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  • il y a 6 minutes
Patrick Martin, président du Medef, est notre invité pour évoquer les menaces de guerre commerciale brandies par le président américain, et le vote à venir du budget par 49.3. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-mercredi-21-janvier-2026-5362429

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Transcription
00:00Et justement, il est 7h48 sur Inter, quand Benjamin Duhamel vous recevez le président du MEDEF.
00:06Il est l'un des visages de l'inquiétude du monde économique ici en France face au bouleversement géopolitique,
00:10aux oucas de Donald Trump, inquiétude qui se transforme en colère quand il s'agit du budget national
00:16et des décisions prises par le gouvernement. Bonjour Patrick Martin.
00:18Bonjour.
00:19Merci d'être avec nous ce matin sur France Inta.
00:21Je voudrais d'abord vous entendre sur l'escalade commerciale qui menace entre l'Europe et les Etats-Unis.
00:25Plus 10% pour la France sur les droits de douane pour avoir envoyé des soldats au Groenland.
00:30Carrément 200% sur les vins et champagnes, promet Donald Trump, si Emmanuel Macron persiste à ne pas vouloir rejoindre son conseil de la paix.
00:37Il y aurait de quoi mettre à terre l'économie française, Patrick Martin ?
00:39Pas la mettre à terre, mais la fragiliser un peu plus.
00:43On reviendra, j'imagine, sur l'actualité politique nationale.
00:46Bien sûr.
00:47Bon, pour l'instant, on a encore de la croissance.
00:49Les entreprises sont résilientes en moyenne des secteurs d'activité.
00:52Mais on est évidemment très attentifs à tout signal contraire.
00:56Bon, à un moment donné, il faut que l'Europe dise stop à Donald Trump.
01:00Et ce moment est venu.
01:02Qu'elle dit stop, malgré les implications qu'aurait une guerre commerciale, qu'aurait des mesures de rétorsion prises par les Etats-Unis.
01:10C'est paradoxal, Patrick Martin.
01:12Vous êtes ici le porte-parole des entreprises, vous les défendez.
01:14Mais là, vous dites qu'il faut y aller, quitte à ce que ça implique des sacrifices pour les entreprises françaises.
01:19Je refais le parallèle avec les débats politiques français, c'est un peu l'équilibre de la terreur.
01:24C'est très malsain.
01:26Ne nous sortons pas de la tête que l'Europe est le premier marché mondial et que les Américains ont besoin de l'Europe.
01:31Alors, c'est plus ou moins sensible selon les secteurs d'activité.
01:34Mais il faut qu'on arrête de considérer qu'on est dans un rapport du fort au faible, le fort les Etats-Unis, le faible l'Europe.
01:41Donc, ce moment est venu, je le redis, ça peut avoir des effets de bord, ça peut être déstabilisant dans un premier temps.
01:47Enfin, si on courbe les Chines une nouvelle fois, il y aura de nouvelles épreuves à l'initiative de Donald Trump.
01:54Donc, le moment est venu de dire stop.
01:56Parce que, juste si on est très concret, si on parle par exemple de la menace de 200% de droits de douane sur les vins et les champagnes,
02:01là, pour le représentant des patrons que vous êtes, des droits de douane à hauteur de 200%,
02:04c'est l'impossibilité d'exporter, c'est quoi ? C'est l'effondrement d'une filière ?
02:09Oui, d'autant que le marché américain est important.
02:12Moi, j'ai le souvenir d'être allé en Chine avec le ministre des Affaires étrangères l'an passé pour défendre la filière cognac.
02:18Ça a été long, ça a été éprouvant pour les producteurs de cognac et d'armagnac, soyons complets.
02:23Mais à la fin, on a trouvé un accord à peu près satisfaisant.
02:26Il faut rentrer dans la même logique avec les Etats-Unis.
02:28Et puis, s'il faut soutenir telle ou telle filière temporairement, eh bien, faisons-le.
02:32Quand vous dites qu'il faut dire stop à Donald Trump, dire stop, ça veut dire utiliser ce qu'on appelle, par exemple,
02:37le bazooka commercial, l'outil anti-coercition, qui, concrètement, est une boîte à outils
02:42qui peut aboutir à ce qu'on interdise les entreprises américaines de venir sur le marché européen.
02:48On peut aller jusque-là ?
02:50Oui, alors après, il faut bien sélectionner, je dirais, les secteurs d'activité
02:53sur lesquels on peut appliquer ce dispositif anti-coercition.
02:59Il faut être très précautionneux.
03:00Enfin, les Américains appuient là où ça fait mal, s'agissant de la France.
03:03Oui, mais si on prend là encore un exemple très précis,
03:06admettons que cet outil anti-coercition soit utilisé
03:08et que cela aboutisse à ce qu'en France, en Europe,
03:11Microsoft ne puisse plus être utilisé, Visa ne puisse plus être utilisé.
03:16Vous représentez des entreprises qui, aujourd'hui, sont tout à fait dépendantes
03:18de ces entreprises américaines.
03:20On peut vraiment se le permettre ?
03:21Les entreprises et les particuliers.
03:23Et les administrations.
03:25Et les administrations.
03:25Oui, ça renvoie à ce que je disais à l'instant.
03:28Il faut être très précautionneux.
03:30Et d'ailleurs, c'est la démonstration, pour qui on doutait,
03:32qu'on est rentré dans une forme de dépendance.
03:34Quand ce n'est pas à l'égard de la Chine, c'est à l'égard des Etats-Unis.
03:37Raison de plus pour que l'Europe se ressaisisse.
03:39Alors ça, ça ne sera pas fait demain matin.
03:40Il faut regagner en souveraineté, y compris technologique.
03:43Parlons de la situation nationale, Patrick Martin.
03:45Alors que là, c'est carrément un coup de gueule que vous avez poussé contre le budget 2026.
03:47Je vous cite, les entrepreneurs s'exaspèrent d'être systématiquement la variable d'ajustement
03:53en cause notamment de la surtaxe d'impôt sur les sociétés des 300 plus grands groupes français
03:57à hauteur de 8 milliards d'euros, c'est-à-dire le même budget, le même montant que dans le budget 2025.
04:03Vous préférez quand même ça à pas de budget du tout, Patrick Martin, non ?
04:06Alors là, je suis très hésitant.
04:08Parce qu'au fil des jours, on découvre qu'on n'en finit pas d'avaler des couleuvres.
04:13Ce budget ne prend en compte ni le temps.
04:15On reporte encore sur les jeunes des dates qui augmentent de 70 milliards d'euros par trimestre à ce jour.
04:20Et on ne prend pas en compte l'espace, si je puis dire, typiquement ce qu'on évoquait à l'instant,
04:24c'est-à-dire la rudesse, pour ne pas dire la violence, de la compétition économique internationale.
04:28Donc c'est un budget court-termiste, c'est un budget étriqué.
04:33Et par rapport à la copie initiale, le Premier ministre a dit que la version finale était meilleure que la version initiale.
04:39Non, c'est pas vrai, il y a plusieurs milliards d'euros de prénaissance supplémentaire.
04:41Mais ça vaut mieux que l'instabilité, Patrick Martin, pour les entreprises, non ?
04:45Oui, oui, c'est tout le dilemme.
04:48Ah, vous le dites quand même.
04:48Mais oui, bien sûr.
04:50Mais on va le payer très cher.
04:52On va le payer très cher parce qu'on se dit que c'est 300 entreprises, c'est pas très grave, etc.
04:56Non, c'est totalement faux.
04:57D'abord, ce sont les entreprises les plus exposées à la concurrence internationale,
05:00parce qu'elles sont elles-mêmes très internationalisées.
05:02Ce sont des entreprises qui alimentent tout le tissu économique.
05:06Elles ont des dizaines de milliers de sous-traitants, de prestataires.
05:08À un moment donné, ces sous-traitants, ces prestateurs des PME vont souffrir de cette mesure ciblée sur les grandes entreprises.
05:14Mais surtout, sur ce sujet-là et sur les impôts de production, la fameuse CVAE, l'État renie sa parole.
05:20L'économie doit être fondée sur la confiance.
05:23On altère, on dégrade, on annule la confiance dans la parole de l'État.
05:26Je précise que sur cet impôt de production, il devait baisser et finalement, la baisse a été annulée.
05:32Ça fait trois fois.
05:33Oui, sur ce que vous disiez sur l'augmentation de l'impôt sur les sociétés,
05:36je suis allé retrouver ce que vous disiez il y a un an de cette même contribution exceptionnelle.
05:39Je vais vous citer là encore.
05:41Les conséquences, c'est que ceux qui peuvent partir partent et ils ont raison.
05:44Un an plus tard, et vous le disiez en début de cet entretien à Patrick Martin, la croissance tient.
05:48L'INSEE a même documenté l'effet sur les grandes entreprises de cette surtaxe en disant qu'au fond, il était non significatif.
05:53Est-ce que vous ne criez pas avant d'avoir mal ?
05:55Je ne sais pas comment l'INSEE chiffre ça.
05:58Moi, je peux vous dire, je ne citerai pas le nom.
05:59Elle regarde le comportement des entreprises, notamment par rapport à l'investissement,
06:02et voit que les 8 milliards d'euros sur le budget 2025 n'ont pas eu tant d'effet que cela.
06:07Est-ce que l'investissement a progressé en France l'année dernière ?
06:09Je parle sous le contrôle de Dominique.
06:11Non.
06:12Alors qu'on devrait investir comme des bruts.
06:14Je ne crois pas qu'il se soit effondré non plus.
06:16Mais il n'a pas augmenté.
06:17Simplement pour tenir notre trajectoire de décarbonation,
06:19il faudrait que les investissements des entreprises augmentent de 10% chaque année.
06:22on est tenu, et c'est très exaltant d'une certaine manière,
06:26de se digitaliser, d'implémenter l'intelligence artificielle.
06:30Quand l'investissement n'augmente pas en France,
06:32alors qu'il augmente massivement aux Etats-Unis, en Chine, en Inde et dans bien d'autres pays,
06:37eh bien relativement, on se déclasse.
06:39Vous diriez que le gouvernement est passé d'une politique pro-entreprise à une politique anti-entreprise ?
06:44Il est passé à une politique du sauf qui peut.
06:46Ça veut dire quoi du sauf qui peut ?
06:48Il faut durer.
06:49Et donc, si quelqu'un doit payer, ce sont les entreprises.
06:53On insulte l'avenir du pays.
06:54Je reprends ce que je disais sur les jeunes.
06:57La suspension de la réforme des retraites, c'est une forme d'insulte à la jeunesse.
07:01Il y en a un dans la classe politique qui se dit pro-entreprise.
07:05C'est le président du Rassemblement National, Jordan Bardella.
07:07Vis-à-vis du RN, vous en appelez, là encore je vous cite Patrick Martin, au pragmatisme.
07:12Concrètement, ça veut dire quoi ?
07:13Est-ce que ça veut dire qu'il faut rencontrer les élus du RN,
07:16se préparer à leur accession au pouvoir, être pragmatique ?
07:20C'est assez obsessionnel ces questions sur les relations entre le patronat et le RN.
07:24C'est des questions qui se posent, non ?
07:25Je peux vous dire que c'est pas...
07:26Comme avec d'autres formations politiques, d'ailleurs.
07:28C'est pas la préoccupation numéro un des chefs d'entreprise actuellement.
07:30Bon, c'est plutôt au RN de nous dire ce qu'il veut faire pour les entreprises,
07:35donc pour l'économie, donc pour l'emploi, donc pour la jeunesse.
07:38C'est pas au MEDEF de dire ce que doit faire le RN.
07:41Non, mais vous répondez pas à ma question.
07:42Non, je m'en reprends pas à votre question, parce que vous, ça n'est pas...
07:45Mais donc il y a peut-être une forme de gêne quand vous dites pragmatisme.
07:48Mais je ne suis...
07:49Est-ce que ça veut dire que vous dites, il faut que les grands patrons,
07:51grands d'ailleurs moyens, patrons, se préparent à l'accession du RN au pouvoir ?
07:55Est-ce que ce sont des interlocuteurs comme les autres ?
07:58Mais c'est dans l'ordre des choses qu'un chef d'entreprise se prépare à l'avenir.
08:02Il y a un scénario qui est celui de l'arrivée au pouvoir du RN,
08:05nous nous y préparons, comme par hypothèse, l'arrivée au pouvoir de LFI.
08:09Quel serait le plus grand danger pour l'économie française
08:13entre l'accession au pouvoir de Jordan Bardella et celle du RN ?
08:17Je ne connais pas le programme économique du RN,
08:20pas plus que celui de LFI.
08:22Monsieur Mélenchon, depuis quelques semaines,
08:24fait un numéro de charme en direction des entreprises.
08:26Moi j'attends de voir.
08:27Mais quand vous dites que vous ne comprenez pas le programme de Jordan Bardella,
08:31c'est-à-dire que vous considérez qu'il se dit pro-entreprise,
08:34alors qu'en réalité, ce n'est pas la réalité du programme ?
08:36Je ne suis pas politologue.
08:37J'observe simplement qu'il y a un sous-jacent historique,
08:41et que je ne juge pas, de programme qui est assez à gauche sur le plan économique,
08:45d'ailleurs une base électorale qui est d'origine de gauche au RN,
08:49des gens que je respecte.
08:51Et puis plus récemment, il y a un discours, une tonalité plus libérale.
08:55Donc nous, nous attendons de voir ce que sera la réalité du programme économique du RN.
08:59Mais ce serait un danger pour l'économie française que le RN accède au pouvoir ?
09:02Mais tout dépend de son programme économique.
09:05Merci beaucoup Patrick Martin.
09:06Pas facile d'avoir des réponses quand on parle du rassemblement national.
09:10Merci beaucoup Patrick Martin.
09:11Et merci Benjamin Duhamel.
09:13On se retrouve tout à l'heure pour le grand entretien.
09:15Il est 7h57 sur Inter.
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