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  • il y a 6 minutes
Chaque week-end, l’émission pilotée par Pauline Revenaz avec à ses côtés Dominique Rizet, consultant police/justice BFMTV, traite d’un événement majeur de la semaine, ainsi que d’autres affaires qui sont revenues sur le devant de la scène.

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Transcription
00:00Entrez donc, Maître Éric Morin et Maître Cédiba.
00:03Une génération d'avocats vous séparent, il va falloir leur laisser la place.
00:08Éric Morin, je vous présente, vous avez raccroché la robe en 2022.
00:12Vous écrivez aujourd'hui, il était un avocat, récit de justice et d'injustice,
00:16aux éditions Les Arènes, un très joli livre.
00:19Et puis, Cédiba, vous avez prêté serment, vous êtes élu deuxième secrétaire de la Conférence du Barreau en 2023,
00:24donc vous avez prêté serment en 2023 ou en 2022 ?
00:272021.
00:272021, et vous écrivez ce livre à 31 ans avec ce joli titre aussi, Comme on traverse le feu.
00:32Je suis contente de vous recevoir parce que j'essaye de faire dialoguer vos deux générations.
00:37On ne va pas vous demander combien d'années vous séparent,
00:39mais on a compris qu'il y en a un qui débute et qu'il y en a un qui a décidé de passer à autre chose.
00:44Éric Morin, vous, vous avez eu envie d'écrire ces récits de justice et d'injustice.
00:49C'est pour vous délester, c'est pour laisser une trace,
00:52c'est pour donner envie aux jeunes confrères de se lancer.
00:55C'est pourquoi ?
00:56Moi, j'espère que c'est un petit peu tout cela.
00:58C'est aussi pour fermer la parenthèse, pour dire, voilà, il y avait, pendant ces années,
01:08beaucoup d'histoires à raconter, des personnages à incarner, des clients,
01:12même si je n'aime pas ce mot-là, mais des hommes et des femmes,
01:15que j'ai aimé intensément défendre et qu'on n'a jamais autant parlé.
01:20Il y a toujours eu des rubriques judiciaires, mais il n'empêche qu'aujourd'hui, matin, midi et soir,
01:26et vous en êtes aussi la preuve, on parle de mise en examen, de renvoi devant la cour d'assises,
01:31de procès, de lenteur, de difficulté de la justice.
01:35Eh bien, j'avais ces 26 ans à raconter, j'ai cherché à raconter ces histoires.
01:39En 2022, vous avez raccroché la robe.
01:42Quelques temps, on parlait avec Pauline, je me disais, mais qu'est-ce qu'il dit à Éric Morin ?
01:44Lui, il a arrêté, c'est fini.
01:45Moi, je ne le savais pas.
01:46Quand on fait un métier aussi passionnant, quand on est un pénaliste,
01:50vous faites partie, on ne va pas vous passer la brosse à reluire,
01:53et vous faites partie quand même des pénalistes qui ont compté,
01:55pourquoi vous raccrochez ? C'est tellement passionnant, ce boulot.
01:58C'est passionnant, mais c'est épuisant.
02:00Qu'est-ce que vous avez trouvé de mieux que la vocature ?
02:03La vie ailleurs, surtout.
02:04La vie ailleurs, la vie hors de Paris.
02:09Le téléphone qui ne sonne plus pour une garde à vue en pleine nuit,
02:13le téléphone qui ne sonne plus le week-end, la charge mentale.
02:17Il sonne chez Maitreba, maintenant.
02:20Vous faites quoi de vos journées ? Vous faites quoi, maintenant ?
02:23Je ne suis pas rentier, j'ai trouvé un travail.
02:26Je travaille dans un groupe immobilier, le numéro 1 de l'immobilier,
02:29dont le siège est à Tours, qui détient les marques majeures en matière d'immobilier.
02:36Je m'occupe un peu de juridique et je m'occupe surtout, je suis directeur RSE,
02:39responsabilité sociale et environnementale de ce groupe et j'aime beaucoup ça.
02:43Alors dans ces 23 histoires de justice et d'humanité, moi je vais vous dire mes préférés.
02:49La libération conditionnelle de Michel Cardon en 2018, que vous avez accompagnée,
02:53qui est restée de longues années en détention et vous avez un peu foutu le pied dans la fourmilière
02:58et ça a marché puisqu'il est sorti, le procès Papon et votre mentor, si on peut dire Jean-Marc Parrault,
03:04chez qui vous avez démarré.
03:05Et puis surtout l'école en bateau pour moi, votre plaidoirique a résonné
03:08lorsque vous avez utilisé ces mots d'enfant dans l'enceinte judiciaire,
03:12dans les griffes de Léonide Kemeneff.
03:15Voilà, c'est les trois histoires, moi, qui m'ont marquée.
03:17Mais celle qui vous tient le plus à cœur, vous, vous avez du mal à choisir dans ces 23 ?
03:21Bien sûr, c'est impossible. Puis ça serait choisir, ça serait en exclure d'autres.
03:27J'ai fait ce choix, il y en avait peut-être 25 ou 26, et puis avec Laurent Beccaria,
03:32formidable éditeur des Arènes, on en a écarté quelques-unes.
03:34Il faudra un deuxième tome.
03:35Non, il n'y aura pas de deuxième tome, tout est à peu près dit et raconté.
03:40Mais c'est vrai que l'école en bateau, on en parlait avec mon frère Cédiba,
03:44l'école en bateau, il n'y a pas beaucoup de dossiers où, en réalité, il faut être très humble
03:50quand on est avocat, même si on dit qu'on a un égo surdimensionné.
03:54Il n'y a pas beaucoup de dossiers où on se dit,
03:56bon, ce n'était pas possible que ce soit quelqu'un d'autre qui fasse ça.
04:00En réalité, oui, il y a plein d'autres avocats qui auraient pu défendre ces histoires-là
04:06et ces personnes-là.
04:07Et puis, il y a deux ou trois dossiers dans une vie d'avocat où on se dit,
04:11là, c'est parce que c'était moi.
04:13Et l'école en bateau, c'est parce que c'était vous ?
04:15Vraiment. Et c'est des dossiers dont, juste, simplement, on est fiers
04:19parce qu'on sait que personne, et d'ailleurs, le dossier démarre
04:23alors qu'il a déjà démarré plusieurs années avant et que personne s'en est occupé.
04:27Il faut le rappeler, peut-être.
04:28Et là, on se dit que cette affaire d'une école alternative
04:32montée par Léonide Kamenev dans les années 70
04:36et qui était en réalité une manière d'éloigner des enfants de métropole,
04:39de les emmener dans les Caraïbes au prétexte de les faire vivre nus sur un bateau
04:44et de leur faire faire autre chose que des tables de multiplication.
04:47Eh bien, c'était une manière d'assouvir des penchants pédophiles.
04:53Et ce dossier, il était au point mort.
04:55Il était embarqué dans un marégo chez un juge d'instruction en Martinique.
05:00Et je l'ai pris à bras-le-corps.
05:02J'ai noué des liens très, très forts avec ces adultes qui étaient enfants au moment des faits.
05:08Et je continue à les voir.
05:09J'en ai vu quelques-uns encore la semaine dernière.
05:12Et c'est un dossier qui marque, voilà, véritablement.
05:14Alors, Sidiba, vous, vous avez prêté serment en 2021, vous me l'avez dit.
05:18Comme on traverse le feu, ce que la robe exige.
05:20Alors, l'écriture est fougueuse, engagée, très politique, je dirais.
05:24Et vous, vous opposez deux justices, celle des gueux et celle des riches.
05:28Et on en a beaucoup discuté avec Dominique.
05:31Elle n'est pas d'accord.
05:32Et on n'est pas d'accord.
05:33Très bien, c'est...
05:34Des bâtons.
05:35Des bâtons, c'est l'objectif et c'est mon métier par ailleurs.
05:37Alors, Pauline n'est pas d'accord avec vous.
05:39Moi, je suis un peu d'accord avec vous, mais plus maintenant.
05:42Oui, à une époque, oui, à une époque, ça existait.
05:45Quand on a fait nos premiers faits d'entrée l'accusé,
05:47on avait souvent des gens qui nous disaient, voilà, dans des coins perdus de la France,
05:51des mamans, eh bien, ma fille a disparu.
05:53Je suis allée au commissariat ou à la gendarmerie.
05:56On m'a dit, faites voir une photo.
05:56On n'a pas pris la place.
05:57Elle a 15 ans.
05:58Oh, mais votre fille, elle fait 18 ans, 19 ans.
06:01Ne t'inquiétez pas, elle est partie.
06:03On la retrouvera.
06:03Tout ça parce que c'était des petites gens.
06:05Quand je dis petites, ce n'est pas péjoratif.
06:07Et qu'on ne s'intéressait pas à eux.
06:08Qu'on se disait, voilà.
06:10Et donc, on retrouvait cette jeune fille, deux, trois jours après, assassinée.
06:15Et on avait perdu du temps.
06:16Et c'est vrai qu'à cette époque-là, si ça avait été le fils d'un ministre qui avait disparu
06:19ou la fille d'un ministre, ça aurait été beaucoup plus rapide.
06:21J'ai l'impression qu'aujourd'hui, moi, ça, ça a changé.
06:24Ou en tout cas, c'est en train de changer.
06:27Vous voyez ?
06:28Alors, moi, vous savez, c'est très intéressant ce que vous dites.
06:31C'est que tous les jours, quand on est au tribunal à Paris,
06:34on voit se juger, justement, des gens qui sont très modestes
06:38et qui vont très systématiquement en prison.
06:42Quand, quatre étages plus bas, on voit des personnalités politiques majeures qui...
06:45Qui vont en prison.
06:46Nicolas Sarkozy est allé en prison.
06:48Il est allé en prison 21 jours.
06:49Il est allé quand même.
06:51Il est allé en prison 21 jours alors qu'on voit des dizaines de personnes par jour
06:54pour un vol de téléphone portable qui vont passer quatre mois en prison.
06:57Il n'y a personne pour compter leur élégie sur les plateaux télé.
07:01Et par ailleurs, et c'est intéressant, je suis dans un dossier
07:03où on a un ancien président de la République qui s'est fait voler un iPad
07:07où on a eu immédiatement tous les moyens de la justice
07:10avec des géolocalisations, des imsicatures
07:13pour trouver les fougueux voleurs de cet iPad
07:15qui, par ailleurs, ne valait absolument rien, dans lequel il n'y avait aucune donnée sensible.
07:19Alors que vous, monsieur, et moi-même, si j'ose pousser
07:22la porte d'un commissariat en disant que j'ai laissé ma porte ouverte
07:25et que quelqu'un est venu prendre un iPad, je ne pense pas qu'on prenne ma plainte.
07:27Je ne pense même pas qu'on m'ouvre la porte du commissariat.
07:29Donc là, c'est là, moi, que je dis que finalement,
07:31on a une justice qui va à deux vitesses.
07:33Une justice, en réalité, pour les gens qui sont insérés.
07:35Une justice pour les gens qui vont bien, qui savent bien parler.
07:37Et une justice pour les gens qui sont un peu plus modestes.
07:40Comment est-ce que vous avez apprécié le livre, l'un de l'autre ?
07:42J'espère que vous avez lu chacun en miroir.
07:46Qu'est-ce que ça vous a inspiré, les récits de...
07:48Alors, je ne peux plus dire Maître Morin.
07:49Oui, ben écoutez, moi, Éric Morin, il a exercé pendant 26 ans.
07:54Et moi, j'ai prêté serment à 26 ans.
07:55C'est vous dire...
07:56Ça, c'est votre fiche Wikipédia.
07:59Ça, c'est bien croisé.
08:00Ça, c'est la fiche Wikipédia d'Éric Morin.
08:01Voilà, exactement.
08:02Mais la vôtre deviendra comme ça.
08:04Eh ben écoutez, je ne sais pas, j'espère.
08:05Mais en tout cas, moi, Éric Morin, je le suis depuis que je suis étudiant.
08:08Et donc, pouvoir lire, en fait, justement, ce qu'il nous dit
08:11et tous ces récits d'excellents dossiers
08:14qui ont tous fait l'objet de Faites entrer l'accusé
08:16que j'ai regardé avec beaucoup de gourmandise.
08:19On est en fan zone, là.
08:20C'était pas le but.
08:21Exactement.
08:22Mais en somme, on a un constat aussi qui est un peu le même.
08:24C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a une justice qui a évolué.
08:26Une justice qui, malheureusement, on le voit, ne va pas dans le bon sens.
08:29On court derrière les moyens, on court derrière le temps.
08:32On voit moins les personnes, on voit plus les dossiers.
08:35Et on se fait moins juge que gestionnaire.
08:37Et en ce sens, on a le même constat.
08:39Maintenant, est-ce que la solution, c'est de raccrocher la robe ?
08:42Moi, je pense qu'en tout cas, dès lors qu'on est beaucoup trop pusé,
08:45beaucoup trop moins efficace, moins, on va dire, ouvert, moins...
08:51En fait, en réalité, on est moins dans la possibilité d'exercer notre plein exercice pour nos clients.
08:59Il faut partir.
09:00Et je pense que c'est là le choix qu'a fait Eric, que je respecte,
09:03et que peut-être je ferai, d'ailleurs, très certainement,
09:05quand je n'aurai plus justement cette flamme,
09:07c'est de laisser la place...
09:09Mais là, pour l'instant, on traverse un feu.
09:10Vous lavez la flamme.
09:11On traverse et on est un peu brûlés.
09:13Donc, qu'est-ce qui vous unit ?
09:15C'est sans doute l'amour du droit.
09:17Eric, vous vous raccrochez aussi parce que vous dénoncez une justice qui manque de moyens.
09:22Ça fait partie de la prise de décision de raccrocher la robe.
09:25Vous n'avez pas les moyens d'exercer comme vous le voulez.
09:28Oui, c'est un constat qui est venu au fil du temps,
09:31mais à un moment qui s'est vraiment imposé à moi.
09:33C'est-à-dire qu'on nous demande, nous, avocats,
09:36d'écoper le bateau justice,
09:38qui prend l'eau de toutes parts.
09:40Oh, c'est beau, ça.
09:40Moi, je ne sais pas si c'est beau, mais en tout cas, c'est vraiment...
09:43C'est l'image que j'avais en me disant
09:47« Mais je ne suis pas là, je n'ai pas fait avocat pour ça, moi. »
09:49Il y avait de l'eau dans la cale.
09:50Il y avait plus que dans la cale.
09:52Elle a atteint les étages bien supérieurs du bateau.
09:56Et moi, je ne suis pas là pour ça.
09:57Et d'autres ne sont pas là pour ça.
10:00Je pense aux greffiers, aux magistrats.
10:02Ils ne sont pas là pour ça.
10:03Et donc, il y avait un moment où je me disais
10:05« Je perds un temps fou à aller chercher des éléments
10:10qui, normalement, doivent m'arriver spontanément sur mon bureau,
10:14dans mon cabinet.
10:15Pas envoyer, pas passer des heures et des heures
10:18ou envoyer des collaborateurs pour aller chercher des choses
10:20qui, normalement, spontanément, doivent arriver. »
10:22Et j'étais arrivé à un âge où je me suis dit
10:26« Qu'est-ce qui va se passer dans les 10, 15 prochaines années ? »
10:29Et qu'est-ce qui va se passer dans les 10, 15 prochaines années ?
10:35Est-ce que ça va s'améliorer ?
10:36Et la réponse était non.
10:37Alors, je n'avais pas envie de passer les 10, 15 prochaines années
10:40à continuer à écoper.
10:42Donc, je me suis dit « Je pars ».
10:43Eric, on va se permettre de s'appeler par nos prénoms, Pauline,
10:46puisqu'on est dans une émission intime du dimanche
10:49avec des passionnés qui nous écoutent.
10:52Je suis en train de regarder un petit truc
10:53que m'avait dit Gilles Portejoie, que j'adore.
10:55Gilles, Jean Portejoie, cher à notre cœur.
10:58Il m'a dit un jour, il a eu cette phrase merveilleuse.
11:01Dis-moi si vous êtes d'accord.
11:02« J'ai des clients qui viennent me voir
11:04avec de quoi me donner du talent. »
11:07C'est beau, ça.
11:08Est-ce que, c'est dit, est-ce que c'est l'affaire,
11:11le dossier qui donne du talent à l'avocat ?
11:14J'ai tendance à être assez d'accord.
11:15Parce que c'est vrai qu'on a parfois des gens
11:17qui viennent pousser les portes de nos cabinets
11:19et qui, en réalité, nous imposent d'être meilleurs
11:23et d'être leurs avocats.
11:24Et on a certaines histoires pour lesquelles
11:26on a à peine besoin de lire le dossier.
11:28Je le fais à chaque fois.
11:29Mais on a à peine besoin...
11:31Ce n'est pas tant juridique.
11:32C'est surtout raconter des histoires.
11:33Et quand on a quelqu'un qui nous touche
11:35et qui nous demande de le défendre,
11:37on peut tout dire, on peut tout faire,
11:38on peut rugir en audience et on le fait.
11:40C'est quoi le beau dossier ?
11:42Le beau dossier, pour moi,
11:44c'est le dossier de la personne qui a besoin de nous.
11:46Ce n'est pas forcément le dossier avec...
11:48C'est bien pour l'ego,
11:49mais les caméras qui sont devant la salle d'audience,
11:51les journalistes qui viennent chuchoter à notre oreille.
11:52C'est le dossier pour lequel on peut avoir une influence,
11:57pour lequel on peut avoir une bonne décision.
11:59Et dès lors qu'on l'a,
12:00là, on a une espèce de shot de dopamine
12:04qui est absolument merveilleux,
12:05déjà pour nous et ensuite pour notre client.
12:06Vous avez des mentors, pardon.
12:08Vous avez des modèles, vous avez des mentors.
12:09Je ne vous laisse pas parler aujourd'hui.
12:10Vous avez vu, Pauline ?
12:11Vous voulez ma place ?
12:13Non, surtout pas.
12:15Vous n'allez pas dire Éric Morin,
12:16parce que ça, on ne va pas vous croire.
12:18Et pourtant, c'est Éric Morin.
12:19Oui, mais pas que, mais pas que.
12:21Mais pas que.
12:22Alors, dites-moi vos modèles.
12:23Parce qu'Éric Morin, il a été formé chez Maître Varro.
12:26Tout au long de ses récits,
12:28on comprend les influences.
12:29Il y a ce premier chapitre
12:30où vous vous rendez hommage
12:32sur le modèle de Je me souviens.
12:34Vous, qui vous guide ?
12:37Qui vous éclaire ?
12:38Alors moi, dans un premier temps,
12:39si je devais nommer des avocats,
12:41immédiatement, il vient à mon esprit
12:42Jacques Vergès et Gittel Halimi,
12:44parce que c'était des combattants extraordinaires,
12:47aussi bien dehors.
12:48Exactement, Fougue, dans et en dehors du prétoire.
12:51Mais après, selon moi,
12:52les mentors, ils sont un peu partout.
12:53Je ne vais pas me concentrer
12:54sur une personne en particulier,
12:55mais je vais regarder en réalité un peu tout.
12:57C'est-à-dire que la façon de plaider
13:00d'un confrère ou d'une consoeur,
13:01la façon de poser des questions d'un magistrat,
13:03la façon d'écouter, par exemple,
13:06parfois d'un policier,
13:07d'un enquêteur de police, partout.
13:08En fait, il faut juste être ouvert,
13:10être absolument à l'écoute
13:11de toute la polyphonie d'influence
13:13autour de nous,
13:14qui ensuite nous permet
13:15de devenir meilleur avocat de jour en jour.
13:17Est-ce que pour devenir un grand avocat,
13:19il faut être un avocat médiatique, Eric ?
13:22C'était une question du concours de la conférence.
13:26Je l'ai rejeté la première fois.
13:29La berrier ?
13:29En tout cas, oui, c'était une question
13:31de la conférence berrier.
13:33Je jure que je ne le savais pas.
13:34Je sais, et c'est une bonne question,
13:37parce que je suis d'accord avec Cédis,
13:40le beau dossier, c'est celui où on se sent utile.
13:43Il y a plein de dossiers,
13:45parce que c'est comme ça,
13:46et parce que l'institution est comme ça,
13:48parce que le fonctionnement de la justice,
13:49c'est comme ça,
13:49vous pourrez mettre toute la bonne volonté,
13:52et même l'énergie que vous voudrez,
13:53vous ne vous sentirez pas utile.
13:54Pour un tas de raisons,
13:56pour le temps judiciaire,
13:57pour le temps que le magistrat va y consacrer,
14:01pour un tas de choses.
14:02Donc, le beau dossier,
14:03c'est le dossier utile.
14:04Et puis après, c'est vrai que la médiatisation,
14:07d'abord, moi je l'ai toujours utilisée
14:10à dessein uniquement dans l'intérêt du client
14:13et du dossier.
14:14Ce n'est pas pour faire plaisir à ma maman
14:16et avec les caméras.
14:17C'est parce qu'à un moment,
14:19soit il y avait une situation de blocage,
14:20soit il y avait un message,
14:22peut-être au-delà du dossier,
14:24peut-être social à faire passer,
14:25et à ce moment-là, on l'utilise.
14:26Et puis ça forme, mine de rien,
14:28parce que ça vous oblige,
14:29et on est là sur ce plateau,
14:30mais ça vous oblige à vous ramasser intellectuellement
14:33et d'être peut-être un peu plus percutant.
14:35Donc en réalité, au fil,
14:37et effectivement, j'ai été formé à ces dossiers-là aussi
14:40par Jean-Marc Varraud et par d'autres,
14:43et les « je me souviens » du début pour moi
14:44sont très importants.
14:46Mais ce que dit Cédie aussi est très vrai,
14:48c'est-à-dire qu'il m'est déjà arrivé
14:50d'être dans des salles d'audience
14:51et d'entendre un confrère totalement inconnu
14:53qui est là et qui va avoir une sorte de magie du verbe.
14:57– C'est beau.
14:57– Mais bien sûr que c'est beau.
14:59Et c'est formidable.
15:01Et d'ailleurs, on échange nos cartes,
15:04on est là.
15:05Il y a parfois des magies d'audience
15:07et elles peuvent être issues de personnes moins médiatiques.
15:11– Et est-ce que ce magicien d'audience
15:12qui a trouvé les mots,
15:13qui a eu une formule extraordinaire,
15:15il peut repartir dans l'anonymat
15:17et on n'en entendra pas parler
15:19parce qu'il va rester un avocat
15:20qui ne sera pas un avocat médiatique ?
15:22– Oui, non.
15:23– Alors oui.
15:24– Pardon pour la planche.
15:24– Oui, oui, bien sûr.
15:26Et puis vous avez quelques météorites médiatiques…
15:30– Pépites, vous avez pu dire ?
15:31– Oui, j'allais dire pépites,
15:32mais en fait c'était météorites,
15:34pas pépites,
15:35qui apparaissent tout d'un coup
15:36et dont tout le monde se dit
15:37c'est formidable
15:38et puis après,
15:38dont on n'en entend plus parler.
15:40je le conseille à certains,
15:43mais je garderai cette liste pour moi.
15:44– Cédiba, vous n'êtes pas tendre
15:46avec les magistrats dans votre livre ?
15:48Pourquoi ?
15:49– Parce que, vous savez,
15:51moi j'estime que juger
15:52est une chose magnifique.
15:55Moi personnellement,
15:55je ne m'en sentirais pas capable.
15:56Le fait de pouvoir uniquement parler…
15:57– Ça tombe bien,
15:58ce n'est pas votre métier.
15:58– Ce n'est pas mon métier,
15:59heureusement.
15:59Parce que le fait de,
16:01simplement par ma parole,
16:02dire que quelqu'un va être enfermé
16:03pendant 5 ans,
16:04pendant 10 ans,
16:05pendant 20 ans,
16:05je trouve personnellement
16:06que c'est beaucoup trop.
16:08C'est beaucoup trop.
16:09Et j'estime,
16:11au regard de ce qui se passe
16:11aujourd'hui dans les juridictions,
16:13qu'on est moins en réalité
16:14dans cette un peu belle image
16:16de la justice,
16:17c'est-à-dire un peu
16:17peser, sous-peser les âmes
16:19pour le faire devenir
16:20quelque chose de meilleur.
16:21On est plus dans une gestion.
16:23Voilà.
16:23Aujourd'hui,
16:23un juge d'instruction à Paris,
16:25par exemple,
16:25il a une centaine de dossiers
16:26à son cabinet
16:27avec beaucoup plus de détenus.
16:28Ça fait 3 jours par dossier par an.
16:30C'est impossible
16:31de bien travailler comme ça, en fait.
16:32Donc en réalité,
16:33on a des objectifs chiffrés.
16:34Il faut rentrer les dossiers,
16:34il faut sortir des dossiers.
16:35Et quand on pense comme ça,
16:39c'est l'objectif-là.
16:39Et en ce sens,
16:41je considère que l'honneur,
16:43et c'est l'honneur de la magistrature
16:44d'être un beau,
16:47on va dire une belle partie
16:48de nos services publics,
16:49du fonctionnariat français.
16:51Et en ce sens,
16:52ce sont de très bons fonctionnaires.
16:53Mais en tout cas,
16:54en tant que juge,
16:55je suis un peu déçu.
16:56Pour raconter un truc
16:57dans votre livre,
16:58qui est assez incroyable,
17:00vous dites,
17:00j'arrive à l'audience,
17:01je défends une sud-américaine,
17:03Fabiola,
17:04c'est ça les sud-américaines,
17:05qui est transportée de la drogue,
17:07de la cocaïne.
17:08Et je croise une mule,
17:10et je croise un confrère
17:11qui me dit,
17:11un kilo, un an.
17:13Elle a 4 kilos,
17:14combien elle a ta cliente ?
17:154 kilos,
17:16elle va prendre 4 ans.
17:16Et là,
17:17vous racontez,
17:17vous déroulez l'histoire,
17:18et vous dites,
17:19elle a pris 4 ans.
17:20Exactement.
17:21En fait,
17:21c'est un dossier,
17:22c'est un peu justement
17:22des espèces de jurisprudence locale.
17:26On sait qu'aujourd'hui,
17:27il y a des tribunaux,
17:28là je parle de Bobigny,
17:29quand il y a une mule
17:30qui arrive avec
17:31un certain kilo de stupéfiants,
17:32c'est le nombre d'années
17:33qui correspond.
17:34On m'a dit,
17:34un kilo, un an.
17:35Moi,
17:35j'ai plaidé comme un diable,
17:36j'ai essayé d'expliquer son histoire,
17:38pourquoi elle avait fait ce choix-là,
17:41finalement,
17:42délibéré 5 minutes au total,
17:45et on me dit,
17:46elle a pris 4 ans,
17:47sans d'autres formes
17:48en réalité de procès.
17:49Et vous dites,
17:49vous avez une belle formule,
17:50vous dites,
17:51elle n'est pas quand même responsable
17:52de tout le trafic de cocaïne
17:54en France,
17:55et des malades de la cocaïne,
17:57et des malades de la drogue.
17:58Mais bien sûr.
17:59Elle prend quand même,
18:00parce qu'en réalité,
18:01les gens qui organisent,
18:02c'est normal.
18:03Elle doit prendre la peine,
18:05elle doit être réfléchie
18:05en fonction de la personne.
18:07Et les personnes qui,
18:07justement,
18:08sont celles qui sont à l'initiative,
18:10elles ne sont pas toujours prises
18:11dans les mailles du filet,
18:12et parfois même,
18:12elles sont dans la salle
18:13quand la mule se fait juger.
18:15Donc,
18:15on se pose la question,
18:16en réalité,
18:16de l'utilité d'être aussi dure
18:18envers ces personnes-là.
18:20Et ça,
18:21ça se passe à Bobigny,
18:22dans votre jargon,
18:23c'est Bob.
18:23C'est pas bon ?
18:24Bob, c'est...
18:25Et Bob,
18:26c'est un tribunal comment ?
18:27Sévère ?
18:28Bob, déjà,
18:29c'est un tribunal qui est...
18:30On appelle Bob.
18:30D'accord, tranquille.
18:31À Bob, à Bobigny,
18:32c'est déjà un tribunal
18:33qui est en mauvais état.
18:34C'est-à-dire qu'il faut descendre
18:35au dépôt pour sentir
18:37tout ce que, on va dire,
18:38notre corps humain
18:39est capable de produire
18:40en termes d'effluves.
18:42Donc, c'est extrêmement problématique.
18:43Et puis, surtout,
18:44c'est un tribunal
18:45où on voit une criminalité
18:46qui est une délinquance
18:47qui est très diverse.
18:49Donc, est-ce que c'est
18:50le plus répressif ?
18:51Je ne sais pas.
18:52Moi, je préfère,
18:52dans certaines affaires,
18:53être plutôt à Bobigny
18:54qu'à Versailles.
18:54Éric Morin,
18:55un mot pour votre confrère
18:56qui démarre
18:57pour clôturer cette émission.
18:59Donnez-lui de l'élan,
18:59donnez-lui de l'envol.
19:00Qu'est-ce que vous lui conseilleriez ?
19:02Passage de relais.
19:03J'ai beaucoup aimé son livre.
19:05Il n'est pas excessif.
19:06Il a la fougue
19:08de celui qui vient
19:09de commencer une course
19:10au moment où, moi,
19:11je la terminais.
19:12Et on sait tous
19:13qu'à la fin,
19:14on est un petit peu
19:14plus essoufflés qu'au début.
19:17Pour rebondir
19:18sur la question
19:19de Dominique Rizet
19:20et la vôtre,
19:23moi, j'ai beaucoup aimé
19:24beaucoup de magistrats.
19:26Et je leur rends hommage.
19:28Et c'est peut-être
19:29la seule micro-critique
19:31de son livre,
19:31c'est que même
19:31quand il rend hommage
19:32à des greffiers,
19:33à des policiers,
19:34il n'y a pas les magistrats.
19:36Moi, j'ai rencontré
19:36des magistrats formidables.
19:38C'est un peu comme si
19:38on parlait que des trains
19:39qui n'arrivent pas à l'heure.
19:41Je suis arrivé de Touraine,
19:43mon train a été à l'heure
19:44et j'en suis heureux.
19:46Et je crois qu'il faut,
19:48parce qu'on est embarqué
19:49dans ce bateau
19:50et je continue
19:50avec la même image,
19:52il faut aimer aussi
19:52ces magistrats
19:53parce que,
19:54un, on n'a pas le choix.
19:56Il faut jouer avec eux.
19:57Deux, une carrière d'avocat,
19:58elle est longue
19:59et donc on les retrouve.
20:00Et on ne les retrouve pas
20:01qu'à Paris.
20:02On peut aller un jour,
20:03je suis allé plaider
20:04à Mayotte, à Mamoudzou
20:05et j'ai retrouvé
20:05un juge d'instruction
20:06que j'ai connu
20:07quand j'étais secrétaire
20:07de la conférence.
20:08Donc la vie d'un avocat,
20:09elle est longue
20:10et on ne peut pas toujours
20:11se les cogner face à face
20:12parce que ça ne marche pas
20:14et ce n'est pas comme ça
20:15obligatoirement
20:16qu'on a les meilleurs résultats.
20:18Donc il faut aimer aussi
20:19nos magistrats,
20:19il faut surtout aimer nos clients
20:20et puis continuer à avoir
20:22ce feu qui le caractérise.
20:24Il faut aimer la justice.
20:26Merci à tous les deux.
20:27Merci d'avoir éclairé
20:28ceux qui veulent
20:29exercer ce beau métier.
20:31Peut-être que vous allez
20:31susciter des vocations
20:32aujourd'hui
20:32par votre énergie,
20:34votre verbe,
20:35vos aspirations.
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