- il y a 3 heures
Pourquoi la France a-t-elle des taux de cancer les plus élevés au monde ? Depuis 1990 les signaux d'alerte se multiplient, touchant une tranche d'âge de plus en plus jeune. Le nombre de nouveaux cas de cancer d'apparition précoce a bondi dans le monde de près de 80% en moins de 30 ans. En France, 400 000 nouveaux cas de cancer surviennent chaque année. Comment l'expliquer ? Que fait-on pour endiguer l'épidémie de cancers précoces survenant chez les moins de 50 ans ? En France, médecins et chercheurs se mobilisent. Au Parlement, la sénatrice centriste du Calvados Sonia de la Provôté a rédigé une proposition de loi pour créer un registre national des cancers. Adoptée à l'unanimité par les sénateurs en juin 2023, la proposition de loi a été définitivement adoptée, deux ans plus tard par les députés. L'objectif : mieux recenser les cancers. Année de Production :
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00:00Je m'appelle Solène, j'ai 28 ans et j'ai eu un cancer du sein quand j'avais 23 ans, donc en 2021.
00:25La première étape, ça a été l'opération. C'était une tumorectomie, donc ça veut dire qu'on m'a retiré uniquement la partie malade du sein.
00:35Je prends un médicament en même temps que mon petit déjeuner, c'est de l'hormonothérapie, pour limiter les risques de récidus.
00:41Bonjour.
00:44Au quotidien, ça a quand même pas mal d'effets secondaires, donc on apprend à vivre avec certains, d'autres les subissent plus qu'on vit avec.
00:53Mais effectivement, il y a pas mal d'effets secondaires qui touchent à... ça va être des bouffées de chaleur, ça va être des crampes, ça va être une peau très sèche, prise de poids.
01:04Merci beaucoup.
01:04Merci beaucoup.
01:05Bonne journée.
01:09C'est un traitement qui est prescrit entre 5 et 10 ans. J'en suis à 4 ans, donc normalement, il ne me reste qu'un an.
01:15Et oui, j'ai très, très, très hâte que ce soit terminé. J'ai prévu de faire une grosse fête quand tout ça se termine.
01:20Longtemps considéré comme une maladie de l'âge mûr, le cancer touche désormais des patients de plus en plus jeunes.
01:39Ça devient un réflexe. Après, c'est vrai que parfois, je me dis, tiens, est-ce que je l'ai pris ? Est-ce que je ne l'ai pas pris ?
01:43Ça m'arrive des fois de ne plus trop savoir. Et puis, je n'ai pas encore passé le cap d'acheter un pilulier. Je me dis non, je suis trop jeune.
01:49J'ai découvert mon cancer vraiment totalement par hasard. Je venais de finir mes études. J'étais de retour chez mes parents en Bretagne.
02:06Et puis, comme je cherchais mon premier emploi, je passais beaucoup de temps sur Instagram.
02:09Et un jour, je suis tombée sur un tuto qui expliquait comment se palper la poitrine.
02:16Et puis, je me suis dit, c'est un truc de grand-mère. Pourquoi je vois ça ? Ça ne me concerne pas.
02:21Et puis, je me suis vraiment sentie ridicule en faisant les gestes jusqu'au moment où j'ai senti une boule bien dure dans mon sein.
02:29Donc là, panique à bord. J'ai été voir ma maman qui m'a dit, oui, moi, je n'ai pas ça, etc.
02:33Donc, j'ai pris rendez-vous chez mon médecin traitant trois jours plus tard.
02:37Et donc, lui, il m'a prescrit une échographie en me disant, de toute façon, vous êtes jeune.
02:43Une mammo à votre âge, on ne verra rien.
02:45Et puis, lors du rendez-vous, on me fait l'échographie.
02:50Puis, on me dit, vous allez faire une mammographie.
02:52Donc, déjà, je me suis dit, tiens, le médecin, il m'a dit qu'on ne verra rien. Étrange.
02:55Puis, finalement, deux jours plus tard, la biopsie a eu lieu.
02:58La biopsie, je ne savais même pas que c'était un examen qui servait à valider ou non un cancer.
03:06Et là, le médecin traitant m'a expliqué, avec des termes médicaux que je n'ai pas compris,
03:12que j'avais un carcinome canalaire, un filtrant, deux grades, je ne sais plus combien.
03:17Que des termes qui m'étaient inconnus, donc je ne les ai pas vraiment retenus sur le moment.
03:21Et puis, finalement, au moment de partir, je lui demande quelle va être la suite après l'opération.
03:26Est-ce qu'il y a autre chose ? Est-ce que c'est terminé ?
03:28Et puis là, il m'a dit, non, non, après, il y aura sûrement de la radiothérapie, sûrement de l'hormonothérapie et peut-être de la chimiothérapie.
03:35Et en fait, c'est le mot chimiothérapie qui m'a fait comprendre que j'avais un cancer.
03:38Mais sinon, personne ne me l'avait dit.
03:42Sportive, non fumeuse et sans antécédents familiaux, rien ne prédestinait Solène à être atteinte d'un cancer.
03:49Quand on a 23 ans, on a un peu l'impression que notre vie démarre et en fait, elle s'arrête déjà alors qu'on est confronté à la mort quand même.
03:56Donc, ouais, ça fait se poser beaucoup de questions et on ne le vit certainement pas de la même façon quand on a 20 ans que quand on en a 75.
04:04Je me suis vraiment interrogée sur le...
04:08Est-ce que c'est des choses que j'ai pu respirer ? Est-ce que c'est des choses que j'ai pu manger ?
04:12Est-ce que c'est un cocktail de plein de choses ?
04:13Est-ce que c'est parce qu'il y a telle usine proche de là où j'ai grandi et du coup, ça a pu avoir un impact ?
04:22Oui, après, je pense que je vais me faire 50 000 scénarios, mais pour l'instant, je n'aurai jamais la réponse.
04:34Première cause de mortalité en France, le nombre de nouveaux cas de cancer d'apparition précoce a bondi de près de 80% en 30 ans.
04:41Certains médecins évoquent même un tsunami à venir chez les patients de moins de 50 ans.
04:49Pour mieux comprendre si cette augmentation est due à des diagnostics plus précoces ou s'il y a une épidémie réelle,
04:56la sénatrice Sonia de la Provoté a rédigé une proposition de loi pour créer un registre national des cancers.
05:03Cette proposition de loi est l'aboutissement de plusieurs années d'engagement et d'échange pour confirmer l'utilité d'un tel registre.
05:12Adopté à l'unanimité, ce registre national des cancers va désormais recenser tous les cas qui surviennent en France de façon exhaustive.
05:20Il y a des registres locaux qui existent, comme dans le département du Calvados,
05:26où on a un registre des cancers digestifs et un registre des cancers généralistes.
05:32Et donc ça couvre à peu près entre 20 et 24% de la population française.
05:36Tout le reste n'est que de l'extrapolation, avec des données numériques qu'on arrive à recueillir par-ci par-là,
05:43qui sont partielles, partiales, parcellaires.
05:45C'est quand même dommage de ne pas tout avoir, alors qu'on pourrait peut-être, avec un registre, en tout cas, avoir ces certitudes.
05:53Jusqu'à présent, une trentaine de registres locaux existaient.
05:57Mais ils étaient incomplets et ne couvraient qu'un quart de la population française.
06:03En fournissant une base de données fiable, la création d'un registre national permettra d'améliorer la connaissance sur le cancer,
06:10son dépistage et sa prise en charge.
06:16Soutenue par les collectifs de patients, la sénatrice reçoit Solène, membre de l'association Genéroses,
06:22qui lutte contre les cancers du sein précoce.
06:24Pour ces patientes, la création du registre national des cancers est essentielle.
06:29C'est hyper précieux, parce que ça a des conséquences énormes.
06:35À chaque fois, on reviendra pas en arrière.
06:38Voilà, c'est ça, oui.
06:39C'est vraiment hyper important, c'est essentiel, on en a besoin.
06:43Nous, au départ, on se questionnait depuis très longtemps sur les chiffres,
06:46sur cette augmentation chez les jeunes qu'on observait quand même quotidiennement.
06:51La santé environnementale, l'exposition aux perturbateurs endocriniens.
06:55Tous ces sujets-là, ça se registre.
06:58Face à l'inquiétude des associations de patients,
07:02la sénatrice espère que le registre pourra faire émerger des explications sur la hausse de certains cancers.
07:09Pour des cancers rares, des cancers émergents, comme par exemple les cancers du pancréas,
07:13on a l'émergence aussi de certains cancers du cerveau.
07:17On se pose des questions sur certaines hémopathies.
07:21Tous ces sujets-là, on voit bien, ont besoin d'être adossés à la vérité des chiffres.
07:27On a des territoires ruraux, on parle de l'exposition aux pesticides, qui ne sont pas du tout couverts.
07:32Donc on ne sait pas, on ne sait pas, on imagine, on se dit oui.
07:35Effectivement, on voit qu'il y a pas mal de cancers traités, mais on n'a pas la vérité.
07:38Et puis on a des territoires urbains où il y a les expositions environnementales,
07:43on le sait, les pollutions, etc.
07:46Où il y a des pratiques de sétentarité, l'urbain est lié à ça.
07:51Et pour le coup, on ne peut pas non plus les regarder,
07:53parce qu'on n'a pas la vérité des chiffres également.
07:58Devant l'explosion des cancers digestifs chez les jeunes,
08:01les médecins s'interrogent.
08:04À Bayonne, au centre hospitalier de la Côte-Basque,
08:08le docteur Mathias Brugel voit depuis quelques années
08:10une hausse du nombre de ses patients atteints du cancer du pancréas.
08:14On dénombre environ 16 000 nouveaux cas de cancers par an en France de cancers du pancréas.
08:23On a noté ces dernières années une franche augmentation du nombre de cas de cancers.
08:30Entre les années 90 et les années 2020-2023,
08:34d'après le dernier rapport de Santé publique France,
08:37on note un doublement du nombre de cas de cancers chez l'homme
08:40et un triplement du nombre de cas de cancers chez la femme.
08:43Le cancer du pancréas progresse,
08:46mais les facteurs de risque avérés, comme le tabac et l'alcool,
08:49ne suffisent pas, selon le docteur Brugel, à expliquer son augmentation.
08:53Il y avait une jaunisse quand il arrivait.
08:55Ça, il arrivait avec un noctaire assez franc.
08:58On a fait un scanner qui découvrait qu'il y avait une lésion du pancréas.
09:02On constate des patients qui n'ont pas de facteur de risque particulier.
09:05Alors, il y a l'hypothèse, bien sûr, de la malchance.
09:08On sait que le cancer, c'est une maladie de l'ADN
09:10et que, lors de la réplication d'une cellule,
09:12il peut y avoir des erreurs de l'ADN qui engendrent une anomalie,
09:16puis un cancer.
09:18Néanmoins, je pense qu'il est nécessaire d'investiguer d'autres causes
09:22que simplement la malchance et de se cacher derrière la malchance
09:25pour essayer d'expliquer ces nouveaux cas de cancer.
09:27Donc, s'intéresser à l'exposition environnementale de ces patients-là
09:31me paraît absolument indispensable.
09:33Médecin, mais aussi chercheur, Mathias Brugel a mené une étude
09:38pour mieux comprendre les liens entre pesticides et cancer du pancréas.
09:42On a essayé d'apporter une nouvelle pierre à l'édifice
09:45en dosant les pesticides dans la graisse de patients atteints de cancer du pancréas
09:50et en comparant cette quantité de pesticides dans la graisse
09:53avec des patients dits témoins.
09:55Il y a plus de risque de développer un cancer du pancréas
09:59quand on a plus de pesticides dans la graisse.
10:02On a du mal à comprendre pourquoi il y a certaines anomalies épidémiologiques
10:05qui s'appliquent à la France et qui ne s'appliquent pas à d'autres pays
10:09qui ont un niveau de consommation similaire ou comparable,
10:12un niveau de richesse qui est comparable.
10:15Et ça, pour l'instant, ça reste mal compris.
10:21Souvent détecté à un stade avancé,
10:24le cancer du pancréas est en passe de devenir
10:26la deuxième cause de mortalité par cancer en France.
10:29Aujourd'hui en rémission,
10:33Yann a récemment repris le travail à mi-temps,
10:36après 7 ans passés à faire des allers-retours à l'hôpital.
10:44Désormais sorti d'affaires,
10:46Yann participe à une étude menée par la start-up Cure51
10:49visant à percer le mystère des survivants du cancer.
10:52En France et ailleurs, que ce soit dans les pays de l'OCDE ou les pays émergents,
10:59le taux d'incidence du cancer y progresse.
11:01Et ça a longtemps été une maladie de vieux, le cancer, c'est plus du tout le cas.
11:05Donc en effet, si on prend par exemple le cancer du pancréas,
11:07si je prends l'exemple de la France,
11:09ça devient la deuxième cause de mortalité parmi les cancers,
11:11derrière le cancer du poumon,
11:12et ça touche des populations de plus en plus jeunes.
11:14Et donc, comprendre comment des gens qui étaient condamnés à mort,
11:19à qui il restait statistiquement 6 mois à vivre,
11:21ont survécu 5 ans, 10 ans, 15 ans à cette maladie,
11:23c'est un facteur d'espoir énorme pour la communauté scientifique
11:26et pour tous les patients.
11:28En charge du comité patients chez Cure51,
11:31Yann organise la Rosaline Race, une course à pied,
11:33qui doit relier la start-up à l'hôpital où il a été soigné.
11:36Tout un symbole.
11:38L'année dernière, du coup, on s'était arrêté à tous les feux rouges.
11:41C'était un peu gênant, il faudrait trouver un tracé peut-être plus adéquat.
11:45L'avantage, c'est que ça permet aussi,
11:48pour les autres qui sont plus à la traîne,
11:50de pouvoir attraper le groupe et de faire des mini-poses.
11:53Juste, je vais valider ce point-là tout à l'heure avec Morgane.
11:58Si Yann pense aujourd'hui à l'avenir,
12:00à l'annonce du diagnostic il y a 7 ans,
12:02les médecins lui laissent peu d'espoir quant à ses chances de survie.
12:08C'est un cancer qui avance silencieusement,
12:10et donc c'était le cas pour moi.
12:12C'est-à-dire que j'avais très peu de symptômes.
12:14J'avais juste des remontées acides, comme beaucoup de monde finalement.
12:17Et donc je suis allé voir mon médecin généraliste,
12:19qui m'a prescrit des traitements contre l'acidité,
12:22qui marchaient plutôt bien, mais ça revenait.
12:24Et donc le médecin avait décidé d'investiguer un petit peu plus longuement,
12:29et de m'envoyer ensuite chez un gastro-entérologue.
12:31Sauf que le cancer du pancréas avance silencieusement et il avance vite.
12:37Et donc le diagnostic il s'est fait finalement à l'hôpital, aux urgences,
12:41parce qu'en grossissant, la tumeur du pancréas étant localisée pas très loin de l'estomac,
12:47elle m'avait bloqué la digestion et je ne pouvais plus m'alimenter.
12:50En pratiquant une biopsie, c'est là qu'ils ont pu poser le diagnostic précis.
12:55Cancer du pancréas métastatique, donc au stade le plus avancé.
12:59Et donc il s'était propagé sur le foie.
13:02Moi à ce moment-là, c'est un coup de massue.
13:03En fait, je savais que le diagnostic pouvait être grave,
13:06mais je ne mesurais pas l'ampleur de la gravité d'un cancer du pancréas.
13:12Pour moi, le cancer, ce n'était clairement pas une maladie qu'on attribue à des jeunes.
13:1535 ans au moment du diagnostic, évidemment, je ne m'attends pas du tout à avoir un cancer.
13:19Je suis aussi papa d'une petite fille de 4 ans.
13:23Et pour moi, il n'y a pas d'option autre que se battre.
13:27Donc je me mets tout de suite en mode de guerrier,
13:32où je me dis qu'on va affronter ces traitements et on va voir ce qu'il se passe.
13:35Je savais que la chimiothérapie, ce n'était pas forcément quelque chose de très facile à vivre,
13:39bien au contraire, et c'est effectivement ce qui s'est passé pour moi.
13:42Dès la première séance, j'étais vers fluo, j'ai vomi mes tripes.
13:45Et si je savais à ce moment-là que j'allais devoir en affronter plus d'une centaine,
13:50ça m'aurait peut-être un peu découragé.
13:53Après des années de traitement et deux opérations,
13:57Yann se questionne sur l'origine de son cancer.
13:59C'est une question qui raisonnait d'autant plus que je ne pense pas avoir de facteur de risque.
14:05Je n'étais pas en situation d'obésité, je mangeais plutôt sainement,
14:11je faisais un petit peu de sport, j'avais une hygiène de vie,
14:15en tout cas je ne fumais pas, je bois occasionnellement,
14:18donc je ne cochais aucune des cases des facteurs de risque.
14:21Et donc peut-être qu'il ne faut pas passer beaucoup de temps,
14:25moi en tant que patient, à essayer de comprendre d'où ça vient,
14:27mais plutôt se battre sur comment je fais pour guérir.
14:35Le nombre de cancers du pancréas explose.
14:38La France détient aussi le taux d'incidence du cancer du sein le plus élevé au monde.
14:43Avec l'association Jeunes et Rose,
14:48Solène organise des ateliers pour sensibiliser aux gestes de prévention,
14:52car les politiques de dépistage du cancer du sein ne visent pas les femmes jeunes.
14:58En France, on a un dépistage organisé pour les personnes qui ont plus de 50 ans.
15:01Tous les deux ans, elles sont invitées à aller faire une mammographie.
15:04Les personnes qui sont à risque,
15:06parce qu'elles sont porteuses d'une mutation
15:08ou parce qu'il y a eu beaucoup de cas dans leur famille,
15:10peuvent aussi avoir accès à un dépistage,
15:12mais toutes les personnes lambda ne sont pas concernées par ce dépistage.
15:18Et donc, le seul moyen d'être proactif pour sa santé,
15:22c'est de connaître son corps, c'est de se palper la poitrine.
15:25L'idée derrière ces rencontres,
15:27c'est parce que quand on est jeune avec un cancer du sein,
15:29finalement, on n'a pas les mêmes problématiques
15:31que n'importe qui d'autre avec un cancer du sein.
15:34On peut avoir des problématiques qui sont liées à la parentalité,
15:38à la non-parentalité aussi du fait des traitements.
15:40Ça peut être aussi des problématiques de carrière,
15:43des problématiques de couple.
15:45Il y a vraiment plein de choses qui, finalement,
15:47quand on se retrouve avec Muriel, 75 ans,
15:50qui est très, très gentil,
15:51mais qui ne comprend pas ce qu'on vit.
15:55On peut se sentir un peu seul.
15:57Et donc, le but de Jeanne et Rose,
15:58c'est de briser cette solitude.
16:00C'est pour ça qu'on organise ces rencontres.
16:02La dernière mission de Jeanne et Rose,
16:04ça s'appelle les ateliers pouet-pouet.
16:06C'est ce pour quoi vous êtes là aussi aujourd'hui.
16:08Donc là, c'est vraiment la prévention.
16:10On vous explique les gestes à réaliser
16:12pour l'auto-examen à ma mère.
16:13Alors, si tu vas ici,
16:22alors il y a deux kystes.
16:23Là, tu vois, j'avais le doigt dessus.
16:25Tu vas sentir que ça roule un petit peu.
16:27Alors que celle-ci,
16:28tu peux faire ce que tu veux,
16:29elle est accrochée.
16:31Et en fait, pour t'expliquer,
16:34ça, ça va plutôt être des kystes.
16:36Donc le contour, tu vois qu'il est assez lisse.
16:39L'intérieur, il est assez aqueux.
16:40Tandis que là,
16:43vous allez avoir des cellules cancéreuses
16:45donc avec un contour assez irrégulier.
16:47Puis après, s'il y a vraiment des choses
16:48dans ta poitrine qui t'inquiètent,
16:50tu peux aussi aller voir le médecin
16:51ou le jour où tu as rendez-vous
16:53chez le gynéco, tu lui en parles.
16:55Lui, il va te rassurer.
16:57Et toi, le soir, tu te repalpes la poitrine.
16:59Et comme tu sais que tout va bien,
17:00ça te sert de base pour la suite
17:01en te disant, OK, là, j'ai une boule,
17:02mais le médecin m'a expliqué ce que c'était,
17:04donc j'en suis pas inquiète.
17:05Et les fois suivantes,
17:06tu continueras de sentir cette boule-là,
17:07mais tu sauras qu'elle est normale, entre guillemets.
17:11Les participants à cet atelier de prévention
17:13se sentent démunies face aux causes probables
17:16de l'augmentation du nombre de cancers du sein.
17:19Tout ce qui est produit transformé aujourd'hui,
17:21les micro-bières, les micro-blastiques,
17:22en fait, même la pollution,
17:25tout ce qu'il y a autour de nous,
17:26tous les perturbateurs reclinés,
17:28exactement, en fait,
17:28c'est énormément de choses
17:30qui peuvent causer un cancer.
17:32Il y en a dans toute notre consommation,
17:34notre alimentation.
17:35Il n'y a pas encore suffisamment d'études,
17:37je pense,
17:38qui prouvent le direct lien
17:40entre ça et les cancers.
17:42Mais il y a de plus en plus de médecins
17:43qui en parlent
17:44et c'est pas un mystère non plus,
17:45il y a de plus en plus de femmes
17:46et de jeunes de nos âges
17:48qui ont des cancers.
17:48L'épreuve manque à l'heure actuelle
17:54afin de démontrer une corrélation
17:56entre les causes environnementales
17:58et l'explosion du nombre de cancers.
18:01Pour y remédier,
18:02une équipe de recherche
18:03dirigée par Mathilde Touvier
18:05mène l'étude NutriNet Santé
18:07depuis 2009
18:08auprès de 180 000 volontaires.
18:11Aujourd'hui,
18:12on a vraiment des questions de recherche
18:14qui se posent
18:15sur des expositions,
18:17par exemple,
18:17à certains additifs alimentaires,
18:19à certains pesticides,
18:20aux aliments ultra-transformés.
18:21On a voulu ici avoir une étude
18:23avec un niveau de précision important,
18:26donc trois journées
18:27d'enregistrement alimentaire
18:29de 24 heures
18:29tous les six mois
18:30où les participants
18:32vont même remplir
18:33le nom commercial,
18:34la marque des produits consommés.
18:36Donc nous,
18:36ça nous permet vraiment
18:36d'avoir un niveau de détail
18:37très très fin.
18:39Et on a aussi collecté
18:40ces échantillons de sang,
18:42d'urine, de sel
18:43pour étudier les mécanismes
18:44physiologiques, pathologiques
18:46qui sous-tendent
18:47ces relations alimentation-santé.
18:50En analysant les données
18:51des participants
18:52à l'étude Nutrinet Santé,
18:54Mathilde Touvier
18:55et son équipe
18:56ont démontré
18:56que la consommation
18:57de certains additifs alimentaires
18:59est associée
19:00à un risque accru de cancer.
19:03Les niveaux de preuve
19:03ne sont pas encore suffisants
19:04pour pouvoir conclure
19:05avec fermeté.
19:06On voit toutefois
19:08qu'il y a des liens avérés
19:10entre alimentation
19:11et risque de cancer,
19:13cancer du pancréas,
19:15cancer colorectal,
19:16vraiment différents types
19:17de cancers,
19:17cancer du sein également,
19:19avec cette fois-ci
19:20des facteurs de risque
19:20qui sont historiquement
19:21très connus.
19:23On pense par exemple
19:24aux charcuteries
19:25qui ont été classées
19:26cancérigènes
19:27par le Centre international
19:28de recherche
19:29contre le cancer
19:30de l'OMS
19:31ou encore des viandes rouges
19:33classées cancérigènes
19:35probables.
19:36Si le lien de causalité
19:39entre alimentation
19:40et cancer est avéré,
19:42d'autres facteurs de risque
19:43sont encore mal évalués,
19:45en particulier
19:46les expositions multiples.
19:49Le caractère très complexe
19:51de notre époque,
19:53c'est l'effet cocktail.
19:54C'est-à-dire qu'on a
19:56probablement plusieurs expositions,
19:58on voit bien
19:59les perturbateurs endocriniens,
20:02les pollutions atmosphériques,
20:04itératives,
20:05les ondes aussi,
20:06enfin on ne sait pas,
20:07c'est quand même
20:07un changement majeur
20:08de notre environnement,
20:09la saturation
20:10de notre environnement.
20:12Tout ça,
20:13c'est très intriqué,
20:14il n'y a pas de réponse
20:15simple à ce sujet.
20:17Ce qui est certain,
20:18c'est que le registre,
20:20ça fait partie
20:21de l'arsenal
20:21des pouvoirs publics
20:22pour bien prendre en charge
20:24la question du cancer
20:25dans notre pays.
20:26Et pour le coup,
20:27il est vital,
20:27il est essentiel en fait.
20:28voilà.
20:31Jusqu'ici,
20:32la France ne disposait pas
20:34de registres nationals
20:35recensant les cas de cancer
20:36de façon exhaustive.
20:38Elle faisait figure
20:39d'exception en Europe.
20:41Désormais en vigueur,
20:43ce registre pourrait aussi
20:44améliorer le parcours
20:45de soins des patients.
20:46« Bonjour.
20:47Bonjour.
20:50Quel patient aujourd'hui ?
20:51J'ai vu qu'il check.
20:53Elle a deux.
20:54Ouais.
20:55Comment est-ce qu'il va
20:56là aujourd'hui ?
20:57Il est douloureux.
20:58Ouais.
20:59Il n'a pas bien dormi.
21:00À l'hôpital Saint-Louis
21:00à Paris,
21:01le docteur Boissel
21:02soigne des patients
21:03âgés de 15 à 30 ans.
21:05Il espère
21:06que le registre national
21:07va favoriser
21:08un suivi des jeunes
21:09tout au long de leur vie.
21:12On va galérer
21:1285% de ces jeunes
21:14et on est
21:15très intéressés
21:16par le devenir
21:18au long cours
21:18de ces patients.
21:20Quelles sont
21:20les séquelles
21:21qui vont développer ?
21:22Comment est-ce
21:22qu'elles vont être
21:23prises en charge ?
21:24Que ce soit
21:25des séquelles somatiques,
21:26c'est-à-dire du corps,
21:27mais aussi
21:28des séquelles psychologiques
21:30ou psychosociales,
21:31organisationnelles.
21:32Comment est-ce
21:33qu'on va être
21:33en capacité
21:34de les accompagner
21:35à la fois
21:35dans la détection
21:36de la prise en charge
21:37de ces séquelles,
21:38mais aussi
21:39dans leur retour
21:41vers la vie normale,
21:43même si c'est
21:44un terme
21:45que je n'aime pas
21:45beaucoup utiliser ?
21:48Pour mieux accompagner
21:50les jeunes
21:51touchés par un cancer,
21:53Hugo s'est engagé
21:54au sein
21:54de l'association
21:55Aïda.
21:57Ce soir-là,
21:58il a donné rendez-vous
21:59à deux autres bénévoles.
22:01Ils viennent jouer
22:01avec un patient
22:02de leur âge,
22:03hospitalisé pour un cancer
22:04dans le service
22:05du docteur Boisselle.
22:07Hugo, du coup,
22:09Lauriane, c'est toi ?
22:10Ah, c'est pas.
22:10Du coup,
22:11vous vous rappelez
22:11des règles ou pas ?
22:12Je fais un petit jeu
22:13en arrière et tout.
22:14OK, déjà,
22:15pas avoir fumé
22:15une heure avant.
22:16Parfum pareil,
22:17pas de parfum,
22:18on égoutte, parfait.
22:20On va se laver les mains
22:21avant de rentrer
22:21dans la salle
22:22et ensuite,
22:23on part pour 1h30.
22:24Ça va le faire.
22:25Génie, parfait.
22:25Je pars du principe
22:26que je suis juste
22:27avec des jeunes
22:28et qu'on va juste jouer
22:29et s'amuser ensemble.
22:30Et c'est ça le principal.
22:31Et c'est pour ça
22:31que j'oublie toute la partie
22:33cancer qu'il peut y avoir.
22:34Et je me dis juste
22:35qu'on va être ensemble
22:36pendant 1h30.
22:38Ah ouais, du coup,
22:38maintenant,
22:38on est obligé
22:39de reprendre les masques.
22:40Ouais, c'est bon.
22:40Ouais, c'est bon.
22:41Ouais, c'est bon.
22:47Quand on pioche une carte,
22:48on piffe,
22:49et genre,
22:50il y a un thème,
22:51par exemple,
22:52coton-tige.
22:52Du coup,
22:53question 1,
22:54c'est genre,
22:54un coton-tige,
22:55parce qu'il y a du coton dedans.
22:56Donc, tu vois,
22:57oui ou non,
22:57enfin, je sais que c'est oui.
22:58Éper facile.
22:58La question 10,
22:59c'est genre,
22:59qui a inventé le coton-tige ?
23:01C'est genre,
23:01là, t'es foutu, OK ?
23:02Allez, let's go.
23:04Quelle est la durée des jours
23:05exprimées en heures
23:07dans une année bisextuelle ?
23:08C'est comme une année
23:10pas bisextuelle, quoi.
23:11Donc, la réponse,
23:11c'est quoi ?
23:12Les 24 heures.
23:12Ouais, c'est ça.
23:13Ah, je serais bien compris.
23:16Ouais ?
23:17Yes !
23:18Deux pas,
23:19je fais un pop souvent.
23:20Je ne sors pas beaucoup
23:20de ma chambre.
23:21Ça veut dire,
23:23en vrai,
23:24ça fait plaisir.
23:27Voilà.
23:27Ça fait plaisir,
23:29parce que c'est des personnes
23:30dont on va dire notre âge,
23:32tout ça,
23:32notre génération.
23:33Donc,
23:35ça donne le sourire quand même,
23:36ça remonte un peu le moral.
23:38Comme j'ai la forme,
23:39je profite avant que
23:40je reprends la chimie
23:42ou tout ça
23:43et que
23:43je n'aurai pas la foi de sortir.
23:45Lauriane a perdu son cousin
23:49âgé de 30 ans
23:50d'un cancer du pancréas.
23:52Depuis,
23:52elle est devenue bénévole.
23:54Moi,
23:55j'avais un rapport
23:55qui était souvent négatif
23:56avec l'hôpital
23:57et là,
23:58on découvre des salles de jeu,
23:59des moments comme ça,
24:01intemporels
24:02où on perd complètement
24:03la notion du temps,
24:03sans téléphone
24:04et en fait,
24:05ça t'apprend tout
24:06sur l'humain,
24:07sur les relations,
24:09sur les gènes.
24:10On découvre des gènes
24:10qui surmontent des choses
24:12qui sont hyper dures,
24:13desquelles on ne pourrait
24:14même pas imaginer
24:15mais qui ont malgré tout ça
24:16un moment pour jouer
24:18à un jeu de société,
24:18faire des blagues,
24:19rigoler avec nous,
24:20etc.
24:20Et moi,
24:20je ressors boostée
24:21en général de ces expériences.
24:29La course,
24:30ça m'apporte beaucoup
24:31déjà physiquement
24:32et mentalement,
24:33moi,
24:33je me dis que
24:34si je fais du sport,
24:35je vais bien.
24:35Si je vais bien,
24:36je réduis le risque
24:38de retrouver malade,
24:40prendre le dessus
24:41sur la maladie
24:42et essayer d'aller de l'avant,
24:43tourner la page.
24:44On part pour la Rosaline Race
24:54et donc pour la deuxième année,
24:56on va relier
24:57depuis nos bureaux
24:58ici à Paris
24:59un hôpital
25:00qui a beaucoup de sens
25:01pour moi,
25:01c'est l'hôpital
25:01qui me suit
25:02au niveau de mon cancer,
25:04c'est l'hôpital Foch
25:04à Suresnes.
25:05Donc là,
25:05on est parti
25:06pour 11 km de course.
25:077 ans après l'annonce
25:26du diagnostic,
25:28Yann se décrit
25:29comme un miraculé,
25:30mais l'épreuve
25:31ne l'a pas laissé indemne.
25:32Comme lui,
25:35ce sont près de 15 000 jeunes
25:36diagnostiqués chaque année
25:37qui vont devoir vivre
25:39avec les séquelles du cancer.
25:40Sous-titrage Société Radio-Canada
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