00:00Russie, Ukraine et Etats-Unis, je vous lise en titre, se retrouvent aujourd'hui à Abu Dhabi pour parler des questions de sécurité.
00:06L'idée étant d'avancer sur une résolution plus globale du conflit.
00:10Volodymyr Zelensky a eu des mots durs pour ses partenaires européens cette semaine lors du forum de Davos.
00:15Le soutien américain est pour lui incontournable.
00:19On va en parler tout de suite avec Karim Yahyaoui qui est avec nous sur ce plateau.
00:22Karim, il y a donc cette rencontre aujourd'hui.
00:26Peut-on parler pour autant de négociations ?
00:29On peut se poser la question.
00:31D'abord, c'est une rencontre tripartite dans un format un peu inédit où les Européens sont exclus.
00:37Les Européens qui ont été égratinés par Volodymyr Zelensky dans une prise de parole très offensive.
00:43Pour certains, ça ressemble un petit peu à de l'ingratitude.
00:46En tout cas, Américains, Russes, Ukrainiens rassemblés du côté d'Abu Dhabi.
00:52Alors évidemment, on prend encore ces négociations avec beaucoup de pincettes.
00:55Tant, comme le soulignait un haut fonctionnaire européen, les Russes sont passés maîtres dans l'art de faire mine, de négocier et de ne céder sur strictement rien.
01:05Au cœur de ces discussions, encore une fois, cette question des territoires.
01:09On sait qu'entre la Russie et l'Ukraine, il y a un front où les deux belligérants s'affrontent depuis de longs mois.
01:18Les Russes revendiquent finalement des territoires entiers, notamment du côté de Donetsk et de Luhansk, c'est-à-dire la partie qu'on appelle le Donbass.
01:29Les Ukrainiens, eux, refusent de céder ce territoire, notamment là où encore les soldats ukrainiens sont présents.
01:37Les Américains ont imaginé une solution où il y aurait une zone démilitarisée, une zone économique démilitarisée, où il n'y aurait ni soldats ukrainiens ni soldats russes.
01:47Mais en réalité, les Russes ont montré encore une fois qu'ils ne voulaient strictement rien céder sur cette question des territoires.
01:54On a entendu notamment Dimitri Peskov expliquer que ces territoires, les Russes, entendaient les revendiquer jusqu'au bout et qu'ils ne lâcheraient pas sur cette question, tout en faisant mine de négociés du côté d'Abu Dhabi.
02:06Rappelez-nous l'enjeu que représente le Donbass.
02:09Alors, c'est un enjeu majeur pour les Russes. D'abord, historiquement, c'est un grand bassin industriel riche en charbon et en minerais.
02:17Mais surtout, le Donbass symbolise l'opposition au mouvement pro-européen de la place Meydan.
02:25Des séparatistes pro-russes y ont pris les armes et autoproclamé les républiques de Donetsk et de Luhansk,
02:32que Vladimir Poutine a reconnu trois jours avant de lancer sa grande offensive en 2022.
02:39Cette offensive qui entendait aller profondément à l'intérieur de l'Ukraine.
02:44Et finalement, cette région du Donbass constitue une partie intégrante de la Grande Russie.
02:52Et c'est ce qui explique d'ailleurs pourquoi Vladimir Poutine a lancé cette offensive.
02:56Il présente cette offensive comme une volonté de protéger les russophones de la région.
03:03Et c'est vrai que très rapidement, Vladimir Poutine a mis notamment en place une loi fédérale
03:07qui facilite l'expropriation et la spoliation des biens immobiliers des Ukrainiens qui vivent encore dans cette région.
03:14Et puis, je vous le disais, historiquement, c'est un grand bassin industriel.
03:18Pendant la période soviétique, la région a connu un essor industriel majeur.
03:23Et aujourd'hui encore, elle a des ressources dans ses sous-sols extrêmement importants,
03:27des gisements stratégiques, notamment de lithium, de gaz de schiste, de gaz naturel.
03:33En 2013, avant la première offensive qui a emmené Vladimir Poutine dans cette région en 2014,
03:39eh bien, Donetsk et Louensk représentaient près d'un quart de la production industrielle ukrainienne,
03:45soit 14% du PIB, mais il y a aussi des terres agricoles.
03:50Et donc, Vladimir Poutine, dans sa logique de reconstituer la Grande Russie, voire l'Empire soviétique,
03:56a besoin de ce poumon industriel et agricole pour reconstituer la grandeur passée de cette région.
04:04Et donc, aujourd'hui, les Russes font encore mine de négociés, mais ne semblent rien lâcher, comme ils le font souvent.
04:13Je remercie Karim. Alors, comment ces discussions sont-elles perçues en Ukraine ?
04:17C'est ce que nous allons voir tout de suite avec vous, Gulliver Krag.
04:20Gulliver, les Ukrainiens ont-ils encore quelques espoirs ?
04:23D'abord, par rapport à ce que disait Karim, je voudrais souligner que la soi-disant rébellion séparatiste pro-russe
04:32dans le Donbass en 2014 était orchestrée par la Russie et menée par des agents russes
04:38qui ont certes recruté un grand nombre de sympathisants locaux,
04:42mais ce qui a été conclu par les enquêteurs, pas uniquement en Ukraine,
04:48mais par tous les experts, c'est que sans la participation de la Russie, elle n'aura jamais eu lieu.
04:53Et c'est pour cela qu'elle est considérée en Ukraine comme déjà l'invasion.
04:56Et on parle à chaque fois de l'invasion à grande échelle quand on parle de celle de 2022,
05:00même si c'est un peu incommod d'utiliser autant de mots pour différencier les deux choses.
05:05Mais clairement, le problème numéro un, c'est le Donbass.
05:10Et là, c'est la raison pour laquelle les Ukrainiens n'ont vraiment pas d'attente majeure de ces pourparlers,
05:16parce qu'il semble très clair, comme le disait Karim,
05:19que la Russie ne va absolument pas renoncer à son ambition de contrôler tout le Donbass
05:24et l'Ukraine ne va absolument pas céder à la demande de la Russie de retirer ses forces
05:30de la partie de cette région qu'elle contrôle encore.
05:34Les deux côtés ont intérêt à convaincre les Américains qu'il y a des progrès,
05:38qu'ils participent au processus, mais je pense que pour différentes raisons,
05:43les Ukrainiens ne veulent pas que Donald Trump les accuse de bloquer un processus de paix
05:49et les Russes veulent jouer la montre pour continuer leur guerre,
05:53pour éviter d'ultérieures sanctions, etc.
05:55Alors c'est pour cela qu'on a toutes ces déclarations,
05:57comme quoi il y a des progrès, mais en réalité, il n'y a pas vraiment de progrès.
06:02Gulliver, la pression sur le terrain, effectivement, on comprend, reste forte.
06:05On sait que des centaines de milliers de personnes à Kiev sont toujours privées d'électricité.
06:10Ça dure depuis plusieurs jours à présent.
06:15Oui, 2000 immeubles, et on parle de très grands immeubles, plusieurs étages,
06:20plusieurs cages d'escalier, alors c'est effectivement des centaines de milliers de foyers.
06:24Aujourd'hui, le maire de Kiev, Vitaly Klitschko, a renouvelé son conseil aux habitants de la capitale
06:29de partir en disant que la situation est extrêmement grave maintenant,
06:34mais elle peut devenir encore pire.
06:36Il sous-entend, bien sûr, qu'on s'attend à d'ultérieures attaques de la part de la Russie.
06:41Il a dit à ceux qui restent dans la capitale de bien stocker leur maison,
06:46avec à manger, à boire, etc.
06:49Vraiment mettant en garde contre, oui, une situation qui pourrait se dégrader encore,
06:54même si des températures un peu plus doux sont attendues la semaine prochaine.
06:58Après, ils devraient replonger à nouveau.
07:00Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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