00:00Ici Roussillon, ici Roussillon, pour bien commencer la journée, ici Matin.
00:077h46, c'est l'invité d'ici Matin alors que la préfecture des Pyrénées-Orientales continue de faire la lutte contre l'immigration illégale.
00:13L'un de ses principaux chevaux de bataille, les associations d'aide aux réfugiés et aux migrants qui montent au créneau dans le département.
00:20Elle dénonce le zèle du préfet en la matière et les traitements que subissent les étrangers dans les PO.
00:25Notre invité ce matin, c'est l'une des co-responsables de la CIMAD dans les Pyrénées-Orientales.
00:29Bonjour Dominique Ségar.
00:31Bonjour.
00:318 335 étrangers en situation irrégulière interpellés l'an dernier dans les Pyrénées-Orientales.
00:37C'est une statistique, un chiffre annoncé par le préfet Pierre Regnaud-de-Lamotte.
00:42Et en quoi cette statistique vous choque ?
00:45Cette statistique nous choque parce que d'abord, parmi ces 8 300 et quelques personnes,
00:52beaucoup devraient être des personnes qui ont des papiers si l'État n'était pas en carence,
00:57et particulièrement la préfecture des Pyrénées-Orientales avait des carences pour traiter leurs dossiers
01:03et pour faire en sorte qu'ils aient les papiers auxquels ils ont droit.
01:07Qu'est-ce que vous entendez par carence ?
01:09Alors, ce que j'entends par carence, c'est des choses qui ont déjà été dénoncées par d'autres associations,
01:15mais qui sont pires de jour en jour.
01:17C'est-à-dire, il y a des choses qui sont nationales, c'est le dysfonctionnement de la NEF,
01:22la plateforme numérique pour traiter les dossiers des personnes étrangères.
01:28Il y a un point d'accès numérique, mais qui ne fonctionne pas du tout.
01:32Il y a une possibilité d'accéder éventuellement à la préfecture,
01:37mais avec des files dès 3h du matin, et on prend les 50 premiers, et puis c'est terminé.
01:42Mais surtout, quand on envoie un mail, après on reçoit un mail automatique,
01:47donc nous, on voit ça dans nos permanences à la CIMAD,
01:49que dans 5 jours, il y aura des nouvelles d'un rendez-vous,
01:52et il n'y a jamais de réponse qui arrive.
01:54Ça veut dire que c'est des gens qui ont des papiers, des titres de séjour,
01:57qui veulent les renouveler et qui n'y parviennent pas,
02:00faute d'interlocuteurs, faute de rendez-vous ?
02:02Voilà, ça peut être des premières demandes de titres de séjour,
02:05mais c'est aussi des renouvellements.
02:07Et pour les renouvellements, c'est terrible,
02:09parce que c'est des personnes qui perdent d'un coup toute leur situation sociale,
02:14le travail, la sécurité sociale,
02:18et qui se paupérisent très très brusquement.
02:21Donc ça, c'est aussi quelque chose de très grave.
02:26Et en plus, maintenant, c'est rajouté à ça,
02:28le fait qu'ait observé à la loupe tout ce qu'on appelle antécédent judiciaire.
02:33Un antécédent judiciaire, ça peut être juste une contravention,
02:36ou avoir été en garde à vue alors que finalement, il n'y a rien, on n'a rien fait de mal,
02:41ou avoir été témoin de quelque chose.
02:44Donc il y a énormément de gens dans ces 8000 personnes
02:48qui ne sont pas ce que certains appellent des clandestins ou des illégaux.
02:52Ça, c'est déjà une première chose.
02:53Vous le disiez, Dominique Ségar, c'est quelque chose qui a déjà été dénoncé,
02:56notamment ici, sur l'antenne d'ici Roussillon,
02:59c'est problématique à la préfecture des Pyrénées-Orientales.
03:01Vous dites que ça empire. Quelle est la cause ?
03:04C'est un manque de moyens, un manque de volonté, peut-être ?
03:06Oui, les deux, à mon avis.
03:08Donc de toute façon, au niveau national, on voit qu'il y a un manque de volonté
03:12et qu'il y a surtout un sujet électoraliste
03:15d'essayer d'avoir le moins possible de titres de séjour,
03:20parce que c'est porteur par les temps qui courent.
03:22Mais il y a aussi un manque de moyens à la préfecture.
03:26Alors quand on entend des déclarations comme quoi
03:28on va augmenter le nombre de policiers,
03:31augmenter les nombres de contrôles, etc.,
03:33je pense qu'on prend le problème à l'envers.
03:35Il faudrait d'abord augmenter le nombre de personnes qui traitent les dossiers,
03:39parce que si on demande, si on exige quelque chose d'un citoyen,
03:43il faut lui permettre d'exercer ce droit.
03:45On ne peut pas exiger d'avoir des papiers
03:47s'il n'a pas la possibilité de les demander.
03:49Ça n'a aucun sens.
03:507h50, Dominique Ségar est votre invitée ce matin.
03:53Marie, elle est co-responsable de la CIMAD des Pyrénées-Orientales.
03:56La majeure partie des personnes interpellées,
03:59près de 5000, font l'objet d'une réadmission directe vers l'Espagne.
04:03Est-ce que c'est un problème ?
04:05En quoi c'est un problème, d'après vous ?
04:06Oui, alors effectivement,
04:08depuis la décision du Conseil d'État du 2 février 2024,
04:14les procédures ont changé,
04:16le CZ a été modifié.
04:18On ne peut plus faire ce qu'on appelle des refus à chaud,
04:21des refus d'entrée sur le territoire.
04:23Et donc, il y a des procédures à mettre en place.
04:27Mais nous, on a des observateurs
04:29qui font partie d'une plateforme
04:31qui s'appelle la CAFI,
04:32qui défend les droits des personnes aux frontières,
04:35dont font partie Amnistie internationale,
04:38mais aussi la CIMAD et d'autres associations.
04:40et on observe que ces nouvelles lois ne sont pas respectées
04:45et qu'il y a toujours des refus à chaud.
04:47Ça, c'est une chose.
04:48Il y a aussi évidemment des contrôles discriminatoires à la frontière.
04:52Qu'est-ce que vous entendez par contrôle discriminatoire ?
04:54C'est-à-dire qu'on va arrêter des personnes
04:57qui sont racisées et pas d'autres personnes.
05:00Il y a aussi une façon parfois de traiter les gens,
05:06mais il y a aussi le fait qu'ils ne reçoivent aucune information dans leur langue.
05:10Normalement, les personnes ont une possibilité de demander l'asile également,
05:14mais ça, on ne voit pas très bien comment ça se ferait
05:17vu l'expéditivité des procédures,
05:20ou plutôt même le manque de procédures.
05:23Donc, il y a beaucoup de choses qui ne sont pas respectées
05:25et que nous dénonçons, nous faisons des rapports
05:27et nous dénonçons à cette plateforme
05:30qui chapeautent nos actions.
05:31On parlait de statistiques tout à l'heure.
05:33Il y a eu aussi, l'an dernier,
05:35le démantèlement de six filières de passeurs
05:37dans le département des procédures judiciaires
05:39lancées contre des trafiquants de migrants.
05:43Ça, c'est plutôt une bonne nouvelle, Dominique Segar ?
05:46Oui, c'est une bonne nouvelle
05:48parce que tous les gens qui se font de l'argent
05:51sur le dos des victimes
05:53qui sont aussi victimes de la politique française d'immigration,
05:57oui, bien sûr, on ne peut que se réjouir
06:00que des personnes qui font de la traite
06:03soient...
06:06Enfin, on ne va pas les valoriser.
06:09Par contre, il faut voir ce qu'on attend
06:10par passeur et passeur.
06:12Parce qu'il peut y avoir des gens
06:15qui font simplement de la solidarité,
06:18qui donnent un coup de main.
06:19Si on est étranger,
06:20on est beaucoup plus vite considéré
06:22comme un gros passeur délinquant,
06:25ce qui n'est pas forcément le cas.
06:27Après, il y a des vraies filières.
06:28C'est vrai.
06:29Comme il y a des vraies filières
06:30qui promettent à Perpignan
06:32de pouvoir donner des papiers
06:35ou des rendez-vous, etc.,
06:39en profitant de la détresse des gens
06:41et en se faisant payer.
06:43En fait, plus les politiques sont restrictives,
06:47plus se développe
06:48une espèce d'économie parallèle
06:51où les gens s'engouffrent
06:53pour profiter
06:54et se faire de l'argent, en fait.
06:56Merci beaucoup, Dominique Ségar,
06:58d'avoir été avec nous ce matin
06:59sur l'intenne d'Issi Roussillon.
07:00Je rappelle que vous êtes
07:01l'une des co-responsables
07:02de la CIMAD dans les Pyrénées-Orientales.
07:04Merci à vous.
07:05Merci à vous.
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