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00:00Sa visite marquera-t-elle un tournant dans les relations franco-algériennes ?
00:04Elle est en tout cas très symbolique.
00:06Le ministre français de l'Intérieur, Laurent Nouniez, est attendu ce lundi à Alger
00:09pour une visite officielle de deux jours après des mois de brouilles.
00:12Il a prévu de rencontrer son homologue algérien, Saïd Saïd.
00:16L'ordre du jour est chargé.
00:18La question des Algériens en situation irrégulière en France
00:20est sous le coup d'obligation à quitter le territoire français,
00:23figure en tête des discussions.
00:25La coopération en matière de lutte contre le terrorisme et le narcotrafic
00:28sera également au menu.
00:30Tout comme plusieurs dossiers judiciaires sensibles,
00:32à commencer par celui du journaliste français Christophe Glez, détenu en Algérie.
00:37Interrogé chez nos confrères de France 2 ce soir,
00:39le ministre de l'Intérieur a préféré jouer la carte pour l'instant de la discrétion.
00:44Écoutez-le.
00:45J'ai l'espoir de renouer évidemment le dialogue sécuritaire avec mon homologue,
00:50le ministre de l'Intérieur, qui m'a invité.
00:52J'ai répondu, on a un ordre du jour qui va nous conduire à balayer tous les sujets sécuritaires.
00:55C'est un voyage important.
00:56C'est un voyage très important de réengagement de la relation avec l'Algérie.
00:59Et oui, c'est un voyage important.
01:01Voilà, on n'en saura pas plus.
01:02Adelaine Mohamedi, bonsoir.
01:04Bonsoir.
01:04Vous êtes chercheur en géopolitique enseignant à Paris 3 et à l'IRIS,
01:07associé au série Sciences Po.
01:09C'est un Laurent Nouniès très prudent à la veille de son arrivée en Algérie.
01:14Il marche sur des oeufs et il le sait.
01:16Oui, il est particulièrement prudent, d'autant qu'il succède un ministre de l'Intérieur
01:19qui était particulièrement offensif, voire hostile à l'égard du pouvoir algérien et de l'Algérie en général.
01:28Et la grande différence entre les deux, en réalité, c'est qu'en réalité,
01:30Laurent Nouniès est un technicien des questions de sécurité.
01:33C'est un ancien directeur de la DGSI, un ancien coordinateur de la lutte antiterroriste.
01:38Donc forcément, il insiste sur ses points.
01:40Il n'a pas d'ambition politique, il n'a pas un discours politicien, il ne fait pas dans l
01:46'électoralisme.
01:46Donc ce qui l'intéresse, c'est la reprise du dialogue sécuritaire
01:49qui est un dialogue très important entre les deux pays depuis les années 90, en réalité.
01:54Comment vous décririez cette visite de Laurent Nouniès ?
01:56C'est une reprise de contact, une main tendue, un changement de méthode ?
02:02Oui, c'est indéniablement un changement de méthode, bien sûr, par rapport à son prédécesseur.
02:06Même si en arrivant, Place Beauvau, il n'a pas voulu se distinguer clairement de M. Retailleau.
02:13On voit bien que ce n'est pas du tout la même méthode, ce ne sont pas les mêmes ambitions,
02:16ce n'est pas le même profil.
02:18Lui, ce qu'il veut, ce sont des résultats.
02:20Et ce qu'il veut, c'est une reprise du dialogue sur le plan sécuritaire,
02:24parce qu'il considère que le dialogue entre Paris et Alger sur ces questions-là n'est pas sacrifiable.
02:30Alors bien sûr, en plus des questions sécuritaires, il y a la question des OQTF,
02:34qui est une question en réalité qui concerne l'ensemble des pays du Maghreb central, et pas exclusivement l'Algérie.
02:40Mais, et bien sûr, il y a le dossier du journaliste français Christophe Glaze.
02:45Il n'a pas voulu lui-même le dire dans l'entretien que vous avez diffusé,
02:48parce que je pense que ça ne sera pas le cœur de son dialogue avec son homologue algérien,
02:55parce que Christophe Glaze est censé bénéficier d'une protection consulaire.
02:59Ce n'est pas le rôle du ministre de l'Intérieur de mobiliser cette protection consulaire.
03:03Mais probablement, oui, il sera question de ça,
03:07parce que le réchauffement des relations entre Paris et Alger passe aussi par la libération de Christophe Glaze.
03:13Vous l'avez évoqué un peu plus tôt, le précédent ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau,
03:19lui avait décidé de jouer la carte de la fermeté.
03:22Il n'a pas hésité à aller au bras de fer avec Alger.
03:24Selon lui, la France, justement, a été trop faible face à l'Algérie.
03:28Est-ce que son discours de fermeté, au final, a servi à quelque chose ?
03:32À rien du tout.
03:33Et en réalité, tout ce que fait Laurent Nouniez actuellement montre bien l'échec de sa méthode.
03:37D'abord parce que parler de faiblesse et de force quand il s'agit d'une relation bilatérale comme celle
03:43-ci,
03:43ça ne sert strictement à rien.
03:44Et en plus, il n'était pas du tout dans son rôle.
03:45Il était ministre de l'Intérieur.
03:47Il s'occupait de questions diplomatiques.
03:48Là, il n'était pas censé le faire.
03:50Et en plus, il se focalisait comme d'autres, comme la droite française plus généralement,
03:54sur les fameux accords de 68,
03:57qui considèrent souvent un tort comme une espèce de privilège algérien,
04:00alors qu'il s'agit en réalité d'un accord qui a plutôt régulé l'immigration algérienne depuis les années
04:0460.
04:05Là, on voit bien que cette fois, Laurent Nouniez n'en parle pas.
04:08Parce qu'il sait très bien que ça ne sert à rien.
04:10Parce qu'il sait très bien que ça ne change strictement rien aux relations entre les deux pays,
04:13y compris d'ailleurs en termes de flux migratoires.
04:15Et aussi parce que la différence entre les deux,
04:17c'est que je pense que M. Retailleau voulait faire de la politique politicienne
04:22et voulait montrer que la droite savait être ferme sur certains dossiers diplomatiques.
04:27Il faut rappeler que...
04:28Et d'ailleurs, M. Philippe fait la même chose.
04:30Il va insister lui encore dans sa campagne sur les accords de 68.
04:33Ce qui est intéressant avec la droite française,
04:35c'est que comme elle s'est montrée très faible et très sourde et aveugle
04:41sur tout ce qui s'est passé au Proche-Orient,
04:43sur les humiliations subies de la part de l'allié supposé américain,
04:49ou même d'ailleurs sur le dossier ukrainien,
04:51l'Algérie restait finalement l'ultime dossier où elle pouvait faire preuve de fermeté.
04:54Et ça n'a donné strictement rien.
04:56Alors, côté algérien maintenant, est-ce qu'on est prêt également à adoucir ces positions ?
05:02Alors, côté algérien, il y a deux volets en fait.
05:06Il y a un volet de politique intérieure,
05:08où on est obligé effectivement de rappeler qu'on a affaire à un système répressif
05:13et que ce cadre répressif, malheureusement, le journaliste français Christophe Gleize en a pâti,
05:20puisque l'accusé d'apologie du terrorisme relève de l'absurde,
05:25puisqu'il n'a strictement rien fait qui relève d'une quelconque apologie,
05:30puisqu'on le saurait, quand il y a apologie, on est censé le savoir.
05:33Mais il y a la relation bilatérale.
05:34Et dans la relation bilatérale, oui, côté algérien,
05:38on a voulu montrer qu'il y avait une porte ouverte.
05:39Et on a toujours laissé une porte ouverte depuis le début,
05:42d'abord en faisant des distinctions nettes entre les interlocuteurs,
05:46par exemple en montrant qu'on pouvait parler avec le ministre des Affaires étrangères,
05:50mais pas avec M. Rotaillot.
05:51Là, on a vu aussi l'accueil réservé à l'ancienne ministre Ségolène Royal,
05:55plutôt chaleureusement accueilli.
05:57Et je pense que l'accueil de M. Nouniez montre aussi qu'il y a une porte ouverte,
06:04parce qu'en fait, du côté d'Alger comme du côté de Paris,
06:07on n'a pas intérêt à ce qu'il y ait rupture.
06:09Et on peut même aller plus loin et espérer une détente durable ?
06:14Oui, on peut espérer une détente durable.
06:19Pour l'instant, il faudrait quand même qu'il y ait des signaux diplomatiques.
06:22Il n'y a pas d'ambassadeur algérien en France.
06:25L'ambassadeur français a été rappelé à Paris,
06:27et il dirige l'ambassade depuis Paris.
06:29Donc sur le plan diplomatique, on a quand même affaire à une situation assez délicate.
06:33On a encore des crises, parfois, qui se fondent sur des détails,
06:38comme le récent documentaire de France 2,
06:42qui a suscité des critiques côté algérien.
06:47Donc il y a bien sûr des tensions,
06:50mais en fait, parallèlement à ces tensions,
06:52il y a aussi une relation qui se maintient.
06:53Il y a une relation économique qui se maintient.
06:55Par exemple, les relations économiques entre la France et l'Algérie
06:58ne se sont pas évaporées du jour au lendemain.
07:00Il y a l'intimité démographique entre les deux pays.
07:03Il y a quand même des millions de citoyens
07:07qui sont concernés par cette relation franco-algérienne.
07:09Donc on voit bien, en fait, les limites des calculs, je pense, des deux côtés,
07:13qui consistaient peut-être à penser que la relation pouvait être sacrifiable.
07:17Là, on voit bien que ça n'est pas sacrifiable,
07:19et on essaie un petit peu de corriger le tien.
07:22De recoller les morceaux.
07:22De recoller les morceaux.
07:23Merci beaucoup Adelaine Mohamedi d'être venue sur le plateau de France 2,
07:27qui a trompensé.
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