00:0013h-14h, Europe 1 Info.
00:03Europe 1 Info, dernière partie à 13h47 sur Europe 1 avec vous, Kelly Mathias et vos deux chroniqueurs Yvan Yuffel et Thomas Bonnet.
00:09On va revenir sur les atrocités qui ont été commises au Darfour, au Soudan.
00:14Mais juste avant, je voudrais quand même vous faire écouter Laurent Nunez,
00:17puisque vous savez qu'on est quelques jours après l'adoption à l'Assemblée Nationale d'une résolution du Rassemblement National
00:22qui vise à dénoncer l'accord franco-algérien de 1968.
00:26Samedi, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, a réagi et l'a mis en garde contre la méthode du bras de fer avec l'Algérie.
00:34Le bras de fer n'a pas marché, c'est exact, mais pour une raison de mon point de vue, c'est qu'on ne l'a pas utilisé, ce bras de fer.
00:40Le ministre de l'Intérieur de l'époque, le ministre d'État, Bruno Retailleau, a été empêché de mettre en œuvre le bras de fer.
00:48Aujourd'hui, nous délivrons autant de visas qu'auparavant, 250 000 visas aux Algériens.
00:56Les visas étudiants, ils sont en hausse, en progression.
01:00Et puis, la nomenclature algérienne, elle est tranquillement à Paris avec des titres de séjour.
01:08Le fils du chef d'état-major de l'armée habite à Paris avec sans doute un emploi fictif à l'ambassade d'Algérie.
01:17Aucun levier de pression n'a été utilisé.
01:18Il n'a jamais utilisé les leviers.
01:20Alors, vous avez bien compris ce que j'ai mal dit.
01:23Laurent Nunez a certes mis en garde contre la méthode du bras de fer.
01:25Et c'était Xavier Griancourt, l'ex-ambassadeur de France à Alger, qui était l'invité de Sonia Mavrouk ce matin sur ses news européens,
01:32qui dit « mais ça ne marche pas ».
01:34Finalement, qu'est-ce qu'il faut faire ? On a l'impression qu'on a tout essayé.
01:38Laurent Nunez dit « le bras de fer, ça ne marche pas ».
01:41Mais vous avez entendu Xavier Griancourt.
01:43Le bras de fer n'a pas été essayé.
01:45En effet, moi ce que je constate, c'est qu'il y a quand même un deux poids deux mesures.
01:48C'est-à-dire que je vois effectivement la posture guerrière belliciste du président de la République
01:53quand il s'agit d'avoir à s'opposer à Vladimir Poutine, qui ne nous menace pas très directement.
01:58Peut-être que cela peut se discuter, mais en tout cas, il n'y a pas une menace directe.
02:02En revanche, je vois une soumission du même Emmanuel Macron face à l'Algérie,
02:05qui elle, nous menace très directement, nous menace, nous nargue, nous méprise même.
02:09Et en effet, c'est le mot de mépris d'ailleurs qui a été prononcé par l'ancien ambassadeur.
02:13Donc la question que je me pose est de savoir en effet pourquoi la France,
02:17qui fait des effets de manche sur la scène internationale,
02:24n'arrive pas, accepte de se soumettre dans le fond à cet état soviétoïde totalitaire
02:30qui est effectivement l'Algérie.
02:32Et dans cette hypothèse d'avoir à répondre à cette question,
02:34je suis obligé de me dire que la France elle-même craint des réactions
02:39des populations issues de l'immigration, et d'issues de l'immigration algérienne notamment.
02:44Il y a, d'après M. Driancourt, il y a 7 millions d'Algériens ou de Franco-Algériens en France.
02:48C'est quand même important, et sans compter les autres populations d'origine maghrébine et musulmane
02:53qui pourraient s'identifier à la cause algérienne.
02:55Et donc j'imagine que le président de la République,
02:57outre qu'il ne veut pas effectivement froisser le tempérament volcanique d'Alger,
03:03ne veut pas non plus être catalogué comme participant à des processus racistes,
03:09ou xénophobes, ou islamophobes,
03:11en mettant en cause une immigration qui ne s'intègre pas pour partie.
03:14Une partie de l'immigration algérienne s'intègre,
03:16mais toute une partie de l'immigration algérienne
03:19qui également constitue une part importante de la population dans les prisons.
03:2320% des prisons françaises sont constituées d'Algériens,
03:26je ne parle pas des Franco-Algériens.
03:2840% des crassières, les centres de rétention administrative,
03:32sont constitués par des Algériens.
03:34On voit bien que l'Algérie pose un problème,
03:36et ce problème est effectivement,
03:38Éric Zemmour l'avait prononcé le mot hier,
03:41et ce problème est également à étudier sous cet aspect de la contre-colonisation
03:48qui peut être reprochée maintenant à cette population
03:51qui vient en revanche de la guerre d'Algérie,
03:54afin de contre-coloniser.
03:56Donc il faut un colonisateur, il y a tout ceci qui entre en scène.
03:59On a compris d'ailleurs votre pensée,
04:00est-ce que revenir sur les accords de 68,
04:02pour vous ce serait déjà une bonne étape ?
04:04Mais oui, j'entends les spécialistes nous dire
04:06que si on revenait sur les accords de 68,
04:07on appliquerait les accords des viands qui étaient encore plus laxistes.
04:10J'imagine qu'on n'est pas obligé de revenir aux accords des viands.
04:12Moi, c'est un débat de spécialistes, ce n'est pas dans mes cordes,
04:15mais en tout cas, il faut effectivement faire preuve de fermeté
04:18et appliquer le bras de fer que Bruno Retailleau avait évoqué verbalement
04:23et qu'il n'a pas pu essayer.
04:24Ce qui est très choquant d'ailleurs, c'est de remarquer que Laurent Dunez,
04:27qui a été sans bras droit,
04:29s'empresse depuis qu'il a pris le poste de Bruno Retailleau,
04:31de tailler des croupières à Bruno Retailleau
04:33et d'offrir la tête de Bruno Retailleau au régime algérien,
04:37parce que c'est en fait ce qui se passe aujourd'hui.
04:39Thomas Bonnet.
04:39Oui, et je pense que c'est une mission qui est diligentée en haut lieu.
04:42Je pense que Laurent Dunez, quand il s'exprime ce week-end,
04:45il le fait aussi, à mon avis, sur demande du Quai d'Orsay,
04:48voire de l'Elysée,
04:50parce qu'en effet, Bruno Retailleau,
04:51alors même qu'il n'a pas pu mettre en place ce fameux bras de fer,
04:53est devenu, d'une certaine manière, le symbole de la volonté française,
04:57d'une partie de la France en tout cas,
04:59d'aller au bras de fer avec l'Algérie.
05:00Et ça, l'Algérie l'a très bien compris,
05:02parce que, comme l'a expliqué Xavier Driancourt ce matin,
05:04il lise très bien dans notre jeu,
05:05et donc il voulait que Bruno Retailleau soit débranché d'une manière ou d'une autre.
05:10Et donc là, effectivement, on donne des gages dans ce sens-là.
05:12Pour quel résultat ?
05:13Moi, c'est toujours la question que je me pose,
05:14parce que Laurent Dunez nous parle en permanence de la coopération sécuritaire,
05:18et indéniablement, nous avons besoin de l'Algérie
05:20pour participer et lutter contre le terrorisme.
05:23Mais à quel prix ?
05:24C'est-à-dire qu'est-ce qu'on doit renoncer pour cela à tout le reste ?
05:26Est-ce qu'on doit renoncer pour cela à pouvoir choisir
05:29qui a le droit d'entrer et de sortir de notre territoire ?
05:31Je m'interroge sur la façon avec laquelle on mène notre diplomatie.
05:35Moi, l'impression que j'ai, parce que je ne crois pas vraiment au fantasme
05:37des banlieues qui se soulèveraient pour défendre le régime algérien,
05:40je n'y crois pas une seconde.
05:41Peut-être que l'Elysée y croit,
05:42mais encore, là aussi, je suis assez sceptique.
05:44Je crois plutôt qu'Emmanuel Macron,
05:45après avoir passé des années à charger Benjamin Stora, l'historien,
05:48de revenir sur la relation entre la France et l'Algérie,
05:51il n'a pas envie, à un an et demi de la fin de ses deux mandats,
05:55de tout remettre en question,
05:56alors même qu'il a compris, à mon avis, pertinemment,
05:58qu'il n'y a rien à attendre de la relation que nous avons actuellement avec Alger.
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