Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 heures
Fenêtre sur la nature et synonyme d'évasion. Dans les jardins, l'ailleurs s'invite. Et certains surprennent par leur caractère singulier. À Menton, la France flirte avec l'Italie. Mais quand on pénètre dans les jardins, on quitte brusquement l'Europe. Les orangers et les citronniers s'épanouissent avec des plantes venues du monde entier. Au milieu de la mer des Caraïbes, un parfum envoûte également les voyageurs. Celui d'une île surnommée l'île aux fleurs. En Martinique, jardiner pourrait rimer avec exotisme. Il n'en
est rien. Sur cette terre volcanique, dénaturée par des siècles de colonisation, les jardins créoles renferment l'histoire et la mémoire du peuple martiniquais. Année de Production :

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Générique
00:30Au milieu de la mer des Caraïbes, un parfum envoûte les voyageurs du monde entier.
00:41Celui d'une île baptisée par Christophe Colomb, l'île aux fleurs.
00:46En Martinique, jardiner pourrait rimer avec exotisme.
00:50Il n'en est rien.
00:52Sur cette terre volcanique, dénaturée par des siècles de colonisation,
00:56des jardins renferment l'histoire et la mémoire du peuple martiniquais, les jardins créoles.
01:03La définition du jardin créole, c'est un jardin de subsistance.
01:07Il n'y avait pas de plantes ornementales.
01:09Il faut savoir ça.
01:10Le jardin créole n'est pas un jardin ornemental.
01:14C'est un jardin de subsistance.
01:15On y trouve trois éléments.
01:17Les cultures vivrières, des plantes médicinales, des arbres fruitiers.
01:21Voilà ce qu'on trouvait.
01:22Accolé au casse des anciens esclaves, le jardin créole est un acte de résistance.
01:30Dominé et exploité par les colons, les martiniquais vont trouver grâce à lui le moyen de conserver leur identité.
01:38Conçu à l'origine pour se nourrir et se soigner, le jardin créole est le témoin d'un savoir-faire ingénieux,
01:45dont les martiniquais sont aujourd'hui les héritiers.
01:47Dans la commune de Fons-Saint-Denis, une étrange complainte résonne au cœur des montagnes.
01:58Agriculteurs et bénévoles, tambouillés et souffleurs de conques sont rassemblés pour le lassauté,
02:06un labour indispensable à la préparation du jardin créole.
02:09Le principe du lassauté, c'est qu'aujourd'hui, tout le monde est sur son terrain,
02:19demain, tout le monde est sur le terrain de l'autre.
02:22Et on tourne jusqu'à ce que chacun, et même les tambouillés,
02:26soient considérés comme des agriculteurs et leur terrain sera cultivé au même titre que ceux qui sont au labour.
02:33Au rythme des tambours, les ouhs retournent la terre, défient la gravité.
02:43Pratiqué depuis plus de 150 ans sur les hauteurs de l'île,
02:47le lassauté, ou à l'assaut de la terre, est un système d'entraide agricole,
02:53une solidarité mise au point par les anciens esclaves originaires d'Afrique de l'Ouest.
02:57Il y a une base africaine sur l'organisation, la façon de faire danser la terre,
03:06la façon de la vivre, mais il n'y a pas que ça.
03:09On plante des plantes qui sont amérindiennes, comme la calebasse,
03:12on plante le manioc, c'est amérindien, et vous allez le trouver dans notre jardin.
03:18On va voir aussi qu'il y a des techniques qui viennent aussi d'Europe.
03:21En Martinique, le jardin créole est aussi métissé et multiple que ses habitants.
03:36Une histoire qui remonte aux premières colonisations de l'île.
03:40Au sud de la Martinique, la plage de Lensfiguier conserve la mémoire de pionniers.
03:46Venu coloniser l'île à partir du Vème siècle avant Jésus-Christ,
03:52les Amérindiens établissent les bases du jardin créole.
03:57Sur le rivage, des roches utilisées pour polir leurs outils témoignent encore de leur passage.
04:04Ils arrivent et ce seront les premiers agriculteurs.
04:09Et là, bien sûr, ils plantent le manioc, le piment,
04:13ils amènent beaucoup de plants, de lianes, le fruit de la passion, l'ananas.
04:18Toutes ces choses-là, ce sont eux qui ont donné ça à l'humanité.
04:23Les Amérindiens cultivent un jardin vivrier et médicinal,
04:27le jardin caraïbe, aussi appelé Ichali.
04:31Bordé par la forêt ou clôturé par des haies,
04:34il est indispensable à la survie et à la cohésion du groupe.
04:37C'est fondamental.
04:39La femme fournit les légumes, les fruits, et l'homme fournit la viande.
04:43C'est comme ça que se répartissent les tâches.
04:46Ils font aussi de la boisson avec le manioc.
04:49Ce sont des gens qui aiment beaucoup les fêtes.
04:51Ce sont des fêtes de boisson, c'est-à-dire qui réunissent plusieurs villages pour un projet.
04:57Un grand projet qui peut être un projet de guerre.
05:00Et on sait qu'ils fonctionnent beaucoup avec ces fêtes de boisson
05:04qui vont souder les membres de leur société.
05:09Pendant près de 2000 ans, les Ichalis assurent aux Amérindiens prospérité et stabilité.
05:16Mais en 1635, l'appétit colonial de l'Europe va changer la donne.
05:21La France de Louis XIII envahit la Martinique.
05:25Pendant quelques années, Français et Amérindiens cohabitent et commercent.
05:29Cette alliance de circonstances ne va pas durer.
05:33Les premiers conflits vont naître du fait que les colons vont voler, piller les jardins des Amérindiens.
05:41Les colons s'approprient les techniques agricoles des Amérindiens.
05:45Y ajoutent la culture de la banane et celle de la canne à sucre.
05:49Jugés inutiles, les Indiens caraïbes sont éradiqués.
05:53Peu à peu, la Martinique devient l'une des colonies à sucre de l'Empire français.
05:57Plus de 215 000 esclaves sont déportés d'Afrique pour travailler dans les plantations.
06:04Le jardin créole devient un enjeu de survie.
06:09Au Gros Morne, l'habitation Saint-Etienne conserve les ruines des anciennes cases nègres.
06:15Dès leur arrivée, les esclaves replantent autour de leur case leur jardin traditionnel de l'Ouest africain.
06:21La maison du maître était vraiment en retrait, avec une allée de style de jardin à la française,
06:28avec des arbres bien rangés et tout ce qui s'en suit.
06:31Et puis, beaucoup plus loin, à l'opposé, il y avait également les cases.
06:35Puisque c'est que lorsqu'ils avaient fini de travailler sur l'exploitation du maître,
06:39eh bien, ils rentraient chez eux.
06:41Et après avoir fait leur journée de travail, qui était très longue d'ailleurs,
06:45eh bien, ils travaillaient des parcelles près de leur case.
06:48Les colons obligent leurs esclaves à produire leur propre nourriture.
06:53Une journée leur est accordée pour cultiver un terrain situé sur les plus mauvaises terres de l'exploitation,
06:58le jardin vivrier.
06:59Le jardin curiole pur, il se trouvait justement derrière les cases pour se nourrir et nourrir sa famille.
07:06Et puis, il y avait des jardins vivriers où se trouvaient tous les légumes racines,
07:11dachines, ignames, couscous, patates douces et tout ça, se trouvaient beaucoup plus loin.
07:16Et là, c'était beaucoup plus vaste.
07:19Dans cette combinaison de jardins, les esclaves associent plantes amérindiennes et européennes.
07:25D'abord utilisées pour se nourrir, ils y mêlent croyances animistes et occultes,
07:29qu'ils dissimulent du regard des colons.
07:32Ils savaient qu'il y avait certaines plantes qui protégeaient l'être humain,
07:36certaines plantes qui se protégeaient entre elles,
07:38et certaines plantes également qui repoussaient les bêtes.
07:41Donc, ils les positionnaient à des endroits bien précis.
07:45D'ailleurs, jusqu'à aujourd'hui, ça existe toujours.
07:50Alors, voici un exemple du coton Varigatum pictum,
07:54qui est le caractère des hommes.
07:57Alors, au fait, il s'appelle ainsi parce que ce coton-là,
08:03il est dit qu'il protège des esprits.
08:06Donc, très souvent, on le retrouve près des maisons.
08:11Si le jardin reste la propriété du maître,
08:14il est parfois pour les esclaves la clé d'un futur meilleur.
08:18Grâce à la revente de leurs produits,
08:20ils peuvent espérer racheter leur liberté.
08:23Un pécule qu'ils défendent farouchement.
08:25Au sud-ouest de l'île, la ville du Marin s'ouvre sur une baie abritée,
08:32réputée comme l'un des meilleurs mouillages de la Caraïbe.
08:36En 1806, un planteur décide de réquisitionner le jardin de ses esclaves
08:42pour y planter toujours plus de canne à sucre.
08:44Et ça, ça a créé une révolte parce que le jardin créole
08:48avait une importance capitale, mais vraiment capitale.
08:51Donc, les gens ont compris qu'en quelque part,
08:55ils risqueraient de tomber dans la misère.
08:58Donc, pour éviter cela, ils ont résisté.
09:01Et comme le colomb, ce colomb-là de l'époque, n'entendait rien
09:03et puis se sentait tout puissant,
09:05eh bien, il y a eu le sang à couler
09:08et ils l'ont tué, ils l'ont brûlé.
09:11Dans les jardins créoles, germent les graines de l'émancipation.
09:17Mais en 1848, lorsque sonne l'abolition de l'esclavage,
09:22les esclaves perdent leurs jardins et leurs cases.
09:25Certains quittent les exploitations
09:27et s'installent sur des terrains abruts, désertés par les colons.
09:31Ces premiers martiniquais libres reproduisent autour de leurs habitations
09:35leurs anciens jardins d'esclaves.
09:37Sur les hauteurs du Marin, au quartier de Morne-Pérou,
09:42Monique entretient le jardin créole conçu par ses aïeux en 1852.
09:48Tu vas bien ?
09:48Bonjour Christian, oui.
09:49Ça va ?
09:50Ici, vous êtes dans un jardin qui a tout de même une histoire.
09:53Pourquoi ? Parce qu'il y a eu 4 générations de la même famille
09:56qui ont vécu sur cette terre.
09:57En mettant ce jardin en place,
09:59c'était dans le but de montrer comment les anciens,
10:02avec ce qu'ils avaient à portée de main,
10:04pouvaient se nourrir, pouvaient se soigner.
10:07Utilisée par les amérindiens et les africains depuis des millénaires,
10:12la médecine des plantes permet aux martiniquais de se soigner.
10:17Le jardin créole évolué se transforme.
10:21Un usage secret des plantes apparaît.
10:24Il y avait des rituels pour planter les plantes.
10:26Une même plante qui soigne peut aussi tuer.
10:29D'ailleurs, au début, les maîtres avaient interdit l'usage des plantes médicinales.
10:33Pourquoi ? Parce qu'il y avait beaucoup d'empoisonnement.
10:34Mais après, les anciens, entre eux, étaient assez méfiants,
10:37puisque tout le monde avait cette connaissance.
10:38À un moment, on a délaissé cette médecine.
10:40Nos pauvres filles, peut-être, de la médecine moderne.
10:42Mais il y a un retour.
10:44Les martiniquais retrouvent dans leurs racines
10:46les connaissances d'un savoir-faire thérapeutique.
10:50Alors, on a le soulier zombie,
10:51donc une plante très, très ancienne
10:52et qui a été remise au goût du jour lors de l'épisode de Chikungunya.
10:55On n'avait rien pour soigner les douleurs articulaires.
10:57Et puis les anciens ont reparlé de cette plante.
11:01C'est l'exode rural qui force le jardin créole à évoluer de nouveau.
11:06Victimes de la crise sucrière des années 50,
11:09les paysans quittent les campagnes pour la seule grande ville,
11:13Fort-de-France.
11:15Délimité à l'est par le Fort-Saint-Louis,
11:18la capitale de l'île voit les habitants affluer.
11:20Des quartiers naissent comme celui de Texaco.
11:24Pour survivre, les habitants utilisent l'agriculture jardinière
11:28et enrichissent leur jardin de nouvelles espèces.
11:33La technique du jardin créole a été adaptée
11:36en fonction des matériaux qu'on a trouvés sur place
11:38puisque nos grands-parents ont été des précurseurs
11:44dans l'art du détournement et de l'installation.
11:47Donc on retrouvait facilement l'arbre à pain, le bananier,
11:51des fois des choux.
11:53Et puis dans les caisses de morue ou des caisses de l'ençort,
11:57on pouvait trouver de la salade, de la tomate, etc.
12:01Victimes de la mondialisation et d'une urbanisation grandissante,
12:05les jardins créoles sont peu à peu délaissés
12:07et manquent de disparaître.
12:09Ce n'est qu'à l'aube du XXIe siècle
12:11qu'ils retrouvent un second souffle sous forme de jardins partagés.
12:15En s'appuyant sur le savoir-faire de leurs aînés,
12:17les habitants des quartiers populaires renouent avec leur histoire.
12:21C'est un marqueur d'identité
12:22parce que dans le jardin partagé,
12:26on retrouve l'idée du rassemblement,
12:29du partage des connaissances,
12:31du partage de savoirs et de transmissions.
12:35Je suis le vrai passé de voir.
12:36Vous voulez que tu me montres un petit peu
12:38ce que tu fais de bon dans ton jardin ?
12:40La technique à nous, c'est justement la variété.
12:44C'est planter du piment à côté de l'avocat.
12:48C'est la variété qui fait que tous les parasites
12:51qui viennent se combattent entre eux.
12:54Ce qui fait qu'on n'a pas besoin d'utiliser de pesticides.
12:58D'accord.
12:59Je vois que tu utilises des techniques ancestrales
13:01puisque effectivement, dans le jardin créole,
13:04dans le temps de nos parents, de nos grands-parents,
13:07il y avait une diversité végétale très importante.
13:11Ce que je retrouve dans ton jardin,
13:14jardin citadin, mais qui quand même est très, très riche.
13:17Par ses associations de plantes
13:19et son respect du cycle de la nature,
13:21le jardin créole est synonyme d'écologie et de modernité.
13:25Grâce à lui, les nouvelles générations
13:27redécouvrent les plantes de leurs ancêtres et leurs bienfaits.
13:31Les Martiniquais retranscrivent de manière inconsciente
13:34un certain nombre de schémas qu'ils ont hérités de leurs ancêtres.
13:37Ça permet de sauvegarder un certain patrimoine.
13:41D'autant qu'avec la mondialisation
13:43et avec tous les soucis que nous avons,
13:46on voit un regain.
13:47L'idée de vouloir consommer des aliments sains,
13:51mais surtout d'avoir une production proche du consommateur.
13:56Longtemps considéré comme seul patrimoine des opprimés,
14:02le jardin créole est aujourd'hui devenu celui de tous les Martiniquais,
14:06y compris celui du prix Goncourt, Patrick Chamoiseau,
14:09comme il l'écrit dans son roman Texaco.
14:13Aux abords des plantes mangées,
14:15il y avait les plantes médecines
14:16et celles qui fascinent la chance et désarment les zombies.
14:20Le tout bien emmêlé n'épuise jamais la terre.
14:24C'est ça, le jardin créole.
14:26Direction Menton, à l'extrême sud de la Côte d'Azur,
14:45là où la France flirte avec l'Italie.
14:52Ici, on reconnaît les plages et les façades de la Riviera.
14:57Mais quand on pénètre dans les jardins,
14:59on quitte brusquement l'Europe.
15:06Bien sûr, il y a les orangés et les citronniers
15:09qui ont colonisé cette côte depuis des siècles.
15:13Mais le plus étonnant, ce sont ces plantes venues du monde entier
15:15et qui ont pris racine ici.
15:17Ce petit arbre, c'est un Mahonia lomariifolia de Chine.
15:23Ça, ce sont des leucadendrons.
15:26C'est un genre qui vient d'Afrique du Sud.
15:31On est sur une plante originaire d'Australie
15:33qu'on appelle Bankia prionotef.
15:36Ce sont des plantes effectivement rares
15:38parce que justement, d'abord,
15:39elles ne peuvent pas être cultivées
15:41dans toutes les régions de France.
15:43On est là, vraiment, dans le cadre
15:44de plantes de collection botanique.
15:46À l'abri des regards sur les hauteurs de la cité azuréenne,
15:54une dizaine de propriétés grandioses
15:56étalent leurs jardins aux allures de jungle tropicales,
15:59comme ici, à Serre-de-la-Madone.
16:02C'est à partir de la fin du 19e siècle
16:04que ces collections de plantes rares
16:06sont importées sous nos latitudes
16:07par des Britanniques passionnés de voyages et de botanique.
16:14Certains avaient connu la colonie des Indes
16:16qui avaient vécu déjà dans ces ambiances peu tropicales.
16:18Peut-être par nostalgie,
16:19certains ont voulu reproduire ça.
16:21C'est vrai que naturellement,
16:21quand les Anglais sont arrivés sur la Riziera,
16:23ils ont aussi apporté avec eux
16:24cette passion de création de jardins.
16:32Serre-de-la-Madone
16:33est le plus impressionnant de ces jardins.
16:36Surplombant la vallée de Gorbio
16:38en retrait de la ville,
16:39il regroupe sur 8 hectares
16:40plusieurs milliers de variétés exotiques.
16:46Et c'est le major Laurence Johnstone,
16:49retraité de l'armée britannique
16:51et jardinier passionné,
16:53qui les a patiemment récoltés
16:54sur tous les continents.
17:01La période d'expédition,
17:03donc des voyages de Johnstone,
17:04elle se situe entre les années 1928 et 1935.
17:08Donc on sait que dans ces années-là,
17:09on peut dire qu'il a fait au moins deux fois le tour du monde.
17:12Il était passionné,
17:12il n'était pas vraiment professionnel,
17:13il s'encadrait souvent lors de ses voyages
17:15de botanistes confirmés
17:18qui l'aidaient à préparer ses expéditions.
17:20Donc quand il partait en Afrique ou en Chine,
17:23le botaniste profitait de sa fortune
17:24pour faire ses expéditions, ses recherches,
17:26et lui profitait de l'expérience du botaniste
17:28pour récupérer des plantes
17:29dont il savait qu'elles avaient la capacité
17:31de s'installer à Menton.
17:33C'est un endroit qui, on peut dire,
17:34lui a permis de réaliser un rêve.
17:35Ce n'est pas un hasard
17:42si Johnstone choisit Menton
17:43comme terrain de ses expérimentations botaniques.
17:49La ville bénéficie d'un climat particulièrement tempéré,
17:52presque tropical,
17:54qui permet d'acclimater à peu près
17:55n'importe quelle plante de l'hémisphère sud.
17:57A l'époque de Johnstone,
18:01les riches britanniques désireux
18:02de se refaire une santé
18:03sont d'ailleurs nombreux
18:04à venir profiter de la douceur
18:06des hivers mentonnets.
18:09La destination leur est même recommandée
18:11par un éminent compatriote,
18:13le docteur Henri Bennett.
18:16Alors le docteur Bennett
18:18est le médecin accoucheur
18:19de la reine Victoria.
18:21Probablement atteint de primo-infection,
18:23il arrive à Menton
18:24et guérit quasi miraculeusement.
18:28Et de ce séjour à Menton,
18:30il va inonder les sociétés savantes
18:33de chroniques sur le bienfait
18:35du climat mentonné
18:37pour soigner de la tuberculose.
18:42Si les amateurs de jardinage
18:44s'installent sur les hauteurs,
18:46la plupart des hivernants
18:47préfèrent le centre-ville
18:48et la promenade
18:49où il fait bon déambuler.
18:51Au point que certaines rues
18:53prennent des airs de petit Londres.
18:57Ce sont des beaux windows.
18:59Il fallait plaire
19:00à la communauté britannique
19:02et d'un seul coup,
19:03ce quartier a pris
19:04un petit côté british.
19:06Donc on construit
19:07des petits immeubles
19:08que l'on va louer
19:09pour la communauté britannique
19:11pour six mois pratiquement,
19:12c'est-à-dire l'hiver,
19:13de novembre à après Pâques.
19:16Et on prend soin quand même
19:17de faire une architecture
19:18qui leur rappelle un petit peu,
19:21au moins,
19:21quelques quartiers de Londres.
19:22Ces britanniques vont changer
19:26la face de la rivière.
19:33Au début du XXe siècle,
19:35plusieurs milliers
19:36de familles britanniques
19:37reviennent ainsi chaque hiver,
19:38profiter du soleil de Menton.
19:42Les propriétaires des jardins exotiques,
19:44eux aussi,
19:44jouent les oiseaux migrateurs.
19:45Ils s'installent pour plusieurs mois
19:50sur la côte
19:50afin de profiter au mieux
19:52de la floraison
19:53de leurs plantes extraordinaires.
20:04À 74 ans,
20:06William Waterfield
20:07est le dernier héritier
20:08de cette époque.
20:09Caché au cœur
20:10du quartier résidentiel
20:11de Garavan,
20:12le Clos du Perronais
20:13et son parc de 500 m2
20:14appartiennent à sa famille
20:16depuis trois générations.
20:24Ça, c'est une tulipe
20:26de l'hémisphère nord,
20:29tandis que ça,
20:29c'est une babiana.
20:32Sa couleur pourpre
20:33est merveilleusement riche.
20:36C'est un bulbe
20:37d'Afrique du Sud.
20:40Certaines de ces fleurs,
20:41je les ai rapportées
20:42moi-même d'Afrique du Sud.
20:43Je suis allé là-bas
20:44quatre fois
20:44Il y a deux bassins ici
20:57et celui-là
20:58présente un intérêt
20:59historique particulier
21:00parce que c'est ici
21:01que j'ai appris à nager.
21:03Ce n'est pas exactement
21:04une piscine
21:05au sens moderne.
21:06Elle n'est pas très propre
21:07mais on peut nager dedans.
21:09Elle est assez profonde.
21:10Je devais avoir
21:12sept ou huit ans
21:12quand j'ai appris.
21:13Je suis sûr que je me suis
21:20perdu des tonnes de foie
21:21dans ce jardin à l'époque
21:22mais j'ai appris
21:24à retrouver mon chemin
21:24après 40 ans
21:25passés ici.
21:26C'est en 1971
21:32que William hérite
21:33de cette oasis de verdure
21:35en plein cœur de la ville.
21:37Un lieu acheté
21:37par son grand-père
21:38Frédéric
21:39près de 60 ans plus tôt.
21:40Mon grand-père
21:43était haut fonctionnaire
21:45aux Indes
21:45et ma grand-mère
21:45était une très grande
21:46maladie imaginaire.
21:50Elle a décidé
21:50que l'Inde
21:51n'était pas
21:51un endroit
21:52qui convenait
21:52à sa santé
21:53et qu'il devait partir.
21:57Elle a obligé
21:57mon grand-père
21:58à prendre sa retraite
21:59à 30 ans à peine
22:00mais il ne voulait pas
22:01rentrer en Angleterre
22:02parce que c'était trop humide
22:03et donc ils sont arrivés ici
22:04le coin était plein
22:05d'Anglais à l'époque.
22:11Mais en 1940
22:12l'Italie de Mussolini
22:14annexe Menton
22:14comme de nombreux britanniques
22:16les Waterfields
22:17quittent la côte d'Azur
22:18laissant derrière eux
22:19leur jardin tropical.
22:22Le clos du Perronais
22:23à l'abandon
22:24est pillé
22:25et saccagé.
22:30Humphrey
22:30le fils de Frédéric
22:31et oncle de William
22:32revient à la fin
22:34de la guerre.
22:35Ce paysagiste passionné
22:36va alors entreprendre
22:37de grands travaux
22:38pour redonner vie
22:39au jardin.
22:44Il a ajouté
22:45ces piliers.
22:46C'est lui aussi
22:46qui a imaginé
22:47cet escalier d'eau
22:48qui descend de la colline.
22:51Dans un sens
22:54il y a un devoir
22:56de mémoire.
22:58Je crois que c'est
22:58l'expression en français.
23:01Je dois m'occuper
23:02de ce jardin
23:02pour ensuite
23:04le transmettre
23:05à mon tour
23:05à une autre génération
23:07j'espère.
23:13Je crois en cela
23:14très fort.
23:17Qu'est-ce que c'est
23:17une fougère ?
23:18C'est cryptorium
23:21je crois
23:22phalcatum.
23:25Cryptomerium.
23:27Cryptomerium.
23:27Oui.
23:28Et j'ai trouvé
23:30une autre fougère aussi
23:31qui est très jolie
23:32William.
23:33Elle est juste
23:33derrière vous
23:34regardez.
23:37Oh celle-ci ?
23:39Elle est très belle aussi.
23:40Très jolie.
23:41Le jardin exotique
23:47des Waterfield
23:48est une exception.
23:51C'est le dernier
23:51qui appartient encore
23:52à l'une des familles
23:53britanniques
23:54qui l'ont fondée.
23:59Trop grand,
23:59trop coûteux,
24:00les autres ont été
24:01progressivement revendus
24:02par leurs propriétaires
24:03après la seconde guerre mondiale.
24:04Pour éviter que ne disparaisse
24:12ce patrimoine botanique
24:13exceptionnel,
24:15l'Etat s'est alors porté
24:16acquéreur de plusieurs
24:17de ses propriétés.
24:19C'est le cas du Val-Ramay
24:21situé à deux pas
24:21du jardin des Waterfield.
24:23Il a été placé sous la tutelle
24:24du Muséum d'Histoire
24:25Naturelle de Paris.
24:30Il y a des papas verts
24:31dans la terrasse.
24:32Ils commencent à être
24:33à maturité.
24:34Les graines sont bien visibles.
24:35Tu vois, les capsules
24:36commencent à sécher.
24:38On va bientôt les récolter
24:39et ensuite les mettre
24:41en paquet.
24:45Chaque printemps,
24:46les jardiniers récoltent ici
24:47les graines
24:48de 350 spécimens différents.
24:50Il est mûr, là, voilà.
24:51C'est ça.
24:52Une fois qu'il est bien orange,
24:53il vient d'orange,
24:54de solanum,
24:55de chito d'équateur.
24:58On va le couper délicatement.
24:59Grâce aux plantes collectées
25:04par les botanistes britanniques
25:05il y a plus d'un siècle,
25:07le Valramé est aujourd'hui
25:08un formidable conservatoire
25:10d'espèces tropicales
25:11en voie d'extinction.
25:16Là, c'est la banque,
25:17oui, c'est le trésor du Valramé.
25:19Ces graines sont envoyées
25:24dans le monde entier
25:25pour être replantées
25:26dans d'autres jardins botaniques.
25:29Parfois même,
25:29elles permettent de réintroduire
25:30des espèces éteintes
25:31dans leur pays natal.
25:36Ce sont des graines
25:37de l'arbre emblématique
25:38de l'île de Pâques
25:39qui a disparu
25:40de son milieu d'origine
25:41il y a une cinquantaine d'années.
25:44Nous avons quelques sujets
25:45à Valramé
25:45que nous avons réussi
25:47à faire fructifier
25:48pour en replanter
25:49à l'île de Pâques.
25:58L'héritage des jardiniers britanniques,
26:00loin de disparaître,
26:02s'étend donc désormais
26:03au monde entier.
26:18Sous-titrage Société Radio-Canada
26:20Sous-titrage Société Radio-Canada
26:21Sous-titrage Société Radio-Canada
26:23Sous-titrage Société Radio-Canada
26:23Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations