00:00Mais vous, par exemple, si ça vous arrivait, si vous étiez atteint d'une maladie très grave, vous auriez pu aller en Suisse ou en Belgique ? Est-ce que vous en avez déjà parlé avec votre famille ?
00:08Absolument. J'en ai parlé avec ma femme. Et si l'un de nous deux, que ce soit elle ou moi, si l'un de nous deux avait une maladie à la fois irréversible, extrêmement douloureuse,
00:23donc qui soit un calvaire et incapacitante, à ce moment-là, je crois qu'aussi bien ma femme que moi serait d'accord pour qu'effectivement on aille en Suisse, etc.
00:35Et qu'en disent vos enfants ?
00:36Je ne leur demande pas leur avis parce que ce n'est pas eux que ça concerne.
00:39Mais je suis tout à fait conscient en même temps des risques de dérapage, bien entendu.
00:47Et les garanties et les conditions qui sont nécessaires n'existent effectivement pas suffisamment dans les pays qui le mettent en œuvre.
00:58Bon, en même temps, il y a un des États américains dans lesquels, quand les gens sont en situation terrible de souffrance et de plus d'espérance,
01:09on leur permet, s'ils le veulent, de prendre une pilule.
01:12Si ça m'arrivait, mais j'ajoute, elle me dira ce qu'elle en pense quand je la retrouverai, si ça arrivait à ma femme,
01:19si ça m'arrivait, c'est-à-dire quelque chose d'irréversible, non seulement de douloureux, mais d'insupportable à vivre,
01:30et que les calmants nombreux qui existent maintenant ne suffiraient pas à effacer, à ce moment-là, en ce qui me concerne, c'est ce que je souhaiterais.
01:38– Alors, il y a plusieurs choses, vous voyez, chacun d'entre nous a une expérience avec la souffrance, avec la mort d'un proche,
01:44et ce sont des questions, évidemment, qui nous habitent profondément.
01:47Mais en même temps, Alain Duhamel, le « c'est mieux que personne », on ne légifère pas avec des expériences individuelles.
01:52– Bien sûr.
01:53– On légifère avec une réflexion de fond sur ce qu'est la société, et d'une manière ou d'une autre,
01:58l'interdit de donner la mort, il est constitutif de la possibilité de notre vie collective.
02:03Donc c'est très important, certes, d'être sensible aux situations, et j'essaye de l'être, mais aussi d'être attentif au fond des choses.
02:10Et alors, parmi les situations et au fond des choses, c'est aussi le prix de la vie finissante.
02:16Vous voyez, je crois que c'est très important aussi de pouvoir valoriser ce moment où quelqu'un peut encore donner beaucoup,
02:22et d'ailleurs, Alain Duhamel, en étant encore présent sur les plateaux, le montre bien,
02:27mais dans la vie familiale, dans la vie amicale, il y a des tas de choses qui se jouent pour ceux qui demeurent vers la fin de la vie.
02:33Et puis alors après, il y a un autre point qui me semble très important, on l'a évoqué un peu en passant,
02:39c'est la question des soins palliatifs, et des progrès considérables, pas encore suffisants,
02:45mais qui ont été accomplis dans le domaine du soulagement de la douleur.
02:48Une des grandes pionnières des soins palliatifs dans notre pays, c'est Marie de Henzel,
02:53qui avait un dialogue profond avec François Mitterrand, vous connaissiez suffisamment François Mitterrand pour avoir lu…
02:57– Et je connais l'un et l'autre.
02:58– Voilà, pour avoir lu la préface magnifique qu'a écrite François Mitterrand,
03:03à la mort intime, et Marie de Henzel est aussi très très réservée sur la proposition actuelle,
03:09telle qu'elle était avant le passage au Sénat.
03:12Et vous voyez, j'étais aussi frappé de voir que dans le rapport du Comité consultatif national d'éthique,
03:19il y a eu un avis qui ouvrait une porte vers le suicide assisté.
03:23mais conditionné, d'abord tous les membres du Conseil n'avaient pas signé cet avis,
03:28plusieurs avaient pris un droit de retrait par rapport à cet avis,
03:31mais qui conditionnait ce pas en avant à l'amélioration effective des soins palliatifs,
03:37donc à lutter contre les déserts palliatifs,
03:40et faire en sorte que les soins palliatifs qui sont une prise en compte de la douleur,
03:43mais aussi de l'environnement, de l'environnement personnel, de l'environnement corporel,
03:47et qui sont vraiment une sorte de révolution positive,
03:52au-delà même de la fin de vie dans l'accompagnement des patients,
03:56et bien qu'un progrès substantiel soit fait dans ce domaine-là.
03:59C'est pour toi, il est très important, dans le débat actuel,
04:03que l'autre proposition de loi qui va être débattue au Sénat lundi et mardi,
04:07et qui a été adoptée à l'unanimité en première lecture à l'Assemblée,
04:11soit vraiment votée,
04:12et qu'il y ait une véritable volonté politique de la mettre en œuvre.
04:16Oui, alors,
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