous plaît.
00:32Bonjour, bonsoir plutôt et bienvenue. Vous êtes donc sénatrice de l'Essonne et vous êtes rapporteur avec Marie-Dos Asliman,
00:41Jocelyne Antoine et Marie-Pierre Monnier, d'une mission d'information sur la féminisation des sciences,
00:47qui est intitulée XX égale XY, féminiser les sciences dynamisées à la société.
00:53C'est le produit, je le précise, c'est important, de 8 mois de travaux et de 120 personnes auditionnées.
01:00Ce rapport, il met en exergue qu'au moins d'un tiers des chercheurs scientifiques et à peine un quart
01:04des ingénieurs en France sont des femmes.
01:06Mais alors, d'où vient cette sous-représentation massive, Laure d'Arcos ?
01:11Merci beaucoup. Je salue absolument tout le monde, mais je voudrais saluer François Ascombe qui est là.
01:15X, Y, je sais que ce n'est pas vrai, mais c'était une accroche pour avoir un titre de
01:22rapport, en effet, qui fasse parler un petit peu.
01:25En fait, je suis élue du plateau de Saclay et donc à l'université Paris-Saclay, je voulais lui dire
01:32devant elle parce qu'elle est trop modeste,
01:34Sylvie Retailleau a été une ministre, mais avant, une présidente d'une université Paris-Saclay absolument extraordinaire.
01:40C'est quand même notre première université de France, au classement de Shanghai.
01:45Et vous allez en Égypte ou au fin fond des Etats-Unis, comme je l'ai testé,
01:49quand je disais que j'étais élue, non pas de l'Essonne, mais de Paris-Saclay, les gens savent ce
01:53que c'est que Paris-Saclay.
01:54Donc, j'ai été baignée, en fait, sans avoir été scientifique, baignée depuis maintenant 12-13 ans dans ce milieu
02:04de chercheurs et de pépites du plateau de Saclay.
02:07Mais notre détonateur a été la réforme du bac de Jean-Michel Blanquer,
02:14qui a supprimé en fait les mathématiques dans le tronc commun en première et terminale,
02:18ce qui a du coup définitivement cassé la dynamique.
02:22Et créé une prise de conscience sur le sujet.
02:23Et créé une prise de conscience absolument radicale.
02:25Et c'est vrai qu'on a eu beaucoup de chance, parce qu'à ce moment-là,
02:28quand j'ai alerté le gouvernement, moi, mon fils était déjà ingénieur,
02:32donc en fait, j'avais plus d'enfants en scolarité.
02:36Et Elisabeth Borne était première ministre, alors qu'elle était polytechnicienne.
02:41Et Sylvie Retailleau était ministre de la recherche et de l'enseignement supérieur.
02:46Et il y a eu une vraie prise de conscience de dire que là, vraiment, définitivement,
02:50ça va aller très très mal pour les filles, mais même les garçons d'ailleurs,
02:53parce que du coup, il y a moins de personnes.
02:55Et donc, cette prise de conscience, on a voulu la faire de manière très chronologique.
03:00Et notre mission, comme vous l'avez dit, pendant huit mois, qui a donc donné ce rapport,
03:04on est parti de la petite fille, et on sait qu'au CP, ce autodéterminisme est très très fort,
03:10de la part de tout le monde.
03:12Autant des professeurs des écoles que des parents.
03:15Et que des enfants, eux-mêmes, je vais raconter une anecdote,
03:18vous mettez un garçon, un petit garçon, une petite fille devant des figures géométriques,
03:22si vous dites à la petite fille que c'est un exercice de dessin,
03:26elle va très bien le réussir, si on lui dit que c'est un exercice de maths,
03:29elle va être complètement coincée.
03:31Donc en fait, on voit bien que ça commence très très tôt.
03:33Ensuite, on continue dans notre rapport, dans la recommandation,
03:38bien évidemment au collège.
03:39Et ça, je le dis à chaque fois de manière assez forte,
03:43nous avons un très mauvais système d'orientation en France.
03:47Et c'est dès le collège qu'on doit pouvoir orienter au mieux et susciter des vocations.
03:53D'où les rôles modèles, dont parlait Sylvie Retailleau, qui sont très importantes.
03:57Et je le dis devant cette assemblée,
03:59nous, on est très admiratifs des associations femmes ingénieures, femmes et tech, etc.,
04:05qui prennent de leur temps personnel pour aller jouer les rôles modèles.
04:09Et les étudiantes aussi, parce qu'il faut aussi que ce soit des étudiantes
04:12entre guillemets proches en termes d'âge des jeunes collégiennes et lycéennes,
04:17de pouvoir venir leur dire, comme les témoignages dans le film,
04:21mais va au bout de ton rêve, c'est possible.
04:23Et les métiers d'ingénierie ou même de science
04:28n'ont rien à voir avec quelque chose de totalement éloigné.
04:32Professeur Nimbus, devant sa paillasse, il y a beaucoup d'autres choses que ça.
04:36Et du coup, c'est très important de pouvoir susciter ces vocations.
04:40Mais pour ça, il faut aussi que les parents s'y mettent.
04:42Et ce qui a été absolument incroyable,
04:44on a eu une sociologue qui nous a dit un truc complètement,
04:47mais contre-intuitif,
04:49plus on monte chez les CSP+,
04:52plus ces couples vont pousser les garçons à continuer ces études supérieures,
04:58notamment en science ou en ingénierie,
05:01que les filles.
05:02On va mettre en effet, comme on l'a dit tout à l'heure,
05:04lettres, langues,
05:06enfin bon, des choses qui en effet sont beaucoup moins bien payées.
05:09A l'inverse, un couple d'agriculteurs,
05:12une fois qu'ils ont compris que leurs enfants ne reprendront pas la ferme,
05:17vont pousser de la même manière leurs garçons et leurs filles à faire des études.
05:21Ensuite, on arrive au lycée avec ce problème des mathématiques.
05:24Et même s'ils ont remis les maths en première, en terminale,
05:28c'est très compliqué pour avoir un certain nombre.
05:30Mais ce qui ne va pas, c'est que sur Parcoursup,
05:32vous savez, ce nouveau système pour inscrire les jeunes en supérieur,
05:3740% de jeunes filles s'inscrivent dans des études de prépa,
05:42donc scientifiques,
05:43elles ne sont que 20% à leur entrée.
05:45C'est-à-dire que la moitié d'entre elles,
05:47pendant l'été, ont décidé de faire autre chose.
05:49Pour plusieurs raisons.
05:51D'abord, parce qu'elles ne se sentent pas forcément, en effet, accueillies.
05:55Il y a des problèmes de sexisme, de violence.
05:57Et d'ailleurs, beaucoup d'écoles, je pense,
05:59sur le plateau de Saclay, on a eu des histoires à Central Supélec.
06:02Tout le monde a pris cette conscience
06:03de faire attention aux violences sexistes et sexuelles.
06:06Vous en parlez beaucoup dans votre rapport.
06:08Énormément.
06:08Les biais, les stéréotypes, mais les violences.
06:10De quelles violences est-ce que vous parlez ?
06:12Alors, ces violences, elles peuvent être sur le campus,
06:15malheureusement, il y en a eu.
06:16Mais c'est des violences aussi, simplement, verbales ou de pression.
06:21On parlait du syndrome de l'imposteur,
06:23mais on a eu un échange extraordinaire
06:26avec des jeunes filles de prépa de Louis Legrand,
06:28qui est vraiment l'élite.
06:29Même elles, elles disent,
06:31on a des professeurs qui nous disent,
06:34ne viens pas dans tel groupe parce que tu ne vas pas y arriver.
06:38En fait, c'est hyper compétitif.
06:40Et donc, ça va être trop fort pour toi.
06:43Et les garçons eux-mêmes...
06:45Donc, c'est une violence pernicieuse.
06:45Donc, c'est une violence pernicieuse.
06:47Et avec aussi des jeunes hommes
06:50qui n'ont pas conscience qu'ils vont écraser la parole de la femme.
06:54On a la même chose en politique.
06:55Je peux rassurer que prendre la parole en public
06:57est plus difficile pour une femme que pour un homme.
07:00C'est la même chose dans ces prépas.
07:02Et en fait, certaines nous ont même demandé,
07:03on le met comme recommandation,
07:05on a été un petit peu critiqué pour ça,
07:07des temps non mixtes.
07:08Ce n'est pas pour revenir à l'ENS de Sèvres
07:11et l'ENS que vous avez connue, Françoise,
07:15avec des prépas et des écoles non mixtes,
07:19mais des temps non mixtes pour certains travaux,
07:21pour qu'elles puissent se retrouver entre elles
07:22et pouvoir travailler de manière intelligente, etc.
07:25Et puis ensuite, bien évidemment,
07:27alors, on va en reparler,
07:29mais on a recommandé un système de quotas.
07:33Mais on va y revenir.
07:34Je voulais juste après...
07:35Donc en fait, on continue après sur la carrière
07:36avec tous les entraves de la carrière
07:40pour continuer à être ingénieux.
07:41Alors, ce qui est intéressant dans votre rapport,
07:43Lord Arcos,
07:43c'est que vous mettez en exergue
07:44une vingtaine de recommandations,
07:4620 recommandations.
07:47Qu'est-ce qu'elles ont de...
07:48Est-ce qu'on peut les balayer rapidement,
07:50peut-être prendre les plus importantes ?
07:52Qu'est-ce qu'elles ont de novateurs ?
07:53Pourquoi seraient-elles davantage appliquées
07:55que tout ce qui a été fait avant ?
07:57Alors, parce que je vous dis,
07:58je pense qu'il y a une prise de conscience générale,
08:00donc je pense qu'on est au bon moment.
08:04Elisabeth Borne,
08:04quand elle est devenue ministre de l'Éducation nationale,
08:07nous a aidés,
08:08notamment sur les recommandations concernant le primaire,
08:11parce qu'il y avait un cercle vicieux,
08:12c'est-à-dire qu'en plus,
08:14pour toutes ces filles
08:15qui ne feraient plus de maths en lycée,
08:17si elles se destinent à devenir professeures des écoles,
08:20ont encore moins d'appétence
08:21à apprendre les mathématiques
08:23à leurs petits élèves du primaire.
08:26Donc, elle est en train de...
08:28Enfin, elle a modifié la formation des professeurs
08:31pour qu'on puisse apprendre les maths
08:33de manière peut-être plus ludique.
08:35Et donc, ça, c'est un premier point
08:37qui est très important
08:38en ce qui concerne le primaire.
08:39Sur l'orientation, comme je vous l'ai dit,
08:41pour moi, on a quelques recommandations,
08:43c'est très important.
08:45Mais en effet,
08:45la recommandation qui a beaucoup fait parler,
08:48c'est notre proposition de quota.
08:50Enfin, on ne peut pas...
08:51On ne va pas faire une loi pour ça.
08:53Je parle devant le président du Conseil constitutionnel.
08:55C'est compliqué,
08:57notamment si on l'appliquait
08:58dans des écoles comme Polytechnique ou les ENS,
09:01puisque, comme vous le savez,
09:02dans ces écoles, on est payé, en fait,
09:04pour faire ces écoles.
09:06Et donc, il y aurait une rupture d'égalité.
09:09Mais l'ENS de Paris-Saclay, par exemple,
09:11a contourné ce problème
09:13avec un système de bourse réservé aux filles
09:17et notamment issu de la diversité.
09:20Et en fait, du coup,
09:21elles augmentent leur quota,
09:22d'une certaine manière,
09:23de filles dans l'école.
09:25Et nous, c'était très drôle,
09:27parce qu'on l'a testé auprès de ces jeunes
09:29de Louis-le-Grand,
09:30et tout de suite, elles nous ont dit
09:31« Oh là là, moi, je ne veux pas pouvoir être choisie
09:34juste parce que je suis une femme. »
09:36Je dis « Bienvenue au club. »
09:38On a eu la même chose en politique.
09:40On va dire que la première génération,
09:43peut-être qu'on était des faire-valoirs
09:45et c'était compliqué,
09:45mais la deuxième génération,
09:47dont je fais, je pense, partie,
09:49on a été poussé justement
09:50par cette première génération
09:51de femmes en politique
09:52et qui ont permis de faire autre chose.
09:55Vous parliez pour les conseils départementaux,
09:57on a complètement radicalement changé
09:59de perception de travail.
10:02Et les hommes nous ont remerciés
10:04après le dernier mandat
10:05en nous disant
10:06« Vous nous avez fait travailler autrement. »
10:08Et donc, sur les quotas,
10:09nous, notre proposition,
10:10c'est qu'elle soit entre la première
10:11et la deuxième année.
10:12C'est-à-dire que leur dire
10:13« Vous êtes au niveau,
10:15puisque vous êtes passés
10:16déjà en première année,
10:17mais on va toutes vous pousser. »
10:19C'est-à-dire les 20%
10:19qui ont eu le courage
10:21de se présenter
10:21à la rentrée de la première année
10:23de prépa,
10:23on vous pousse à aller en deuxième année
10:25parce que vous allez devoir
10:27être des modèles
10:28pour les générations qui viennent.
10:30Et si elles vous voient
10:31être au moins 20%
10:33arrivées dans les grandes écoles,
10:34eh bien, ça va susciter
10:36et peut-être, du coup,
10:37d'autres volontés,
10:40en fait,
10:41et décloisonner, en fait,
10:43cette peur,
10:44ce syndrome de l'imposteur
10:45et arriver à ces 30%.
10:46On sera très loin de 50%.
10:48Mais 30%, déjà,
10:50dans la société,
10:51si on avait 30% de femmes
10:52dans toutes ces écoles
10:53d'ingénieurs et de sciences
10:55dures,
10:56ça serait extrêmement favorable.
10:58Donc, c'est une de nos préconisations.
11:01Dernière question,
11:02Laure Darcos,
11:02vous l'avez dit,
11:03on est un point de bascule,
11:04on est un tournant,
11:05notamment à cause
11:05de la réforme Blanquer.
11:07Est-ce que ce point de bascule
11:10va être le côté novateur
11:11qui va faire que, justement,
11:12ces recommandations
11:13vont cette fois,
11:14une bonne fois pour toutes,
11:15être vraiment appliquées ?
11:16Qu'est-ce qui vous laisse optimiste
11:18sur le sujet ?
11:19Pour ce qui a été dit aussi
11:21sur la loi Rixin,
11:22je veux dire,
11:23à un moment donné,
11:24on l'a déjà fait
11:25avec la loi Copé-Zimmermann
11:27pour les conseils d'administration,
11:28mais quand dans les COMEX
11:29et dans certaines professions
11:31qui sont très masculines,
11:33on va devoir avoir
11:35une parité des postes de direction,
11:39il va bien falloir, en effet,
11:40qu'on utilise la moitié de l'humanité,
11:43comme le dit Sylvie Retailleau.
11:44Et comme ça a été dit aussi tout à l'heure,
11:46je pense que c'est très important
11:47de pouvoir dire,
11:48et ça, je vous le dis,
11:49c'est sensibiliser aussi les parents
11:50au-delà des professeurs
11:52et de l'accessibilité à ces écoles,
11:56de leur dire que c'est cette liberté
11:58de pouvoir avoir des postes
12:00à responsabilité,
12:01mais qui sont bien rémunérés
12:02et être complètement indépendantes
12:03par rapport à leur conjoint.
12:04Le côté émancipateur
12:06est très important
12:07dans le rapport que vous avez remis.
12:09Très, très important.
12:10On restera là-dessus.
12:11Merci infiniment,
12:12Laure Darkos.
12:12On va vous applaudir chaleureusement.
12:13Sous-titrage Société Radio-Canada
12:18Sous-titrage Société Radio-Canada
12:20Sous-titrage Société Radio-Canada
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