- il y a 8 mois
Bruno Patino, président d’Arte, auteur de la BD “9 secondes, la civilisation du poisson rouge: Petit traité sur le marché de l'attention” (Dupuis) et Servane Mouton, neurologue, co-présidente de la commission sur l’impact de l’exposition des jeunes aux écrans en 2024 sont nos invités. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mercredi-21-janvier-2026-3264037
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00:00Pourquoi est-il si difficile de lever la tête si un revenant du passé venait nous visiter ?
00:06Que penserait-il de notre humanité ? Les yeux rivés sur ces rectangles lumineux,
00:11tous accros à nos smartphones, aux vidéos qui défilent, aux messages qui ne peuvent pas attendre.
00:17Que dit la science de leur effet sur nos cerveaux et ceux des plus jeunes ?
00:21Comment les protéger ? L'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans débattue lundi prochain à l'Assemblée.
00:26Est-elle la solution ? Benjamin Duhamel, on en parle avec les deux invités du Grand Entretien ce matin.
00:33Bonjour Bruno Patino.
00:34Bonjour.
00:34Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:37Vous êtes président d'Arte.
00:38Votre livre « La civilisation du poisson rouge » a fait date et il est actualisé,
00:43adapté en une bande dessinée que vous signez avec Morgane Navarro chez Dupuis
00:47et qui sortira le 6 février prochain.
00:50Bonjour Servane Mouton.
00:50Bonjour.
00:51Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:53Vous êtes neurologue, co-présidente de la commission d'experts sur l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans
00:58qui a remis son rapport en avril 2024 à l'Élysée.
01:01Nous sommes tous concernés donc venez dialoguer avec nous chers auditeurs au 01 45 24 7000
01:07et sur l'appli Radio France.
01:09Bruno Patino, il y a 6 ans vous publiez cet essai qui avait beaucoup fait parler.
01:14Ça s'appelait « La civilisation du poisson rouge » vendu à plus de 150 000 exemplaires.
01:19Vous y présagiez une nouvelle génération, stupide il faut le dire, incapable de retenir une information
01:25et de se concentrer plus de 9 secondes à cause de l'omniprésence des écrans.
01:30C'était il y a 6 ans.
01:31Est-ce qu'aujourd'hui plus que jamais, on est tous devenus des poissons rouges ?
01:36D'abord, je n'ai jamais dit que c'était une génération.
01:39Je pense que nous sommes tous concernés par ça.
01:42Alors évidemment, les plus jeunes sont les plus fragiles.
01:44Mais en réalité, oui, ce que j'écrivais à l'époque et est toujours vrai,
01:50c'est qu'en fait, ces écrans, mais surtout la connexion permanente,
01:55mettent en place des mécanismes qui sont faits pour nous rendre dépendants.
02:00C'est-à-dire que ce n'est pas un hasard, ce n'est même pas la technologie elle-même,
02:04c'est un peu plus que ça, c'est-à-dire la technologie et son modèle économique.
02:07Et l'explication était assez simple, en fait, c'était que le modèle économique
02:12de ces grandes plateformes, des réseaux sociaux et autres,
02:15dépend du temps que vous passez sur vos écrans, en réalité.
02:20Plus vous passez de temps sur un réseau social, sur un écran connecté,
02:24plus il est capable de vous vendre de la publicité, mieux il gagne sa vie.
02:27Donc évidemment, il a tout intérêt à vous faire passer le plus de temps possible.
02:31Et pour cela, qu'est-ce qu'il va faire ?
02:33Il va développer des instruments pour vous rendre justement dépendants.
02:36Et ce que disait le livre à l'époque, et je pense qu'aujourd'hui,
02:40évidemment, on s'en rend tous compte...
02:42Mais c'est encore pire aujourd'hui ou pas ?
02:44Oui, parce que les instruments sont toujours là.
02:46Et on parle de ça aujourd'hui parce que ces instruments sont toujours là.
02:49À un moment donné, on parlait d'une économie de casino.
02:52L'économie de casino, c'était quoi ?
02:54C'était des repentis de la Silicon Valley qui disaient ça.
02:57C'était qu'en fait, on a appliqué à un certain nombre d'outils numériques
03:01le principe d'organisation des machines à sous.
03:04Donc je ne vais pas être trop long ici, mais c'est très clair.
03:07Une machine à sous, c'est fait pour vous rendre dépendant.
03:09Vous avez envie d'y jouer, même quand vous perdez, si j'ose dire.
03:12Eh bien, les écrans, beaucoup d'écrans connectés,
03:14j'insiste sur le fait connectés, sont organisés comme ça.
03:17Servan Mouton, on va essayer de comprendre avec vous
03:19ce qui se passe dans nos têtes, dans celles des plus jeunes,
03:23quand on est en train de faire défiler des vidéos sur son smartphone,
03:27quand on consulte les réseaux sociaux.
03:29D'abord, essayons ensemble de poser le constat scientifique d'objectiver les choses.
03:34Est-ce qu'il est établi aujourd'hui que les écrans sont dangereux pour la santé ?
03:39Le constat scientifique aujourd'hui est sanitaire et alarmant et inquiétant.
03:44et ils reposent sur des faits qui ne sont plus débattus,
03:49des effets sur la santé déjà somatique,
03:53c'est-à-dire la santé physique.
03:55Les écrans reposent sur une technologie
03:57qui, indépendamment du contenu, va avoir des effets sur la santé physique.
04:01La vision, avec une épidémie mondiale de myopie.
04:05La sédentarité, qui est un facteur de risque cardiovasculaire,
04:08qui va favoriser les maladies métaboliques et cardiovasculaires.
04:11La sédentarité est évaluée surtout dans les études
04:16concernant les moins de 18 ans par le temps récréatif passé sur écran.
04:20Et enfin, le sommeil.
04:21Le sommeil qui est un pilier de notre santé.
04:23Et les activités sur écran, en particulier lorsqu'elles utilisent l'économie de l'attention,
04:28vont empiéter sur les heures de sommeil.
04:31Vous êtes neurologue.
04:33Quand Bruno Patino parle de nos fournisseurs de dopamine,
04:37pour décrire les concepteurs de ces applis,
04:40expliquez-nous ce qui se passe dans notre cerveau,
04:44ce qui fait qu'on a tant de mal à s'extraire des réseaux, des vidéos.
04:49On a du mal à s'arrêter.
04:51Expliquez-nous ce qui se passe.
04:52Je crois que c'est un point très important,
04:53parce qu'il faut, quand on parlera peut-être après de la régulation
04:58et de cette question actuellement de l'interdiction des réseaux sociaux
05:01au moins de 15 ans,
05:02et que certains opposent le fait que cela pourrait représenter une privation de liberté,
05:07je pense qu'il est important de se poser la question
05:08de notre liberté face à la conception de ces plateformes.
05:12Le terme de réseau social est un élément de langage intéressant,
05:16mais ce ne sont pas des réseaux sociaux.
05:17Ce sont des plateformes de captation des données à des fins de monétisation
05:23pour optimiser les revenus publicitaires.
05:26Leur but n'est pas de nous mettre en lien,
05:28de nous permettre de nous informer correctement
05:29et de nous permettre de partager des connaissances en réalité.
05:32Le but, c'est de faire de l'argent.
05:34Et donc quoi ? D'activer le système de la dopamine ?
05:38Un des piliers de notre fonctionnement et qui va guider nos comportements
05:43est le système de récompense,
05:45dans lequel la dopamine intervient pour, en particulier,
05:49nous motiver à faire des actions,
05:50plutôt qu'à nous faire ressentir du plaisir.
05:52C'est plutôt le fait d'avoir envie de faire quelque chose
05:55qui est modulé par la dopamine,
05:57qui est plutôt un neuromodulateur.
05:59Et ce système de récompense va être mis en jeu de multiples façons
06:03par ces interfaces, par ces plateformes,
06:05qui va donc nous amener à rechercher des stimulations,
06:11des stimuli, des activités qui vont le mettre en jeu.
06:14Cela va aussi s'appuyer sur le fait que nous ne supportons pas
06:18de perdre des choses.
06:20Par exemple, de perdre un statut social,
06:23ces flammes sur Snapchat qui disparaissent
06:25lorsqu'on arrête d'y être pendant quelques jours.
06:28Les likes.
06:28Voilà, la diminution du nombre de vues,
06:30la diminution du nombre de followers, par exemple.
06:35Et puis aussi, et ce n'est pas beaucoup plus,
06:38c'est largement aussi important et fourbe, je dirais,
06:44c'est ce qui est mis en jeu pour chanter nos capacités d'autorégulation,
06:48nos capacités de contrôle et de choix.
06:51Donc, notre liberté de choisir ce que nous allons faire
06:53en faisant en sorte que nous n'ayons pas le temps de réfléchir
06:56en enchaînant les actions,
06:58en faisant en sorte que notre attention est en permanence
07:01captée, captivée par différents stimuli
07:03pour que nous restions sur cette interface
07:05plutôt que d'aller dans la vie extérieure
07:07ou sur une autre activité.
07:09Tout cela se combine pour nous rendre captifs
07:12d'un univers lucratif pour une poignée d'individus.
07:15Bruno Patineau, on parle ici du constat scientifique,
07:19mais simplement pour ceux qui nous écoutent ce matin
07:21et qui se disent peut-être, on parle systématiquement
07:23de façon péjorative des écrans,
07:25de ces nouvelles technologies
07:27et qui peut-être se disent, il y a 40 ans, 50 ans,
07:30on disait la même chose, des jeunes qui regardaient la télévision,
07:33qui étaient en contact avec certaines nouvelles technologies.
07:37Est-ce que tout est à jeter ?
07:40Ou est-ce que peut-être dans quelques années,
07:41on regardera avec un autre recul
07:43ce qui, par exemple, peut être dit dans cet échange ?
07:46Mais comme vous le savez, la télévision est régulée aujourd'hui.
07:50Même dans ses mécanismes de captation d'audience,
07:52il y a des choses qui ne lui sont pas permises,
07:54qu'elles soient privées ou publiques.
07:56C'est-à-dire qu'à un moment donné, si vous voulez,
07:58vous avez raison en disant,
08:00il ne s'agit pas de condamner
08:01ni la connexion, ni l'interconnexion.
08:05Mais juste, et je pense qu'on dit
08:06exactement la même chose en fait,
08:07c'est-à-dire juste qu'à un moment donné,
08:09quand vous avez un modèle économique
08:12qui n'est pas régulé,
08:13eh bien il va essayer de capter le plus possible
08:16de ce qu'il peut capter de vous,
08:18donc de vos données et de votre temps.
08:20Ce que les gens de Stanford
08:22appellent le brain hacking,
08:24c'est-à-dire le fait à un moment donné
08:25de parasiter votre cerveau, justement,
08:28ce qui a été parfaitement décrit là,
08:29pour capter votre attention en permanence,
08:32ça n'est pas régulé aujourd'hui.
08:34Il n'y a pas de limite.
08:35Il y a eu des tentatives,
08:36européennes ou autres,
08:37pour essayer de limiter à ça,
08:39mais il faut bien comprendre aujourd'hui
08:40que ce n'est pas le réseau lui-même,
08:44ce n'est pas Internet lui-même.
08:46Imaginez un réseau social
08:47qui aurait été totalement gratuit,
08:49par exemple,
08:50c'est-à-dire non publicitaire,
08:52organisé comme Wikipédia,
08:53ou un réseau social
08:55qui fonctionnerait par abonnement.
08:58Il n'aurait pas,
08:58il ne développerait pas
08:59les mêmes instruments
09:00pour en permanence vous solliciter.
09:03Aujourd'hui,
09:04il y a plus de 80 à 90 sollicitations par jour
09:07qui nous sont faites
09:07sous forme de notifications.
09:10Autrefois,
09:11quand les notifications se sont lancées,
09:12on ne disait pas plus d'une par semaine.
09:14Et donc, il faut bien voir
09:15que cette constance
09:18qu'ont ces instruments,
09:19qu'ont ces entreprises,
09:20à nous dire
09:20« Eh oh, viens me voir, viens me voir,
09:22viens me voir, viens me voir »,
09:22ça hack notre temps.
09:24Et donc, pensez qu'à un moment donné,
09:25on peut s'en extraire.
09:26Moi, j'écoute avec attention
09:28le discours scientifique.
09:29Je ne suis pas scientifique,
09:30mais si vous voulez,
09:32je n'étais pas en mesure
09:32de savoir
09:33que nos cerveaux
09:34étaient en train de changer,
09:35mais nos comportements,
09:36oui, c'est une évidence.
09:37Tout le monde le sait.
09:38Tout le monde vous.
09:38Donc, on peut réellement
09:40parler d'addiction.
09:41Il y a un mécanisme
09:43de création de la dépendance
09:44et on est addict
09:46aux réseaux sociaux,
09:47aux vidéos courtes,
09:48comme on le serait
09:49pour le tabac,
09:50l'alcool.
09:51C'est la même chose ?
09:52Servaine Mouton ?
09:53Aujourd'hui,
09:54on ne peut pas dire cela.
09:55Ormi pour les jeux vidéo en ligne.
09:57Les jeux vidéo en ligne
09:58sont connus
09:59comme un trouble
10:00de type addictif,
10:02un trouble du comportement
10:03de type addictif.
10:04La classification internationale
10:05des maladies,
10:06ce n'est pas le cas
10:06pour les réseaux sociaux.
10:09C'est le cas
10:09pour les jeux d'argent
10:10en ligne également.
10:11Mais que les mécanismes
10:12soient similaires,
10:13que les mêmes régions
10:14du cerveau soient impliquées,
10:15oui.
10:16Après, la discussion
10:16de la reconnaissance
10:17en termes d'addiction
10:19prend du temps.
10:21Il faut des consensus.
10:22Vous, vous considérez
10:23que c'est une addiction ?
10:24En tout cas,
10:25lorsque nous avons travaillé
10:26dans la commission
10:27avec notamment
10:28le professeur Amin Beniamina
10:30qui est psychéâtre addictologue
10:31et une référence
10:32sur ces questions,
10:32pour lui,
10:33il parlait sans hésiter
10:35de processus addictogènes
10:36même si, encore une fois,
10:37on n'a pas le droit
10:37de parler d'addiction
10:38stricto sensu.
10:39Je rappelle, Servaine Mouton,
10:40que vous êtes neurologue.
10:41Et là encore,
10:42quand on regarde
10:43et on commence à avoir
10:44un petit peu de recul
10:44par rapport à ces technologies,
10:46l'effet qu'elles peuvent avoir
10:47sur des cas cliniques.
10:49Donc, à la fois les jeunes,
10:50les moins de 25 ans,
10:51mais aussi les moins jeunes,
10:52ceux qui ont découvert
10:53les réseaux sociaux,
10:55les téléphones portables
10:56sur le tard.
10:56Qu'est-ce qu'on constate
10:58très concrètement
10:59sur ces cas cliniques ?
11:01Alors, cas cliniques
11:03et littérature scientifique,
11:04il y a un rapport,
11:04un avis de l'ANSES
11:06qui a été publié
11:07la semaine dernière
11:09sur les réseaux sociaux
11:10et la santé mentale
11:11des adolescents
11:13et qui fait état
11:15d'une altération
11:16de la santé mentale
11:17en lien avec
11:18l'usage des réseaux sociaux,
11:20en particulier
11:20chez les adolescents
11:21qui ont une vulnérabilité,
11:23mais on entend vulnérabilité
11:23au sens très large.
11:24Donc, cela peut être
11:25des difficultés scolaires,
11:28un contexte familial compliqué,
11:30ça peut être simplement
11:30d'appartenir à une minorité
11:32sur un plan ou sur un autre.
11:34Et aussi parce que
11:34leur développement cérébral
11:35n'est pas tout à fait terminé ?
11:37Parce que le neurodéveloppement
11:38en effet n'est pas terminé,
11:39que les régions du cerveau
11:41qui arrivent à maturation
11:42en dernier
11:43sont les régions
11:43les plus antérieures,
11:44en particulier
11:44les cortexs préfrontal
11:45qui est impliqué
11:47dans l'autorégulation
11:48et qui va donc faire
11:49que les plus jeunes
11:50sont moins aptes
11:51à s'autoréguler,
11:52d'autant plus
11:52face à des plateformes
11:54qui vont chanter
11:55ces capacités d'autorégulation
11:56sur un cerveau
11:57qui n'est pas mature.
11:58Et que dire de l'attention ?
12:00Sur l'attention,
12:01en essayant d'être brève
12:04nous avons deux types
12:06d'attention.
12:07On a une attention
12:07qui est automatique
12:08et qui va être mise en jeu
12:11lorsque une notification arrive,
12:13lorsqu'un tigre
12:14passe dans notre environnement
12:16et qu'il faut vite réagir
12:17et partir.
12:18Heureusement,
12:18ça n'arrive pas tous les jours.
12:19Ça n'arrive pas tous les jours
12:20mais c'est très utile
12:21en situation.
12:22Et donc cette attention automatique
12:23elle est mise en place
12:23très tôt.
12:24Elle est efficace très tôt
12:25dans la vie,
12:25un nouveau-né.
12:27Déjà cette attention automatique
12:28qui fonctionne.
12:29Et l'autre attention
12:30qui est l'attention volontaire
12:32ou dirigée,
12:32elle demande du temps.
12:33Elle demande de l'entraînement,
12:35elle demande de la régularité
12:36dans les tâches
12:37qui vont la solliciter.
12:39Les écrans,
12:41réseaux sociaux,
12:41jeux vidéo en ligne,
12:42dessins animés,
12:43sollicitent quasiment exclusivement
12:45l'attention automatique.
12:47Ce sont une multitude
12:48de sons,
12:49d'images
12:50qui s'enchaînent
12:50des mouvements rapides.
12:51La nouveauté
12:51qui stimule de façon très forte
12:53cette attention automatique,
12:55c'est aussi l'information.
12:56Toutes ces choses-là
12:57vont stimuler
12:57l'attention automatique.
12:59Mais pas la concentration.
13:01On n'a pas besoin
13:02de la mettre en jeu
13:04lorsque l'on fait ces tâches-là.
13:05Et si un enfant,
13:07un adolescent
13:07est confronté
13:09de façon répétée,
13:11régulière
13:11à des produits
13:14qui sollicitent
13:15son attention automatique,
13:17cela peut se faire
13:17au détriment
13:18de la sollicitation
13:18et de la mise en place
13:19de son attention volontaire
13:20ou dirigée
13:21et donc de ses capacités
13:21de concentration.
13:22Et c'est ce qu'on observe aujourd'hui.
13:23Bruno Patino,
13:24si France Inter
13:25consacre cette journée
13:26à la question des écrans,
13:27c'est parce qu'il y a
13:28un certain nombre
13:28d'initiatives politiques
13:30dont cette proposition de loi
13:31pour interdire les réseaux sociaux
13:33au moins de 15 ans.
13:35Est-ce que, là encore,
13:36c'est la bonne façon,
13:37selon vous,
13:37de traiter le sujet ?
13:39Il y a tout un tas de questions.
13:40Il y a des questions de principe,
13:41il y a des questions de faisabilité.
13:44Est-ce que c'est une bonne idée
13:46de chercher à interdire
13:47les réseaux sociaux
13:48au moins de 15 ans ?
13:49D'abord,
13:51c'est une bonne idée
13:52de s'intéresser au sujet.
13:54C'est la première chose
13:55parce que tout ce qui a été dit,
13:56ce qu'on essaie de montrer,
13:57c'est que l'autorégulation
13:59ne viendra pas
14:00parce que trop d'enjeux économiques
14:02et j'allais dire
14:03l'auto-éducation,
14:05ce que j'entends parfois,
14:06c'est-à-dire oui,
14:06ça va passer,
14:07c'est une génération
14:08qui doit s'habituer,
14:09etc.
14:10Ça ne passera pas
14:10puisque les instruments sont là.
14:12Les instruments sont là
14:13pour nous rendre,
14:14alors,
14:15pour développer ces mécanismes
14:17d'assuétude
14:18ou d'addiction.
14:18Donc après,
14:20c'est une question d'approche.
14:21Il y a aussi
14:22qu'est-ce qui est possible de faire
14:23ou qu'est-ce qui est souhaitable ?
14:25Dans ce qui est souhaitable de faire,
14:26moi,
14:27personnellement,
14:28en tout cas,
14:28à travers les autres livres
14:29que j'ai pu écrire,
14:30moi,
14:31j'ai toujours pensé
14:31que ce qui était le plus souhaitable,
14:32c'était non pas de s'attaquer,
14:34si j'ose dire,
14:35à la superstructure,
14:36mais à l'infrastructure,
14:37c'est-à-dire à faire
14:38de la régulation algorithmique
14:39qu'on appelle en anglais
14:41algorithmic accountability,
14:43c'est-à-dire qu'à un moment donné,
14:44de modifier le design des algorithmes
14:46pour que, justement,
14:48ces mécanismes d'assuétude
14:50et de dépendance.
14:51Mais il est sûr qu'aujourd'hui,
14:52quand on regarde
14:53l'état politique de la planète,
14:55Pierre Aski en a parlé tout à l'heure,
14:57quand on regarde
14:58les difficultés
14:58de faire face,
15:00j'allais dire,
15:01d'un moment donné,
15:02de canaliser le modèle économique
15:03de ces grandes entreprises,
15:04on n'y arrive pas.
15:05Et donc,
15:06du coup,
15:07ça force à utiliser ce levier.
15:09Que la coercition.
15:10Il ne reste pas que la coercition,
15:12c'est-à-dire qu'à défaut,
15:13et moi, je le regrette,
15:15à défaut de pouvoir agir
15:16sur ces grandes entreprises,
15:17eh bien,
15:18on essaye,
15:19on va dire,
15:20de protéger
15:21un certain nombre
15:22d'utilisateurs
15:23et donc d'être plutôt
15:24dans cette logique
15:25d'interdiction
15:26ou de restriction
15:27au moins de 15 ans
15:27qui ont des tas
15:29d'effets,
15:29d'effets sans doute
15:30non souhaitables,
15:32mais qui,
15:33quand même,
15:34à un moment donné,
15:35ont le mérite
15:36de montrer,
15:38si vous voulez,
15:39que là,
15:39quelque chose,
15:40que ça n'est pas anodin
15:42et que surtout,
15:42c'est,
15:43je vais reprendre
15:44une publicité
15:45qui autrefois était
15:45pour des jeux,
15:47justement,
15:47c'est plus fort que toi.
15:50Les premiers concernés
15:52qui sont les ados,
15:53ils sont souvent
15:54très conscients
15:55de leur dépendance.
15:56On en a enregistré
15:58une dizaine
15:59pour cette journée spéciale
16:01sur France Inter.
16:02Ils sont majoritairement
16:03pour l'interdiction
16:04des réseaux sociaux
16:05aux moins de 15 ans.
16:06Certains nous disent
16:08ça détruit notre productivité,
16:10ça détruit notre mental.
16:11Je passe mon temps
16:12sur mon téléphone.
16:13On a voulu savoir
16:14ce que tu en pensais,
16:16ce que vous en pensiez,
16:16Pauline.
16:17Je te tutoie,
16:18mais je dois vous voyer,
16:19Pauline,
16:20vous avez 14 ans.
16:22Qu'est-ce que vous en dites,
16:23vous,
16:23de cette interdiction
16:24des réseaux sociaux
16:24aux moins de 15 ans ?
16:26Je pense que c'est bien
16:27de les mettre à 15 ans
16:28parce qu'on a le temps
16:29de se développer
16:30à un minimum
16:31et après un peu affronter
16:33la vie des grands,
16:36on va dire.
16:36à 15 ans,
16:38on est au lycée
16:39et on découvre
16:40un peu la vie réelle.
16:42Mais vous,
16:42vous utilisez
16:43les réseaux sociaux
16:44depuis longtemps déjà ?
16:46Non,
16:46moi je ne les ai pas
16:47et je les aurais
16:48à 15 ans du coup.
16:49Ah oui,
16:50donc vos parents
16:51et vous avez résisté.
16:53Oui,
16:54mes parents.
16:55Mais simplement,
16:56Pauline,
16:57si vous n'avez pas
16:58vos réseaux sociaux,
16:58j'imagine qu'autour de vous,
16:59vos copains,
17:00vos copines les ont.
17:01Qu'est-ce que vous constatez ?
17:03Vous voyez qu'eux-mêmes
17:04ont conscience
17:05d'être dans une sorte
17:05de rapport
17:06un peu d'addiction
17:07à ces réseaux sociaux,
17:08ils en ont conscience ?
17:10Oui,
17:10ils ont conscience.
17:11Après,
17:12ils ont tous
17:12des temps d'écran
17:13pour réguler tout ça,
17:15pour réguler le fait
17:16pour ne pas qu'ils n'entendent
17:17de temps.
17:18Sinon,
17:19oui,
17:19ils ont conscience
17:19qu'il y a des moments
17:20où au lieu de faire
17:21leurs devoirs,
17:22ils sont sur TikTok,
17:24Instagram,
17:25etc.
17:26Donc du coup,
17:26vous,
17:26vous considérez
17:27que vous avez
17:27une utilisation raisonnée
17:29de votre smartphone ?
17:32Oui.
17:33Après,
17:33j'appelle beaucoup
17:33mes amis,
17:34mais sinon c'est tout.
17:35D'accord.
17:36Vous avez une idée
17:36de votre temps d'écran
17:37par jour ?
17:38Je pense
17:40deux heures,
17:42une heure.
17:42Deux heures,
17:43une heure,
17:43donc quoi ?
17:43Au téléphone ?
17:45Du coup,
17:46pas de Snapchat ?
17:48Non.
17:49Sur Spotify
17:49ou on appelle
17:51avec mes amis
17:51ou communication
17:52ou comme ça.
17:53Et simplement,
17:55Pauline,
17:55puisqu'on parle bien sûr
17:56des adolescents,
17:57des moins de 15 ans,
17:58mais on parle aussi
17:58des adultes.
18:00Et autour de vous,
18:01les adultes,
18:02je ne sais pas,
18:02vos parents,
18:03ils sont sur leur téléphone
18:04pendant les repas
18:05parce que parfois,
18:05les parents disent
18:06attention aux jeunes,
18:07il faut arrêter
18:07d'être sur les réseaux,
18:08mais eux-mêmes,
18:08ils sont aussi.
18:10Oui.
18:10Alors oui,
18:11pour le coup,
18:12ils sont sur leur téléphone.
18:13Voilà.
18:15Mais voilà.
18:19D'accord.
18:19Merci beaucoup,
18:20Pauline.
18:20Merci, Pauline.
18:21Moi, j'ai appris un mot
18:22en lisant votre BD,
18:23Bruno Patino,
18:24c'est le fnubbing.
18:25C'est quand quelqu'un
18:26nous parle
18:27et qu'on ne l'écoute pas
18:28parce qu'on regarde
18:29notre téléphone.
18:30C'est épouvantable.
18:31C'est le mal du siècle.
18:33C'est le mal du siècle.
18:34Mais vous avez des tas
18:35d'acronymes comme ça,
18:35le twoking aussi.
18:36C'est-à-dire que vous êtes
18:37en train de traverser la rue
18:38mais vous regardez
18:39votre téléphone portable.
18:40J'ai vu quelqu'un
18:41qui se prenait un arbre
18:42l'autre fois comme ça.
18:42Oui.
18:44On peut se prendre
18:44une voiture aussi,
18:45mais ça arrive.
18:46Et dans certains pays,
18:47d'ailleurs, c'est interdit.
18:48Mais c'est bien
18:50ce qu'a dit Pauline,
18:50votre auditrice,
18:51parce qu'encore une fois,
18:54il faut certes
18:55protéger les plus jeunes,
18:56mais la régulation,
18:57elle concerne tout le monde.
18:58Les outils concernent
18:59tout le monde aujourd'hui.
19:01Servane Mouton,
19:02le regard de la neurologue
19:03sur cette proposition de loi
19:05interdire les réseaux sociaux
19:06au moins de 15 ans,
19:09c'est la bonne solution.
19:10Il y a tout un tas
19:11d'autres initiatives.
19:12On sait aussi que le gouvernement
19:13souhaite interdire
19:13les portables au lycée,
19:15alors qu'aujourd'hui,
19:15ça concerne les...
19:17ça concerne les collèges.
19:18Ça, c'est quand même le signe.
19:19Je rappelle que vous aviez
19:19participé à cette commission
19:21en 2024.
19:22Vous aviez rendu un rapport
19:23au président de la République.
19:24Il y a cette prise de conscience.
19:26La prise de conscience est là.
19:28Ce que nous avions mis en avant
19:29dans le rapport,
19:30c'est que les premiers responsables
19:32sont les industriels.
19:33Donc la première régulation
19:34doit porter sur eux.
19:36Et faire porter la responsabilité
19:37d'un mésusage sur l'usager
19:39est une erreur.
19:41Encore une fois,
19:42l'économie d'attention
19:43est la cause de la majeure partie
19:46des problèmes que nous rencontrons aujourd'hui.
19:48Donc oui,
19:48l'interdiction est une solution
19:49et je ne vois pas
19:50quelle autre solution
19:51il pourrait y avoir.
19:52Et quand on veut interdire
19:53les réseaux sociaux
19:53au moins de 15 ans aujourd'hui,
19:56c'est presque
19:56la version faible
20:00d'une régulation
20:00qui aujourd'hui devrait
20:01concerner
20:02tous les individus.
20:04Puisque comme Pauline
20:05vient de le dire
20:05et comme on l'entend très souvent,
20:06les adultes aussi
20:07sont concernés par cela.
20:08Et si on regarde
20:09le Digital Service Act,
20:11la réglementation européenne
20:12qui théoriquement
20:13vise à assainir
20:14les pratiques
20:15des grandes plateformes
20:15en supprimant
20:16les algorithmes
20:18manipulateurs,
20:19trompeurs, etc.
20:20Alors les réseaux sociaux
20:21aujourd'hui ne sont pas
20:21conformes à la réglementation européenne.
20:23Donc ils ne devraient juste
20:23pas être autorisés
20:24à qui que ce soit.
20:25Ce qu'il faut dire aussi
20:26c'est que ça va soulager
20:27un peu les parents,
20:28enfin en tout cas
20:28asseoir leur autorité
20:29parce que jusqu'ici
20:30c'est à eux
20:30qu'était dévolu ce rôle
20:31de faire la police
20:32de l'usage des smartphones
20:35et des réseaux
20:35avec leurs enfants.
20:36Ce qui est une mission
20:36quasi impossible dans la pratique
20:38alors sauf pour Pauline
20:39et on félicite ses parents
20:40mais du coup
20:42ça va donner un coup de main
20:43aux parents là.
20:44Bien sûr
20:44parce qu'il va y avoir
20:46la question de la faisabilité
20:47de l'application technique
20:49de vérification de l'âge
20:51de façon éthique, etc.
20:52Mais avant tout
20:53cela aura une portée symbolique.
20:55Si on interdit
20:56le réseau social
20:56au moins de 15 ans
20:57les parents pourront
20:58se reposer
20:59sur un texte juridique
21:00et dire à leur enfant
21:01je ne suis pas d'accord
21:02non pas parce que
21:02je suis un extrémiste
21:04radical et réactionnaire
21:06mais parce que la loi
21:07l'interdit
21:07parce que ça n'est pas
21:08bon pour toi
21:08et que le législateur
21:11considère qu'il faut
21:12t'en protéger.
21:13Une dernière question
21:14avant de terminer
21:15nous avons Chantal
21:17à Paris.
21:18Bonjour Chantal
21:18on va essayer de mettre
21:19un petit peu d'optimisme
21:21dans ce débat.
21:22Bienvenue.
21:23Bonjour Chantal.
21:24Oui.
21:25Bonjour.
21:25Bonjour.
21:27Je suis contente
21:28que vous ayez pris
21:29ma question
21:30parce que
21:32Allô ?
21:34Oui.
21:34Allez-y Chantal
21:35on vous écoute.
21:36Oui, oui.
21:36Je suis une mamie
21:37je suis une maman
21:38et je suis une vieille dame
21:40et toutes ces générations
21:42ont évidemment
21:42des smartphones
21:43et je vois bien
21:45l'addiction
21:46je vois bien
21:46la diminution
21:47relationnelle
21:48entre nous
21:49qui existe
21:51elle est vraie
21:51mais
21:52mais
21:53mais
21:53je suis
21:55très positive
21:56en général
21:56dans la vie
21:57et je me pose
21:58la question
21:58depuis un moment
22:00qu'est-ce qu'il y a
22:01de positif
22:02dans ce progrès
22:03technologique
22:04qui puisse
22:05modifier
22:06faire avancer
22:07notre cerveau
22:09notre réflexion
22:10Merci
22:10Merci Chantal
22:11en deux mots
22:13parce qu'on n'a plus
22:14beaucoup de temps
22:14Servan Mouton
22:16puis Bruno Patino
22:16En deux mots
22:17c'est une innovation
22:18technologique
22:19qui nécessite
22:20une régulation
22:21et une réflexion
22:22qu'avons-nous à gagner
22:23à l'utiliser
22:24qu'avons-nous à perdre
22:25à l'utiliser
22:26et comment faire en sorte
22:26que cette innovation
22:27ne nous conduise pas
22:28dans un mur
22:29plutôt
22:30que dans un progrès
22:33est-ce que c'est possible
22:34et c'est une réflexion
22:35sociétale
22:35Bruno Patino
22:36Alors moi je crois
22:37que notre histoire
22:38avec le numérique
22:39c'est deux vecteurs
22:40forces opposés
22:40le premier c'est le réseau
22:42qui nous met tous ensemble
22:43nous connecte
22:43met l'information ensemble
22:45la connaissance et autres
22:46et c'est formidable
22:46et l'autre c'est l'économie
22:48de la donnée
22:48qui nous fragmente
22:49nous divise
22:50et nous rend
22:51souvent dépendants
22:53de son modèle économique
22:54et donc ce qu'on a à gagner
22:55je pense
22:55c'est de faire retriumphé
22:57la logique du réseau
22:58en régulant l'économie
23:00de la donnée
23:00On a cité
23:01Bruno Patino
23:02votre bande dessinée
23:03qui va sortir
23:04chez Dupuis
23:04avec Morgane Navarro
23:05et on a oublié
23:06et on le fait
23:07de citer ce tract
23:09chez Gallimard
23:10Servan Mouton
23:11écran
23:11un désastre sanitaire
23:12il est encore temps
23:13d'agir
23:13Merci à tout
23:14Et la BD s'appelle
23:159 secondes
23:15Tout à fait
23:169 secondes
23:16la civilisation du poisson rouge
23:18merci à tous les deux
23:19d'avoir été à notre micro
23:21ce matin
23:22France Inter
23:22crève l'écran
23:23la journée continue
23:24on parlera
23:24par exemple
23:25dans le débat de 9h30
23:26avec Sonia De Villers
23:27de la faisabilité technique
23:29de l'interdiction
23:30des réseaux sociaux
23:31au moins de 15 ans
23:32pour l'heure
23:33c'est la revue de presse
23:34qui arrive
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