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00:0014h30, nous sommes toujours là pour vous informer. Place à votre rendez-vous, c'est derrière l'image.
00:03On prend le temps, comme chaque jour, de décrypter l'info à partir de photos qui font sens et un cliché
00:09illustrant un nouveau drame migratoire, cette fois en Asie du Sud-Est, aujourd'hui loin, très loin de l'Europe,
00:14le drame d'un nouveau naufrage qui illustre la tragédie des Rohingyas.
00:17Ils étaient au moins 300 à avoir quitté la Birmanie mi-novembre à bord de plusieurs bateaux.
00:23Vous en apercevez en arrière-fond, il y a eu au moins 36 corps retrouvés,
00:27ces clandestins qui sont pour la plupart issus de cette minorité musulmane persécutée en Birmanie
00:32et dont vous nous parlez assez régulièrement, Cyril Payen. Bonjour Cyril.
00:36On voit cette image qui est magnifique à voir comme ça et qui traduit aussi, qui illustre un drame terrible.
00:43Racontez-nous de quoi l'on parle.
00:43Oui, c'est la beauté tragique de ce genre de cliché.
00:46C'est une photo d'actualité mais qui n'est pas finalement de cette actualité dont vous avez parlé
00:50puisque, hélas, elle reflète bien au-delà de l'actualité la tragédie de cette, je dirais, le destin funeste
00:58de cette minorité apatrie d'Asie du Sud-Est qui s'appelle les Rohingyas.
01:03Vous les disiez, c'est une minorité d'origine musulmane qui vit aux confins de la Birmanie, du Bangladesh et de l'Inde.
01:10Cette femme, cette image, pardon, effectivement, c'est une image de l'agence Reuters.
01:15Elle est assez superbe, c'est sur une plage de Sumatra, dans l'extrême-est de l'Indonésie
01:21et elle reflète tout ce qu'est ce destin de ces dizaines de milliers de nouveaux boat people,
01:27ces clandestins candidats à l'exil à cause de leur persécution.
01:31Donc on voit que cette femme, c'est la fin d'une odyssée, c'est une plage tropicale dans l'océan Indien.
01:36C'est la fin de son odyssée.
01:37On voit bien, au même titre que le préambule que vous avez lancé, que ce sont des Rohingyas qui déchargent ce bateau.
01:44Mais combien ont péri, combien de corps ont été retrouvés au travers même de cette image ?
01:48Et cette femme, donc, accoste, finalement, saine et sauve au péril, au terme d'un périple,
01:54ça a été largement documenté, de plusieurs semaines, de plusieurs mois,
01:57victime de contrebandiers sur une terre inconnue.
02:00Ici, c'est donc l'Indonésie, mais c'est souvent le sud de la Thaïlande, la Malaisie, où ils peuvent accoster.
02:06Et on voit cet état d'épuisement absolu qui est caractérisé par cet incroyable cliché.
02:11Et cette femme finit cette odyssée terrible, où elle a tout laissé derrière elle,
02:17mais c'est aussi un saut vers l'inconnu, c'est-à-dire un centre de rétention,
02:21d'être certainement, avoir un numéro sur le corps avant d'être peut-être expulsée,
02:25mais elle n'a pas d'autre choix.
02:27Ce qui est important avec ce cliché, qui refait encore une fois une forme d'actualité,
02:31mais qui est hélas intemporel.
02:32Vous le disiez, j'ai beaucoup documenté, quand j'étais basé en Asie du Sud-Est,
02:35cette tragédie qui date depuis 40 ans des Rohingyas,
02:39et cette actualité est exactement la même.
02:41Il y a eu une trentaine de morts, vous l'avez dit, en novembre.
02:43Le même chiffre en octobre dernier.
02:46Ce système de boat people ne s'arrête jamais.
02:50Et ce qu'il faut, c'est de ne pas détourner le regard de ce genre de photos,
02:53puisqu'elle reflète beaucoup d'autres photos.
02:55Mais surtout, elle en dit beaucoup,
02:57on en dit très long, pardon, sur notre responsabilité collective
03:01face à l'inaction internationale.
03:03C'était l'idée, en fait, de prendre ce cliché qui est très beau,
03:06parce qu'en fait, rien ne change.
03:08Je ne peux même pas vous dire ce qu'est devenue cette femme,
03:10en dépit de cette image, qui a fait le tour du monde,
03:13puisque cette tragédie est plus que jamais d'actualité, hélas.
03:17Quel contexte difficile, même, on serait tenté de dire,
03:20impossible pour cette minorité apatride, prise entre deux feux.
03:23C'est de ça dont il est question.
03:24Effectivement, puisque depuis 1962, cette minorité a été rendue apatride,
03:29vous le disiez, en Birmanie, par le décret liberticide et raciste,
03:33il faut dire, d'une junte militaire.
03:34Et depuis, c'est une succession de tragédies
03:36qui s'est conclue par le pogrom de 2017.
03:40Et je vais y revenir.
03:40Je voulais juste vous montrer en exemple
03:42ce qui est certainement un extrait documenté, filmé,
03:46que j'avais filmé en 2015, qui pourrait être cette femme.
03:50C'est un reportage que nous avions tourné dans l'état d'Arakhan,
03:53dans le nord-ouest de la Birmanie,
03:55où déjà les Rohingyas étaient persécutés.
03:57Et je vous propose de regarder cet extrait,
03:58puisqu'il est assez poignant.
03:59C'est un peu une mise en image et en son, je dirais,
04:01de cette photo qu'on a choisie aujourd'hui.
04:03Regardez.
04:03Sous-titrage Société Radio-Canada
04:33...
05:03L'odyssée de Sadakuson, Rohingya de 16 ans, s'est donc achevée par miracle sur les côtes de Sumatra, à Hache.
05:17Mais comme des milliers de migrants de l'océan Indien, s'ils croient avoir atteint la terre promise, ils se trompent.
05:23Il finira probablement avec un numéro épinglé sur le torse pour toute identité avant d'être expulsé.
05:29Alors voilà, on est un peu, hélas, dans l'intemporalité de cette tragédie.
05:38C'est un reportage très ancien, un peu comme cette photo, mais qui renvoie évidemment à votre avant-propos sur cette actualité brûlante et ces gens qui meurent, qui sont des numéros qui sont totalement anonymes.
05:48En marge de ce reportage, j'avais été dans des camps de contrebandiers abandonnés avec la police thaïlandaise, dans un camp de jungle de la frontière malaisienne et thaïlandaise.
05:58Et on avait retrouvé des dizaines de squelettes enterrés à la vévite, des éléments personnels, même des nounours d'enfance, on peut imaginer que c'était aussi des enfants trafiqués.
06:08Donc en fait, c'est la mise en son et en image d'un drame qui devient intemporel, bien qu'il soit encore une fois d'actualité,
06:14qui est dans des endroits tropicaux, à quelques dizaines de kilomètres de là où cette femme a accosté.
06:20Ce sont des paradis de touristes, mais c'était aussi cette réalité face à notre responsabilité aussi, dont il ne faut pas détourner le regard.
06:29C'est pour ça qu'on avait choisi cette photo aujourd'hui, qui n'est pas, je sais, d'une actualité très très réjouissante, Elisabeth.
06:35Mais leur sort est intimement lié à la question politique birmane, où la guerre civile fait rage, continue de faire rage aujourd'hui.
06:41Effectivement, c'est vraiment une minorité qui est d'ailleurs labellisée par les Nations Unies comme l'une des plus persécutées, si ce n'est la plus persécutée du monde.
06:49Pas de papier, apatride, déplacée de nombreuses fois.
06:52Il y a eu donc l'époque grande de 2017, où l'armée birmane a fait déplacer des centaines de milliers de Rohingyas vers le Bangladesh voisin.
07:02Ils habitent aujourd'hui le plus grand camp de réfugiés du monde à Kutapalong.
07:06C'est du côté de la rivière Nav qui fait la frontière entre la Birmanie et le Bangladesh.
07:11C'est 1,2 million de Rohingyas qui se pressent dans ces camps de réfugiés et qui donc essaient de fuir ces persécutions et cette détention.
07:23Et pour ajouter à leur malheur, évidemment, il y a la guerre civile en Birmanie depuis le coup d'État de 2021.
07:29Et ils sont pris entre les assauts militaires, entre les rébellions qui font le coup de force dans cette région.
07:35Et là, on a une carte très actualisée.
07:40Et je remercie des sources qui ont pu nous fournir cette carte.
07:43Donc on voit l'état des lieux aujourd'hui de cette guerre civile entre les forces armées qui tiennent les grandes villes, le centre.
07:49Et puis là, en bleu, toutes les guérillas ethniques ou de la résistance anti-gouvernementale qui contrôlent ces positions.
07:57Alors ici, ce sont les endroits de l'Arakan, c'est là que vivent les Rohingyas.
08:01Et là, ils sont vraiment pris entre deux feux.
08:02Et ils sont aussi contraints à cause des combats, à cause aussi de la nature de certaines guérillas qui ne les aiment pas parce qu'ils sont musulmans, de fuir au Bangladesh.
08:10Donc on voit bien entre le fait que cette tragédie continue.
08:16Et j'ajoute que le fait qu'un certain nombre de dizaines de milliers reprennent aussi la mer,
08:23c'est que la cessation, et ça vient de loin, par l'administration américaine, de l'aide américaine, USA, dont le Seine, on a beaucoup parlé sur cette antenne,
08:30a coupé tous les vivres dans certains de ces camps de réfugiés et n'ont que d'autres solutions que de prendre la mer
08:35et souvent de sombrer de manière complètement anonyme dans l'océan Indien.
08:40Un mot peut-être de cette lettre, rare lettre adressée il y a quelques jours, par Emmanuel Macron, en soutien et transmise à Aung San Suu Kyi.
08:48Oui, c'est extrêmement rare. Et puis là, on en revient à la géopolitique, à la politique.
08:52Il y a effectivement une guerre civile en Birmanie dont on parle un peu plus que des Rohingyas, mais ne passe pas tellement.
08:58Voici Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, qui avait déjà passé 18 ans en prison pour refuser les injonctions de l'agent militaire,
09:07qui de nouveau a été jeté en prison, en assignation à résidence, on ne sait pas, avec une sorte d'atomie, de non-réaction de la communauté internationale,
09:17encore un de ces conflits lointains dont on ne perçoit pas qu'il a évidemment un intérêt dans la zone Asie-Pacifique.
09:23Donc le président français, le président Macron, et c'est extrêmement rare, a envoyé une lettre au fils cadet Kim Harris de Aung San Suu Kyi,
09:31qui vit en Grande-Bretagne, pour lui adresser d'abord un soutien évidemment de la France, au nom de la France,
09:35mais de réclamer également des élections, si un jour elles se tiennent, c'est prévu pour le 28 décembre,
09:40mais également la libération des prisonniers politiques qui sont par centaines à croupir dans les prisons politiques.
09:46Donc je vous propose d'écouter un extrait d'une interview exclusive que Kim Harris a donnée il y a quelques jours à France 24,
09:53et qui revient justement sur le fait que Aung San Suu Kyi soit un communicado, c'est un prix Nobel de la paix,
09:57on ne sait pas ce qu'elle est devenue, et donc il s'exprime au micro de Marc Perelman pour France 24.
10:02Je vous propose d'écouter.
10:02A ma connaissance, elle est en prison depuis tout ce temps,
10:09et l'armée a continué à diffuser de fausses informations indiquant qu'elle est assignée à résidence.
10:14Mais d'après ce que j'ai compris, ce n'est pas le cas.
10:17Nous pensons qu'elle était emprisonnée à Naipido, jusqu'au tremblement de terre,
10:21et qu'à ce moment-là, la prison a été sérieusement touchée,
10:24il est alors fort probable qu'elle ait aussi été blessée.
10:28La prison a été tellement endommagée qu'ils l'ont déplacée dans un autre lieu, proche de la prison.
10:37Il est très compliqué de savoir ce qu'il s'est passé,
10:42puisque personne, en dehors des autorités militaires et du personnel de la prison, ne l'a vu depuis deux ans.
10:48Mais d'après ce que j'ai compris, son état a empiré,
10:51ses problèmes cardiaques se sont aggravés,
10:54et elle a aussi des problèmes de gencives et d'ostéoporose, ainsi que d'autres maladies.
10:59Évidemment, comme elle a 80 ans et que les conditions de détention en Birmanie sont très dures,
11:03je ne peux qu'espérer qu'elle survive.
11:06Tout ce que je souhaite, c'est qu'elle soit assignée à résidence
11:08et qu'elle puisse recevoir l'aide dont elle a besoin.
11:17Voilà l'icône du peuple birman, Anksan Sushi, prix Nobel de la paix,
11:20chef du gouvernement, un communicado dont son fils ne sait même pas
11:23s'il va pouvoir tendre la lettre officielle envoyée par représentant d'un État européen
11:29qui est la France, Emmanuel Macron.
11:32Voilà où on en est actuellement en Birmanie.
11:34Une Birmanie pour revenir à cette guerre civile
11:36où la junte militaire arrive, dans les contre-offensives contre les rebelles,
11:42à reprendre du terrain, à cause de quoi ?
11:44À cause, encore une fois, de la géopolitique, puisque les Chinois,
11:47le puissant voisin chinois, vient d'octroyer 2,5 milliards de dollars d'armement,
11:52dont beaucoup de drones.
11:53Donc on est aussi, comme dans d'autres terrains, dans une guerre de drones
11:56qui est actuellement assez défavorable à la résistance,
12:00cette résistance qui se défend et se bat tout seul depuis bientôt 4 ans.
12:04Donc voilà où on en est, c'est un État des lieux avec cette tragédie
12:07tous azimuts qui se perpétue en Birmanie depuis tant d'années maintenant.
12:12Un mot peut-être plus fondamentalement sur ce qu'on appelle
12:16des trous noirs de l'information.
12:18Vous disiez, sa situation, elle échappe à tout le monde,
12:22on ne s'en préoccupe pas, ce n'est pas la seule histoire comme ça.
12:25C'est aussi difficile d'expliquer en tant que journaliste à des Rohingyas,
12:28des Birmans, des Soudanais, que sais-je.
12:30Il y a une succession effectivement de drames, de désastres,
12:33mais qui se chevauchent tellement rapidement.
12:36Et c'est ça, vous le disiez, le paradoxe de la mondialisation,
12:39de l'instantanéité de l'information.
12:41On pensait que ça allait nous ouvrir beaucoup de savoirs
12:45et son fond de populisme grandissant.
12:47C'est bien le contraire, c'est qu'en fait, l'oreille, l'œil
12:49sont habitués à voir finalement ces désastres qui sont lointains.
12:53Et aussi lointains sont-ils moins intéressants,
12:56le seront pour le cœur ou le cerveau humain.
12:58C'est aussi ça, notre responsabilité collective.
13:01Merci beaucoup Cyril Payen, merci pour ce derrière l'image
13:05consacré aux Rohingyas.
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