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Béatrice Brugère, magistrate et secrétaire générale Unité Magistrats, était l’invitée de #LaGrandeInterview de Sonia Mabrouk dans #LaMatinale sur CNEWS, en partenariat avec Europe 1.
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00:00La grande interview sur CNews et Europe 1, mon invité ce matin est une magistrale.
00:05Qui a le courage de pointer des dysfonctionnements dans la justice mais pour y apporter des réponses.
00:10De la nuance qui est très rare. Bonjour et bienvenue Béatrice Brugère.
00:13Bonjour, merci pour votre invitation.
00:15Merci à vous d'être là, vous êtes secrétaire générale de FO Magistrat.
00:18On va parler de la justice en général.
00:20Du projet de loi qui est porté par Gérald Darmanin en particulier.
00:22Mais tout d'abord, nous avons besoin de comprendre ce matin.
00:25L'indicible et l'incompréhensible avec cette terrible affaire d'une adolescente.
00:30Séquestrée et torturée par quatre mineurs dans un appartement où elle a subi un véritable calvaire.
00:35Avant de pouvoir s'échapper, trois filles et un garçon qui lui ont infligé, semble-t-il, et l'enquête le dira.
00:40Des coups de couteau dans la cuisse, des entailles dans le dos et de graves brûlures.
00:44Des vidéos ont été...
00:45C'est saisi car tous les sévices ont été filmés.
00:47L'ultra-violence des mineurs, vous évoquez...
00:50Vous avez souvent ce sujet, vous avez beaucoup réfléchi sur ce sujet.
00:53Ça prend de l'ampleur.
00:54Est-ce que la justice...
00:55La justice des mineurs est adaptée à une telle barbarie, à une telle sauvagerie ?
00:59Alors la justice...
01:00La justice des mineurs, c'est un enjeu majeur, vraiment, pour notre syndicat.
01:04Nous avions beaucoup réfléchi...
01:05Pour justement prendre en compte l'évolution de cette violence...
01:10C'est une violence qui m'est maintenant constatée un peu partout.
01:13Il y a beaucoup de...
01:15Difficulté à faire émerger ce sujet parce qu'on a une vision un peu angélique.
01:20des mineurs.
01:21Et aussi parfois une vision un peu fausse.
01:24C'est-à-dire qu'on a l'impression...
01:25que tous les mineurs sont des mini-barbares.
01:27Non.
01:28En fait, il faut bien avoir en tête que c'est une...
01:30petite minorité, mais c'est une minorité qui est de plus en plus violente.
01:34Et là-dessus...
01:35On a des analyses, vous le savez, vous l'avez déjà peut-être interviewé du docteur Maurice...
01:39Maurice Berger, bien sûr.
01:40...qui explique comment on est en train de créer, malgré nous, des générations...
01:44des générations d'enfants qui n'ont plus d'empathie.
01:46Alors il y a plein de causes qui sont trop...
01:49longues à exposer ce matin.
01:51Mais votre question, elle est intéressante, c'est que nous, la justice, on doit pas...
01:54être dans le déni, on doit s'adapter.
01:56Pour ça, évidemment, il faut des moyens.
01:58Mais il faut pas que des moyens, il faut aussi...
01:59changer sans doute et adapter notre logiciel.
02:02On avait fait des propositions qui ont été en part...
02:04partie reprise d'ailleurs par le Premier ministre de l'époque qui s'appelait Attal.
02:09Vous savez que ces propositions n'ont pas abouti pour des questions parfois juridiques.
02:14Nous espérons en tout cas qu'elles ne sont pas enterrées et qu'elles reviendront...
02:19parce qu'il y a urgence.
02:22Vous parlez du déni d'ailleurs, Béatrice Gérard, lorsqu'on sait qu'un...
02:241h sur 2, de manière générale, bénéficie d'une alternative aux poursuites et pour faire court.
02:29Je caricature peut-être, mais qu'en dessous de 16 ans, il y a une sorte d'immunité.
02:34Que peut-on encore...
02:34attendre de la justice des mineurs, en tout cas de cette justice des mineurs ?
02:38Est-ce qu'elle n'est pas totalement quand même...
02:39je veux dire, structurellement inadaptée à cet ensauvagement ?
02:43Oui, je pense que...
02:44En fait, il y a un logiciel qui n'est pas totalement adapté.
02:48Mais attention, il faut faire attention...
02:49c'est que, et je pense que c'est pour ça que c'est compliqué, les magistrats...
02:54sont débordés, eux-mêmes aussi n'ont pas les moyens, il y a une prise en charge qui est pas...
02:59parfois, derrière, insuffisante.
03:02Donc il y a une réflexion, d'ailleurs, je vous l'indique.
03:04au ministère de la Justice, sur cette question.
03:07Et il va falloir que cette question devienne une priorité.
03:09et je pense même une priorité nationale.
03:12C'est-à-dire qu'aujourd'hui...
03:13Intéressant que ce soit vous qui le dites.
03:14Une priorité nationale parce qu'en fait, toute la question de la délinquance,
03:17elle commence à l'enfance.
03:19Il faut jamais oublier, et c'est ça qui est terrible,
03:22c'est que les premières victimes de la justice des mineurs...
03:24Ce sont des mineurs, mais on va en parler parce qu'évidemment,
03:27là, dans ce cas, l'adolescente a 15 ans.
03:29Quand vraiment, personne, tout le monde aura le cœur retourné en lisant...
03:34Ce qu'elle a subi, elle a pu s'enfuir.
03:37Et plus largement, quelle est la part des...
03:39dans la délinquance et l'ultra-violence ?
03:41Est-ce qu'elle est en évolution constante ?
03:43Et quelques mois, elle nous a dit que c'était stable.
03:44Et c'est vrai qu'au regard des faits de société quotidien,
03:48on se dit, il y a une discussion...
03:49Alors, en fait, les derniers chiffres montrent
03:51qu'il y a une surreprésentation des mineurs sur certains contentieux...
03:54ça fait évidemment les stupéfiants,
03:57on le sait déjà depuis un certain temps...
03:59D'ailleurs, parfois, ils sont eux-mêmes instrumentalisés,
04:02mais surtout sur les agressions sexuelles.
04:04Il y a une explosion, en fait, des faits.
04:07Il y a de plus en plus de violence aussi avec...
04:09Alors, les chiffres de la justice sont toujours difficiles à exploiter
04:13parce que vous savez que...
04:14Il y a un différentiel entre les dépôts de plainte
04:16et puis il y a aussi un laps de temps qui n'est pas toujours très...
04:19Et notamment dans la justice des mineurs,
04:22souvent, pour une condamnation, on a...
04:24plein de faits qui sont jugés en une fois.
04:27Donc, ça mérite évidemment...
04:29Mais...
04:29Ça mérite évidemment d'aller voir plus loin.
04:31Mais ce qui est sûr, c'est que tous les magistrats qui s'occupent de ça...
04:34nous disent, en tout cas ceux qui travaillent avec nous,
04:37qu'il y a de plus en plus de faits d'une violence...
04:39inouïe, avec un rajeunissement.
04:42C'est surtout ça...
04:43Là, on parle, Béatrice Suger, de 12 ans.
04:4413 ans parfois.
04:45Mais oui, tout à fait.
04:46Avec des atteintes sur personnes,
04:47narcotrafic, violence sexuelle.
04:49Oui.
04:49Mais la justice aussi est assez défaillante sur la protection des mineurs.
04:53Vous savez qu'il y a eu des rapports...
04:54extrêmement violents là-dessus.
04:56C'est-à-dire que même nous,
04:57quand on essaie de protéger des mineurs...
04:59les plaçants dans les lieux de placement,
05:02ils sont repris parfois par des...
05:04des faits ou des organisations criminelles.
05:06Je pense à ces histoires de proxénétisme, etc.
05:09Donc là...
05:09la justice doit faire aussi un bilan de son action.
05:13Et je crois que c'est en cours et tant mieux.
05:14et s'adapter,
05:16non pas pour faire des annonces,
05:18j'allais dire...
05:19qui seraient irréalistes,
05:21mais pour se réadapter à la violence
05:22et surtout consolider...
05:24toutes les prises en charge,
05:26que ça soit, vous savez,
05:27sur le plan psychologique, psychiatrique...
05:28Il faudrait qu'on en parle.
05:29Oui.
05:29La prise en charge, c'est très important
05:30et j'entends ce que vous dites ce matin.
05:32De votre part, quand même,
05:33ça devrait avoir un large...
05:34que ça devienne une priorité nationale.
05:37Parce que je pense aussi ce matin
05:38à la mer...
05:39C'est évidemment Odélia,
05:40ce jeune garçon poignardé
05:41à la sortie de son entraînement de foot
05:42par deux mineurs.
05:43C'était il y a un an.
05:44Stéphanie...
05:44Bonhomme avait dénoncé ici même
05:46le manque presque,
05:48je ne vais pas dire d'humanité,
05:49mais d'accompagnement.
05:49C'est-à-dire que le procès,
05:51parfois, il n'a pas encore eu lieu,
05:53mais souvent, il est vécu comme...
05:54C'est une sorte de champ de bataille.
05:56Oui.
05:57Est-ce qu'il faut davantage renforcer,
05:59finalement...
05:59cet accompagnement ?
06:00Oui, certainement.
06:01Mais comment le faire ?
06:02Et le droit des victimes ?
06:03Alors d'abord, moi, je salue le courage.
06:04de cette maman.
06:06Et je trouve très intéressant
06:07que les victimes commencent à parler...
06:09pour expliquer quel est le parcours du combattant
06:12quand on est victime.
06:13On est souvent doublement victime.
06:14En fait, la justice est un horizon
06:18sur lequel tout le monde doit...
06:19pouvoir s'appuyer,
06:20mais on s'aperçoit aussi
06:21qu'obtenir justice...
06:24et d'une complexité,
06:25parfois, extrêmement forte.
06:27C'est une double peine, honnêtement.
06:28C'est souvent une double peine.
06:29Donc, nous, on a travaillé...
06:31D'abord, on s'est intéressés à ce dossier.
06:32On a lu avec beaucoup d'intérêt...
06:34Premier rapport flash
06:35qui montre très bien
06:36qu'il y a des dysfonctionnements...
06:39qui sont multiples et divers
06:41dans la prise en charge,
06:42dans le manque de moyens,
06:43dans peut-être...
06:44Dans le cas d'Elias.
06:45Exactement.
06:46Il y a eu un rapport
06:46qui est d'ailleurs en accès libre
06:48que tout le monde peut lire.
06:49Et qu'on invite vraiment
06:50à aller le lire.
06:52C'est sur le site,
06:53c'est tout à fait public.
06:54Oui, mais le...
06:54Le ministre de la Justice
06:56était engagé,
06:56Jair El Darmanin,
06:58à le rendre public.
06:58Il a tenu sa parole.
06:59Et c'est intéressant
07:00parce qu'on rentre
07:01non pas dans les couloirs de la justice,
07:03mais dans les coulisses de la justice.
07:04Ce qu'on y voit
07:06n'est pas très glorieux
07:07en termes de failles
07:07et de dysfonctionnements.
07:08On voit exactement...
07:09que les choses sont
07:11beaucoup plus compliquées
07:11qu'on l'imagine.
07:12Et donc, comme vous dites,
07:13c'est un peu une double peine.
07:14ce qui nous intéresse aujourd'hui,
07:16c'est de faire des propositions
07:18pour avancer.
07:19On a d'ailleurs...
07:19fait des propositions.
07:21On a vu le ministre
07:21il y a quelques jours
07:23et on lui a remis...
07:24une note
07:25par rapport au dossier Elias.
07:27Parlons-en
07:27parce que c'est un dossier
07:29que porte Gérard.
07:29Darmanin
07:30sur le projet de loi Sûr.
07:32Honnêtement,
07:32il y a des choses
07:33qui rejoignent beaucoup
07:33ce que vous avez...
07:34ce dont vous parlez
07:36depuis très longtemps.
07:37Les ultra-courtes peines,
07:38le plaidé coupable...
07:39Il y a également le sursis
07:41qui serait une exception,
07:43voire totalement...
07:44Oui, alors...
07:44En fait, ce projet de loi Sûr
07:46est très intéressant
07:47d'abord, pourquoi ?
07:48Parce qu'il n'est pas idéologique,
07:49il est...
07:49pragmatique.
07:50Enfin, ça c'est intéressant.
07:52Deuxièmement, il est court.
07:53Ce n'est pas un projet fleuve.
07:54Ce n'est pas le grand soir.
07:56C'est comment...
07:57En fait, il est intéressant
07:58parce qu'il a essayé d'analyser...
07:59des dysfonctionnements,
08:01de les expertiser réellement,
08:02donc on n'est pas dans l'idéologie,
08:04et de comprendre...
08:04Pourquoi ?
08:05Plus on réforme, moins ça marche.
08:07Donc, ce soir...
08:07Plus on réforme, moins ça marche.
08:09Donc, plus le...
08:09politique enfile des lois
08:11pour dire on vous protège,
08:13moins nous sommes protégés.
08:14Parce qu'en fait, dans la justice,
08:14on a beaucoup d'idées fausses
08:16et on a beaucoup de stéréotypes
08:17et parfois on a de l'idéologie.
08:19Donc, ce projet de loi,
08:21il est pragmatique.
08:22Il a essayé de comprendre
08:23des choses aussi simples...
08:24pour un petit peu contrer
08:27des idées fausses.
08:28Les magistrats seraient très relaxistes
08:29et pourtant...
08:29les prisons débordent.
08:32Les magistrats...
08:33Attendez, ça veut dire
08:34qu'il faut...
08:34réconcilier la fermeté
08:36mais tout à fait normale
08:38face à une telle gravité d'effet
08:39par...
08:39par rapport à l'engorgement
08:40des prisons
08:41qui est une réalité aussi.
08:42Et en fait, ce qui est très intéressant
08:43dans ce projet,
08:44c'est que pour...
08:44C'est la première fois
08:45et c'est pour ça
08:45qu'on est très contents.
08:47On a fait la démonstration
08:48de ce que l'on dit depuis...
08:49longtemps,
08:50c'est que les ultra-courtes peines
08:52pouvaient être une solution
08:53parce que ce qui faisait...
08:54la surpopulation carcérale,
08:57c'était pas tellement
08:57que les magistrats
08:58comme on l'entend parfois...
08:59soit sont la question...
09:00soit mettent en prison
09:01pour tout et n'importe quoi.
09:02Les deux sont faux.
09:04En fait, les magistrats...
09:04condamnent,
09:06condamnent même lourdement,
09:07mais la problématique,
09:08c'était souvent que c'était trop...
09:09tard,
09:10que du coup,
09:11les peines étaient trop longues
09:12et ça,
09:13ça faisait une surpopulation.
09:14Mais comme...
09:14c'était trop tard.
09:15Pourquoi c'était trop tard ?
09:16Parce que le projet de loi antérieur
09:19qui était porté...
09:19par Madame Belloubet
09:20obligé les magistrats,
09:22quasiment...
09:22Reconnaissant que là,
09:23il y a un océan...
09:24entre Madame Belloubet
09:26et ce dont nous parlons aujourd'hui.
09:27...à faire que des aménagements de peines
09:28jusqu'à un an.
09:29Et en fait,
09:31ça a eu des effets,
09:32j'allais dire,
09:32un peu pervers,
09:33c'est-à-dire que...
09:34on a obligé un peu les magistrats
09:37à mettre des longues peines
09:38et pas des courtes peines.
09:39...
09:39et attendre trop longtemps
09:41et trop de faits
09:42pour incarcérer.
09:43Ce qui fait qu'après...
09:44pour faire,
09:46j'allais dire,
09:47de la prévention de la récidive,
09:49c'est aussi...
09:49si trop tard.
09:51Donc,
09:51ce projet,
09:52il est intéressant
09:53parce qu'aussi,
09:54il s'intéresse...
09:54simplifie la procédure.
09:55On va continuer à en parler.
09:56Non, mais simplification,
09:58efficacité,
09:58pas d'idéologie...
09:59C'est assez rare
10:00pour le souligner,
10:01Béatrice Breger.
10:01Et la dernière chose
10:02qui a été le sujet majeur
10:03et on va en reparler,
10:04c'est...
10:04c'est l'application de la peine.
10:06C'est-à-dire que...
10:07Il ne sait pas tout
10:08de prononcer des peines.
10:09C'est la sûreté...
10:09...
10:09encore qu'elle soit prononcée
10:11à temps,
10:12pas trop tard
10:13et de manière efficace.
10:14...
10:14Et on sait combien
10:15c'est essentiel.
10:16C'est vraiment le cœur
10:17du réacteur.
10:18Je voudrais vous faire réagir
10:19à cette actualité.
10:19...
10:19Ce sont vraiment
10:20des affaires glaçantes.
10:22Elle est survenue
10:22il y a quelques jours.
10:24C'est une femme âgée...
10:24...
10:24de 90 ans,
10:25une non-ingénieure
10:26qui a été violée
10:27par un individu
10:28sous le coup d'une OQTF.
10:29...
10:29un Tunisien.
10:31La justice administrative
10:32prononce ces OQTF.
10:34...
10:34...
10:34...
10:34Quand elles ne sont pas appliquées
10:35et quand il y a un fait
10:36d'une telle gravité,
10:38d'une telle barbarie,
10:39est-ce que c'est une défaite
10:39faite pour vous de l'État régalien ?
10:41Oui.
10:41Alors souvent on pense
10:42que c'est la justice judiciaire
10:44mais ce n'est pas nous.
10:44...
10:44mais ce n'est pas pour relancer
10:47la faute sur les autres.
10:49Oui, bien sûr.
10:49...
10:49...
10:49...
10:49...
10:49Vous savez,
10:51la sécurité c'est d'abord
10:52c'est un droit.
10:52C'est un droit constitutionnel,
10:54le droit à la sécurité.
10:54...
10:54...
10:54Oui, c'est une défaite évidemment
10:57parce qu'en fait
10:58vous avez une décision
10:59...
10:59qui n'est pas appliquée.
11:00Donc quand une décision
11:01qui est celle de l'État,
11:03que ce soit la justice judiciaire
11:04ou la justice judiciaire,
11:04qui n'est pas appliquée,
11:07eh bien c'est une faiblesse de l'État.
11:08Ça ne sert à rien.
11:09...
11:09de ne pas appliquer une décision.
11:11C'est intéressant ce que vous dites.
11:12Ça m'inspire une autre question
11:13parce que Claire Géronique...
11:14...
11:14qui a été aussi victime de viols
11:18par un individu sous OQTF,
11:19elle est...
11:19...
11:19Elle estime, comme vous,
11:20que c'est une défaite,
11:21une défaillance de l'État
11:22et donc elle estime
11:23que l'État devrait indemniser...
11:24...
11:24les femmes violentées...
11:26Les femmes ou les hommes violentées
11:27violées par un individu
11:28sous le coup d'une occultation.
11:29OQTF ?
11:30Oui, mais c'est de la responsabilité
11:31de l'État.
11:32Oui, moi je n'ai pas d'objection là-dessus,
11:33je comprends...
11:34du côté des victimes
11:35que quand vous êtes doublement victime,
11:38c'est-à-dire à la fois d'un fait criminel...
11:39...
11:39et parce qu'une décision
11:42n'a pas été mise en œuvre...
11:44Oui, il y a...
11:44...
11:44motif à réfléchir à cette question,
11:47mais ça,
11:48ça sera une question individuelle.
11:49...
11:49Moi, ce qui m'intéresse,
11:50c'est la question générale,
11:51c'est-à-dire que...
11:52Et vous le savez,
11:53puisque ça a été un engagement...
11:54...
11:54du président
11:56quand il est arrivé,
11:57il avait déjà fait le constat
11:58que sur les...
11:59...
11:59les OQTF,
12:00la France a du mal
12:01à les faire exécuter.
12:02Il avait même...
12:03Ça, c'est la politique...
12:04Il avait promis un chiffre
12:06de 100% de OQTF écuté, oui.
12:09...
12:09C'est vraiment important
12:10en termes d'ordre public
12:12et évidemment de sécurité des citoyens.
12:13Et vous rappelez que le droit à la...
12:14La sécurité est un droit fondamental,
12:16constitutionnel, évidemment.
12:19Et on pense encore...
12:19...
12:19aux victimes ce matin
12:21et votre avis de magistrate
12:22compte beaucoup pour nous
12:23pour comprendre ce qui se passe.
12:24...
12:24dans la suite du procès
12:25en appel des complices
12:26dans l'assassinat terroriste
12:27du professeur Samuel Paty.
12:29...
12:29Les propos, Béatrice Brugère,
12:31de l'avocat,
12:32du prédicateur Seferiouis...
12:34...
12:34sont indignes.
12:36On ne voit pas d'autres mots.
12:37Peut-être que vous jugez que c'est...
12:39Oui, j'entends.
12:39...
12:39J'ai entendu un avocat
12:40qui disait que c'était indécent
12:41et c'est sûr que...
12:42Samuel Paty procédait
12:43à la discrimination des élèves...
12:44...
12:44musulmans.
12:45Comment on peut réagir ?
12:46Comment la justice
12:47dans un procès
12:48fait face à de tels propos ?
12:49...
12:49...
12:49On oublie souvent que le procès
12:51c'est très violent.
12:53En fait, on croit que la justice...
12:54...
12:54...
12:54c'est une oeuvre de pacification
12:55et il faudrait...
12:56C'est surtout une oeuvre de vérité.
12:58Et donc, comme c'est une oeuvre de vérité...
12:59c'est un champ de bataille.
13:01Évidemment...
13:02Champ de bataille ?
13:03Oui, c'est un champ de bataille
13:04sur deux marathons.
13:04Il est mort sur un champ de bataille
13:06décapité dans une rue en France.
13:08Et pour tous ceux qui sont aux assises...
13:09que ce soit les professionnels,
13:11les avocats, les magistrats
13:12et les victimes,
13:13ils savent très bien...
13:14...
13:14C'est une épreuve d'ailleurs.
13:15C'est pour ça que souvent,
13:17les magistrats sont très attendus.
13:19pour savoir si les victimes
13:21vont supporter cette violence.
13:24de deux versions,
13:26souvent très antagonistes.
13:28Donc en fait...
13:29Ces grands procès sont très intéressants
13:31pour plusieurs raisons.
13:32D'abord, ce n'est pas que
13:33l'application du droit.
13:34C'est...
13:34C'est la recherche de la vérité.
13:35Vous le savez,
13:36puisque tous les jours,
13:37vous savez que quand on veut dire la vérité...
13:39...
13:39Eh bien, c'est un combat.
13:41Eh bien, c'est pareil dans une arène judiciaire.
13:43C'est un combat.
13:44Donc c'est...
13:44...
13:44C'est très violent.
13:45Alors on peut dire sur un plan moral
13:47que évidemment,
13:48ce n'est pas bien,
13:48c'est indécent, etc.
13:49Mais c'est...
13:49C'est une réalité.
13:50Deuxièmement,
13:51ça dit beaucoup de notre société.
13:53Parce que ceux qui se jouent dans une arène...
13:55judiciaire,
13:56c'est aussi toutes les tensions d'une société.
13:58C'est aussi toutes les fractures.
13:59Et ces grands procès,
14:00vous avez raison de vous y intéresser.
14:03Parce que ces grands procès...
14:04donnent aussi le la et le baromètre d'une société.
14:08Regardez l'affaire Dreyfus.
14:09Elle a...
14:09donné à la fois
14:10le baromètre d'une société de ces tensions
14:12et elle a donné le la de ce...
14:14qu'une société accepte ou n'accepte pas.
14:16C'est très intéressant ce que vous dites.
14:18Ce qui est accepté ou pas...
14:19consciemment ou pas.
14:20Parce que l'avocat,
14:23sans doute est-il dans...
14:24son rôle ?
14:25Sans doute écoute-t-il la ligne
14:27que veut porter maintenant son client.
14:29mais n'est-ce pas une forme de djihad judiciaire ?
14:32Est-ce que là,
14:32en disant que Samuel Paty procède...
14:34dès la discrimination des élèves musulmans,
14:36on n'envoie pas un message
14:37et on poursuit finalement.
14:39C'est terrible pour la famille Paty.
14:42A titre posthume.
14:44de la suite de ce qui s'est passé.
14:45De toute façon,
14:46il faut toujours respecter les morts
14:47et en plus,
14:48il n'est pas là pour se défendre.
14:49donc c'est encore pire
14:50parce qu'évidemment,
14:52c'est sa famille qui prend la parole
14:53et ils ont raison.
14:54Les infractions terroristes
14:56ou ces infractions-là...
14:57Sur lesquelles vous travaillez beaucoup également ?
14:59Oui, sont avant tout un combat politique.
15:03Il ne faut jamais oublier.
15:04Encore qu'il n'y ait pas de cécité
15:06chez les élites dirigeantes.
15:09Nous sommes d'accord.
15:09Tout à fait.
15:10Mais ça veut dire que
15:10les assises,
15:13puisque c'est public
15:14et que c'est...
15:14peuvent aussi se transformer
15:16et c'est souvent le cas
15:17en tribunes.
15:18C'est-à-dire que...
15:19Le procès,
15:20et c'est toute la difficulté
15:21de ces grands procès,
15:23c'est aussi une tribune.
15:24pour certains,
15:26pour continuer
15:26ce que vous avez appelé
15:27un djihad
15:28ou en tout cas...
15:29Donc, ce sont des procès
15:31très particuliers
15:32sur lesquels
15:32il faut être très attentif.
15:34les magistrats
15:35ont une immense responsabilité
15:37car ils ont la responsabilité
15:38évidemment...
15:39que le procès se tienne bien,
15:40que les victimes soient respectées,
15:43mais également de rechercher
15:44la vérité.
15:44et surtout,
15:46leur jugement sera,
15:48j'allais dire,
15:49un signal.
15:49très fort pour une société.
15:51Tout est dit
15:52parce qu'évidemment,
15:53on appelle beaucoup à tente
15:54que...
15:54les peines soient à la hauteur
15:56et ce qui avait été d'ailleurs prononcé...
15:58C'est une grande responsabilité,
15:59c'est une...
15:59une charge très importante,
16:00on l'oublie,
16:01mais pour les magistrats
16:02qui sont des magistrats professionnels
16:04puisque ce sont...
16:04que des magistrats professionnels,
16:06les enjeux
16:07et la responsabilité
16:08sont très importantes.
16:09Je note ce que vous avez dit,
16:10un procès,
16:11c'est souvent un champ de bataille.
16:12Là encore,
16:12on pense aux sœurs
16:13de Samuel.
16:14et plus largement
16:15à sa famille.
16:16On pense également,
16:17ce matin,
16:18Béatrice Brugère...
16:19aux magistrats
16:20qui sont menacés,
16:21qui sont ciblés,
16:23aux policiers.
16:24Nous avons évoqué...
16:24hier,
16:25ici même,
16:26sur nos antennes,
16:27ce policier
16:27qui a été agressé en civil.
16:29Il était à Paris,
16:30ça s'est passé en plein jour
16:32et un individu
16:32l'aurait traité de sale français
16:33avant de lui asséner des...
16:34après avoir identifié
16:36simplement un écusson
16:37aux couleurs du drapeau français
16:38sur...
16:39son sac à dos.
16:40Quand on attaque comme ça,
16:42de manière générale,
16:42la police
16:43et quand la...
16:44certains magistrats
16:45sont menacés,
16:46donc ce sont les deux piliers
16:47de notre démocratie,
16:48quel est le risque in fine ?
16:49Le risque in fine,
16:50c'est le chaos,
16:51bien sûr,
16:51parce qu'en vrai,
16:53et c'est ce que l'on a vu...
16:54à chaque fois dans des tensions historiques.
16:57Là,
16:58ce qui est en train de se passer...
16:59c'est que l'État est attaqué
17:01dans à la fois ce qu'il porte...
17:04mais aussi dans ses représentants.
17:07Donc ça s'appelle le chaos,
17:08c'est-à-dire que si vous n'avez plus d'autorisation...
17:09vous n'avez plus de priorité,
17:10vous n'avez plus de respect,
17:11vous n'avez même plus peur.
17:12Vous savez,
17:12c'était la peur du gendarme,
17:14évidemment.
17:15Il ne faut pas oublier...
17:16La peur a changé de camp depuis bien longtemps.
17:17Oui,
17:17il ne faut pas oublier aussi
17:18que derrière un uniforme...
17:19derrière une robe
17:20de magistrat ou d'avocat,
17:23d'ailleurs,
17:23derrière un gardien...
17:24de prison,
17:25c'est un homme,
17:26c'est une femme également
17:27qui a une vie normale...
17:29qui a besoin d'être protégée.
17:31Je pense que là aussi...
17:32Ce n'est pas suffisamment...
17:33Oui.
17:33Qui représente parfois...
17:34Le pays, la France,
17:35les valeurs que nous défendons...
17:36Je pense que là aussi,
17:39il y a eu une femme de...
17:39déni et on est un peu dans un rattrapage
17:42un peu tardif.
17:43Il faut absolument protéger...
17:44ceux qui vous protègent.
17:45Vous connaissez cette expression.
17:46Il faut protéger
17:47ceux qui vous jugent.
17:48Est-ce qu'ils sont
17:48les derniers remparts ?
17:49Mais bien sûr,
17:50tout à fait.
17:51Et ça dit aussi beaucoup
17:53du délitement actuel.
17:54Mais moi,
17:56je ne suis pas négative.
17:57Par exemple, ce matin,
17:58on apprend qu'il y a une réunion...
17:59comme souvent à l'Elysée
18:01sur la lutte contre les narcotrafiques.
18:03Là encore,
18:04quelle aussi...
18:04quel océan est parfois
18:06qu'elle s'est citée
18:08par rapport à une véritable...
18:09certains disent conquête du territoire.
18:11On ne parle pas seulement
18:12de flux incroyables
18:13des drogues.
18:14Est-ce que là encore,
18:16on a malheureusement
18:17un temps de retard ?
18:18Oui, on a pris un temps de retard.
18:19Mais on est aussi
18:20sur un rattrapage.
18:22Il va falloir aujourd'hui
18:23qu'on se remette...
18:24J'allais dire...
18:24à l'ordre du jour.
18:27Je ne suis pas négative.
18:29Je dis simplement...
18:29je suis, comment dire,
18:31objective.
18:32C'est-à-dire,
18:33oui, ça va être difficile.
18:34Oui, c'est...
18:34compliqué.
18:35Oui, on a des défis majeurs
18:37pour la justice.
18:38La justice doit se mettre...
18:39au niveau, y compris en technologie,
18:41y compris en organisation.
18:43Il n'y a pas que la loi.
18:44Souvent, on ne voit que la loi.
18:47En fait, il y a aussi
18:48les conditions...
18:49d'exécution de la loi.
18:50C'est aussi,
18:51et je terminerai peut-être là-dessus,
18:52le projet de loi Sûre,
18:54qui est un...
18:54...
18:54intéressant, c'est que
18:55c'est bien de prononcer des peines,
18:57c'est mieux de les exécuter.
18:59C'est bien...
18:59de rendre justice,
19:01c'est bien de donner aussi
19:02les moyens aux magistrats,
19:04mais...
19:04et aussi à la détention,
19:06de pouvoir mettre en musique
19:07ce que les magistrats ont décidé.
19:09...
19:09C'est là que se joue la confiance
19:11de demain.
19:12Il faut redonner confiance
19:13à la société.
19:14...
19:14Et il faut redonner aussi
19:16un cap à la justice.
19:17Je reprends votre mot,
19:18le chaos,
19:19et pour conclure...
19:19Béatrice Bruggeur,
19:20merci pour ces mots,
19:21parce que c'est...
19:21Je vais dire,
19:22c'est important
19:23qu'une magistrate...
19:24...
19:24c'est important
19:25qu'une magistrate défende
19:26d'abord son...
19:27et pas par corporatisme...
19:28Pas du tout, non, non.
19:29...
19:29contraire,
19:30pour...
19:31Tout simplement
19:32pour que l'unité
19:33encore...
19:34...
19:34...
19:34...
19:34prévale sur le reste.
19:37Est-ce que vous pouvez le dire
19:37totalement librement,
19:39aujourd'hui ?
19:39Est-ce qu'une voix
19:40parfois dissonante
19:41mais toujours nuancée
19:42est encore audible ?
19:44Oui, mais c'est...
19:44...
19:44On a un combat également
19:45en interne
19:46parce qu'on a souvent
19:46une idée fausse
19:47que la magistrature
19:48est homogène.
19:49La majorité n'est pas...
19:49du tout homogène.
19:51Elle est à l'image de la société
19:52et quand vous portez un...
19:54j'allais dire un projet réformateur
19:56ou nouveau,
19:58eh bien vous avez des résistances,
19:59vous avez des...
19:59attaques,
20:00mais ce n'est pas grave.
20:01Bon, alors merci pour ce qu'on parle.
20:02Merci.
20:03Oui.
20:04...
20:04...
20:04Merci à vous pour votre invitation
20:06et j'en profite
20:06pour saluer aussi
20:07votre courage au quotidien
20:09sur le...
20:09avec lequel nous sommes aussi
20:11très sensibles.
20:12C'est surtout le vôtre qui compte.
20:13Merci à vous.
20:13Merci.
20:14Merci.
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