00:00Et on repart en France pour suivre les réquisitions au procès de Marine Le Pen, procès en appel, et on le commente avec vous, on les commente avec vous ces réquisitions.
00:12Jean Garrigue, merci d'être sur France 24, vous êtes historien, président de la Commission internationale d'histoire des assemblées.
00:17On vous voit l'image, votre dernier ouvrage, Les avocats de la République, ceux qui l'ont construite, ceux qui la défendent.
00:24Je reprends les termes de l'avocat général, nous allons demander, dit-il, de confirmer très largement la responsabilité pénale reconnue de première instance,
00:31et des peines d'inéligibilité seront bien entendu requises. Voilà, tout cela n'augure rien de bon pour la dirigeante frontiste, visiblement.
00:41Oui, on a cru savoir qu'elle était plutôt pessimiste quant à l'avenir de ce procès.
00:49Je rappelle quand même que le verdict ne sera rendu que dans trois mois. Enfin, on a beaucoup de temps encore pour spéculer.
00:57Mais les réquisitions, là aussi, étaient attendues, parce qu'il n'y avait pas de raison, finalement, d'infirmer ce qui avait été jugé au départ.
01:08Le Rassemblement national a admis l'erreur, a admis la faute, même si elles les ont présentées comme des erreurs, j'allais dire détourderies.
01:22On sait que ce qui a été, je dirais, conclu par les juges au premier procès, c'est-à-dire un détournement de fonds publics, est aujourd'hui avéré.
01:35Les preuves sont nombreuses. Donc, évidemment, il n'est pas du tout sûr que le jugement final infirme le premier jugement,
01:46y compris sur la durée de l'inégibilité, parce que cette durée, elle s'est appliquée déjà dans d'autres cas.
01:55Et donc, ça serait quand même assez compliqué d'y revenir.
01:58– Même si, Marine Le Pen, là, c'est ce que dit la presse depuis le début de la reprise et le début de ce procès en appel,
02:07a développé une stratégie beaucoup moins vindicative, plus conciliante, disons.
02:11– C'est vrai, c'est vrai et c'est sans doute, je dirais, la seule raison qui pourrait conduire les magistrats du procès en appel
02:22à, justement, réduire un tout petit peu la durée éventuelle de l'inégibilité.
02:29– Mais il faudrait que ça soit réduit à moins de deux ans.
02:36Et ça, ça n'est pas évident.
02:39Si l'inégibilité est pour trois ans, quatre ans,
02:43ce sera toujours une manière d'empêcher Marine Le Pen d'être candidate.
02:50J'ajoute que si, de toute façon, la peine en tant que telle est maintenue ou même si elle est un peu réduite,
02:59Marine Le Pen se trouverait conduite soit à aller en prison, soit à porter un bracelet électronique.
03:09Et faire campagne avec un bracelet électronique, ça serait quand même quelque chose de compliqué.
03:14– Il lui reste aussi, si le jugement est confirmé, un pourvoi en cassation.
03:20Est-ce que ça, c'est jouable aussi au niveau de timing ?
03:23– Ça me paraît très injouable, le timing du pourvoi en cassation,
03:31avec la perspective, n'oublions pas que là, nous sommes maintenant à une quinzaine de mois de l'élection présidentielle.
03:39Le timing est trop court. Et puis, il y a un deuxième élément qui est quand même très important,
03:45c'est qu'on voit que Jordan Bardella est en train véritablement de se préparer
03:50à être le candidat de substitution à Marine Le Pen.
03:53– Et c'est elle qui l'a fait monter sur l'estrade, Jordan Bardella, Jean Garrigue.
03:57Est-ce que c'est étonnant quand on connaît la politique française,
04:01Marine Le Pen qui adoupe son dauphin alors qu'elle n'a aucune certitude sur son avenir à elle ?
04:06– C'est vrai, c'est quelque chose d'assez inédit dans la politique française.
04:12Nos présidents de la République ont été réputés pour refuser de mettre ou d'adouber un dauphin.
04:22Même le général de Gaulle répugnait beaucoup à laisser Georges Pompidou lui succéder.
04:27Et par la suite, ça a toujours été le cas.
04:29On se souvient que François Mitterrand n'a pas beaucoup aidé Lionel Jospin, etc.
04:35Donc effectivement, c'est assez unique dans l'histoire politique de voir une chef de parti comme ça,
04:44fondatrice du Rassemblement National, laisser la place, ou en tout cas laisser une hypothèse à son dauphin,
04:52à quelqu'un qu'elle a au fond fabriqué, puisque c'est vraiment elle qui a fait monter Jordan Bardella
04:58qui l'a conduit à la présidence de son parti.
05:01Donc ce serait quelque chose de tout à fait inédit, mais répétons-le,
05:07qui serait obligatoire dans plusieurs cas de figure aujourd'hui.
05:13– Et vous le disiez, les Français et surtout les électeurs du RN ont intégré l'idée que Bardella
05:18pouvait les représenter en 2027.
05:21C'est risqué pour l'avenir du RN, surtout si Marine Le Pen peut se présenter au final ?
05:27– Oui, c'est une vraie prise de risque.
05:31D'abord, si Marine Le Pen se présente au final, je pense que ça ne posera aucun problème
05:35aux militants et aux partisans du Rassemblement National.
05:39Ils la suivront de toute manière, comme ils suivront Jordan Bardella.
05:45En revanche, il est évident que l'incertitude, tout ce qui sera dit jusqu'au moment du verdict,
05:53tout ça affaiblit le RN, c'est une incertitude qui est très mauvaise pour une pré-campagne électorale.
06:02Et puis, il se pose aussi la question du meilleur des candidats,
06:06c'est-à-dire qu'on a d'un côté quelqu'un qui a beaucoup d'expérience, qui est Marine Le Pen,
06:12un autre qui n'en a pas de ce type de campagne, qui est Jordan Bardella,
06:17dont la jeunesse peut être un facteur négatif,
06:20mais qui, en revanche, peut être mieux à même que Marine Le Pen
06:24à séduire un autre électorat, un électorat conservateur, plus traditionnel.
06:30On voit bien que l'idée de l'union des droites, dont même Nicolas Sarkozy a parlé,
06:35est une idée qui, je dirais, s'adapte beaucoup mieux à Jordan Bardella qu'à Marine Le Pen.
06:42Donc, on a, d'un côté comme de l'autre, des avantages ou des inconvénients.
06:48Et c'est pour ça aussi que Jordan Bardella se rapproche de l'autre héritière du lepénisme,
06:54Marion Maréchal ?
06:56Oui, mais il est certain que Jordan Bardella se rapproche aussi bien, d'ailleurs,
07:02de Marion Maréchal que de certains élus de la droite républicaine
07:08et qu'éventuellement, Sarah Knafo et Reconquête pourraient être intéressés par cette union des droites.
07:16Donc, c'est vrai que s'il y a une possibilité d'union des droites,
07:20elle se fera plutôt avec Jordan Bardella qu'avec Marine Le Pen.
07:24Ça, ça me paraît incontestable en l'état actuel des choses.
07:28Merci beaucoup, Jean Garrigue, de votre présence à l'antenne sur France 24.
07:32Les avocats de la République, ceux qui l'ont construite, ceux qui la défendent.
07:35Votre dernier ouvrage.
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