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00:02Bonjour Thomas Posado, merci beaucoup d'être avec nous sur France 24, maître de conférences à l'université de Rouen,
00:12auteur entre autres de la révolution, des révolutions à Cuba de 1868 à nos jours.
00:19Bonjour, est-ce qu'on a vu le sujet d'Antoine Feuneau ? Pour entrer dans le vif du sujet
00:24de Thomas Posado, est-ce qu'on est en train d'assister à la mort en direct du peuple cubain
00:29sur décision de Donald Trump ?
00:32Il y a de ça, on ne sait pas jusqu'où va aller cette asphyxie de l'île, mais il
00:38y a des risques humanitaires graves qui sont en train de se poser pour les Cubains.
00:42Vous en parliez dans le reportage, ces difficultés de s'approvisionner en nourriture, en médicaments, en eau potable, qui atteignent
00:51leurs besoins les plus vitaux.
00:54On est au-delà de la paralysie économique qui était déjà consommée, dans le fait que les touristes ne peuvent
01:01plus venir dans l'île, alors que c'était l'une des principales sources de devise pour l'île.
01:07On est là maintenant en train d'atteindre les facultés les plus vitales des Cubains dans ce blocus pétrolier qu
01:14'a décidé Donald Trump.
01:15Cuba, proche de s'effondrer, dit le président américain. Il veut, selon un ancien diplomate cubain, une reddition inconditionnelle de
01:25Cuba.
01:25Comment expliquer cet acharnement de l'administration Trump ?
01:29C'est un objectif de politique intérieure de longue date aux États-Unis. Depuis la révolution de 1959, tous les
01:37présidents étatsuniens ont essayé de mettre fin au gouvernement révolutionnaire.
01:42Aucun n'y est parvenu.
01:45Marco Rubio, donc le secrétaire d'État, l'équivalent ministre des Affaires étrangères pour nous, a fondé toute sa carrière
01:51politique sur le changement de régime à la Havana.
01:54C'est lui-même un fils d'émigrés cubains qui ont émigré avant la révolution.
01:58Et sa base d'implantation en Floride doit beaucoup à la communauté cubaine anticastriste qui y régide.
02:07Obtenir le renversement du gouvernement de Gascanel serait un signal de prestige important dans le pays,
02:16quelles que soient les souffrances que ça occasionne pour les Cubains.
02:20Marco Rubio, qui serait à la manœuvre, lui, que Donald Trump a vu à un moment donné, on a pensé
02:26que c'était une blague, mais ça n'était pas une, comme futur président cubain.
02:32C'est tout le problème des déclarations de Donald Trump qui jongle entre provocations et est-ce qu'il est
02:40capable de mettre en œuvre ce qu'il dit.
02:42Il joue aussi sur la sidération qui existe en Amérique latine depuis l'enlèvement de Nicolas Maduro le 3 janvier.
02:49Personne n'imaginait que cet enlèvement était possible et donc désormais, toutes les déclarations qui semblent farfelues de la part
02:55de Donald Trump semblent devenir possibles.
02:59Marco Rubio, président de Cuba, c'est vraiment un scénario très hypothétique évidemment.
03:05Il n'y a pas d'équipe, de cadre, d'opposition structurée avec des cadres territorialement implantés
03:17qui permettraient d'un changement de régime à la Havane pour l'instant.
03:21Même un scénario à la Vénézuélienne où le président états-unien pacterait avec certains dirigeants du régime en place
03:31semble pour l'instant très hypothétique parce qu'on ne va pas bien avec qui il pourrait négocier.
03:35Justement, comment Thomas Posado résiste le pouvoir castriste ?
03:40Comment résiste aussi le peuple cubain, sachant qu'on ferait attention à ne pas confondre les deux ?
03:49Le pouvoir castriste est habitué à ce genre de crise économique extrêmement grave.
03:56Le précédent qui nous parvient de manière la plus évidente, c'est la période spéciale en temps de paix
04:03au moment de la chute de l'URSS où Cuba perd son principal partenaire économique
04:08et où l'économie s'est mise en mode survie, avec une restriction au maximum, une rationalisation des pénuries.
04:17Là, on est dans un niveau encore plus grave que ce qui avait existé dans les années 90.
04:24Il y a une volonté du pouvoir cubain de préserver son contrôle social qui est important dans l'île,
04:30qui est sans doute plus important qu'ailleurs.
04:32On a un État qui connaît extrêmement bien sa population, pour le meilleur comme pour le pire,
04:38et qui va déclarer du télétravail généralisé.
04:41Ce qui, dans un pays où la collectivité est extrêmement basse,
04:44où il y a des coupures de courant dans la majeure partie de la journée,
04:48ce qui veut dire suspendre l'activité économique,
04:51ce qui veut dire par exemple limiter des opérations chirurgicales,
04:54seulement des opérations de survie.
04:57Donc on a une rationalisation de l'économie pour essayer de survivre à ces conditions dantesques
05:03qui sont en train d'imposer l'administration américaine.
05:06Vous avez un peu anticipé la question que j'allais vous poser.
05:10Est-ce que les recettes de la période dite spéciale après la chute de l'Union soviétique
05:15peuvent encore fonctionner aujourd'hui ?
05:19Alors c'est à double tranchant.
05:21C'est que d'un côté, on a une société cubaine qui est habituée à faire preuve d'une certaine
05:25résilience,
05:26d'endurer des épreuves.
05:28Et d'un autre côté, est-ce que la patience des Cubans n'est pas à bout ?
05:34N'est pas cette succession de privations, cette succession de vies extrêmement difficiles
05:40qui pourraient atteindre ces limites.
05:43On sait qu'il y a eu une révolte des Cubans spontanée le 11 juillet 2021
05:48qui avait terminé avec une répression avec assez peu de morts.
05:52Il n'y a eu qu'un seul mort dans la répression de cette vague de manifestations.
05:55Par contre, beaucoup d'incarcération, plusieurs centaines,
05:59avec des condamnations assez lourdes.
06:01On parle de 6-15 ans de prison.
06:04Donc l'option de la protestation n'est pas vraiment une option pour les Cubans
06:07dans la configuration autoritaire qui se vit à Cuba.
06:16Et en même temps, pas beaucoup d'autres options arrivent.
06:18Peut-être l'option de la migration,
06:19qui serait une option qui contreviendrait au principe de Donald Trump,
06:25aux envies de Donald Trump d'avoir des États-Unis sans aucun migrant latino-américain,
06:29mais dont il est lui-même à l'origine de ses souffrances
06:32et des envies migratoires des latino-américains,
06:35des Cubains ou des Vénézuéens en particulier.
06:37Thomas Posado, on va parler de la solidarité internationale,
06:41si tant qu'elle existe, s'agissant de Cuba.
06:44Comment expliquer qu'exception faite du Mexique,
06:48qu'aucun pays de la région, qu'aucune puissance,
06:52on pense par exemple à la Russie ou à la Chine,
06:55ne soit venue au secours du peuple,
06:58pas du régime, mais peut-être du peuple cubain ?
07:03C'est toute la contradiction de la période.
07:07On a des prises de positions diplomatiques
07:09à l'encontre du blocus des États-Unis
07:12qui sont extrêmement claires,
07:13notamment de la Russie et de la Chine,
07:14mais même de la plupart des pays du monde.
07:16Ça fait 30 ans qu'à l'ONU,
07:18il y a une résolution à l'Assemblée générale de l'ONU
07:20où il y a plus de 150, plus de 170 pays
07:23qui votent contre le blocus des États-Unis.
07:25Il n'y a plus que les États-Unis, Israël
07:27et deux, trois pays alliés des États-Unis
07:28qui votent en faveur de ce blocus.
07:31Par contre, qui est capable de rompre ce blocus ?
07:35C'est là où il y a des grandes difficultés.
07:37Même le Mexique a interrompu ses livraisons de pétrole
07:42en raison des menaces de droits de douane
07:45à l'encontre du peuple cubain.
07:46Et la Russie et la Chine se retrouvent
07:48dans la même situation qu'à l'égard du Venezuela,
07:52c'est-à-dire des prises de positions diplomatiques
07:54qui sont hostiles aux États-Unis,
07:56mais qui ne sont pas suivies d'actes
07:58et qui font que, dans les faits,
08:02les États-Unis continuent d'avancer leur programme.
08:04La Russie a dit qu'elle était prête
08:06à rompre ce blocus maritime,
08:08mais qu'elle ne donnait pas les modalités d'action
08:11pour pouvoir se préserver une marge stratégique
08:14face aux États-Unis.
08:15Pour l'instant, on ne voit pas les résultats
08:17et on voit toujours les effets du blocus états-unien avancer
08:21et les souffrances du peuple cubain augmenter.
08:23En ce qui concerne l'avenir, Thomas Posado,
08:26Donald Trump parle de dialogue bilatéral
08:31qui n'existe pas, tout au moins pas selon
08:33la Havane.
08:35Il parle d'accord.
08:36S'il devait y avoir un accord,
08:38quel devrait-on être ?
08:40Quels en seraient les termes ?
08:43Cet accord, ce serait un peu l'accord
08:46qu'on voit entre Delcy Rodriguez
08:47et le gouvernement Trump,
08:50c'est-à-dire un accord contre nature
08:51au vu des positionnements idéologiques
08:53des uns et des autres,
08:55qui ressemble à un diktat,
08:56qui ressemble à la mise en place
08:58d'un protectorat de la plage des États-Unis,
08:59avec un rapport de force extrêmement asymétrique
09:02entre les deux.
09:03Pour l'instant, à Cuba,
09:04on ne voit pas avec qui
09:05et sur quelle base
09:06pourrait fonctionner cet accord,
09:08sachant que les États-Unis
09:11n'en veulent pas auprès des ressources de Cuba,
09:14qui ne sont pas aussi abondantes
09:16qu'au Venezuela en termes de pétrole,
09:18mais on veut au symbole que représente Cuba
09:20en Amérique latine,
09:21ce symbole d'irrévérence,
09:24ce symbole d'insoumission
09:25à la tutelle étatsunienne
09:26et à ce que ça représente
09:28aussi aux États-Unis,
09:31ce diable communiste
09:32qui a été créé aux États-Unis
09:35par la personnification de Cuba.
09:38Si négociations il y a,
09:40elles sont nécessairement opaques
09:41à ce stade des informations.
09:43Les personnes ne vont pas
09:44assumer ouvertement
09:45de négocier avec les États-Unis,
09:47avec des modalités dont on ne sait pas
09:48et toute l'ambiguïté de la période,
09:51c'est que si négociations il y a,
09:53on ne les saura qu'une fois
09:54qu'elles ont abouti
09:56et que pour l'instant,
09:57qu'est-ce qui est
09:58de l'opération de communication
09:59et qu'est-ce qui est
10:00de la réalité
10:01de ces discussions
10:03qui ont sans doute lieu,
10:04parce que de fait,
10:05même depuis 60 ans,
10:07il y a un embargo
10:08des États-Unis,
10:09mais il y a
10:09un certain nombre
10:10de marchandises qui passent,
10:11donc il y a
10:11un certain nombre
10:12de discussions
10:13qui ont lieu,
10:14notamment en raison
10:15de la question migratoire,
10:16mais dont on ne sait pas,
10:18pour l'instant,
10:19des négociations concrètes,
10:20on n'a pas d'éléments
10:21pour pouvoir savoir
10:22à quel point
10:23elles peuvent aboutir.
10:24Merci beaucoup.
10:24Parce qu'elles seront
10:25dans ce rapport asymétrique.
10:26Thomas Posado,
10:27merci pour vos explications
10:30sur Cuba,
10:32maître de conférence
10:33à l'Université de Rouen,
10:34auteur de
10:35Révolution à Cuba
10:36de 1868.
10:38C'était notre invité
10:39de ce samedi matin.
10:40C'est avec vous qu'on referme.
10:41C'est avec vous qu'on referme.
10:41Merci.
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