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  • il y a 11 minutes
Marschall Truchot, du lundi au jeudi de 17h à 19h avec Olivier Truchot & Alain Marschall. Deux heures pour faire un tour complet de l’actualité en présence d’invités pour expliquer et débattre sur les grands sujets qui ont marqué la journée.

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00:00A suivre tout à l'heure en direct d'ici, qu'à un quart d'heure, 20 minutes, le discours du Premier ministre Sébastien Lecornu
00:06pour répondre aux motions de censure. Ce sera en direct de l'Assemblée Nationale et sur BFMTV, bien évidemment.
00:12En attendant, nous recevons notre invité, le général Pierre Devilliers, l'ancien chef d'état-major des armées,
00:17avec ce livre « Pour le succès des armes de la France » aux éditions Fayard. Bonjour, général.
00:22Bonjour, messieurs.
00:23On parle beaucoup d'une intervention américaine possible, intervention militaire en Iran.
00:28Est-ce que vous la craignez ? Est-ce que vous la souhaitez ?
00:32Il y a deux modes d'action possibles, finalement, pour le président Trump à ce stade.
00:38La souplesse et la force, comme d'habitude.
00:40La souplesse, c'est-à-dire l'étranglement par un blocus qui serait accentué,
00:44qui étoufferait progressivement les autorités iraniennes, notamment au plan économique.
00:50Un blocus notamment du pétrole iranien ?
00:52Oui, notamment, oui, au détroit d'Harmouz.
00:54Mais le deuxième mode d'action qu'il est en train de préparer manifestement, parce que la force est arrivée, c'est la force.
01:03Ce sont des bombardements.
01:05On peut imaginer un bombardement du porte-avions Abraham Lincoln sur Téhéran.
01:09La question que je pose, c'est comment fait-on tomber un régime avec des bombardements, avec des bombes ?
01:17Je n'en suis pas sûr. Ça pourrait l'affaiblir encore un peu plus et peut-être le faire basculer.
01:23À voir. Là, pour le coup, je pose la question.
01:28Il y a une troisième voie, finalement, qui serait le dialogue et la diplomatie pour que ça se passe plus en douceur.
01:36À ce stade, ce n'est pas la voie la plus probable.
01:39On peut faire tomber des régimes en bombardant des sites clés ?
01:45J'avoue que je suis un peu dubitatif.
01:48Après, déjà, les bombardements qui avaient eu lieu, on a bien vu qu'ils sont restés.
01:53Après, les émeutes, ils sont toujours restés.
01:56Donc, à ce stade, je pose la question, quelle serait l'efficacité de bombardements,
02:02même ciblés pour neutraliser les uns derrière les autres les autorités actuelles du régime iranien ?
02:09Je ne suis pas sûr de l'efficacité.
02:11Mais bombardements couplés à une opération terrestre, est-ce que ça, c'est imaginable, type vénézuélienne ?
02:18Moi, je ne le sens pas. En Iran, vous savez, l'Iran, c'est un grand pays, c'est une civilisation.
02:2390 millions d'habitants.
02:25Et donc, ce n'est pas le Venezuela. Ce n'est pas du tout comparable.
02:29Donc, non, moi, je crois que le président Trump ne se risquera pas à faire une opération terrestre en Iran.
02:35Est-ce que ça pourrait déborder dans la région, qu'il y ait une onde de choc militaire ?
02:41Parce qu'on peut s'inquiéter, se dire, est-ce qu'il n'y a pas un troisième conflit mondial qui pourrait partir de là ?
02:46C'est illustratif de la situation actuelle du monde.
02:50Nous sommes dans un monde en rupture qui a perdu ses équilibres.
02:53Nous venons de vivre 80 ans de paix et on voit bien qu'il y a des étincelles qui peuvent éclater partout aujourd'hui.
02:59Ça peut être une étincelle qui déclenche parce que nous sommes dans un puzzle.
03:04Et les États-puissants, ce que je décris depuis 2017, c'était un peu ce que je voyais monter, je pressentais ça.
03:11Et c'était à l'origine de mon désaccord avec le président de la République.
03:15Les États-puissants sont des stratégies.
03:17Ils avancent et des stratégies régionales, on le voit.
03:20Le monde est un puzzle qui devient régional.
03:24Alors justement, l'État-puissant, l'État américain et les vilités de Donald Trump sur le Groenland,
03:30le refus des Européens et notamment de la France de donner raison au président américain,
03:37l'Europe a été à la hauteur ces derniers jours ?
03:40– L'Europe est un peu aux abonnés absents dans ce qui se passe dans le monde aujourd'hui, soyons clairs.
03:48Regardez pour les négociations en Ukraine, c'est pourtant l'est de l'Europe, c'est notre continent.
03:54On n'est pas présent aujourd'hui dans les négociations.
03:56L'Europe puissance qu'on nous avait vendue il y a des décennies, c'est pas vrai.
04:02Nous avons désarmé pendant des décennies nos armées démocratiques européennes et nous allons payer le prix fort.
04:10– Mais là, avec le Groenland, est-ce qu'il n'y a pas eu un sursaut ?
04:13– Oui, on a envoyé quelques soldats pour faire une reconnaissance et un harpon en vue de la suite.
04:17Il y a eu un geste symbolique politique.
04:21Oui, j'allais dire, enfin, enfin.
04:24parce qu'aujourd'hui, cette Europe fédérale qui ne nie pas son nom n'existe pas au plan de la puissance et de la défense.
04:32Moi, je suis pour une coopération européenne inter-étatique sur des projets concrets à géométrie variable.
04:38– Mais quel projet ?
04:38– Ça, c'est une Europe à construire, mais on a déjà perdu beaucoup de temps.
04:42– Quel projet, en général ?
04:43– Mais quel projet ? Je ne crois pas à l'armée européenne fusionnée.
04:47– Vous ne croyez pas à l'armée européenne ?
04:48– Mais non, parce qu'il y a une différence entre les politiques et les militaires.
04:52C'est que nous, nous ne sommes pas dans le déclaratif.
04:54Nous sommes dans l'action.
04:56Moi, je l'ai vécu en Afghanistan.
04:57J'avais 15 pays sous mes ordres.
04:58Je sais comment on commande des troupes au combat.
05:01Ils appellent leur capitale et c'est normal.
05:03On se bat pour son pays, pour son drapeau, pour sa nation, pour sa patrie.
05:07On ne se bat pas pour une organisation administrative ou économique.
05:11– On ne meurt pas pour la Commission européenne ?
05:12– Bien sûr, mais c'est évident.
05:14Vous savez, la veille d'une opération, quand vous êtes tout seul,
05:18vous réfléchissez à ce que vous allez faire le lendemain, peut-être mourir,
05:22vous ne mourrez pas pour quelque chose d'abstrait, vous mourrez pour quelque chose de grand.
05:26Moi, j'ai combattu pour la France pendant 43 années.
05:29La France, c'est quelque chose pour moi et je me suis battu pour elle.
05:33Ça représente pour moi l'essentiel de ma vie.
05:37Donc, c'est vrai qu'aujourd'hui, quand on parle de la France, on était moqué,
05:42on était jugé nationaliste, extrémiste, excessif.
05:46Moi, je crois que le patriotisme revient en France.
05:49Les Français en ont besoin et singulièrement les jeunes.
05:51– Mais la France seule peut assurer sa propre sécurité, on n'a pas besoin des autres.
05:55– La France est payée pour assurer la protection de la France et des Français, c'est sa première mission.
06:00Ensuite, évidemment qu'il faut construire cette Europe de la coopération,
06:05en matière d'opération, en matière de programme d'armement, de logistique, de formation.
06:10Il y a énormément de choses à construire.
06:12On a perdu beaucoup de temps parce qu'on est dans une Europe fédérale qui ne dit pas son nom.
06:15– Mais justement, qu'est-ce qu'on doit construire en priorité en France
06:18pour assurer notre sécurité et répondre présent si le besoin s'en fait sentir ?
06:22– Deux choses principales, réarmer nos forces pour leur donner les moyens de leur mission
06:27pour des opérations de guerre, ça on est capable de le faire,
06:30mais pour la guerre, la guerre c'est dur, ça dure.
06:33Et puis deuxièmement, réarmer le pays avec des forces morales et civiques
06:37capables d'endurer la guerre.
06:39– Le retour du service militaire sur la base du volontariat annoncé par Emmanuel Macron,
06:44ça va justement dans ce chemin ?
06:46– Oui, c'est une bonne direction.
06:48On a enfin arrêté le service national universel qui a duré 8 ans.
06:51On a mis 8 ans pour s'apercevoir que ce n'était pas la bonne solution.
06:55D'envoyer des jeunes mineurs pendant quelques jours,
06:58c'est les colonies de vacances, autant encourager des associations ou du scoutisme.
07:02Non, c'est une bonne direction le service national, simplement…
07:06– Sur la base du volontariat.
07:06– Sur des volontaires, service militaire, volontaire…
07:09– 10 mois pour les 18-25 ans avec une solde de 800 euros.
07:12– Mais c'est une bonne formule, simplement ça manque un peu de souffle.
07:163 000 pour cette année, 10 000 en 2030, 50 000 en 2035.
07:21En 2035, la case d'âge fera 700 000, c'est quand même pas beaucoup.
07:26C'est pas ce qui va nous permettre de restaurer le creuset national.
07:29– On n'a plus beaucoup d'argent en général, on n'a plus beaucoup d'argent.
07:31Alors l'argent, on va quand même le mettre pour réarmer nos troupes.
07:36C'est prévu dans le budget qui va peut-être passer s'il n'est pas censuré dans quelques minutes.
07:40Il y a des efforts de faits alors que la situation de la France financière n'est pas bonne.
07:46Ça va plutôt dans la bonne direction, puisqu'on se souvient que vous avez quitté l'état-major
07:53sur ce désaccord profond avec Emmanuel Macron.
07:56Vous pensez qu'à l'époque, il fallait mettre beaucoup plus d'argent dans l'armée ?
07:59– Oui, simplement l'art de la politique du gouvernement, c'est l'anticipation.
08:05Vous voyez, c'est pas la gestion.
08:07Là, les décisions qui sont prises sont des bonnes décisions.
08:106,7 milliards pour l'année prochaine, oui.
08:13Mais ces 6,7 milliards, on ne les dépensera pas, je vous le dis tout de suite.
08:17– Comment ça ?
08:17– Mais parce que c'est très long d'engager les crédits.
08:21Il aurait fallu le faire déjà au tout début de l'année.
08:24– On a perdu du temps.
08:25– Mais oui, et le système français tel qu'il existe aujourd'hui n'a pas été réformé.
08:30Nous ne sommes pas en économie de guerre.
08:32Nous avons fait des choses formidables.
08:34– On devrait passer en économie de guerre ?
08:35– Bien sûr, mais d'autres le font.
08:37On regardait ce que fait l'Allemagne, on regardait la Pologne, on regardait d'autres pays européens
08:41parce qu'ils sont conscients.
08:42Nous, c'est trop lent, beaucoup trop lent.
08:44C'est pour ça que j'ai écrit mon livre pour le succès des armes de la France.
08:47– Passer en économie de guerre, ça veut dire quoi concrètement ?
08:50– Ça veut dire alléger les procédures, supprimer la bureaucratie,
08:54modifier l'administration, les règles d'engagement des crédits.
08:57Ça veut dire changer le système, le trilogue entre l'état-major qui exprime les besoins
09:02pour avoir des armements.
09:04L'industriel qui fabrique et au milieu les ingénieurs de la délégation générale
09:07pour l'armement qui traduisent, ce système doit être allégé et mis en performance maximale.
09:13– D'accord, mais sûrement on est en guerre contre qui ?
09:14Parce que la Russie est passée en économie de guerre,
09:16parce que la Russie mène une guerre d'invasion contre l'Ukraine.
09:20Nous, on n'est pas en guerre.
09:21– Oui, mais préparer la guerre, c'est ça.
09:25– Mais la guerre contre qui ? On la prépare contre qui ?
09:27– Préparer la guerre, ça veut dire préparer notre base industrielle
09:30et technologique de défense, dans une logique,
09:32non pas de vente d'armement à l'export, ce qui est le cas aujourd'hui,
09:36dans une logique de stock, parce qu'à la guerre, il faut des stocks,
09:39il faut des munitions, il faut des pièces de rechange, il faut durer.
09:41– Mais justement, quelles usines ont fait tourner en priorité alors ?
09:45Qu'est-ce qu'on fabrique en priorité ?
09:46– Des munitions ?
09:47– On fabrique en priorité de quoi gagner la guerre.
09:51Donc des chars, des avions, des bateaux, des munitions,
09:54des pièces de rechange, toute la logistique qui va derrière, c'est ça.
09:58On savait faire la guerre avant la chute du mur de Berlin.
10:00Moi, j'ai passé 20 ans à préparer la guerre contre le pacte de Varsovie.
10:04Ensuite, quand le mur de Berlin est tombé, on a désarmé,
10:08on a laminé nos armées, on a savouré les dividendes de la paix.
10:11– Et on a laissé les Américains prendre notre place, quoi, en fait.
10:13– Et on s'est mis sous le parapluie américain, puis otanien.
10:16Et maintenant, les Américains replient leur parapluie et on est sous la pluie.
10:22– Est-ce qu'il faut préparer psychologiquement les Français à la guerre, donc à mourir ?
10:29– Alors attendez, justement, ça va nous rappeler une phrase de quelqu'un
10:32qui a pris votre place, enfin, quelques années plus tard.
10:35C'est le généralement, donc, qui est aujourd'hui le chef d'état-major des armées.
10:37Voilà ce qu'il disait.
10:38– On a tout le savoir, toute la force économique, démographique
10:44pour dissuader le régime de Moscou d'essayer de tenter sa chance plus loin.
10:50Ce qu'il nous manque, et c'est là que vous avez un rôle majeur,
10:53c'est la force d'âme pour accepter de nous faire mal, pour protéger ce que l'on est.
10:58Si notre pays flanche parce qu'il n'est pas prêt à accepter de perdre ses enfants,
11:03parce qu'il faut dire les choses, de souffrir économiquement
11:06parce que les priorités iront à de la production de défense, par exemple.
11:10Si on n'est pas prêt à ça, alors on est en risque.
11:13– Perdre ses enfants, vous validez cette expression.
11:15– Oui, alors l'expression a généré beaucoup de crainte, d'inquiétude, d'ambiguïté.
11:22La réalité, c'est que la guerre est redevenue possible sur notre continent,
11:27elle est à nos portes, et on voit bien que le monde est très instable,
11:31volatile, incertain, après 80 ans de stabilité, de paix.
11:35Parce que les organisations internationales qui avaient été mises en place
11:39à la fin de la Seconde Guerre mondiale nous assuraient cette paix.
11:42Les États-puissances et le terrorisme islamiste radical ne répondent plus à ces organisations.
11:47Donc nous sommes dans un monde de nouveau fracturé, incertain,
11:52et il faut se préparer.
11:54Et la question que je me pose, c'est que feraient les Français
11:57si nous étions à la place des Ukrainiens, dans un cas de figure analogue ?
12:01Est-ce que cet élan patriotique, nous le cultivons, nous le préparons ?
12:06Est-ce que l'éducation nationale, les familles, la société apprennent
12:10à nos jeunes Français à aimer la France ?
12:12Moi, j'aime la France charnellement.
12:15– Mais si vous posez la question, si vous avez la réponse, selon vous, on ne les prépare pas ?
12:18– On ne les prépare pas suffisamment, parce que nous sommes endormis par 80 ans de paix
12:22et que nos dirigeants, pendant des décennies, ne croyaient plus à l'hypothèse d'un conflit.
12:27– Oui, mais justement, dix ans après, est-ce que le président de la République a retenu la leçon ?
12:31Est-ce qu'il est devenu un bon chef des armées, Emmanuel Macron, aujourd'hui ?
12:34– Je crois que la situation actuelle a amené à un réveil assez brutal,
12:40finalement, en deux temps.
12:41Premier temps, l'envahissement par la Russie de l'Ukraine, la guerre est à nos portes.
12:46Deuxième temps, l'accélération prodigieuse par l'abandon des États-Unis
12:50avec l'arrivée du président Trump.
12:52Et ces deux temps font qu'aujourd'hui, les dirigeants européens ont pris conscience.
12:58– Emmanuel Macron lui-même, vous avez vu un grave désaccord il y a dix ans.
13:01Est-ce que, selon vous, il a changé et qu'il est devenu un bon chef des armées ?
13:06– Je crois qu'il a réalisé, peut-être là, que la guerre est possible
13:13et qu'une étincelle pourrait suffire.
13:15Quand on regarde l'histoire du monde, c'est parfois une étincelle,
13:19une toute petite étincelle.
13:20Et nous sommes dans ce monde incertain.
13:23J'espère que la paix, nous pourrons la sauvegarder.
13:26Mais pour préserver la paix,
13:27si tu veux la paix, prépare la guerre.
13:31– Vous avez cité Donald Trump.
13:32Est-ce que les États-Unis sont encore nos alliés ?
13:36– Les États-Unis sont devenus des partenaires adversaires,
13:39comme dans le monde entier.
13:40Un État n'a pas d'amis, il n'a que des intérêts,
13:44disait le général de Gaulle.
13:45Un État n'a pas d'amis, il n'a que des intérêts.
13:47– Il y a le chef de l'OTAN, le patron de l'OTAN, Marc Rutteux,
13:52qui a eu un petit clash, une petite divergence
13:55avec notre ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barraud.
13:59Voilà ce qu'il disait hier à Bruxelles, Marc Rutteux.
14:02Si quelqu'un pense encore que l'Europe peut se défendre sans les États-Unis,
14:05continuez de rêver, dit Marc Rutteux, vous ne le pouvez pas.
14:08Nous avons besoin les uns des autres.
14:10Ce à quoi, Jean-Noël Barraud, le ministre des Affaires étrangères,
14:13a répondu, non, cher Marc Rutteux, les Européens peuvent et doivent
14:17prendre en charge leur sécurité, même les États-Unis en conviennent.
14:20C'est le pilier européen de l'OTAN.
14:22– Qui a raison ?
14:23– Qui a raison ?
14:23– C'est l'éternel problème.
14:25Je vais vous dire une chose, moi j'en ai marre de l'ambiguïté.
14:28Voilà.
14:29Par exemple, l'armée européenne, ça n'existera jamais.
14:32Parlons de défense de l'Europe, oui, parlons de coopération.
14:36Le pilier européen de l'OTAN, etc.
14:38Oui, c'est sûr qu'il n'y a plus d'OTAN le jour où il n'y a plus les États-Unis
14:42parce que les États-Unis financent plus de 50% de l'OTAN
14:45et nous ne sommes pas capables, les pays européens,
14:49de mener une guerre aujourd'hui sans la protection américaine.
14:52Il faut que nous soyons capables le plus vite possible.
14:54– Donc c'est plutôt Rutteux qui a raison.
14:56– Rutteux, il a raison sur le constat actuel, on a besoin des États-Unis.
15:01– Il a raison aujourd'hui, il a raison aujourd'hui, j'espère qu'il aura tort demain
15:04parce que c'est ça qu'il faut faire.
15:06– C'est-à-dire qu'il faut être capable de se défendre sans les Américains ?
15:10– Le sursaut européen que nous profitions de cette situation,
15:13de cette prise de conscience brutale et très tardive, de mon point de vue,
15:17pour construire cette défense de l'Europe à partir de coopérations,
15:22en respectant les souverainetés nationales,
15:25en arrêtant ce cinéma de l'Europe fédérale
15:28où on veut fusionner les pays.
15:30– Mais est-ce que ça veut dire qu'on s'est trop protégés aussi
15:33derrière notre dissuasion nucléaire, en se disant de toute façon
15:35on a le bouton rouge, on a le bouton nucléaire, ça sert à ça ?
15:39– Oui, c'est une des lignes Maginot peut-être qui nous a empêché de voir la réalité.
15:45Mon général, nous avons la dissuasion, sauf que la dissuasion elle fonctionne
15:48quand elle est couplée avec des forces conventionnelles du même niveau de suffisance.
15:53– Oui mais ça donc, il faut que ça passe aujourd'hui, y compris dans l'opinion publique,
15:56de dire nous avons besoin de forces conventionnelles.
15:57– Mais pourquoi est-ce que les responsables politiques n'osent pas dire
16:01« il faut se réarmer, il faut des forces conventionnelles,
16:03on a besoin d'armes, de munitions et de bras ? »
16:05– Peut-être parce qu'ils ont peur de parler de la guerre,
16:08parce que la guerre c'est la mort, et que la mort c'est difficile.
16:11– Parce qu'ils ont peur d'être envoyés patriotisme, nationalisme, c'est ça ?
16:14– Oui, peut-être aussi, mais moi je suis patriote, ça ne me gêne pas du tout,
16:18et je ne suis pas nationaliste ni extrémiste.
16:21J'ai donné ma vie pendant 43 années pour ça,
16:24avec des soldats et des marins et des aviateurs extraordinaires,
16:27et notre jeunesse attend la clarté, notre jeunesse attend ce discours qu'il élève.
16:31– Mais aujourd'hui mon général, de qui on doit le plus se méfier ?
16:34De Donald Trump, de Vladimir Poutine ou du président chinois Xi Jinping ?
16:39– On doit se méfier de tous les États puissants qui ont des stratégies de long terme,
16:43quand nous, nous sommes dans la prochaine élection, c'est le cas de le dire,
16:47eux sont dans les prochaines générations.
16:49On doit se méfier de ces États qui ont des ambitions, au minimum régionales,
16:55qui peuvent constituer une étincelle pour déstabiliser le monde.
16:59– Dans un an, ça sera la présidentielle,
17:03est-ce que vous craignez l'arrivée d'un candidat ou d'une candidate nationaliste,
17:07ou au contraire vous dites, ça sera peut-être plus simple pour faire passer ce message ?
17:11– Le meilleur moyen d'éviter tout ça, c'est d'être soi-même,
17:14d'être vrai, authentique, sincère.
17:18Et je crois que le vrai patriotisme, c'est ce qu'attendent les Français.
17:21Moi je me déplace chaque semaine, une à deux fois, dans toute la France,
17:26depuis huit ans, ça fait long huit ans, j'en ai vu, j'ai vu la France.
17:29Je vous assure que les Français attendent un discours clair,
17:33l'amour de la France, voilà ce qu'ils veulent.
17:35– Mais vous-même, vous n'avez pas envie de le tenir, justement,
17:37à l'occasion de cette présidentielle, vous engagez politiquement ?
17:39– J'ai pris mes responsabilités en écrivant ce livre
17:42pour le succès des armes de la France, précisément pour que,
17:45dans les débats préélectoraux, pour la première fois depuis des décennies,
17:48avant une présidentielle, ce sujet de la défense, des relations internationales,
17:54de la construction de la défense de l'Europe, puisse être mis à l'ordre du jour.
17:58– Mais ce n'est pas le livre d'un candidat ?
18:00– J'y veillerai en tout cas, non, pas du tout, j'ai toujours dit
18:03que je ne serais pas candidat, et si vous voulez me le faire redire,
18:06je le redis, je n'ai pas d'agenda caché, moi je suis une personne vraie,
18:11il y a encore des gens vrais et honnêtes, transparents dans ce pays,
18:15tout le monde n'est pas dans les éléments de langage.
18:17– Mais Marine Le Pen ou Jordan Bardella à l'Élysée, ça vous inquiète ?
18:22– On verra bien ce qui va se passer, en tout cas, ce qui m'inquiète,
18:26c'est les faux-semblants, ce sont ces éléments de langage,
18:31on voit bien ce qui se passe aujourd'hui avec le budget,
18:34les Français, ils en ont marre.
18:35Une démocratie, ça fonctionne quand il y a des chefs qui sont élus,
18:39qui sont élus sur un programme et qui appliquent leur programme.
18:41– Non mais ça veut dire que là, on n'a pas de chef,
18:43ni à l'Élysée, ni à Matignon ?
18:44– Ça veut dire qu'on est englués dans un chaos politique,
18:47vous le voyez bien, puisqu'on n'a même pas de budget,
18:49on ne peut pas réarmer nos forces, puisque l'argent n'est pas là,
18:52les industriels n'ont pas les commandes, ça c'est du concret.
18:54– Et ça, ça vous agace, en fait, ce que le général de Gaulle,
18:59un autre général avait mis en place, des institutions fortes,
19:03pour justement assurer un État fort qui puisse gouverner,
19:07prendre des décisions, c'est l'héritage du général de Gaulle qu'on a abîmé ?
19:11– Oui, on le voit bien, la constitution de 1958 est dénaturée,
19:14aujourd'hui on a mis en place tout un tas de dispositifs qui empêchent de décider,
19:19on est revenu à la 4ème République, ce pourquoi le général de Gaulle s'était battu,
19:23le général de Gaulle était un officier, un militaire,
19:26il voulait clarifier la situation pour éviter de retomber dans cet écueil.
19:30Vous savez, nous sommes des Gaulois, et le Gaulois, systématiquement,
19:34c'est la hutte en bois, et on est redevenu dans ce système,
19:38mais c'est un chaos politique, c'est une crise économique, une crise sociale,
19:43enfin, vous voyez bien dans quelle situation nous sommes.
19:45Ça nous rappelle quand même, en 1870, en 1914, en 1939, trois cas différents,
19:52mais on était dans cette situation.
19:54– Mais ça déclenchait des guerres.
19:55– Crise économique, exactement.
19:57– Et on n'était pas prêts à faire de la guerre dans ces situations-là.
19:59– Et on était profondément endettés, comme aujourd'hui,
20:02on n'a pas pu réarmer, et on a pris la défaite, après on s'en est remis,
20:06on a réussi parce que le génie français…
20:07– Jamais tout seul, il a fallu venir nous aider.
20:08– Il a fallu trouver des alliés, mais j'espère qu'on n'en arrivera pas là,
20:13parce que cet endettement, que vous soulignez à juste raison,
20:17va nous rendre très difficile, ce réarmement,
20:20mais il faudra pourtant le faire, il faudra dégager les marges de manœuvre.
20:24– Général Devilliers, merci d'être venu sur BFM TV,
20:27Général Pierre Devilliers, ancien chef d'état-major des armées,
20:29avec ce livre pour le succès des armes de la France, aux éditions Fayard.
20:34Merci.
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