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  • il y a 2 mois
Donald Trump a menacé huit pays, dont la France, de droits de douane de 10% à partir du 1er février (puis de 25% au 1er juin), pour avoir défendu la souveraineté du Groenland, territoire convoité par les États-Unis.

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Transcription
00:00On va parler à présent de l'armée française avec l'homme qui l'a dirigée pendant plusieurs années avant de démissionner avec un certain fracas.
00:07L'armée française est-elle prête aujourd'hui à un conflit ? Quelles sont ses forces ? Quelles sont ses faiblesses ?
00:11Et qui sont vraiment nos adversaires ? Bonsoir Général Pierre Devilliers.
00:16Bonsoir Monsieur.
00:16Soyez le bienvenu sur ce plateau. Ancien chef d'état-major des armées, vous publiez pour le succès des armes de la France chez Fayard.
00:23On va aller au Groenland dans quelques instants puisque c'est le territoire que toute la planète surveille depuis plusieurs jours.
00:30On va y retrouver les envoyés spéciales de BFMTV.
00:32D'abord si je vous demande très simplement si vous considérez aujourd'hui que les Etats-Unis sont nos alliés.
00:37Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
00:39Je réponds que nous avons changé de monde.
00:41C'est pour ça que j'ai repris ma plume avec ce livre.
00:45Parce que nous sommes dans un monde où c'est le droit de la force qui prime et non plus la force du droit.
00:51Nous étions dans la force du droit depuis finalement la fin de la seconde guerre mondiale avec les stabilisateurs automatiques,
00:57ces organisations internationales qui étaient en place.
01:01Aujourd'hui ces organisations ne maîtrisent plus finalement les deux phénomènes,
01:07le terrorisme islamiste radical et le retour des Etats-puissances.
01:09Donc les alliances changent, la planète est en train de changer, sans doute sous l'impulsion aussi pour le meilleur ou pour le pire de Donald Trump.
01:15Mais est-ce que c'est un allié ? Est-ce que pas lui le président mais le peuple américain ?
01:19Alors c'est un partenaire adversaire. Nous sommes avec des partenaires adversaires.
01:24C'est le nouveau monde dans lequel nous sommes.
01:26Mais un partenaire adversaire, est-ce qu'on peut se retourner sans qu'il nous tire une balle dans le dos ?
01:29Eh bien c'est toute la difficulté de la situation actuelle que je sentais venir dès 2017.
01:35C'était le différent que j'ai eu avec le président de la République et qui m'a conduit à démissionner
01:39parce que j'estimais que je n'étais plus en phase et un chef d'état-major doit être en phase avec le chef des armées et le président de la République.
01:47On va en reparler de vos désaccords avec Emmanuel Macron, du budget des armées aussi dans quelques instants.
01:53Est-ce que, sur le Groenland encore, est-ce que vous considérez, puisque c'est ce qui a mis le feu aux poudres, semble-t-il, avec Donald Trump,
01:59c'était une erreur d'envoyer quelques dizaines de militaires français dans le cadre d'une mission menée par huit pays européens au Groenland ?
02:06Est-ce qu'il ne fallait pas le faire pour ne pas allumer la mèche ou est-ce qu'au contraire, il fallait sortir un peu les muscles à ce moment-là ?
02:14Je crois que nous sommes dans les rapports de force et que c'est une nouvelle façon, au plan diplomatique, de répondre à la situation actuelle.
02:21Sauf que les rapports de force, il faut être crédible pour les tenir.
02:25Et qu'aujourd'hui, nos armées, nos pays ne sont pas suffisamment prêtes pour faire la guerre.
02:31L'armée française était une armée magnifique. Nous avons gardé notre modèle complet.
02:36Mais échantillonnaire totalement incapable de faire face à la durée de la guerre et à la dureté.
02:44Pierre De Villiers, vous restez avec nous. On va aller comme promis au Groenland, retrouver Élise Philippe, c'est Sonia Reynaud qui sont les envoyés spéciales de BFM TV à NUC.
02:51Hier, des milliers d'habitants du Groenland ont manifesté contre Donald Trump.
02:56Comment vivent-ils aujourd'hui avec cette menace d'invasion américaine ?
02:59Ce qui est dur pour les Groenlandais, Marc, c'est de vivre avec l'incertitude.
03:04Beaucoup d'habitants que l'on a rencontrés depuis hier nous parlent de leur inquiétude.
03:08Parce qu'ils voient les déclarations de Donald Trump se multiplier.
03:11Et ils craignent qu'à force d'agacement, peut-être, le président américain finisse par mettre ces menaces à exécution.
03:17Et pourquoi pas envoyer plus de troupes sur le territoire groenlandais ?
03:21On n'en est pas encore là, mais on ressent cette inquiétude, cette crainte pour le futur.
03:25Et on voit aussi un mouvement de résistance, d'une certaine manière, se dessiner.
03:30Tous les Groenlandais que l'on a rencontrés depuis hier nous parlent de leur volonté de défendre leur indépendance et leur culture.
03:36Ce matin, avec Sonia Reynaud, on a pu discuter avec certains d'entre eux dans les rues de NUC, la capitale.
03:40Écoutez ce qu'ils nous disaient sur leur crainte pour l'avenir de leur pays.
03:44C'était avec Sonia Reynaud.
03:45C'est seulement de la provocation.
03:49C'est un homme fou et quand il est déterminé à obtenir quelque chose, il utilise tous les moyens pour parvenir à ses fins.
03:57Nous avons peur.
03:58Qu'est-ce qui va se passer ?
04:00Mais à la fin, je suis sûr que le Groenland restera debout après tout cela.
04:07Je pense que l'OTAN va continuer à soutenir le Groenland.
04:11Donc je ne suis pas inquiet.
04:15Je sais que les troupes européennes sont là pour faire leur travail.
04:19Elles ont été envoyées pour la sécurité du Groenland.
04:24Et ces Groenlandais sont aussi un peu désemparés par la situation.
04:27Certains ont du mal à comprendre pourquoi Donald Trump veut absolument s'emparer du Groenland.
04:32Est-ce que c'est vraiment pour des raisons de sécurité, pour s'accaparer les minerais rares du pays ou par simple caprice ?
04:37Pour l'instant, difficile de le savoir.
04:39Et c'est ça aussi qui inquiète les Groenlandais.
04:42Pierre De Villiers, si Donald Trump un jour envoie son armée au Groenland, qu'est-ce qui se passera ?
04:48D'abord, elle est déjà sur place.
04:50Il y a une grosse base au Groenland où les Américains sont là parce qu'ils avaient plusieurs bases.
04:56Et avec la chute du mur de Berlin, progressivement, ils se sont désengagés.
05:00Mais ils ont conservé la capacité aujourd'hui de contrôler le territoire.
05:05Parce que c'est un territoire où il y a 60 000 personnes.
05:07C'est très difficile de s'installer.
05:09Et ils sont là, ce n'est pas par hasard.
05:11C'est parce que la route nord, qui est de plus en plus praticable avec le réchauffement climatique, devient stratégique.
05:18Et puis, ce pays renferme des ressources rares.
05:21Donc, Donald Trump ne ment pas quand il dit que c'est stratégique.
05:24Bien sûr.
05:24Et qu'il ne faut pas que les Chinois ou les Russes en prennent possession.
05:27Mais bien sûr.
05:27Sur ce point-là, il est sincère.
05:29Mais bien sûr, puisqu'ils sont là pendant toute la période de tension, pendant que le pacte de Varsovie nous menaçait.
05:38C'était un des endroits du monde où il y avait déjà un conflit larvé.
05:43Mais si l'annexe tout le Groenland, on fait quoi ?
05:45On reste les bras croisés ou on applique l'article 5 de l'OTAN qui dit qu'on doit assistance à un autre pays de l'OTAN,
05:54en l'occurrence le Groenland, même si en face, c'est aussi un pays de l'OTAN.
05:58Je n'y crois absolument pas à ce scénario d'escalade militaire avec un article 5 déclenché par l'OTAN contre les États-Unis,
06:08qui agresserait un pays de l'OTAN, en l'occurrence le Danemark.
06:11Pourquoi vous n'y croyez pas ?
06:12Parce que l'OTAN, il faut bien comprendre, moi je le connais bien, l'OTAN, l'organisation de l'intérieur, les Américains contrôlent cette organisation et ils financent plus de 50%.
06:26Donc ils ne laisseront pas faire une guerre de l'OTAN contre eux-mêmes ?
06:29Il n'y a plus d'OTAN sans les Américains, donc ce n'est pas possible.
06:32Mais donc je reviens à la première partie de ma question, on restera les bras croisés.
06:35Bah écoutez, oui, c'est tout problème de la situation actuelle et de la faiblesse de l'Europe.
06:42Aujourd'hui, ceux qui vont s'en sortir dans les années qui viennent, ce sont les forts.
06:46Et les forts sont toujours attirés par les faibles.
06:48Et nous sommes les faibles parce que nous n'avons pas senti venir le changement profond de ce monde,
06:54avec le retour des États-puissances, pour l'essentiel des anciens empires qui cherchent à regagner leur influence perdue.
07:00Et nous avons désarmé, nous avons démembré nos armées.
07:04Vous avez peut-être, mon général, vu la une du JDD ce matin.
07:08D'abord parce que vous y êtes interrogé, peut-être que vous avez lu votre propre interview.
07:12Et sur cette une, ce titre, Macron s'en va en guerre.
07:16Est-ce que vous considérez aujourd'hui, malgré vos désaccords avec le chef de l'État,
07:19désaccords passés, qui est aussi le chef des armées, qu'il est un va-t'en-guerre ?
07:24Alors, va-t'en-guerre, je ne sais pas si c'est une expression adaptée.
07:30Je pense qu'aujourd'hui, le problème de l'Europe, c'est la crédibilité.
07:35Vous savez, dans la dissuasion militaire, c'est le mot-clé.
07:37La crédibilité à percer les défenses adverses et avoir un système capable de frapper au bon moment.
07:45Y compris en réponse à une frappe.
07:48Ce qu'on appelle la frappe en second.
07:49La crédibilité de l'Europe, aujourd'hui, elle est menacée parce que nous avons une influence diplomatique restreinte.
07:56Et nous avons une capacité militaire également faible.
07:59Par rapport à ces grandes puissances qui, aujourd'hui, sont en train, finalement,
08:04d'appliquer une forme de doctrine de Monroe régionale.
08:08La Chine, la Turquie, la Russie, les États-Unis.
08:14On parle beaucoup de Donald Trump.
08:16On parle moins de Vladimir Poutine depuis plusieurs jours, depuis plusieurs semaines.
08:19Est-ce que c'est, lui, aujourd'hui, la principale menace sur l'Europe ?
08:23La principale menace sur l'Europe, c'est déjà l'incapacité de l'Europe à prendre conscience que chaque minute compte et qu'il faut changer de rythme.
08:33Mais face à qui ?
08:34Est-ce que les Russes, aujourd'hui, par exemple, s'ils gagnent la guerre en Ukraine, seront encore plus aux portes de l'Europe ?
08:40Est-ce que c'est crédible, ce scénario-là, d'une attaque sur le sol européen après l'Ukraine ?
08:44Tous les scénarios sont crédibles.
08:45Nous, les militaires, on fait face à tous les scénarios.
08:48Et on a une cellule qui s'appelle le J5, la planification, penser l'impensable.
08:53C'est ça, le rôle de l'autorité, du dirigeant.
08:57Penser l'impensable.
08:59Être capable de ne pas être surpris.
09:01La surprise qu'on impose, pas celle qu'on subit.
09:04C'est ça qu'on attend des dirigeants.
09:06C'est pas la gestion des affaires courantes.
09:08C'est l'anticipation.
09:09Et c'est ça qui a manqué à l'Europe.
09:11C'est ça que l'Europe doit trouver.
09:13Et l'anticipation, c'est être capable de tenir l'apport de force,
09:17c'est-à-dire de réarmer nos pays le plus vite possible.
09:20Mais par exemple, dans ce travail, mon général, d'anticipation,
09:22vous, vous avez dirigé l'armée française de 2014 à 2017.
09:26Il y a un scénario où, quelque part, sur une note, il y avait l'invasion de l'Ukraine.
09:31Mais bien sûr, tous les scénarios sont envisagés, y compris...
09:33Quand vous receviez ce genre de notes, vous disiez quoi ?
09:36Possible, probable, inimaginable ?
09:39Je disais, il faut se préparer à ce style de scénario.
09:42Parce que la guerre est possible.
09:44Et souvent, ces dernières décennies, on me répondait,
09:47non, mon général, vous n'y pensez pas, nous avons la dissuasion nucléaire.
09:51Mon général, vous n'y pensez pas, nous ne serons pas seuls, nous serons en coalition.
09:55Mon général, nous aurons le temps de remonter en puissance.
09:58Ne me dites pas qu'on va se faire attaquer comme ça du jour au lendemain.
10:00Les trois lignes maginaux que je décris dans mon livre, dans un chapitre,
10:04j'ai connu ça pendant des décennies, et y compris jusqu'en 2017.
10:09Et il a fallu qu'avec ma démission, ça crée un électrochoc,
10:12et que finalement, on commence un début de réarmement.
10:15Mais ce n'est pas suffisant, parce qu'entre 2017 et aujourd'hui,
10:19le monde a changé, et ça s'est accéléré.
10:22Avec un accélérateur en particulier, évidemment, c'est l'arrivée de Donald Trump.
10:26Ça n'est pas suffisant, c'est ce que vous dites sur le budget de la défense.
10:28Emmanuel Macron a prévu de le passer, ce budget, à 64 milliards d'euros en 2027,
10:33c'est-à-dire un quasi-doublement depuis qu'il est arrivé à l'Élysée.
10:37Encore une fois, malgré vos désaccords avec lui,
10:39est-ce que vous dites que pour les armées, il a fait le job, pour le budget des armées ?
10:43Alors, 50 milliards aujourd'hui, il faut traiter le sujet des 8 milliards de report de charges.
10:49C'est des milliards qui n'ont pas été payés aux industriels.
10:53Dites quoi, les 64 milliards affichés, ce n'est pas une réalité ?
10:55Non, mais bien sûr, je n'y crois pas deux minutes.
10:57Regardez où nous en sommes. Nous devons avoir 6,7 milliards pour cette année.
11:01S'il y a un budget, oui.
11:02Nous sommes en 2026. Vous savez, 6,7 milliards, si on veut les engager durant l'année,
11:07il fallait que ça soit voté en novembre, comme d'habitude,
11:09parce que c'est très long les processus, et que nous n'avons rien changé de l'économie de guerre,
11:14ou pratiquement rien, quelques bricoles.
11:16Ça veut dire que c'est trop tard, même si le budget passe dans les jours qui viennent ?
11:19On n'arrivera pas à dépenser 6,7 milliards à partir du mois de février.
11:23C'est trop tard. C'est déjà trop tard.
11:26On a déjà trop perdu de temps.
11:29C'est pour ça que j'ai écrit ce livre.
11:31Il faut basculer dans une vraie économie de guerre.
11:33C'est-à-dire que nos procédures, entre l'état-major qui exprime ses besoins,
11:36l'industriel qui fabrique, et les ingénieurs de la délégation générale pour l'armement
11:41qui traduisent entre les deux,
11:43ce système doit être rénové, doit être réactualisé.
11:48Mais une économie de guerre générale, ça veut dire 100 milliards d'euros pour la défense d'ici 10 ans.
11:54C'est ce que vous réclamez aujourd'hui.
11:56Mais ça veut dire aussi moins d'écoles, moins d'hôpitaux.
11:59C'est ça le message que vous voulez faire passer ?
12:01C'est qu'il va falloir faire encore plus de sacrifices.
12:03Si j'écris ce livre, avec ce chiffre de 100 milliards en 2035,
12:08qui au passage est le chiffre que le Premier ministre actuel,
12:12lorsqu'il était ministre des Armées dans son livre « Vers la guerre »,
12:15a mis, lui aussi, noir sur blanc, parce que ça me semble être le bon chiffre, minimal,
12:20eh bien ça veut dire qu'il faudra les trouver, ces 5 milliards par an.
12:23Ça, c'est un choix politique.
12:24Il faudra les trouver, et c'est pour ça que je l'écris,
12:27parce que j'ai quelques doutes sur la volonté politique, le courage politique.
12:32Vous savez, j'ai un triptyque à la fin de mon livre.
12:34La peur fait réagir. Nous y sommes.
12:36Moi, je sens que les Français réagissent. Ils commencent à avoir peur.
12:39Il y a un retour du patriotisme.
12:41Mais vous n'avez pas tout à fait répondu à ma question.
12:43100 milliards pour la défense, c'est aussi des moyens qu'on enlève ailleurs.
12:46Oui. Il faudra trouver les systèmes pour trouver ces 5 milliards par an.
12:52Alors, il y a la réforme de l'État.
12:54Ça, c'est une piste.
12:56Il y a le modèle social à adapter.
12:57C'est une autre piste.
12:58Il y a le temps de travail, peut-être,
13:00parce qu'on est un des pays où on travaille le moins en Europe.
13:03En tout cas, ça, c'est un sujet politique.
13:05Moi, mon sujet, c'est de donner aux militaires, marins, aviateurs, soldats,
13:12les moyens de leur mission.
13:13Et la mission qu'ils peuvent avoir dans les mois et les années qui viennent,
13:17c'est de faire la guerre avec la dureté de la guerre.
13:19Et donc, il faut des munitions, des pièces de rechange, de la logistique,
13:23de l'entraînement, de la formation.
13:25Et former un responsable de sous-marins, ça prend du temps.
13:29C'est 10 ans, 20 ans.
13:31Former un pilote, c'est pareil.
13:32Donc, il n'y a pas une minute à perdre.
13:35Vous avez démissionné il y a 9 ans, maintenant,
13:38un petit peu moins de 9 ans,
13:39après une passe d'armes avec Emmanuel Macron.
13:40On le disait sur le budget de la Défense.
13:43Vous aviez dit devant la Commission de la Défense,
13:45à huis clos, mais les propos sont tout de même sortis dans la presse.
13:48Ensuite, je ne me laisserai pas baiser comme ça.
13:51Est-ce qu'aujourd'hui, vous regrettez ces propos ?
13:53Je ne regrette absolument pas ces propos,
13:55parce que c'était à huis clos.
13:57C'était à huis clos.
13:58Et j'ai eu affaire à des gens qui n'étaient pas encore exactement dans le match,
14:03arrivant à 80% tout neuf dans la Commission de la Défense,
14:06qui n'avaient peut-être pas conscience que,
14:08en matière de défense nationale,
14:10ces sujets nécessitent une confidentialité.
14:13On n'est pas là, les hauts fonctionnaires,
14:15pour vendre du vent ou pour être des courtisans.
14:17On est là pour dire la vérité aux responsables politiques
14:19qui ensuite prennent les décisions.
14:21Mais ça, est-ce que vous l'aviez dit,
14:23dans les mêmes termes ou d'autres termes,
14:25directement à Emmanuel Macron ?
14:26Bien sûr.
14:27Qu'est-ce qu'il vous avait répondu ?
14:27Bien sûr.
14:28Mais vous savez, la relation entre le chef d'état-major et le chef des armées,
14:31elle doit être directe.
14:32Parce qu'au bout du bout, une fois qu'on prend les décisions,
14:34c'est la mort éventuelle des soldats que l'on a l'honneur de commander.
14:39Et donc, Emmanuel Macron, moi, m'avait dit,
14:42puisqu'il m'a demandé de prolonger mon mandat qui se terminait,
14:46« Oui, oui, vous aurez les moyens ».
14:48Et donc, au moment où on me dit ça, on me retire 850 millions d'euros.
14:54Et je sentais bien qu'au fond, les fameuses lignes maginaux que je décris dans mon livre,
14:59elles avaient imprégné les cerveaux.
15:01Vous savez, on en est à 80 ans de paix.
15:04Et 80 ans de paix, ça change la culture des gens.
15:08Ils n'imaginent plus que la guerre est possible.
15:10Suite à vos propos, à huis clos, mais qui sont donc sortis,
15:13Emmanuel Macron vous a recadré en public, devant vous.
15:16Je suis votre chef.
15:17Il n'est pas digne d'étaler les désaccords sur la place publique,
15:20avant finalement que vous ne démissionniez quelques jours plus tard.
15:23Est-ce que vous vous êtes reparlé depuis cette date ?
15:26Non, je n'ai pas de contact.
15:27Et je pense qu'il a bien d'autres choses à faire
15:28quand on voit la situation intérieure et extérieure du pays.
15:32Ça ne me choque pas plus que ça.
15:34Moi, j'ai la chance de pouvoir, aujourd'hui, avoir beaucoup d'activités.
15:39J'ai une liberté de parole, une liberté de pensée.
15:42Et c'est à ce titre que j'ai écrit ce livre.
15:45Parce que je pense que l'heure est grave.
15:47Et que moi, je peux me permettre d'écrire des choses
15:49que d'autres ne peuvent pas dire.
15:50Je vous pose la question parce que dans un livre paru plus tard
15:53des journalistes Gérard Davé et Fabrice Lhomme,
15:55les journalistes du Monde,
15:57il est dit qu'Emmanuel Macron aurait tenté de vous dissuader de démissionner.
16:00On est toujours en juillet 2017.
16:02Il vous aurait promis un autre poste important
16:04avec de gros émoluments en échange de votre silence.
16:07Est-ce que c'est vrai ou pas ?
16:09Ce qui est parfaitement vrai,
16:11c'est qu'il a essayé de m'empêcher de démissionner.
16:15Parce qu'à un moment,
16:16un moment,
16:17il a pris conscience
16:18que j'étais capable de le faire.
16:22Vous savez,
16:23c'est la première fois que ça arrive.
16:25Donc, dans les entourages
16:27qui n'ont pas forcément joué leur rôle,
16:29ils n'y croyaient pas, finalement.
16:32On s'en dit, le général,
16:33il est comme tous les généraux,
16:34il finira par obéir.
16:35Parce qu'un général est là pour obéir.
16:37Sauf que moi,
16:38je suis un Saint-Syrien.
16:40Je ne suis pas dans l'école de ceux qui nous gouvernent.
16:43Et donc,
16:44j'ai décidé que la confiance étant rompue
16:47entre le chef des armées
16:49et le chef d'état-major,
16:51je me devais de partir.
16:52Je ne me voyais pas.
16:53Et sur la deuxième partie des affirmations
16:54de messieurs Davé et l'homme ?
16:56– Il n'y a pas eu de poste de…
17:00Non, moi, j'ai clos le débat
17:05en disant, je partirai, voilà.
17:06– Je vous écoute depuis tout à l'heure,
17:08mon général.
17:09Vous êtes sorti un peu de vos traces de ski
17:11pendant quelques instants
17:12pour dire la réforme de l'État.
17:14Peut-être le temps de travail des Français.
17:16Peut-être, c'est pas…
17:17On n'est plus exactement…
17:18– C'est ce que je dis dans mon livre.
17:19– Oui, oui, je l'ai lu.
17:20Et effectivement,
17:21on va un peu au-delà du militaire.
17:22Est-ce qu'il vous arrive,
17:24pour paraphraser un certain Alain Duhamel,
17:26le matin en vous rasant,
17:27de penser à autre chose qu'à l'armée ?
17:28– Je pense à la France.
17:30Et je ne pense pas
17:32à une quelconque élection présidentielle,
17:35puisque derrière votre question,
17:36il y a peut-être…
17:36– Vous l'avez vu arriver, oui, effectivement.
17:39– Je suis habitué.
17:40Je commence à être un vieux routier.
17:42Et donc, non, j'ai repris ma plume
17:44parce que je souhaite que
17:47le sujet de la défense
17:49et des moyens à donner
17:51à nos jeunes soldats
17:53qui rentrent dans l'armée
17:55pour gagner,
17:57eh bien, que ces moyens,
17:59on leur donne.
18:01Et que ce sujet de la défense
18:02soit au premier rang des sujets
18:04de la campagne présidentielle à venir.
18:06– Et on vous entendra dans cette campagne,
18:08c'est ça que ça veut dire ?
18:09– Je veillerai à ce que
18:10le succès des armes de la France,
18:12telle que je le décris dans mon livre,
18:14puisse effectivement être respecté
18:17parce que j'estime que c'est indispensable.
18:19et c'est même une question
18:21de survie de la France.
18:23– Vous savez qu'on a lancé
18:24ces derniers jours
18:24la campagne de recrutement
18:25du nouveau service national volontaire.
18:28Assez modeste dans un premier temps,
18:303 000 recrutements pour cette année,
18:3110 000 en 2030,
18:3250 000 en 2035.
18:34Est-ce que c'est suffisant ?
18:35– C'est une bonne mesure
18:37d'avoir arrêté
18:38le service national universel,
18:40qui était une sorte de colonie de vacances
18:41pour des mineurs,
18:42pendant quelques jours,
18:43ça a coûté cher.
18:45Et pendant 8 ans,
18:45on a quand même perdu beaucoup de temps,
18:48de mon point de vue.
18:49C'est une bonne chose
18:50de se lancer dans ce service national,
18:53volontaire, militaire.
18:55Je trouve que 3 000 cette année,
18:5710 000 en 2030
18:58et 50 000 en 2035,
19:01on pourrait peut-être aller plus vite.
19:02Une classe d'âge, je rappelle,
19:04aujourd'hui c'est 800 000.
19:05– Est-ce qu'un jour,
19:06vous pensez qu'on reviendra
19:07à quelque chose que vous avez connu,
19:08c'est-à-dire la conscription
19:09pour tout le monde ?
19:10Toute une classe d'âge ?
19:11– Peut-être,
19:12compte tenu de la situation.
19:13– Hommes et femmes ?
19:13– Peut-être,
19:14compte tenu de la situation.
19:15Et de toute façon,
19:16si on revient à un système
19:18de service militaire,
19:19ça sera pour tout le monde,
19:20toute la classe d'âge,
19:21garçon-fille, évidemment.
19:23Il faut que ce soit universel
19:24et égalitaire,
19:25si on arrive à cette situation.
19:27Mais je pense que la tension internationale
19:29que nous vivons va durer.
19:31Je ne vois pas pourquoi
19:32les États puissances,
19:33finalement,
19:34feraient marche arrière,
19:35par rapport à leurs ambitions
19:36et leurs stratégies de long terme.
19:37et je ne vois pas pourquoi
19:39le terrorisme islamiste
19:40s'arrêterait.
19:41– Vous pensez que la génération
19:43qui n'a jamais connu la guerre
19:45sur notre sol la connaîtra ?
19:47– Je n'écarte pas, évidemment,
19:49cette hypothèse.
19:50C'est pour ça que j'ai écrit ce livre
19:51pour le succès des armes de la France.
19:52– Sous-titrage ST' 501
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