00:00Avec vous Audrey Racine, bonjour Audrey. Aujourd'hui nous partons en Iran, le manque d'eau y est criant, on parle de la pierre sécheresse depuis 60 ans, c'est de nature à alimenter la colère de la population.
00:12Oui, ces années de grave sécheresse n'expliquent pas à eux seuls la révolte en cours, mais ils n'ont clairement pas arrangé la situation, parce que tout comme le rudiver de 1789 en France n'explique pas à lui seul la révolution française, il y a évidemment contribué.
00:27On oublie souvent que l'environnement joue un rôle politique assez important. Pour revenir à la situation en Iran, cela fait maintenant plus de 10 ans que le pays vit de très graves sécheresses à répétition.
00:39En novembre dernier, le service météorologique iranien affirmait que le pays connaissait son automne le plus sec depuis 50 ans, avec, vous allez le voir, des précipitations inférieures à 89% de la moyenne à long terme.
00:54Le résultat, eh bien, des cours d'eau à sec et en raison du réchauffement climatique, l'impossibilité de compter sur les ressources des glaciers et des neiges de montagne, puisqu'il n'y en a plus.
01:05Les hauteurs ne peuvent plus jouer ce rôle de château d'eau en été. Le niveau des barrages qui alimentent la capitale est au plus bas à l'heure actuelle.
01:14En 2021, déjà, des manifestations avaient eu lieu en Iran pour protester contre ce manque d'eau. Le mouvement était alors appelé le mouvement des assoiffés.
01:24Le président Massoud Pézekian était conscient que cette question de la ressource en eau était essentielle pour la population, parce qu'il en avait fait un de ses arguments de campagne,
01:33en promettant une protection efficace des ressources naturelles, une meilleure gestion de l'eau.
01:38Pourtant, c'est lui qui, en novembre dernier, va faire une déclaration fracassante et très angoissante pour la population de la capitale.
01:46Elle est rapportée, vous allez le voir par le journal El Khabar.
01:49S'il ne pleut pas, d'ici décembre, nous serons contraints de rationner l'eau.
01:53Et si la sécheresse persiste, nous pourrions même être contraints d'évacuer Téhéran.
01:58Alors, évacuer Téhéran, ça veut dire déplacer 10 millions de personnes, tout de même, vers où ?
02:03Alors, il s'agirait de les déplacer plus près du golfe Persique, avec l'espoir peut-être d'une ressource là, en eau dessalée.
02:12Mais c'est loin d'être une solution pour cette crise de l'eau qui touche absolument tout le pays.
02:16Voilà, vous l'évoquiez, donc il y a ce réchauffement climatique et cette sécheresse, et la mauvaise gestion de l'eau par les autorités.
02:21Oui, tout à fait. Alors, le régime théocratique iranien s'est beaucoup appuyé au départ, en 1979, sur les grands propriétaires terriens avec qui le Shah d'Iran n'avait pas de bonne relation.
02:32Et du coup, par clientélisme, il faut bien le dire, les ressources en eau du pays ont été dirigées en priorité pour une utilisation agricole.
02:40Or, lorsque l'eau a un usage domestique pour laver ou cuire, eh bien, elle retourne en très grande partie dans le circuit, c'est-à-dire qu'elle est utilisée et non consommée.
02:50Et à l'inverse, dans l'agriculture, eh bien, elle s'évapore en grande partie et donc est consommée et n'est plus utilisable par la suite.
02:59Donc, si vous envoyez l'eau d'abord dans les maisons, elle peut être utilisée, puis ensuite être consommée en agriculture sans priver les exploitations d'eau.
03:09Il n'en est pas question. Mais si vous faites l'inverse, c'est-à-dire si vous orientez l'eau d'abord vers les grandes exploitations agricoles,
03:17elle va être consommée et n'arrivera pas jusqu'aux maisons pour être utilisée et donc elle va manquer à la population.
03:23Écoutez sur ce point l'éclairage de Julie Trottier, elle est spécialiste en gestion de l'eau.
03:27Face à une baisse de la pluviométrie, ce qui nous arrive dans beaucoup d'endroits du monde en raison du changement climatique,
03:37la réaction doit être de maximiser le nombre d'utilisations non consommatrices en amont de l'utilisation consommatrice.
03:45On a fait le contraire en Iran. On a une politique qu'il faut modifier, qui est une gestion de l'offre et qui, pour l'instant, n'a pas été modifiée.
03:57Les pratiques qui étaient des pratiques viables avec une autre pluviométrie et une autre démographie ne le sont plus.
04:05Mais on ne peut pas simplement dire qu'il y a pénurie d'eau, déficit d'eau et que ça cause une révolution.
04:12Ce sont nos interactions avec le flux de l'eau qui ne sont plus adéquates et qui créent des tensions.
04:20Et on peut modifier nos interactions avec le flux de l'eau le long de sa trajectoire.
04:26Alors en Iran, cette mauvaise gestion de l'eau, cette mauvaise exploitation de la ressource, elle a été aggravée par l'isolement du pays.
04:34Avec les sanctions, il a été coupé d'une grande partie du commerce mondial.
04:37Les autorités ont donc encouragé l'autosuffisance, c'est-à-dire la production pour la consommation nationale.
04:43Et donc ils ont autorisé les agriculteurs à puiser massivement dans les nappes phréatiques, au-delà même de leur capacité de renouvellement.
04:51Aujourd'hui, résultat, l'Iran n'a plus assez d'eau pour subvenir aux besoins des cultures en blé, en orge, en maïs et en riz, très gourmand en eau.
04:59Alors oui, le réchauffement climatique, en augmentant l'évaporation de l'eau, en retenant l'eau plus longtemps dans l'atmosphère, a rendu les sécheresses en Iran beaucoup plus intenses et beaucoup plus fréquentes.
05:11Mais les solutions d'adaptation à court terme, vous l'avez entendu, elles existent.
05:15Elles nécessitent seulement une volonté politique et une planification, une mise en œuvre partout sur le territoire.
05:20C'est difficile dans la situation tendue actuellement.
05:23Et ça a accentué la colère. Merci beaucoup Audrey.
05:26C'est difficile.
Comments