00:00Donc, si Orange décide de déménager, c'est que quelque part, il s'est bien passé quelque chose, Bruno.
00:07Oui, bonjour, bien évidemment.
00:09Bon, moi, je ne rentre pas dans le schéma pour ou contre Benoît Payan.
00:13Chacun s'exprimera à ce sujet dans quelques semaines.
00:17Benoît Payan devrait parler des chiffres.
00:18Ils sont très, très éloquents.
00:21Entre 2000 et 2020, vous aviez en moyenne, je dis en moyenne,
00:2415 règlements de comptes qui ont entraîné la mort de ces dealers par an, 15 en moyenne.
00:33Et de 2021 à 2025, c'est 30 par an.
00:37Donc, les chiffres parlent.
00:39Tout à l'heure, j'ai entendu parler des 7 milliards d'euros que générait, bien sûr, la vente de stupéfiants.
00:46Mais ça va aller encore plus loin, notamment en matière de contrebande de cigarettes,
00:49parce qu'on le retrouve aussi dans le quartier Saint-Moron à Marseille, au-delà du trafic de stupéfiants.
00:53Et c'est 2 millions d'euros par an également pour le trafic de cigarettes.
01:00Donc, on a vraiment des sujets qui sont lourds.
01:03Et aujourd'hui, quand finalement des études sérieuses démontrent qu'il y a trois fois plus de consommation de stupéfiants en 2023 qu'en 2010,
01:12ça démontre surtout qu'on a une société qui est bien malade.
01:16C'est catastrophique ce qu'on vit aujourd'hui dans notre société.
01:18C'est un problème de santé publique.
01:21Et ça ne concerne pas que les jeunes, parce qu'on a des jeunes dealers, très très jeunes.
01:25On a des jeunes consommateurs, mais vous avez des hommes et des femmes de 40, 50 ans, 60 ans qui vont travailler et qui sont addicts.
01:33Et qui doivent être pris en charge.
01:35Et malheureusement, on passe à côté.
01:37Donc, cette consommation, elle doit baisser.
01:40Elle doit être travaillée aussi à ce niveau.
01:41Et toutes les pistes doivent être explorées, on l'a souvent dit, en matière pénale, en matière de répression, à l'international ou nationale.
01:49Et pourtant, on a des résultats, pourtant on travaille, mais on est dépassé.
01:52La vérité, elle est là.
01:53On est dépassé.
01:54Vous l'avez dit.
01:55J'abande dans votre sens.
01:57On est dans la réaction, nous en tant que flic, on n'est pas dans l'action et dans l'anticipation.
02:03On est dans la réaction et c'est trafiquant.
02:05On a une longueur d'avance sur nous.
02:06Et quand on parle de point de deal, il faut bien comprendre qu'on n'est pas dans un point de deal fixe.
02:12Aujourd'hui, on doit parler de secteurs et des secteurs mobiles, notamment avec l'Uberchit, l'Ubercock, à travers les déplacements, à travers la mobilité.
02:19On a parlé de Nancy.
02:20Mais toutes les villes de France sont touchées par ce phénomène-là et il n'y a pas un secteur bien précis.
02:26Si toutes les villes sont infectées, les consommateurs attendent leur vendeur.
02:31Et voilà où on en est aujourd'hui.
02:32On part en 2026 avec une dernière étude qui a démontré que la consommation de stupéfiants, cannabis, cocaïne, est un très, très fort hausse.
02:40Et c'est très grave pour notre pays.
02:42Bruno, ce qui est terrible et c'est assez symbolique, cette décision d'Orange France de déménager.
02:50C'est-à-dire qu'encore une fois, ce sont les narcotrafiquants qui gagnent et on doit s'adapter au trafic.
02:56Et ça doit être l'inverse, mais on doit s'adapter.
02:59Et ça, c'est un constat d'échec et on en a beaucoup parlé.
03:01Et c'est vrai que, bon, je ne vais pas vous faire commenter évidemment les déclarations de Benoît Payan,
03:05mais il est quand même dans un déni absolu.
03:07Il s'est passé des choses dans ce site, on ne l'a pas inventé.
03:09Encore une fois, on ne l'a pas inventé et on se met à la place des salariés d'Orange
03:12qui n'avaient pas spécialement envie d'aller travailler le matin,
03:14sachant qu'il y a eu des balles qui ont été tirées sur leur immeuble.
03:18Et on comprend leurs craintes.
03:21Aujourd'hui, à Marseille, quel que soit l'élu, finalement,
03:24et le maire au sortant, il doit défendre sa ville, on peut le comprendre,
03:27mais il ne doit pas être dans le déni.
03:29Il doit accepter l'idée qu'aujourd'hui, quand le site Orange est délocalisé,
03:33c'est un échec.
03:34C'est un échec dans sa ville, c'est un échec dans notre société,
03:37c'est un échec de l'État.
03:40Et quand on a ce site qui bouge avec toute une population
03:43qui va finalement maintenant avoir comme repère uniquement des dealers,
03:46ou pratiquement qu'eux, et plus finalement d'employés d'Orange dans ce quartier Saint-Moron,
03:51c'est-à-dire qu'on est dans un échec.
03:53Et que l'on soit aujourd'hui dans un programme de gauche ou de droite,
03:56je ne vais pas me parler librement, parce que je n'ai aucun engagement politique,
03:59comme vous le savez, qu'on soit de droite ou de gauche,
04:01on ne doit pas, à un moment donné, être timide.
04:03On doit dire aujourd'hui, ma ville, elle est gangrénée par le trafic de stupéfiants.
04:07On a le quartier Saint-Moron, le troisième arrondissement de Marseille,
04:10qui est l'arrondissement et le quartier le plus pauvre de France.
04:13Eh bien, on doit prendre les choses en main.
04:14Et peu importe sa culture politique, de gauche, de droite, et j'insiste bien,
04:18on doit dire à un moment donné, on est dépassé,
04:21on doit prendre des mesures fortes,
04:23et qui doivent passer, bien sûr, par la sanction,
04:26et des mesures qui doivent passer aussi par peut-être des plans d'urbanisation.
04:30Il y a tout un tas de pistes aujourd'hui à explorer,
04:32parce que nous, policiers, j'insiste bien,
04:33quand vous savez que vous avez, pour couvrir la ville de Marseille la nuit,
04:37entre 40-45 policiers pour couvrir la ville sur le terrain à Marseille,
04:43qui est très, très étendue,
04:44écoutez, c'est tout simplement impossible, comme vous l'imaginez.
04:49On doit couvrir de nombreuses missions, des accidents,
04:51des tapages nocturnes, des différents familiaux.
04:54Comment voulez-vous qu'on soit en permanence dans le quartier Saint-Moron à Marseille ?
04:57Ce n'est pas possible.
04:57Sous-titrage Société Radio-Canada
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