00:00On va continuer à parler de poésie et je me tourne vers Éloïse Goua parce que vous vouliez nous parler
00:03ce matin de poésie, mais dans les séries.
00:05Eh oui, aujourd'hui vous me voyez chroniqueuse série, mais je viens des Verts et des Alexandrins, Thomas, j'ai
00:10fait hippocane-cane, je peux déclamer du racine si vous insistez.
00:13Ah ouais, on insiste, je suis venu pour ça.
00:15Non, non, c'est faux, j'ai tout oublié, mais j'ai quand même mis une anti-sèche au cas
00:19où vous insistiez beaucoup.
00:21Non, et je vous le disais, la poésie ne vit pas que dans les livres, Thomas, elle s'est glissée
00:25sur nos plateformes, dans nos séries, pas dans toutes.
00:27Mais dans certains silences, dans une musique, dans un regard filmé trop longtemps.
00:32Alors pendant qu'Éric Nolot célèbre Aragon, moi je vous propose trois séries où la poésie surgit là où on
00:37ne l'attend pas forcément.
00:38Et la première, ça s'appelle The Leftovers.
00:41Oui, imaginez, 2% de la population mondiale disparaît du jour au lendemain sans explication.
00:46Égypte, 1 million 73 000. Vietnam, 1 million 73 000.
00:48On a du mal à réaliser parce que 2% est un chiffre qui peut paraître insignifiant.
00:53Cela ne représente qu'une personne sur 50 sur la planète.
00:56Statistiquement, sur un terrain de football, aucun joueur ne disparaîtrait.
01:00Les chances de perdre un membre de votre famille proche sont très minces.
01:04Bon, le pitch est bon, on pourrait en faire un thriller catastrophe, une enquête scientifique, un récit apocalyptique.
01:10Mais The Leftovers fait tout l'inverse.
01:12C'est d'abord une série sur ce qui reste, sur le manque, sur l'absence qui ne s'explique
01:16pas.
01:17Il ne se passe parfois presque rien, mais les certitudes s'effondrent, les vies basculent.
01:22La poésie, c'est ici d'accepter qu'il n'y ait pas de réponse.
01:26C'est filmer le vide sans chercher à le combler.
01:28Très, très grande série.
01:30The Leftovers, c'est à retrouver sur HBO Max ou l'application Canal+.
01:34Et alors, votre deuxième série remplie de poésie, c'est une fiction sur le monde du travail, Héloïse.
01:38Que vous connaissez tous sûrement, Severance, l'histoire d'une entreprise qui sépare la mémoire de ses employés en deux.
01:45Au bureau, ils ne se souviennent plus de leur vie privée et chez eux, ils ignorent totalement ce qu'ils
01:49font au travail.
01:50J'accepte que mes chronologies perceptives soient, par le biais de cette intervention, cloisonnées.
01:55J'ai également conscience que désormais, l'accès à ma mémoire sera déterminé par l'endroit où je suis.
02:01Alors, on croit d'abord à une pure satire glaciale de l'open space, mais très vite, la série glisse
02:06vers autre chose.
02:07Elle nous parle de l'expérience intime d'être coupé de soi.
02:11Aragon, lui-même, parlait d'identité qui se fissure, de ses êtres qui ne coïncident pas toujours avec eux-mêmes.
02:17Ça, c'était dans le roman inachevé.
02:19Eh bien, dans Severance, cette fracture devient concrète.
02:21Elle prend forme dans ses couloirs blancs interminables, dans ses plans symétriques où les corps deviennent minuscules,
02:27dans ses regards où on sent qu'il manque quelque chose.
02:30Et ce qui ressemble d'abord à une dystopie devient finalement une méditation presque mélancolique sur l'identité.
02:36Alors, si ça, ce n'est pas poétique, je ne m'appelle plus Héloïse et je rends ma cagne.
02:39Severance, c'est à retrouver sur Apple TV ou l'application Canal+.
02:43Et une petite dernière, une troisième série que vous trouvez poétique.
02:46Ça, c'est une série sur les ados plutôt.
02:48Des ados perdus, des addictions, des relations toxiques sur le papier, rien de bien l'éric.
02:53Et pourtant, euphoria transforme le chaos en matière poétique.
03:00Elle est exceptionnelle, cette série.
03:02Alors, elle est exceptionnelle parce que cette série ne cherche jamais à embellir la souffrance.
03:07Elle est très sombre, cette série, il faut le dire.
03:08Mais elle filme cette souffrance comme un vertige.
03:12Les ralentis, les lumières saturées, les fêtes filmées comme des hallucinations,
03:16les silhouettes seules au milieu d'une foule.
03:18Tout ça donne à la douleur une beauté assez étrange.
03:22En fait, Sam Levinson, le réalisateur, parvient à dire l'indicible.
03:26C'est peut-être ça, la poésie.
03:27Il dit la solitude d'une génération.
03:29Il dit l'excès, la honte, le désir.
03:32La poésie, ici, n'est pas dans les dialogues,
03:34mais dans le contraste entre la violence de la situation
03:37et la délicatesse avec laquelle elles sont filmées.
03:40Je le précise, tout de même, il ne faut pas regarder cette série si on n'a pas le moral.
03:45Parce que c'est très sombre, mais pas trop jeune.
03:48Je crois qu'elle est interdite au moins de 16 ans.
03:50C'est 16 ans, beaucoup de drogue, notamment.
03:53C'est HBO Max aussi.
03:54Oui, et donc l'application Canal+, également.
03:57Et la saison 3 arrive le 13 avril, j'ai hâte, on en reparlera.
04:00Et d'ailleurs, Eric Dane, qui est mort hier de la maladie de Charcot,
04:03jouait dans la série Euphoria, dans les trois saisons.
04:06Euphoria, saison 3, qui arrive le 13 avril,
04:09avec toute la poésie aussi de Sidney Swinney, bien sûr.
04:12C'est une poésie, d'ailleurs.
04:13Merci, Héloïse Gouard.
04:15On vous retrouve chaque dimanche à 18h dans La Voix et Livres.
04:17Dans un instant, on va parler gastronomie avec Olivier Pouls.
04:21Je suis prêt à vivre une expérience.
04:22Il nous fait peur.
04:23Il nous fait peur.
04:24On dirait qu'on va être hypnotisés.
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